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Full text of "Revue des études juives 1922"

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REVUE 


DES 


ÉTUDES  JUIVES 

PUBLICATION   TRIMESTRIELLE 
DE    LA    SOCIÉTÉ    DES    ÉTUDES    JUIVES 


TOME   SOIXANTE-QUINZIÈME 


PARIS 
A    LA    LIBRAIRIE    DURLACHER 

142,   RUE  DU  FAUBOURG-SAINT-DENIS 

1922 


Digitized  by  the  Internet  Archive 

in  2012  with  funding  from 

Algoma  University,  Trent  University,  Lakehead  University,  Laurentian  University,  Nipissing  University,  Ryerson  University  and  University  of  Toronto  Libraries 


http://archive.org/details/revuedestudesjui75soci 


LA    CRÉATION    DE    L'HOMME 

D'APRÈS  LES  ANCIENS  INTERPRÈTES 


I.    —    A   QUELLE   IMAGE   L'HOMME   A-T-IL    ÉTÉ    CRÉÉ? 

Ibn  Ezra,  commentant  Genèse,  i,  26,  cite  au  nom  de  «  certains  » 
l'explication  suivante  :  «  Dieu  créa  l'homme  à  l'image  de  celui-ci, 
à  limage  Dieu  créa  l'homme  »  *.  Dans  son  Commentaire  fragmen- 
taire 2,  la  première  partie  de  l'explication  est  citée  au  nom  de 
Yechoua,  c'est-à-dire  du  caraïte  Yechoua  ben  Yehouda  Abou-1-Fa- 
radj 3,  la  seconde  au  nom  de  certains  «  autres  »,  qui  «  viennent  en 
aide  »  à  Yechoua4.  Ibn  Ezra  repousse  catégoriquement  cette 
explication,  en  faisant  ressortir  les  difficultés  du  style  auxquelles 
elle  se  heurte,  et  il  ajoute  ironiquement  :  «  en  outre,  celui  qui 
donne  cette  explication  taxe  d'erreur  1  auteur  des  accents,  qui  a 
rattaché  obsn  à  ûTiba*,  tandis  qu'il  aurait  dû  le  pourvoir  d'un  zakef 
gadol  ou  d'un  autre  accent  semblable  (c'est-à-dire  disjonctif)  » 5. 

Mais,  en  dépit  du  style  et  en  dépit  de  l'accent,  cette  explication  a 
trouvé  beaucoup  de  partisans.  Quelques-uns  remarquent  bien 
qu'elle  est  contraire  à  l'accentuation,  sans  se  croire  obligés  pour 
cela  de  l'abandonner;  d'autres  encore  ne  tiennent  pas  compte  de 
l'accent  et  n'en  disent  rien.  Ainsi  les  Tossafot  Hadar  Zekénim, 
sur  ix,  6  (5  a),  commentent  :  «  Le  sens  est  :  d'après  une  certaine 

i.  Comp.  Aaron  b.  Elie,  Kéthev  Tora,  I,  18  a. 

2.  Friedlaender,  Essmjs,  IV,  31. 

3.  C'est  aussi  celle  de  Rachi,  sur  i,  27  («  dans  la  forme  préparée  pour  lui  »)  et 
celle  de  Bekhor-Chor,  sur  i,  26  (Jellinek,  p.  7).  Cf.  Lékah  Tob,  ad  loc,  et  plus  bas. 

4.  Abravanel,  dans  son  Commentaire,  sur  i,  26,  et  dans  ses  «  Réponses  aux 
questions  de  R.  Saùl  lia-Cohen  »  (12  b),  croit  qu'lbn  Ezra  vise  le  Targoum.  Nous 
voyons  que  c'est  une  erreur;  cela  ressort  même  du  texte  du  Commentaire  vulgaire. 

5.  Cette  remarque  ne  se  lit  que  dans  le  texte  publié  par  Friedlaender. 

T.  LXXV,  n°  149.  1 


2  REVUE  DES  ÉTUDES  JUIVES 

image  que  Dieu  avait  préparée,  il  créa  l'homme.  D'autres  expliquent: 
d'après  une  image  unique  Dieu  créa  l'homme.  Mais  l'accentuation 
ne  paraît  pas  conforme  à  cette  interprétation.  »  Au  contraire,  le 
Hizkouni,  sur  i,  26,  donne  cette  explication  sans  autre  remarque  : 
«  il  faut  intervertir  les  mots  :  Dieu  le  créa  à  l'image  ». 

Mais  voici  une  remarque  importante,  qui  se  trouve  dans  le 
Commentaire  d'Abot  attribué  à  Rachi,  sur  m,  4  :  «  Dieu  a  aimé 
l'homme  d'une  affectiou  particulière  en  le  créant  sous  une  forme 
particulière,  ainsi  qu'il  est  dit  :  [car  d'après  l'image  Dieu  créa 
l'homme].  Mais  celui  qui  divague  et  interprète  le  verset  d'une  autre 
manière,  à  savoir  :  car  à  l'image  [de  Dieu],  etc.,  celui-là  est  entaché 
d'hérésie.  » 

Jacob  b.  Simson  est  plus  explicite  dans  son  Commentaire 
manuscrit  sur  Abot  :  «  Dieu  a  manifesté  son  amour  à  l'homme  en  le 
créant  sous  une  forme  particulière,  non  sous  la  forme  des  animaux 
et  des  oiseaux.  Mais  celui  qui  dit  que  l'homme  a  été  créé  à  l'image 
de  son  créateur  est  suspect  d'hérésie1.  »  Une  glose  postérieure 
ajoute  :  «  D'autant  plus  que,  dans  certains  textes  du  Targoum, 
dbita  est  traduit  par  «  à  l'image  Dieu  créa  »  et  non  «  à  l'image 
de  Dieu  ».  Quant  à  l'hébreu,  le  zakef  gadol  sur  le  s  de  û^n 
indique  une  séparation  ;  il  y  a,  en  effet,  db&a  »  2. 

Ces  explications  se  rattachent  à  la  sentence  de  R.  Akiba  ou, 
d'après  une  autre  source,  de  R.  Méir 3  :  «  Aimé  est  l'homme,  car  il 
a  été  créé  à  l'image;  un  amour  particulier  lui  a  été  reconnu  en  ce 
qu'il  a  été  créé  à  l'image,  comme  il  est  dit  dans  Genèse,  ix,  6 4.  »  Ce 
texte  semble  favoriser,  en  effet,  l'explication  de  Pseudo-Rachi  et  de 
Jacob  b.  Simson  et  le  verset  allégué  ne  peut  être  compris  que  de 
cette  manière  :  «  car  à  l'image  Dieu  créa  l'homme5».  Ce  qui  la 
favoriserait  encore,  c'est  que  cette  interprétation  des  versets  en 
question  avait  des  partisans  parmi  les  docteurs  juifs.  Symmaque 


1.  Cité  par  Berliner  dans  ses  Additions  à  l'Introduction  de  Hurwitz  au  Mahzor 
Vitry,  p.  192. 

2.  Mahzor  Vitry,  p.  514.  (tipiïl  ne  désigne  pas,  comme  le  croit  l'éditeur,  l'accent 
que  nous  appelons  C]pT,  mais  est  une  corruption  de  ce  mot.) 

3.  R.  Akiba,  dans  Abot,  m,  14;  R.  Méir,  d'après  Abot  R.  N.,  Rec.  I,  chap.  xxxix, 
i.  f.  Anonyme  dans  la  Rec.  II,  62  6  Schechter. 

4.  J'ai  traduit  n^!T3  comme  Meïri.  Voir  aussi  Abot  R.  N.,  éd.  Schechter,  p.  124 
en  haut,  et  la  note  de  l'éditeur.  Cf.  Geiger,  Nachgelassene  Schriften,  IV,  341, 
passage  que  vise  sans  doute  Neumark,  Geschichte  (1er  judischen  Philosophie,  I,  84, 
n.  1,  mais  ce  qu'il  objecte  à  Geiger  ne  tient  pas. 

5.  Ainsi  comprennent  Geiger,  l.  c,  et  Kebouçat  Maamarim,  éd.  Poznanski,  I,  103; 
Levy,  Neuhebr.  Wb.,  IV,  193  6;  Strack,  Pirqè  Abot,  p.  20. 


LA  CRÉATION    DE   L'HOMME  3 

traduit,  en  effet,  Genèse,  ni,  27,  par  :  «  Et  Dieu  créa  l'homme  dans 
une  image  distinguée,  il  le  créa  debout 4.  » 

Néanmoins,  ce  sont  les  autres  commentateurs,  R.  Yona,  Meïri, 
Heller,  etc.,  qui  ont  raison  en  expliquant  la  sentence  de  R.  Akiba 
comme  si  elle  parlait  de  l'image  de  Dieu2.  «  A  l'image  »  n'est  qu'une 
abréviation  de  «  à  l'image  de  Dieu  3  »,  comme  il  résulte  clairement 
d'autres  maximes  de  R.  Akiba  et  de  ses  contemporains.  Ainsi 
R.  Akiba  dit,  en  citant  Genèse,  ix,  6  :  «  celui  qui  verse  le  sang  est 
comme  s'il  diminuait  l'image4  ».  Et  son  disciple  Aquila  traduit  les 
versets  en  question,  conformément  à  l'accentuation  massorétique, 
par  «  à  limage  de  Dieu 3  ».  Si  la  sentence  est  de  R.  Méir,  il  est 
encore  plus  certain  qu'elle  doit  être  entendue  en  ce  sens.  Voici,  en 
effet,  de  ce  docteur,  un  enseignement  qui  fait  clairement  ressortir 
son  interprétation  du  verset  Genèse,  i,  26.  Pour  expliquer  les  mots 
du  Deutéronome,  xxi,  23,  «  un  pendu  est  une  injure  à  Dieu  »,  il  a 
recours  à  la  comparaison  suivante  :  «  deux  frères  jumeaux  se 
ressemblent;  l'un  devient  roi,  l'autre  brigand.  Au  bout  de  quelque 
temps,  celui-ci  est  pris  et  mis  en  croix.  Les  passants  disent  :  on 
dirait  que  le  roi  est  crucifié.  Alors  le  roi  fait  enlever  le  supplicié6  ». 
Un  autre  midrach,  anonyme  celui-là,  favorise  la  même  interpré- 
tation :  «  Les  êtres  d'en  haut  sont  créés  à  l'image,  mais  ne  se  repro- 
duisent pas;  ceux  d'en  bas  se  reproduisent,  mais  ne  sont  pas  créés 
à  l'image.  C'est  pourquoi,  dit  Dieu,  je  veux  créer  l'homme  à  l'image 
comme  les  êtres  d'en  haut  et  avec  la  faculté  de  reproduction, 

1.  Voir  Geiger,  Jiid.  Zeitschr.,  I,  40-41  ;  Urschrift,  p.  323  ;  Keb.  Maam.,  I,  101— 
102.  La  station  debout  est  indiquée  dans  la  littérature  rabbinique  comme  une  des 
propriétés  de  l'homme,  qu'elle  fait  ressembler  aux  anges  {Abot  R.  iV.,  I,  ch.  xxxvn  ; 
Haguiga,  16  a;  Genèse  rabba,  vin,  11  ;  xiv,  2). 

2.  Certains  textes  ont  même  O^nbî*  Db^3  N12DU3  et  cette  leçon  est  supposée 
par  le  Mahzor  Vitry.  C'est  aussi  celle  des  Abot  R.  N.,  ch.  xxxix,  mais  voir  la 
remarque  de  Schechter,  59  6,  n.  7. 

3.  Cf.  Luzatto,  Oçar  Nehmad,  IV,  53;  Ginzberg,  apud  Geiger,  Keb.  Maam., 
IV,  396. 

4.  T.  Yebamot,  vin  i.  f.\  Yeb.,  63  b  (3p3^  est  une  faute  d'impression);  Gen.  r., 
xxxiv  ».  f.\  Mekhilta  sur  Ex.,  xx,  17  (éd.  Friedmann,  70  6);  Mekh.  de  R.  Simon, 
éd.  Hoffmann,  p.  113.  Cf.  Gen.  r.,  vin,  11  (voir  plus  loin  dans  le  texte).  Geiger 
connaît  le  texte  de  la  Tossefta,  mais  l'explique  dans  le  sens  de  son  interprétation.  Le 
texte  de  la  Mekhilta  et  celui  de  Gen.  r.  montrent  qu'il  a  tort.  —  Neumark,  op.  cit., 
p.  95,  n.  1.  trouve  dans  le  passage  de  la  Mekhilta  la  théorie  platonicienne  des  idées; 
c'est  une  erreur. 

5.  Voir  Field,  Hexapla,  I,  10  6. 

6.  j.  Sanhédrin,  ix,  7;  Babli,  46  6.  Dans  un  autre  dire  de  R.  Méir,  r)V2l  est 
expliqué  comme  'n  TDD  m?3"I  [Midrach  Tehillim,  xc,  §  8  ;  ibid.,  xxiv  i.  /".,  et 
Nombres  r.,  xiv,  3  :  mnDb). 


4  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

comme  les  êtres  d'en  bas  *.  »  Ici  les  mots  «  à  l'image  »  [ntràl  ùbira) 
ne  peuvent  pas  avoir  d'autre  sens  que  celui  de  «  à  l'image  de  Dieu  ». 
Philon  comprend  aussi  «  à  l'image  de  Dieu  2  ». 

On  s'explique  maintenant  pourquoi  Onkelos  n'a  pas  traduit  les 
mots  û-'î-iba  ûbirn  dans  Genèse,  i,  27  et  ix,  6,  ni  les  mots  tr>nba  rvrcna 
dans  Genèse,  v,  \ ,  mais  les  a  reproduits  sous  leur  forme  hébraïque 3. 
Plus  tard,  on  a,  suivant  l'usage  constant  du  Targoum,  changé 
trnba  en  '•«  ou  'n;  c'est  la  leçon  du  Mahzor  Vitry  *.  Puis  **  a  été, 
conformément  à  l'accent,  changé  en  '«T.  Inversement,  quelque 
hyper-philosophe  a  changé  l'accent  d'après  Onkelos  et  accentué  la 
phrase  comme  dans  le  Mahzor  Vitry. 


II.  —  l'homme  souverain  de  la  nature. 

Saadia  traduit  Genèse,  i,  27  et  ix,  6  :  «  Dieu  l'a  créé  dans  sa 
forme,  dans  une  forme  élevée,  comme  souverain  5»;  de  même 

1.  Gen.  r.,  vm,  11.  —  L'idée  que  les  anges  sont  créés  à  l'image  de  Dieu  ne  repa- 
rait pas  dans  la  littérature  rabbinique  et  ne  semble  pas  avoir  été  répandue  parmi  les 
Juifs.  On  comprend  ainsi  que  saint  Basile  réfute  l'opinion  des  Juifs  qui,  dans  Genèse, 
i,  26,  font  parler  Dieu  aux  anges  :  il  fait  ressortir  que  cette  opinion  a  pour  consé- 
quence de  donner  aux  anges  la  même  image  qu'à  Dieu.  Tel  est  aussi  le  sentiment  de 
Sévérian  de  Gabala  :  «  Ni  l'hérétique,  ni  le  juif  n'ose  affirmer  que  les  anges  ont  la 
même  image  que  Dieu  (In  Hexaëtneron,  IX,  6;  P.  M.,  XXIX,  205;  Zellinger,  Die 
GenesishomiUen  des  Bischofs  Severian  von  Gabala,  p.  93).  Cette  conception  reparaît 
plus  tard  chez  Rachi,  sur  Gen  ,  i,  26  et  27.  Sur  le  second  verset,  Kimhi  (9  a  en  haut) 
dit  que  l'image  des  anges  est  la  même  que  celle  de  Dieu.  De  même  on  lit  dans  Exode 
r.,  xxx,  16,  que  l'homme  a  été  créé  à  l'image  des  anges.  L'explication  de  DbstD 
Û^îlbN  par  «  à  l'image  des  anges  »  est  donnée  aussi  par  Juda  Halévi,  Kozari,  IV,  m 
(éd.  Cassel,  lre  éd.,  p.  322;  éd.  Hirschfeld,  p.  246),  ainsi  que  par  lbn  Ezra  dans  le 
Commentaire  courant  et  dans  celui  qu'a  publié  Friedlaender,  Essays,  IV,  32. 

2.  De  opificio  mundi,  §  6  (éd.  Mangey,  I,  5  ;  éd.  L.  Colin,  I,  7;  Die  Schriften  der 
judiscli-hellenislischen  Literatur  in  deutscher  Uebevsetzung,  I,  25  ;  comp.  la 
note  2  du  traducteur). 

3.  Voir  Geiger,  Keb.Maam.,  I,  104;  Levy,  Chald.  Wb.,  II,  327  6;  Neuhebr.  Wb., 
IV,  193  a;  Berliner,  Targum  Onkelos,  I,  216.  Comp.  Abravanel  sur  Gen.,  i,  26. 

4.  Ainsi  que  d'autres  textes  cités  par  Levy  et  Geiger. 

5.  1,27  :  npbs  suboB  wiffl  misa  rtrmata;  v,  1  :  Nubora  nï-mw 

FïJMfcï  ix,  6  :  ny}^  Nttbo73  ns^nttî  rmim.  Telle  est  la  leçon  de  l'éd. 
Derenbourg  et  de  l'éd.  de  Jérusalem  (v.  la  note  de  Pozuanski  sur  Geiger,  l.  c,  I,  105). 
Mais  il  faut  lire  nn^l^a  *'t  nnD1I53  avec  suffixes,  comme  il  résulte  de  Emounot, 
II,  ix  (éd.  Landauer,  p.  94).  Comp.  Ibn  Ezra  sur  i,  26  dans  le  Commentaire  courant  et 
du  us  Friedlaender,  IV,  32.  —  La  traduction  de  ni73T31  ûbiSia  au  verset  26  par 
«  d'après  l'image  et  d'après  la  ressemblance  »  est  citée  comme  une  hérésie  gnostique 
par  saint  Irénée,  Adv.  Uaer.,  I,  xxiv,  1  (Migne,  P.  G.,  VII,  674). 


LA   CREATION   DE   L'HOMME  5 

dans  v,  1  :  «  dans  sa  forme,  comme  souveraine  ».  Saadia  explique 
donc  la  ressemblance  de  l'homme  à  Dieu  en  ce  sens  que  l'homme 
a  reçu  la  souveraineté  de  la  nature,  par  où  il  ressemble  à 
Dieu'. 

Cette  interprétation  se  retrouve  tout  au  long  chez  un  contempo- 
rain de  Saadia,  chez  Sabbataï  Donnolo,  dans  son  Commentaire  de 
la  Genèse,  i,  26.  Nous  en  citerons  le  texte  plus  loin,  en  môme 
temps  qu'une  troisième  explication  de  ce  verset. 

Joseph  Bekhor-Chor  donne  la  même  explication  dans  son  Com- 
mentaire 2,  en  faisant  observer  qu'elle  ressort  du  contenu  de  la 
seconde  partie  du  verset3.  Il  n'est  pas  nécessaire  de  chercher  une 
source  à  Bekhor-Chor,  qui  n'est  pas  précisément  un  compilateur. 
Mais  en  admettant  qu'il  ait  puisé  ailleurs,  ce  ne  serait  probable- 
ment pas  chez  Saadia,  comme  l'affirme  Geiger  \  mais  bien  plutôt 
chez  Donnolo,  attendu  que  les  ouvrages  de  Saadia  n'étaient  vrai- 
semblablement pas  connus  dans  le  nord  de  la  France  s?  tandis  que 
les  auteurs  de  ce  pays  citent  le  Commentaire  du  Se  fer  Yecira  par 
Donnolo6. 

Mais  cette  explication  est  plus  vieille  que  Saadia  et  Donnolo.  Elle 
se  rencontre  pour  la  première  fois  chez  saint  Ephrem,  le  Père  de 
l'Église  syrien,  qui  dit  :  «  Moïse  fait  comprendre  en  quoi  nous 
sommes  l'image  de  Dieu  en  ajoutant  :  «  afin  qu'il  domine  les 
poissons  de  la  mer,  les  oiseaux,  les  animaux  et  toute  la  terre  ». 
Ainsi,  par  la  puissance  et  la  souveraineté  qu'il  a  reçues  sur  la  terre 
et  toutes  les  choses  du  globe,  il  est  l'image  de  Dieu,  qui  domine 

1.  Geiger,  Jùd.  Zeitschr.,  V,  296  et  l.  c,  croit  que  Saadia  traduit  û'WN  ûbttS 
par  «  à  l'image  d'un  souverain  ».  Cette  interprétation  est  contredite  par  la  traduction 
de  v,  1,  où  Saadia  remplace  D^Ï15N  par  le  suffixe  de  Î1Ï131253.  Le  gaon  ne  traduit 
pas  la  deuxième  partie  du  verset,  il  la  commente  :  à  l'image  de  Dieu,  en  faisant  de 
l'homme  un  souverain.  Ce  qui  prouve  que  NUbO?2  est  une  addition  explicative,  c'est 
la  traduction  du  verset  26  :  NaboH  N3î13tZJ!3  N3mi3£D,  où  le  dernier  mot  n'a  pas 
d'équivalent  hébreu. 

2.  Ed.  Jellinek,  p.  5-6.  Bekhor-Chor  a  été  suivi  par  le  Hizkouni.  La  même  expli- 
cation se  trouve  encore  chez  le  caraïte  Aaron  b.  Elie,  Eç  Haytjim,  éd.  Delitzsch,  p.  50. 
Bekhor-Chor  explique  aussi  DVlbtf  au  v.  27  6  dans  le  sens  de  «  juge  ». 

3.  Au  contraire,  Ibn  Ezra  allègue  la  seconde  partie  du  verset  pour  repousser  l'expli- 
cation de  Saadia,  v.  Friedlaender,  IV,  32.  Dillmann  et  Delitzsch  donnent  le  même 
argument. 

4.  Parschandatha,  p.  50,  et  Z.  D.  M.  G.,  XV,  155. 

5.  Voir  Poznanski,  l.  c,  I,  105,  et  Introduction  au  Commentaire  d'Eliézer  de  Beau- 
gency,  p.  xlvi,  n.  1.  [Voir  maintenant  Poznanski,  dans  Revue,  LXXII,  113  ] 

6.  Voir  Rachi  sur  Eroubin,  56  a,  et  Be'ça,  33a  ;  Joseph  Kara  dans  son  Commen- 
taire de  Job,  Kérem  Hémed,  VII,  61.  Comp.  Zunz,  Zur  Geschichle,  62,  68;  Gross, 
Gallia  Judaica,  215. 


6  REVUE  DES   ÉTUDES  JUIVES 

tout  ce  qui  est  sur  et  sous  la  terre'.  »  Saint  Ephrem  est  suivi 
d'autres  Pères  de  l'Église  d'Antioche,  Diodore  de  Tarse2,  Chrysos- 
tome3et  Sévérian  deGabala*.  Il  est  possible  que  saint  Ephrem,  qui 
a  si  souvent  utilisé  des  explications  et  des  traditions  juives,  en  ait 
reproduit  une  ici  aussi,  bien  que  celle-ci  ne  se  soit  pas  conservée 
dans  la  littérature  agadique.  Ce  n'était  pas  en  tout  cas  l'interpré- 
tation ordinaire  chez  les  Juifs. 


III.  —  A  l'image  des  Cosmos. 

Contre  ceux  qui  séparent  ûbitn  de  ûvib»,  Ibn  Ezra  remarque,  à  la 
fin  de  sa  polémique  :  «  Même  si  nous  voulions  faire  abstraction  de 
toutes  ces  raisons,  que  font-ils  de  ces  mots  d'Ezéchiel  :  «et  une 
forme  comme  l'apparence  d'un  homme  en  haut»  (i,  26)?  Car 
l'homme  est  un  petit  monde  ou  le  monde  est  un  homme  grand  3.  » 
Ibn  Ezra  trouve  donc  que  l'homme  ressemble  à  Dieu  en  ce  qu'il 
est  un  microcosme.  Il  s'exprime  plus  clairement  dans  le  Commen- 
taire ordinaire  :  «  Parce  que  l'âme  de  l'homme,  qui  vient  d'en  haut, 
est  immortelle,  elle  est  comparée  quant  à  sa  vie  à  Dieu;  de  plus, 
elle  n'est  pas  un  corps,  mais  remplit  le  corps  tout  entier.  Quant  au 
corps  de  l'homme,  il  est  comme  un  petit  monde. . .  Aussi  le  pro- 
phète dit-il  qu'il  a  vu  la  gloire  de  Dieu  comme  l'apparence  d'un 
homme6.  » 

Le  fond  de  cette  remarque  est  emprunté  à  un  développement  de 
Juda  Halévi  :  «  Ne  t'étonne  pas  que  l'homme  soit  comparé  à  Dieu... 
Quand  nous  pensons  aux  attributs  qu'on  est  obligé  d'admettre, 
que  ce  soit  au  figuré  ou  au  propre,  tels  que  :  vivant,  pouvant, 
voulant,  connaissant,  ordonnant,  donnant  à  chacun  ce  qui  lui 
convient,  jugeant  équitablement,  nous  ne  trouvons  dans  ce  que 
nous  pouvons  apercevoir  aucune  comparaison   plus  proche  que 

i.  Opéra,  I,  18 EF;  Saemmlliche  Werke  der  Kirchen-Vaeter  aus  dem  Urtext 
ins  Teutsche  uebersetzt  (Kempten,  1842),  XXVIII,  116. 

2.  Voir  I.  Deconinck,  Essai  sur  la  chaîne  de  VOctateuque,  p.  96. 

3.  Rom.,  vm,  3,  et  ix,  2  (Migne,  P.  G.,  LUI,  72,  78). 

4.  Voir  Zellinger,  op.  cit.,  p.  94. 

5.  Friedlaender,  Essays,  IV,  31. 

6.  Comparer  encore  ce  qu'Ibn  Ezra  dit  dans  son  Commentaire  sur  Exode,  xxvi,  1 
(introduction).  —  Cassel,  Kozari,  III,  iv,  lre  éd.,  p.  322,  n.  1,  s'est  mépris  sur  le 
sens  des  mots  «  elle  le  remplit  (le  corps)  tout  entier  »  ("ib"D  ÏTNbtt  NTn).  C'est  la 
phrase  agadique  Epttl  *D  HNbtt  ïltttt»  S|N  ûbT^n  b^  Nbtt  n"3pH  17)2 
{Berakhoth,  10a;  Lévit.  r.,  iv,  8  ;  Deut.  r.,  n,  37;  cf.  Gen.  r.,xiv,  9). 


LÀ   CRÉATION    DE  L'HOMME  7 

celle  de  l'âme  raisonnable,  c'est-à-dire  de  l'homme  parfait. . .  Les 
philosophes  ont  comparé  le  monde  à  un  homme  grand  et  l'homme 
à  un  petit  monde.  Mais  s'il  en  est  ainsi,  comme  Dieu  est  l'esprit  du 
monde,  son  âme,  sa  raison  et  sa  vie  —  aussi  est-il  appelé  «  la  vie 
du  monde  »  (Daniel,  xn,  7),  —  la  comparaison  s'éclaire  au  point  de 
vue  de  la  raison  {  ».  Maïmonide  s'est  également  inspiré  de  l'auteur 
du  Kozari  :  «  C'est  par  cette  chose  que  se  perpétue  l'existence  de 
la  sphère  et  de  chacune  de  ses  parties;  et  cette  chose,  c'est  Dieu 
(que  son  nom  soit  exalté  1).  C'est  dans  ce  sens  seulement  que 
l'homme  en  particulier  a  été  appelé  microcosme,  [c'est-à-dire] 
parce  qu'il  y  a  en  lui  un  [principe  qui  gouverne  son  ensemble;  et 
c'est  à  cause  de  cette  idée  que  Dieu  a  été  appelé,  dans  notre  langue, 
la  vie  du  monde  et  qu'il  a  été  dit  :  Et  il  jura  par  la  vie  du  monde 2.  » 

Pour  en  revenir  à  Ibn  Ezra,  il  justifie  aussi  la  comparaison  de 
l'homme  avec  Dieu,  tandis  que  Juda  Halévi  ne  justifiait  que  celle  de 
Dieu  avec  l'homme.  C'est  Abravanel  qui  expose  le  plus  clairement 
l'explication  à  laquelle  Ibn  Ezra  fait  allusion  :  «  L'homme  a  été 
créé  à  l'image  de  Dieu  en  ce  sens  encore  qu'il  y  a  en  lui  une  ana- 
logie avec  le  monde  dans  sa  totalité  et  dans  ses  parties,  qui  sont 
émanées  de  l'ordonnance  et  de  la  création  divine. . .  Et  de  même 
que  toutes  les  parties  du  monde  se  réunissent  dans  la  forme 
suprême  —  Dieu  —  qui  les  garde  et  les  réunit,  de  même  dans 
l'homme,  l'âme  raisonnable  garde  et  rattache  tous  ses  membres 
et  toutes  ses  facultés,  de  sorte  qu'à  ce  point  de  vue  l'homme  est 
appelé  un  petit  monde,  comme  le  disent  les  Anciens  et  comme 
Maïmonide  l'a  écrit 3.  » 

Cette  explication  n'a  pas  été  imaginée  par  Abravanel,  qui  n'a  fait 
que  la  développer.  Nous  la  trouvons  en  toutes  lettres  chez  Joseph 
Ibn  Saddik.  Celui-ci  expose  que  l'homme  a  pour  devoir  de  cultiver 

1.  Kozari,  III,  m,  p.  321  Cassel,  p.  241  Hirschfeld. 

2.  Guide,  I,  72,  d'après  la  traduction  de  Munit,  I,  p.  371.  Comp.  Saadia,  Commen- 
taire du  Se'fer  Yecira,  IV,  i,  éd.  Lambert,  p.  70,  trad.  française,  p.  91  ;  en  hébreu 
dans  Juda  ben  Barzilaï,  Commentaire  du  Se'fer  Yecira,  éd.  Halberstam,  p.  177,  et 
dans  les  notes  de  Kaufmann,  ibid.,  p.  340,  ainsi  que  dans  Oçar  Nehmad,  III,  66. 
Voir  aussi  Kaufmann,  Geschichte  der  Attributenlehre,  p.  210,  n.  188. 

3.  Commentaire  sur  Gen.,  i,  26.  L'allusion  à  Maïmonide  se  rapporte  au  passage 
cité  plus  haut  (note  2).  —  La  notion  que  l'âme  unit  les  membres  et  les  forces  du 
corps  se  trouve  dans  le  Tanhouma,  Hayyé  Sara,  §  3;  Midr.  Ps.,  cm,  §  4.  Kimlii, 
dans  son  Commentaire,  sur  Gen.,  i,  26  (5  6),  cite  une  agada  :  littb^a    TU'   T172KT 

Dbun  ba  na  bmo  nm  ît:  ,,,  mina  ton  qa  iiïtj  niïi  n^  lamEis 

Cpsn  23  PN  nbaiO  &TH  5|N-  Cette  agada  ne  se  trouve  pas  sous  cette  forme 
dans  les  sources  que  nous  connaissons  ;  les  éléments  s'en  retrouvent  dans  les  textes 
précités  et  dans  ceux  indiqués  plus  haut,  p.  6,  n.  6. 


8  REVUE   DES   ETUDES  JUIVES 

et  (le  développer  la  partie  intelligente  qui  est  en  lui,  de  manière  à 
se  distinguer  de  l'animal,  auquel  il  ressemble  par  son  corps.  C'est 
pourquoi,  remarque-t-il  ensuite,  l'homme  a  été  créé  à  l'image  [de 
Dieul,  c'est-à-dire  qu'il  y  a  en  lui  de  tout  ce  que  le  Créateur  a  créé. 
De  là  vient  qu'il  est  appelé  microcosme  *. 

Mais  Ibn  Saddik  lui-même  semble  avoir  puisé  à  une  source  anté- 
rieure et  cette  source  doit  être  le  Commentaire  de  Sabbataï  Donnolo 
sur  Genèse,  i,  26 2.  Voici,  en  effet,  ce  que  nous  y  lisons:  *  L'expli- 
cation des  mots  «  faisons  un  homme  à  notre  image,  selon  notre 
ressemblance  »  est  la  suivante.  Après  que  Dieu  eut  créé  tout 
l'univers,  les  cieux  avec  tous  les  êtres  supérieurs  et  la  terre  avec 
tout  ce  qu'elle  porte,  il  dit  à  son  univers  :  «  Faisons  un  homme  à 
notre  image,  selon  notre  ressemblance  »,  à  mon  image  et  à  ton 
image,  selon  ma  ressemblance  et  selon  ta  ressemblance...  Mais 
cette  image  et  cette  ressemblance  dont  Dieu  a  parlé  à  son  univers 
ne  sont  pas  la  ressemblance  de  la  figure,  mais  la  ressemblance 
avec  les  œuvres  de  Dieu  et  avec  les  œuvres  de  l'homme.  De  même 
que  Dieu  est  le  souverain  maître  des  hommes  et  de  tout  l'univers 
ici-bas  et  là-haut,  de  même  l'homme  est  tel  quand  il  a  fait  la 
volonté  de  Dieu.  Quant  à  la  ressemblance  de  l'homme  avec  l'uni- 
vers, elle  consiste  en  ce  que  son  corps  correspond  en  tout  à  l'uni- 
vers... De  même  que  Dieu  remplit  tout  l'univers  de  sa  gloire,  de 
même  l'âme  dej'homme,  qui  est  comme  un  petit  univers,  remplit 
tout  le  corps,  des  pieds  à  la  tête,  d'une  extrémité  à  l'autre, 
jusqu'aux  ongles  des  mains  et  des  pieds...  C'est  pourquoi  l'écriture 
dit  :  «  quiconque  verse  le  sang  d'un  homme,  que  son  sang  soit 
versé  par  l'homme,  [car  à  l'image  de  Dieu  il  a  créé  l'homme]  » 


1.  Der  Mikrokosmos  des  José f  lbn  Saddik,  éd.  Horovitz,  p.  42  :    N-QD  *p    b^l 

'rr  »nan  arma  nn  ban  na  «to   nttib  imn  ,[D^nba]  ûbsa  cnan 

*Jl3P  Obi?  N"lp3  p  bj"|.  Le  texte  porte  D5U5  Db2t3.  Horovitz  en  a  conclu 
qu'lbn  Saddik  lisait  dans  Genèse,  ix,  6  :  ùb£3  séparé  de  D^ttbtf  {Die  Psychologie 
bei  den  jiidischen  Religionsphilosophen  des  Mittelallers,  II  [Jahresbericht  des 
judisch-theologischen  Seminars  zu  Breslau,  1906],  p.  161,  n.  42J.  Mais  les  mots 
NTinn  NISC  montrent  que  l'auteur  explique  le  mot  D^Hb:*  de  la  manière  sui- 
vante :  «  à  l'image  de  ce  qui  a  été  créé  par  Dieu  ».  Notre  correction  est  aussi  con- 
firmée par  Abravanel. 

2.  ISttbtta  dlN'  Î-HZ3*3  tBVPD,  éd.  Jellinek,  Leipzig,  1854;  ^jaûn,  éd. 
Gastelli,  Florence.  1880,  p.  1-30;  réimprimé  dans  le  Séfer  Yecira,  éd.  Varsovie,  1884. 
Je  cite  d'après  F  éd.  Castelli,  p.  15,  16,  19,  25.  —  On  pourrait  peut-être  montrer  par 
d'autres  rapprochements  qu'lbn  Saddik  a  utilisé  le  Commentaire  de  Donnolo  ;  p.  ex., 
Ibn  Saddik,  p.  24,  1.  24-25,  ressemble  à  Donnolo,  p.  19-20,  et  Ibn  Saddik,  p.  19,  1.  31, 
et  p.  24,  1.  33,  à  Donnolo,  p.  23,  1.  15  (mais  cette  comparaison  se  trouve  aussi  dans 
d'autres  sources.  Cf.  Horovitz,  Die  Psychologie. . .,  II,  162,  n.  45). 


LÀ   CRÉATION    DE   L'HOftME  9 

(Genèse  ix,  6),  pour  Rapprendre  que  celui  qui  tue  un  homme  est 
comme  s'il  détruisait  tout  l'univers1,  parce  que  l'homme  est 
comparé  à  la  création  de  l'univers  et  à  l'image  de  Dieu.  » 

Le  fond  de  cette  explication  de  Genèse,  i,  26,  remonte  à  un 
amora,  R.  Josué  b.  Lévi.  Répondant  à  la  question  «  à  qui  Dieu 
s'est-il  adressé  en  disant  :  créons  un  homme?  »  il  explique  que 
«  Dieu  s'est  concerté  avec  les  créatures  du  ciel  et  de  la  terre  2  ».  En 
d'autres  termes,  Dieu  dit  au  Cosmos:  créons  un  homme  à  notre 
image,  selon  notre  ressemblance. 

L'interprétation  de  Donnolo  a  une  vague  analogie  avec  l'explica- 
tion donnée  par  plusieurs  commentateurs  du  moyen  âge  :  Dieu  dit 
à  la  terre  ou  aux  éléments  :  «  créons  un  homme  à  notre  image,  selon 
notre  ressemblance  »,  le  corps  de  l'homme  étant  pris  à  la  terre  et 
composé  d'éléments,  tandis  que  son  esprit  vient  d'en-haut,  à 
l'image  des  anges.  Ainsi  Abraham  bar  Hiyya  explique  :  Dieu  parla 
à  la  terre3.  Joseph  Kimhi  et  Nahmanide  :  aux  éléments4.  Mais  ces 
explications  n'ont  qu'une  [ressemblance  éloignée  avec  celle  de 
Donnolo.  Aussi  Jellinek  a-t-il  tort  d'affirmer  que  celle-ci  a  été 
adoptée  dans  ses  traits  essentiels  par  Abraham  b.  Hiyya,  Ibn  Ezra, 
les  deux  Kimhi  et  Nahmanide5.  Chez  Ibn  Ezra,  aucune  trace  de 
l'interprétation  de  Donnolo:  pour  lui  Dieu  parle  aux  anges6. 
Gastelli,  qui  corrige  Jellinek  en  ce  qui  concerne  Ibn  Ezra,  le 
croit  pour  le  reste  :  «  Donnolo,  dit-il,  a  été  suivi  par  quelques-uns 
des  plus  illustres  commentateurs  de  l'Écriture  7  ».  C'est  inexact.  Le 
seul  auteur  connu  qui  cite  l'explication  de  Donnolo  et  en  nomme 
l'auteur,  est  Eléazar  ben  Juda,  l'auteur  de  Rokéah  8. 

Quoi  qu'il  en  soit,  cette  autre  explication,  qui  remonte,  dans  la 
mesure  où  les  sources  juives  nous  renseignent,  à  Abraham  bar 
Hiyya,  est  fort  ancienne  :  elle  se  trouve  chez  Justin.  Celui-ci  l'attri- 

1.  V.  Michna.  Sanhédrin,  37  a  ;  Abot  R.  N.,  I,  lre  recension,  chap.  xxxi  ;  2e  recen- 
Bion,  chap.  xxxvi,  éd.  Schechter,  45  a. 

2.  Gen.  r.,  vm,  3  :  *p?33  V^Nl  D^TD  rO&0733.  Bâcher,  Ag.  pal.  Amor., 
I,  184  ri.,  a  déjà  fait  remarquer  que  l'auteur  de  cette  opinion  est  R.  Josué  ben  Lévi  et 
non  Lévi.  L'éd.  Theodor  (p.  58)  a  "nb  "p  3H231ÏT  '"|.  —  R.  Samuel  b.  Nahmani 
explique  de   même  ^bj33    DVT   DT>  bD   ^^733   (Gen.  r.,  I.  c). 

3.  Voir  Ha- Yona,  I,  75. 

i.  Voir  David  Kimhi,  ad  loc,  éd.  Ginzburg,  ia.  —  Nahmanide  accepte  cette  expli- 
cation, ad  loc;  voir  aussi  En  Salomon  Astruc,  Midreché  ha-Tora,  éd.  Eppenstein, 
p.  3.  De  même  les  Caraïtes,  voir  Mibhar,  ad  loc,  et  Kéter  Tora,  I,  18  a. 

'■>■    A.  c,  p.  xn. 

6.  Cf.  Friedlaender,  Essays,  IV,  32. 

7.  L.  c,  p.  41,  n.  3. 

8.  V.  Geiger,  Parschandatha,  p.  50-51. 


10  HEVUE  DES  ÉTUDES  JUIVES 

bue  aux  docteurs  juifs,  qui  expliquent  que  Dieu  parla  à  lui-même 
«  ou  bien  aux  éléments,  c'est-à-dire  à  la  terre  et  aux  autres  (élé- 
ments) dont  l'homme,  d'après  notre  opinion,  est  sorti H  ».  Ginzberg 
identifie  cette  interprétation  prêtée  par  Justin  aux  Juifs  avec  celle 
de  R.  Josué  b.  Lévi 2.  Mais  la  première,  qui  ne  songe  qu'à  la  terre 
ou  aux  éléments,  ne  se  comprend  pas  avec  la  seconde,  qui  parle 
des  créatures  du  ciel  et  de  la  terre,  c'est-à-dire  de  l'univers,  du 
macrocosme,  comme  dit  Donnolo. 


IV.  —  Les  anges  et  la  création  de  l'homme. 

Nous  venons  de  voir  que  plusieurs  commentateurs  expliquent  le 
pluriel  de  «  faisons  l'homme  »  en  admettant  que  Dieu  a  parlé 
aux  anges.  Telle  est  l'explication  de  Rachi,  de  Juda  Halévi3,  d'Ibn 
Ezra\  de  Rekhor-Ghor3  et  d'autres  encore6.  Semblablement 
TAgada  dit  que  Dieu  s'est  concerté  avec  les  anges 7.  Saint  Basile 8, 
Saint  Jean  Chrysostome9  et  Sévérian  de  Gabala10  sont  d'accord 
pour  affirmer  que,  d'après  les  Juifs,  Dieu  a  dit  aux  anges  qui  l'en- 
touraient :  «  faisons  un  homme  ». 

Par  contre,  Théodoret  cite  cette  explication  comme  l'opinion  de 
«  certains  hérétiques  abhorrés  H  ».  De  même  saint  Justin,  après 
avoir  réfuté  les  opinions  des  «  docteurs  »  des  Juifs,  dit  :  «  Je  ne 

1.  Dialogue  avec  Tryphon,  ch.  lxii  (Justini  Marlyris  Opéra,  éd.  Otto,  II,  206). 

2.  Die  Haggada  bei  den  Kirchenvàtern,  p.  20.  De  même,  avant  lui,  Goldfahn, 
Monatsschrift,  1873,  p.  145,  et  déjà  Graetz,  Monatsschrifl,  1854,  p.  313.  A  vrai  dire, 
le  rapprochement  est  déjà  chez  D.  Kimhi,  qui,  à  propos  de  l'explication  de  son  père, 
renvoie  à  l'agada. 

3.  Kozari,  IV,  3  ;  éd.  Gassel,  lre  éd.,  p.  322  ;  éd.  Hirschfeld,  p.  243. 

4.  Dans  le  Commentaire  ordinaire,  ad  loc.,  et  dans  celui  édité  par  Friedlaender, 
Essays,  IV,  32. 

5.  Ed.  Jellinek,  p.  6-7. 

6.  Voir  Kimhi,  éd.  Ginzburg,  4  6,  et  Abravanel,  ad  loc.;  tout  au  long  chez  le 
caraïte  Aron  ben  Elie,  Kéter  Tora,  I,  18  6. 

7.  T.  Sota,  vi,  5  ;  Sanh.,  38  6;  Gen.  r.,  vin,  4;  xvn,  4;  Pesikla,  éd.  Buber,  34a, 
150  6  ;  Pesikla  rabb.,  xiv  (59  6  Friedmann)  ;  Lévit.  r.,  xxix,  1  ;  Tanliouma,  Chemini, 
§6,  éd.  Buber,  §  13;  id.,  Iloukkat,  §  6,  éd.  Buber,  §  12;  Eccl.  r.,  sur  vu,  23; 
Nombres  r.,  xix,  3;  Midr.  Ps.,  vu,  §2;  xcn,  §  3  (cf.  vm,  §  7)  ;  Pirké  R.  Eliézer,  xi; 
Jonathan  sur  Gen.,  i,  26. 

8.  In  Ilexaemeron,  ix,  6  (Migne,  P.  Gr.,  XXIX,  205). 

9.  In  Gen.  Eom.,  vm,  2  (Migne,  LUI,  71). 

10.  Or.,  iv,  5.    Voir  Zellinger,  Die    Genesishomilien  des  Bischofs  Severian  von 
Gabala,  p.  93. 

11.  Commentaire,  ad  loc. 


LA   CRÉATION    DE   L'ilOMME  11 

peux  pas  non  plus  confirmer  l'opinion  qu'enseigne  ce  que  vous 
appelez  la  secte  et  que  les  docteurs  de  cette  (secte)  ne  peuvent  pas 
démontrer,  à  savoir  que  Dieu  a  parlé  aux  anges  ou  que  le  corps 
humain  est  l'œuvre  des  anges  '.  » 

Gomment  concilier  celte  indication  avec  le  fait  que  l'opinion  en 
question  était  enseignée  et  répandue,  comme  le  montre  l'Agada, 
par  les  docteurs  autorisés  du  judaïsme?  On  ne  doit  pas  songer  à 
une  altération  volontaire  de  la  part  de  Justin,  car  il  importait  peu 
à  son  but  que  l'opinion  repoussée  par  lui  eût  été  émise  par  celui  ci 
ou  celui-là.  On  comprendrait  que,  pour  contrarier  ses  adversaires 
juifs,  il  leur  attribuât  une  opinion  d'hérétiques,  mais  non  l'inverse. 
D'autre  part,  l'indication  de  Justin  ne  repose  pas  non  plus  sur  un 
défaut  de  précision,  car  l'opinion  voisine  est,  nous  le  savons,  d'ori- 
gine hérétique.  L'exactitude  de  l'indication  de  Justin  ne  peut  donc 
pas  être  contestée.  Nous  avons  ainsi  deux  faits  dont  l'un  s'oppose  à 
l'autre.  La  contradiction  ne  peut  être  levée  que  si  nous  admettons 
que  l'opinion  en  question  était  d'abord  enseignée  par  des  héré- 
tiques, mais  que  par  la  suite  elle  a  été  adoptée  par  les  représen- 
tants officiels  du  judaïsme. 

Le  caractère  hérétique  de  cette  opinion  réside  dans  sa  consé- 
quence nécessaire,  qui  est  que  les  anges  ont  collaboré  à  la  création 
de  l'homme,  et  surtout  dans  la  manière  dont  cette  collaboration 
est  motivée.  C'est  Philon,  en  effet,  qui  est  l'auteur  de  l'explication 
d'après  laquelle  le  discours  «  faisons  un  homme  »  fut  adressé  aux 
anges.  Voici  ce  qu'il  écrit  à  ce  sujet  :  «  On  pourrait  demander  avec 
raison  pourquoi  Moïse  attribue  la  création  de  l'homme,  non  à  un 
seul  créateur,  comme  tout  le  reste,  mais  pour  ainsi  dire  à  plusieurs. 
Il  fait,  en  effet,  dire  à  Dieu  :  «  Faisons  un  homme  à  notre  image 
et  à  notre  ressemblance...  »  La  cause  véritable  n'est  évidemment 
connue  que  de  Dieu;  mais  ce  qui,  d'après  une  hypothèse  vraisembla- 

1.  Dial.  avec  Tryph.,  lxii  (Opéra,  éd.  Otto,  II,  206-7)  :  Où  yotp,  Ôrcep  yj  uap'  0(xtv 
).6yo[xévyj  aïpsffiç  ôoyjjiaTiÇei,  x.  t.  X.  Graetz,  Monatssclirift,  1854,  313,  cite  le  texte  de 
Justin  de  telle  manière  que  cette  opinion  parait  appartenir  à  à  oî  8i§âaxa).oi  û[xwv 
Xéyouaiv,  qui  précède.  C'est  là  une  négligence  qui  peut  induire  en  erreur.  Mais  ce  qui 
est  incompréhensible,  c'est  que  M.  Ginzberg,  Die  Haggada  bei  tien  Kirchenvâtern, 
p.  20,  n.  1,  puisse  affirmer  :  «  la  oupeTi;  de  Justin  s'applique  seulement  à  l'assertion 
que  l'homme  est  l'œuvre  des  anges,  tandis  que  la  délibération  de  Dieu  avec  les  anges 
est  mentionnée  avec  les  mots  oi  ôiûà^xaÀoi  0(jlc5v  Uyouaiv.  »  M.  Ginzberg  veut  démon- 
trer par  là  l'exactitude  de  la  leçon  7:ap'  y]|xc5v.  On  voit  que  la  preuve  est  sans  valeur. 
Ce  qu'il  dit  précédemment  n'est  pas  compréhensible  non  plus.  Sur  cette  question,  voir 
Otto,  l.  c,  n.  10,  et  Goldfahn,  Monatsschrift,  1813,  p.  146.  —  En  fait,  uap'  0(xa>v 
est  aussi  bon  que  7tap'  ^jjlwv  :  ce  peut  avoir  été  une  hérésie  gnostique  à  la  fois  juive 
et  chrétienne. 


12  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

ble,  paraît  être  la  cause  croyable  et  naturelle,  ne  doit  pas  être  dissi- 
mulé. C'est  la  suivante  :  Parmi  les  êtres,  il  en  est  d'abord  qui  n'ont 
rien  de  commun  ni  avec  la  vertu,  ni  avec  la  méchanceté,  comme  les 
plantes  et  les  animaux  dépourvus  de  raison. . .  Il  en  est  d'autres 
qui  ne  possèdent  que  la  vertu  et  qui  ne  participent  d'aucune 
méchanceté,  comme  les  astres...  Il  y  a,  enfin,  des  êtres  de  nature 
mixte,  comme  l'homme,  qui  réunit  en  lui  tous  les  contraires  : 
intelligence  et  inintelligence,  moralité  et  dérèglement,  bravoure  et 
lâcheté,  justice  et  injustice,  bref  le  bien  et  le  mal,  le  beau  et  le 
laid, la  vertu  et  le  vice.  Or,  il  convenait  bien  à  Dieu,  le  père  univer- 
sel, de  créer  lui-même  et  tout  seul  les  êtres  vertueux,  parce  qu'ils 
lui  sont  apparentés.  La  création  des  choses  indifférentes  ne  lui 
messeyait  pas  non  plus,  car  elles  n'ont  aucune  part  à  la  méchanceté 
qu'il  abhorre.  Par  contre,  la  création  des  êtres  mixtes  était,  pour 
lui,  en  partie  convenable  et  en  partie  inconvenante  ;  convenable  à 
cause  de  l'idée  meilleure  qui  est  mêlée  à  eux,  inconvenante  à 
cause  de  l'idée  plus  mauvaise,  son  opposée.  Aussi  est-ce  seule- 
ment à  propos  de  la  création  de  l'homme  que  le  texte  fait  dire  par 
Dieu  «  faisons  »,  ce  qui  indique  l'intervention  d'autres  comme 
collaborateurs,  afin  que,  pour  les  décisions  et  actions  irréprochables 
de  l'homme  agissant  justement,  Dieu,  le  Maître  de  toutes  choses, 
apparût  comme  l'auteur,  et  d'autres  êtres,  ses  subordonnés,  pour  les 
actes  contraires.  Car  le  père  ne  devait  pas  être  l'auteur  du  mal 
pour  ses  enfants;  or,  le  mal,  c'est  le  vice  et  les  actions  entachées 
de  vice  '  ». 

Dans  sa  traduction  allemande  de  Philon,  Cohn  remarque  sur 
notre  texte  :  «  Le  principe  d'après  lequel  le  bien  seul  peut  émaner 
de  Dieu  et  non  le  mal  se  trouve  aussi  dans  le  Midrach  »  ;  à  l'appui 
de  cette  observation,  il  cite  Genèse  Rabba,  ni  (sur  i,  5),  où  R. 
Eléazar  dit  :  «  Dieu  n'unit  jamais  son  nom  au  mal,  mais  seulement 
au  bien  »  (cf.  Echa  r.,  n)  2.  Mais  R.  Eléazar—  ou,  d'après  les  autres 

1.  De  opif.  mundi,  §  24  (éd.  Mangey,  I,  16;  éd.  L.  Cohn,  I,  24-25,  §  72-75; 
trad.  allemande  dans  les  Schriften  der  jiidisch-hellenistisclien  Literalur  in 
deutscher  Uebei'setzung,  éd.  L.  Cohn,  I,  52-3).  Cf.  De  confus,  ling.,  §§  33,  35  (éd. 
Mangey,  1,  556)  :  De  mut.  nominum,  §  4  (I,  583)  ;  De  agricultura,  §  29  (éd.  Mangey, 
I,  319  i.  f.\  éd.  L.  Cohn,  II,  120-1,  §  127-8).  Les  subordonnés  de  Dieu  dans  le  texte 
traduit  sont  les  «  puissances  divines  »  (0eï<xi  Suvàfxeiç)  dans  les  autres  textes,  c'est-à- 
dire  les  anges  de  la  Bible,  comme  Philon  le  dit  explicitement,  De  Gigantibus,  §  2 
(éd.  Mangey,  I,  263  ;  éd.  Cohn,  II,  43,  §  6)  ;  De  sotnn.,  I,  22  (éd.  Mangey,  I,  641-2)  ; 
v.  Siegfried,  Philo  von  Alexandrien,  p.  206,  211,  218  ;  L.  Cohn,  dans  les  Mélanges 
Hermann  Cohen,  p.  318. 

2.  Freudenthal  avait  déjà  fait  la  même  observation,  Hellenistische  Studien,  II,  70; 
de  même  Theodor,  sur  le  passage  cité  de  Gen.  r. 


LA   CREATION    DE   L'HOMME  13 

sources,  R.  Yolianan  —  ne  dit  pas  que  Dieu  ne  peut  pas  créer  le  mal  ; 
il  dit  que  son  nom  n'est  pas  directement  mentionné  à  côté  du  mal, 
parce  qu'il  ne  le  fait  pas  volontiers  (ainsi  qu'il  résulte  des  textes 
allégués)  '.  R.  Yolianan  dit  de  même  :  «  Devant  Dieii  se  tiennent 
seulement  les  anges  de  la  paix  et  les  anges  de  la  miséricorde,  mais 
les  anges  de  la  colère  sont  loin  de  lui,  comme  il  est  dit  dans  Isaïe, 
xni,  5»  2.  L'opinion  de  Philon  présente  une  grande  analogie,  mais 
extérieure  seulement,  avec  cet  autre  dire  de  R.  Yohanan,  à  propos 
d'Ezéch.,  ix,  2  et  x,  2  :  «  Dieu  ne  voulait  pas  causer  le  mal  par  lui- 
même,  mais  par  ses  anges  3.  »  Ici  encore  Dieu  n'a  pas  voulu. 
Treitel,  qui  a  étudié  la  théorie  alexandrine  des  êtres  intermédiaires, 
a  pu  conclure  que  «  la  doctrine  de  Philon  sur  les  puissances  divines 
n'a,  nulle  part  et  jamais,  trouvé  d'écho  en  Palestine,  ni  à  l'époque 
de  la  Michna,  ni  à  celle  du  Talmud  4  ».  C'est  qu'aussi  bien  cette 
doctrine  est  hérétique  ;  elle  contredit  la  conception  biblique, 
nettement  et  vigoureusement  formulée  par  le  prophète  :  «  Je  suis 
Dieu  et  nul  autre,  Celui  qui  forme  la  lumière  et  qui  crée  les  ténèbres, 
qui  produis  la  paix  et  qui  crée  le  mal,  —  c'est  moi,  Dieu,  qui,  fais 
toutes  ces  choses  »  (Isaïe,  xlv,  7). 

Philon  dit  bien  que  les  collaborateurs  de  Dieu  dans  la  création 
de  l'homme  sont  ses  subordonnés  et  n'ont  agi  que  sur  son  ordre; 
mais  de  cette  doctrine  à  l'idée  que  les  anges  ont  créé  le  corps  de 
l'homme  de  leur  propre  gré,  il  n'y  a  qu'un  pas  et  ce  pas  devait  être 
nécessairement  franchi.  Car  s'il  est  dans  l'essence  de  Dieu  qu'il 
n'ait  pu  créer  seul  l'homme  à  cause  du  mal  qui  est  en  celui-ci,  il  est 
plus  logique  d'admettre  que  Dieu  n'a  aucune  part,  même  indirecte, 
à  la  création  du  corps  humain,  qui,  fait  de  matière,  est  la  source 
du  mal  5,  et  que  ce  corps  est  l'œuvre  des  anges  agissant  spontané- 
ment et  indépendamment,  comme  l'affirme  la  seconde  des  opinions 
hérétiques  mentionnées  par  Justin.  C'est  la  doctrine  de  plusieurs 
systèmes  gnostiques  6.  Elle  a  été  exposée  le  plus  clairement  par 
Saturnin  :  «L'homme  est  l'œuvre  des  anges,  qui...  se  sont  exhortés 
eux-mêmes   en  disant  :   faisons  l'homme  d'après   l'image   et   la 

1.  Voir  encore  Tanhouma,  Tazria,  §  9;  éd.  Buber,  §  9  et  11-13. 

2.  Tanhouma,  l.  c,  éd.  Buber,  §  11. 

3.  Ibid.,  éd.  Buber,  §  12  i.  f. 

4.  Mélanges  Hennann  Cohen,  177  et  s.  Cf.  L.  Colin,  ibid.,  p.  316-7. 

5.  V.  Siegfried,  Philo  von  Alexandrien,  p.  232,  334-5. 

6.  Voir  saint  Hippolyte,  Refut.  omn.  haer.,  V,  7,  éd.  Duncker,  p.  218;  saint 
Irénée,  Libri  V  adv.  Haereses,  éd.  Harvey,  I,  28,  p.  228;  Tertullien,  De  resurrec- 
tione  camis,  ch.  v  ;  De  anima,  cb.  xxm  [Opéra,  éd.  Leopold,  IV,  97,  199)  ;  Wol%ang 
Schulz,  Dokumente  der  Gnosis,  24,  53,  44. 


14  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

ressemblance.  Et  quand  il  fut  fait  et  que  le  corps  ne  put  être  dressé, 
à  cause  de  la  faiblesse  des  anges,  mais  rampa  comme  un  ver,  la 
force  supérieure  eut  pitié  de  lui  et...  envoya  l'étincelle  de  vie,  qui 
dressa  l'homme,  le  rendit  mobile  et  vivant  '.  » 

C'est  à  cause  de  ces  doctrines  hérétiques  que  les  docteurs  du 
judaïsme  rejetèrent  l'explication  qui  s'y  rattachait  et  d'après 
laquelle  Dieu  se  serait  adressé  aux  anges  en  disant  «  faisons 
l'homme  ».  Aussi  saint  Justin  la  donne-t-il  comme  une  opinion 
des  hérétiques.  Mais  l'idée  que  les  anges  agissent  sur  l'ordre  de 
Dieu  est  celle  de  la  Bible  et  elle  était  familière  au  peuple.  L'expli- 
cation qui  correspondait  à  cette  idée  devait  donc  trouver  accès 
auprès  du  peuple  et  les  docteurs  ne  pouvaient  pas  l'empêcher  de 
se  faire  jour  à  la  longue.  Ils  devaient  ainsi  être  amenés  à  enlever 
à  cette  conception  ce  qu'elle  avait  de  dangereux,  à  la  neutraliser 
pour  ainsi  dire.  Voici  comme  ils  s'y  prirent.  L'interprétation  en 
question,  inoffensive  par  elle-même,  n'était  dangereuse  que  par  la 
manière  dont  elle  était  motivée  et  les  conséquences  qu'on  pouvait 
en  tirer;  ils  en  détachèrent  l'idée  principale,  à  savoir  que  Dieu  a 
parlé  aux  anges  ;  seulement  ils  ajoutèrent  que  ce  n'était  pas  pour 
les  inviter  à  collaborer  avec  lui,  mais  pour  les  amener  à  donner 
leur  avis  sur  la  valeur  de  la  nouvelle  créature.  Dieu  voulait  ainsi 
montrer  par  son  exemple  aux  générations  futures  que  même  le 
grand  ne  doit  pas  dédaigner  le  conseil  d'un  plus  petit2.  Mais  les 
anges,  poursuit  l'Àgada  inventive,  dissuadèrent  Dieu  de  créer 
l'homme,  comme  d'un  malheur3.  D'après  une  autre  Agada,  les 
anges  se  divisèrent  en  deux  camps,  les  uns  opinant  pour  la  création 
de  l'homme,  les  autres  contre.  Pendant  qu'ils  discutaient  ainsi, 
Dieu  créa  l'homme.  «  C'est  fait,  le  débat  est  clos  »,  leur  dit-il  à 
leur  grande  surprise  '*.  Mais  les  anges,  ajoute  une  autre  agada 
ancienne,  n'ayant  pu  empêcher  la  création  d'Adam,  voulurent  se 
venger  en  brûlant  la  nouvelle  créature  ou  en  la  détruisant  d'une 
autre  manière  b.  Toutes  ces  imaginations  ont  pour  but  de  prévenir 
ou  d'écarter  l'idée  que  les  anges  ont  collaboré  avec  Dieu  à  la  créa- 
tion de  l'homme. 

Cette  interprétation  agadique, fondée  sur  la  conception  que  Dieu 


1.  Saint  Irénée,  op.  ci7.,  i,  24  ;  Tertullien,  De  anima,  l.  c. 

2.  Gen.  i\,  vin,  8. 

3.  Voir  les  textes  énumérés  plus  haut,  p.  10,  n.  7. 

4.  Gen.  r.,  vin,  5-6. 

5.  Aboi  H.  Natan,  Rec.  I,  chap.  f,  i.f.  ;   Rec.  II,  ch.  vm  (éd.  Schechter,  126  en 
haut).  Cf.  Pirké  R.  Eliézer,  ch.  xm. 


LÀ   CRÉATION    DE  L'HOMME  15 

ne  fait  rien  sans  se  concerter  avec  l'armée  céleste  (ou  avec  le 
tribunal  céleste)  et  que  partout  où  l'Ecriture  dit  «  et  Dieu  »,  il  faut 
entendre  :  Dieu  et  son  tribunal  ',  est  combattue  par  saint  Jean 
Chrysostome,  d'après  qui  il  n'appartient  pas  aux  anges  de  participer 
aux  décisions  de  Dieu,  mais  d'être  présents  et  d'accomplir  leur 
service  2.  Il  a  seulement  oublié  que  cette  idée  de  l'Agada  est 
empruntée  à  la  Bible. 

Rachi  et  Bekbor-Chor,  qui  suivent  l'interprétation  de  l'Agada, 
se  réfèrent  à  cette  conception  biblique  et  ont  soin  de  faire  remar- 
quer que  les  anges  n'ont  pas  pris  part  à  la  création  de  l'homme. 
Au  contraire  Ibn  Ezra,  conformément  à  la  forme  primitive  de 
l'explication,  admet  la  collaboration  des  anges. 

Vienne,  août  1920. 

V.  Aptowitzer. 


1.  Sa?ih.,  38  6;  J.  Sanh.,  i,  1  (18  a)  ;  Gen.  r.,  li,  2;  Lév.  ?'.,  xxiv,  2;  Canl.  r., 
sur  i,  9  ;  Tanhouma,  Vaéra,  §  16,  éd.  Buber,  §  21  ;  Tanhouma,  éd.  Buber,  Vayéra, 
§19,  34;  Bô,  §  17;  Pesikta  r.,  cb.  xlii  (éd.  Friedmann,  175  6);  Ex.  r.,  xn,  4; 
Nombres  >•.,  m,  4.  R.  Eléazar  de  Modim  parle  déjà  du  tribunal  céleste  ;  v.  Mekhilta 
sur  Ex.,  xvn,  7  (cf.  Bacber,  Agada  der  Tan  ,  I,  207,  n.  2);  Mekhilta,  éd.  Hoffmann, 
p.  81  ;  Tanhouma,  Bechallah,  §  22.  L'expression  se  trouve  aussi  dans  Deut.  r.,  xi,  10, 
et  dans  Beth  ha  Midrach,  éd.  Jellinek,  I,  121.  Conf.  Racbi  sur  Gen.,  xi,  7,  et 
Midrach  ha-Gadol,  éd.  Schechter,  p.  185  ;  enfin,  Lév.  r.,  i,  3,  —  Ibn  Ezra  et  Kimhi, 
sur  Gen.,  xi,  7,  expliquent  :  Dieu  parla  aux  anges.  Cl*.  Pirké  R.  Eliézev,  cb.  xxiv,  et 
le  Targoum  Jonatban,  ad  loc. 

2.  Hom.,  VIII,  2  (Migne,  Patrol.  g>\,  LUI,  71). 


LE   TROIS  CENTIEME   CYCLE 

DE  L'ÈRE  DU  MONDE 


Le  culte  astral  des  peuples  sémitiques  de  l'antiquité  avait  incité 
les  prêtres  chaldéens  à  observer  régulièrement  les  mouvements 
des  corps  célestes  et  à  suivre  systématiquement  le  déplacement 
des  astres  par  rapport  aux  positions  des  étoiles  fixes.  Ce  sont  sur- 
tout les  différentes  phases  de  la  lune,  sa  disparition  totale  pendant 
une  ou  deux  nuits  à  la  fin  de  chaque  mois  et  sa  réapparition  dans 
le  crépuscule  du  soir  sous  la  forme  d'une  fine  faucille  qui  avaient 
capté  l'attention  de  ces  primitifs  contemplateurs  du  ciel,  lesquels 
avaient  ouvert  ainsi  la  voie  à  l'astronomie.  L'observation  de  la 
néoménie  avait,  dans  l'antiquité,  un  caractère  religieux,  et  elle 
était  accompagnée  de  cérémonies  rituelles;  c'était  la  fête  de  la 
nouvelle  lune  et  le  commencement  du  nouveau  mois.  Même  au 
bout  de  nombreux  siècles,  alors  que  l'astronomie  chaldéenne  avait 
atteint  son  apogée  et  que  les  initiés  savaient  déterminer  avec 
précision  l'instant  où  la  lune  entrait  en  conjonction  avec  le  soleil, 
ils  continuaient  néanmoins  à  compter  les  jours  du  mois  à  partir 
du  soir  de  l'apparition  du  croissant,  dont  ils  calculaient  la  date  à 
l'avance,  sans  doute  à  cause  de  l'importance  rituelle  de  ce  phé- 
nomène. 

Or,  les  inscriptions  cunéiformes  contenant  des  tables  lunaires 
démontrent  nettement  que,  pour  la  latitude  de  Babylone,  l'inter- 
valle de  temps  entre  la  conjonction  astronomique  et  l'apparition 
de  la  faucille  varie  entre  dix-huit  et  cinquante-deux  heures,  et 
qu'en  moyenne  la  nouvelle  lune  apparaît  au  soir  du  lendemain  de 
la  conjonction. 

A  l'instar  de  tous  les  peuples  de  l'ancien  Orient,  les  Hébreux 


LE   TROIS  CENTIEME   CYCLE    DE   L'ERE  DU    MONDE  17 

comptaient  leurs  mois  à  partir  du  soir  de  l'apparition  de  la  faucille 
lunaire,  dont  on  faisait  régulièrement  l'observation.  Toutefois, 
une  tradition  ancienne  rapportée  par  l'astronome  arabe  Al-Biruni 
nous  apprend  que,  vers  Vannée  200  de  l'ère  des  Séleucides 
(111  avant  J.-C.),  le  Sanhédrin  de  Jérusalem  avait  adopté  le  calcul 
astronomique  de  la  date  de  l'apparition  de  la  nouvelle  lune, 
confirmée  ensuite  par  l'observation  directe.  Les  astronomes  juifs 
de  l'époque  avaient,  sans  doute,  eu  connaissance  de  la  méthode 
chaldéenne,  laquelle  s'appliquait  aussi  bien  à  la  Palestine,  la 
latitude  de  Jérusalem  étant  presque  la  même  que  celle  de  Babylone. 
Or,  cette  méthode,  dont  nous  connaissons  aujourd'hui  les  prin- 
cipes, exige  le  calcul  préalable  de  la  conjonction  astronomique. 
On  continuait,  néanmoins,  à  compter  le  mois  à  partir  de  la  néo- 
ménie  visible,  bien  que  le  terme  hébreu  hodesch  (renouvellement) 
s'applique  plutôt  à  la  conjonction  astronomique,  et  qu'il  n'y  eût 
aucune  raison  sérieuse  d'ajouter  au  mois  écoulé  l'intervalle  de 
temps  compris  entre  la  conjonction  et  l'apparition  du  croissant. 
Cette  façon  de  supputer  les  temps,  et  surtout  la  proclamation  des 
néoménies  juives  aux  mêmes  dates  que  celles  des  payens, 
paraissent  bien  étranges.  C'est  sans  doute  la  difficulté  de  changer 
brusquement  les  usages  séculaires  qui  en  fut  la  cause. 

Toutefois,  nous  avons  des  raisons  de  croire  qu'à  une  certaine 
époque  de  l'histoire  juive,  peut-être  au  temps  de  R.  Yehouda 
Ha-Naçi  (fin  du  11e  siècle  après  J.-C),  le  Sanhédrin  avait,  pour  la 
consécration  des  néoménies,  substitué  la  conjonction  astrono- 
mique à  l'apparition  de  la  faucille.  En  effet,  un  passage  talmudique 

[Erachin,  9  b)  raconte    :  V'ttp   an   anb  mna  na  ana  '-i  Vn 

rrmfi  d"?  unpb  rriïtt  Ywa  abi  «  R.  Ada  b.  Ahaba  dit  à  Rab  : 
«  on  nous  enseigne  que  ce  n'est  point  un  précepte  religieux  de 
«  consacrer  les  néoménies  d'après  l'observation  de  la  faucille...  » 

Dans  ces  conditions,  ie  nouveau  mois  commençait  le  soir  même 
du  jour  de  la  conjonction,  en  comptant  au  mois  écoulé  seulement 
la  fraction  de  jour  postérieure  à  l'instant  de  cette  syzygie,  suivant 
le  principe  talmudique  (Meguilla,  5  a)  :  û^nnb  nrarra  iina  ûw 
triainb  nvia  niarra  nn«  -wi  «  on  compte  les  jours  du  mois,  mais 
non  les  heures  ». 

11  est  même  possible  que,  dans  le  but  de  rendre  cette  réforme 
moins  brusque,  on  comptait  pour  le  lendemain  toute  conjonction 
arrivée  passé  midi  (à  la  manière  des  astronomes),  principe  conservé 
dans  le  système  du  calendrier  moderne  sous  la  dénomination  de 
Mo  lad  zaken. 

T.  LXXV,  n"  149.  2     - 


18 


REVUE  DES  ETUDES  JUIVES 


ANNÉES 

CONJONCTION  MOYENNE 

H 

z 

w 

a 

<  i 

DATE 

du 

300e  , 

sycle 

MOLAD 

DATE,  HEURES  ET  MINUTES 

•4J 
"fi 

ROSCH-HASCIIANA 

I 

5682 

1-9-989 

2  oct.  1921,  3  h.  55  m. 

II 

3  oct.  1921 

2a 

II 

5683 

5-18-785 

21  sept.  1922,  12  h.  44  m. 

I,  11 

23  sept.  1922 

7d| 

III 

5684 

3-3-581 

10  sept.  1923,  21  h.  32  m. 

» 

11  sept.  1923 

3R 

IV 

5685 

2-1-90 

28  sept.  1924,  19  h.  5  m. 

» 

29  sept  1924 

2  a 

V 

5686 

6-9-966 

18  sept  1925,  3  h.  54  m. 

II 

19  sept.  1925 

7  a 

VI 

5687 

3-18-762 

7  sept  1926,  12  h.  42  m. 

I 

9  sept.  1926 

5  D 

VII 

5688 

2-16-271 

26  sept.  1927,  10  h.  15  m. 

IV 

27  sept.  1927 

3  r 

VIII 

5689 

7-1-67 

14  sept.  1928,  19  h.  4  m. 

)) 

15  sept.  1928 

7  A 

IX 

5690 

5-22-656 

3  oct.  1929,  16  h.  35  m. 

1,11 

5  oct.  1929 

7  d 

X 

5691 

3-7-452 

23  sept.  1930,  1  h.  25  m. 

» 

23  sept.  1930 

3  r 

XI 

5692 

7-16-348 

12  sept.  1931,  10  h.  19  m. 

» 

12  sept.  1931 

7A 

XII 

5693 

6-13-837 

30  sept.  1932,  7  h.  47  m. 

II 

1er  oct.  1932 

7  a 

XIII 

5694 

3-22-633 

19  sept.  1933,  16  h.  35  m 

1,11 

21  sept.  1933 

5  r 

XIV 

5695 

1-7-429 

9  sept  1934,  1  h.  24  m. 

II 

10  sept.  1934 

2D 

XV 

5696 

7-4-1018 

27  sept.  1935,  22  h.  57  m. 

)) 

28  sept  1935 

7  a 

XVI 

5697 

4-13-814 

16  sept  1936,  7  h.  45  m. 

II 

17  sept.  1936 

5  r 

XVII 

5698 

1-22-610 

5  sept  1937,  16  h.  34  m. 

II 

6  sept.  1937 

2  A 

XVIII 

5699 

7-20-119 

24  sept.  1938,  14  h.  6  m. 

I,  II 

26  sept.  1938 

2d 

XIX 

5700 

5-4-995 

13  sept.  1939,  22  h.  55  m. 

)) 

14  sept.  1939 

:;  \ 

247e  c 

ycle 

VIII 

4682 

4-11-932 

5  sept.  921,  5  h.  52  m. 

II 

6  sept.  921 

5  À 

IX 

4683 

3-9-441 

24  sept  922,  3  h  25  m 

III 

26  sept  922 

.1  i' 

X 

4684 

7-18-327 

13  sept.  923,  12  li.  13  m. 

I,  II 

13  sept.  923 

2<l 

LE   TROIS  CENTIÈME  CYCLE  DE   L'ÈKE   DU   MONDE 


19 


CONJONCTION   VRAIE   ASTRONOMIQUE 
(à  Jérusalem) 

APPARITION 
de  la 

FAUCILLE    LUNA1R] 

le  soir  du 

LE  ROSCH  -HASCHANA 

est  en  avance  ( — ) 
ou  en  retard  (+) 

SUR    LE     LENDF.MAiiv     nw 

ATE,    HEURES   ET   MINUTES 

DISTANCE 

du 
PÉRIGÉU 

LATITUDE 
de  la 
LUNE 

:          la 
conjonctior 
astro- 
nomique 

1  apparition 

de  la 

faucille 

oct.  1921,  14  h.  21  m 

+     51° 

—  0°53' 

2  oct.  1921 

+     1 

0 

sept.  1922,  G  h.  40  m. 

+      1° 

—  0°16' 

22  sept.  1922 

+     1 

0 

sept.  1923,  22  h.  45  m. 

—     50° 

+  0°27' 

12  sept.  1923 

0 

—     2 

sept.  1924,  22  h.  2  m. 

—     74° 

+  3°38' 

30  sept.  1924 

0 

—     2 

sept.  1925,  4  h.  11  m. 

—   124° 

+  4°6' 

19  sept.  1925 

0 

—     1 

sept.  192G,  6  h.  6  m. 

—   175° 

+  4°27' 

8  sept.  1926 

+  1 

0 

sept.  1927,  0  h.  25  m. 

+   161° 

+  5°5' 

27  sept.  1927 

0 

—     1 

sept.  1928.  3  h.  47  m. 

+   112° 

+  4°55' 

15  sept.  1928 

0 

—     1 

oct.  1929,  0  h.  54  m. 

+     87° 

-f  2°52' 

4  oct.  1929 

+  1 

0 

sept.  1930,  13  h.  52  m. 

+     37° 

-f  2°20' 

23  sept.  1930 

0 

—    1 

sept.  1931,  8  h.  50  m. 

—     13° 

+  1°35* 

13  sept.  1931 

—   1 

—     2 

sept.  1932,  7  h.  9  m. 

—     38° 

—  1°45" 

1er  oct.  1932 

0 

—     1 

sept.  1933,  20  h.  6  m. 

—     88° 

—  2°25' 

21  sept    1933 

0 

—     1 

sept    1934,  2  h.  50  m. 

—    138° 

—  3°6' 

30  sept.  1934 

0 

—     1 

sept.  1935,  20  h.  7  m. 

—   163° 

—  4°58' 

29  sept.  1935 

0 

—     2 

sept.  1936,  20  h.  6  m. 

+   147° 

—  5°6' 

17  sept.  1936 

0 

—     1 

sept.  1937,  1  h.  10  m. 

+     96° 

—  5°9' 

6  sept.  1937 

0 

—     1 

23  sept.  1938,  23  h. 

-f     72° 

—  3°56' 

25  sept.  1938 

+  1 

0 

•ept.  1939,  13  h.  24  m. 

+     22° 

—  3°30' 

14  sept.  1939 

0 

—     1 

ept.  921,  21  h.  22  m. 

+     43° 

+  4°42' 

5  sept.  921 

0 

0 

-«•pi-  923,  22  h   48  m. 

+     19° 

+  :• 

24  sept.  922 

+  1 

+  < 

;epl.  924,  12  h.  58  m. 

—     32° 

+  4°46' 

14  sept.  923 

+  1 

0 

20  HEVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

L'impénétrable  mystère  qui  avait  enveloppé  les  délibérations  de 
la  Commission  synhédriale  du  Calendrier  [Sod  Ha-lbour)  et  les 
allusions  qui  y  sont  faites  dans  le  Talmud  démontrent  nettement 
qu'on  tenait  alors  à  cacher  soigneusement  au  public  les  règles  qui 
servaient  de  base  à  la  fixation  des  néoménies  et  des  fêtes  reli- 
gieuses. L'une  de  ces  règles  fut  sans  doute  la  conjonction  astro- 
nomique, remplacée  plus  tard  parla  conjonction  moyenne  (Molad), 
base  du  calendrier  moderne.  L'écart  entre  les  deux  conjonctions 
peut  atteindre  quatorze  heures,  selon  que  le  Molad  arrive  avant  ou 
après  la  conjonction  vraie  astronomique.  Du  reste,  on  procède 
d'abord  au  calcul  de  la  conjonction  moyenne,  en  supposant  inva- 
riable la  durée  d'une  lunaison.  On  recherche  ensuite  l'influence 
produite  par  les  mouvements  anomalistiques  du  soleil  et  de  la 
lune  pour  trouver  l'instant  de  leur  commune  longitude.  Le  com- 
mencement d'un  mois  peut  différer  d'un  jour,  suivant  qu'on  adopte 
l'une  ou  l'autre  des  deux  conjonctions  comme  base  du  comput; 
la  différence  atteindra  plusieurs  jours  entre  le  calendrier  juif 
moderne  et  l'ancien  système  fondé  sur  l'observation  de  la  faucille 
lunaire.  Le  passage  direct  de  cet  ancien  système  au  comput  actuel 
est  donc  improbable.  Il  a  dû  y  avoir,  entre  les  deux,  un  système 
intermédiaire,  fondé  sur  la  conjonction  astronomique. 

A  défaut  d'une  preuve  directe,  notre  hypothèse  trouvera  sa 
démonstration  dans  les  règles  d'ajournement  dont  est  surchargé 
le  calendrier  juif  moderne  ;  nous  allons  en  rappeler  brièvement  les 
principaux  éléments  : 

Le  mois  de  tichri  (premier  mois  de  l'année)  commence  par  le 
jour  dans  lequel  tombe  la  conjonction  moyenne,  à  l'exception  des 
quatre  cas  suivants,  où  le  commencement  du  mois  est  ajourné  au 
lendemain  (et  quelquefois  au  surlendemain)  : 

I.  (ipT  iVie).  Lorsque  la  conjonction  arrive  à  midi  ou  passé 
midi  ; 

II.  (Y/éin).  Lorsque  la  conjonction  tombe  le  dimanche,  le  mer- 
credi ou  le  vendredi  ; 

III.  (nff"iïtt),  Lorsqu'en  une  année  ordinaire  la  conjonction 
tombe  le  mardi,  à  9  heures  et  204  scrupules  (l'heure  étant  divisée 
en  1080  scrupules  ;  chaque  scrupule  =  3  i/3  de  seconde)  ; 

IV.  (a"Dpn  Van).   Lorsqu'en  une  année  ordinaire  succédant  à 


LE   TROIS   CENTIÈME   CYCLE   DE  L'ÈRE  DU   MONDE  21 

une  année  embolismique  (de  treize  mois),  la  conjonction  tombe  le 
lundi,  à  15  heures  et  589  scrupules  '. 

L'institution  du  système  des  ajournements  avait  évidemment 
pour  but  de  rapprocher  pratiquement  le  comput  moderne,  pro- 
clamé par  Hillel  II  en  l'année  359,  de  celui  qui  était  usité  aupa- 
ravant. G;est  du  moins  l'opinion  émise  par  la  plupart  des  savants 
qui  se  sont  occupés  de  la  question  2.  Or,  comme  nous  allons  voir 
par  les  résultats  des  calculs  appliqués  aux  dix-neuf  années  du 
trois  centième  cycle  de  l'ère  du  monde,  celui  qui  vient  de  com- 
mencer le  3  octobre  1921,  l'effet  produit  par  les  ajournements, 
c'est  de  rapprocher  les  dates  du  premier  tichri  de  celles  indiquées 
par  les  conjonctions  astronomiques,  en  s'écartant  davantage  de 
celles  que  donne  l'apparition  de  la  faucille  lunaire. 

Dans  le  tableau  ci-contre  sont  disposées  dans  les  colonnes  verti- 
cales les  années  du  trois  centième  cycle  (5682  à  5700],  les  con- 
jonctions moyennes,  les  cas  d'ajournement,  les  dates  du  Roch- 
Hachana  (premier  tichri)  ainsi  que  les  caractères3  des  années 
(suivant  les  formules  adoptées  dans  le  comput  juif  moderne). 
Viennent  ensuite  les  conjonctions  astronomiques,  les  distances  du 
périgée  et  les  latitudes  de  la  lune,  éléments  servant  à  calculer 
l'apparition  de  la  faucille  lunaire,  dont  les  dates  sont  indiquées 
dans  la  colonne  suivante.  Les  deux  dernières  colonnes  donnent 
les  différences  des  dates  résultant  soit  de  la  conjonction  astrono- 
mique, soit  de  l'apparition  de  la  faucille  lunaire.  Un  simple  coup 
d'oeil  démontre  que  le  calendrier  moderne,  avec  ses  cas  d'ajour- 
nement, s'accorde  bien  mieux  avec  les  dates  de  la  conjonction 
astronomique  qu'avec  celles  de  l'apparition  du  croissant,  ce  qui 
prouve  le  bien-fondé  de  notre  thèse. 

Dans  le  bas  de  notre  tableau,  nous  avons  ajouté  les  trois  années 
du  deux  cent  quarante-septième  cycle  (4682  à  4684),  celles  qui 
furent,  il  y  a  un  millier  d'années,  l'objet  de  la  célèbre  polémique 

i.  Ce  quatrième  cas  d'ajournement  (^"Dpn  VUS),  très  rare,  se  présentera  en  1927 
(septième  de  notre  tableau)  pour  la  dixième  fois  depuis  l'institution  du  comput  juif 
moderne.  Les  neuf  cas  précédents  sont  les  années  juives  4179  (418),  4257  (496),  4506 
(745),  4602  (841),  4849  (1188),  5096  (1335),  51*94  (1433),  5441  (1680)  et  5519  (1758). 

2.  V.  Dr  Adolf  Scbwarz,  Der  judische  Kalender,  Breslau,  1872,  p.  54-61,  où  les 
différentes  opinions  sont  résumées  et  critiquées. 

3.  Le  caractère  d'une  année,  exprimée  par  une  brève  formule  composée  d'un 
chiffre  et  d'une  lettre  minuscule  (année  commune)  ou  majuscule  (année  embolis- 
mique) désigne  sa  longueur  et  la  férié  par  laquelle  elle  commence  ;  par  ex.  : 
2  a  =  année  abondante  (355  jours)  commençant  par  un  lundi  ;  S  r  =  année  régu- 
lière (354  jours)  commençant  par  un  mardi  ;  7  d  =  année  déficiente  (353  jours), 
qui  débute  par  un  samedi.  L'année  embolismique  compte  30  jours  de  plus. 


22  REVUE  DES  ETUDES  JUIVES 

entre  R.  Saadia  et  Ben  Mélr  au  sujet  de  l'application  de  l'une 
des  règles  d'ajournement  '. 

En  résumé,  nous  estimons  que  le  comput  juif  avait  subi  succes- 
sivement différentes  modifications  en  ce  qui  concerne  le  principe 
de  fixer  les  néoménies,  en  passant  par  les  trois  phases  suivantes  : 

1°  Observation  de  la  faucille]  lunaire  dans  l'antiquité  et  calcul 
astronomique  de  ce  phénomène  dans  la  suite; 

2°  Remplacement  de  ce  système  (d'origine  payenne)  par  la 
conjonction  astronomique  ; 

3°  Substitution  de  la  conjonction  moyenne  (Molad)  à  la  conjonc- 
tion astronomique,  avec  application  des  règles  d'ajournement. 

D.  Sidersky. 

1.  V.  Revue  des  Éludes  juives,  XLII,  178-9. 


DEUX  FRAGMENTS 


D  UN 


GLOSSAIRE    HEBREU-FRANCAIS 

DU  XIIIe  SIÈCLE 


Les  fragments  publiés  dans  cet  article  ont  été  découverts  par 
moi  dans  la  reliure  de  deux  recueils  de  documents  divers  conservés 
aux  Archives  de  la  Ville  de  Bologne.  Au  moyen  âge  on  avait  l'habi- 
tude de  relier  les  livres  et  les  manuscrits  avec  des  feuilles  de 
parchemin  provenant  de  manuscrits  dont  on  ne  se  servait  plus 
ou  que  l'on  croyait  dépourvus  de  toute  valeur.  On  en  trouve 
dans  toutes  les  bibliothèques  et  surtout  dans  les  archives,  et  bien 
des  fois,  en  les  étudiant  avec  soin,  on  a  eu  la  bonne  fortune  de 
découvrir  des  fragments  historiques  ou  littéraires  du  plus  haut 
intérêt. 

Dans  les  archives  de  Bologne  mon  attention  s'est  fixée  seulement 
sur  les  fragments  des  manuscrits  hébraïques.  Ayant  obtenu  du 
conservateur,  l'aimable  Cav.  Livi,  la  permission  de  les  détacher, 
je  les  fis  nettoyer,  les  cataloguai  et  en  donnai  une  description 
sommaire.  Outre  les  deux  qui  forment  le  sujet  de  cette  étude,  la 
collection  conserve  des  fragments  de  manuscrits  bibliques  et  de 
manuscrits  contenant  le  commentaire  de  Raschi  sur  le  Penta- 
teuque,  l'un  des  ouvrages  qu'on  trouve  le  plus  fréquemment  dans 
les  bibliothèques  ;  en  outre  un  morceau  d'ouvrage  rituel  et  un 
fragment  du  Ta'srif  de  Zahrawi  dans  la  traduction  de  Ghem-Tob 
de  Tortose*. 

L'importance  des  glossaires  hébreu-français,  soit  pour  l'histoire 
de  l'exégèse  biblique  au  moyen  âge,  soit  pour  l'histoire  de  la 

1.  Cf.  M.  Steinschneider,  Die  hebràischen  Uebersetzungen  des  Mittelalters,  etc., 
p.  740  et  s. 


24  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

langue  française  et  de  ses  dialectes,  a  été  démontrée  depuis  long- 
temps ;  il  serait  inutile  d'y  insister  encore.  On  en  connaît  sept  qui 
ont  été  conservés  dans  leur  intégrité  ou  à  peu  près  :  deux  à  Paris, 
deux  à  Parme,  un  à  Bâle,  un  à  Londres  et  un  à  Leipzig.  Le  glos- 
saire de  Turin  a  été  détruit,  parmi  bien  d'autres  manuscrits,  dans 
l'incendie  de  1904.  Un  seul  de  ces  glossaires  a  été  publié  intégrale- 
ment, à  savoir  le  n°  302  de  la  Bibliothèque  Nationale  ';  celui  de 
Leipzig  l'a  été  seulement  en  partie2.  Tous  ces  glossaires  ont  été 
étudiés  et  décrits  depuis  longtemps  par  Arsène  Darmesteter3.  Plus 
tard  ont  été  publiés  deux  fragments  de  glossaires,  l'un  par  M.  E.  N. 
Adler  \  l'autre  par  M.  Porges  5. 

Le  fragment  de  Bologne  comprend  quatre  feuillets  de  parche- 
min in-4°.  Les  deux  premiers  (fragment  n°  1,  Isaïe,  xlviii,  13  à 
liv,  4)  sont  assez  bien,conservés,les  deux  derniers  (fragment  n°  2: 
Job,  vu,  6  à  xi,  20)  ont  été  mutilés  dans  les  marges  comme  il  arrive 
souvent  et  sont  en  très  mauvais  état.  Ils  fournissent  par  consé- 
quent un  matériel  linguistique  bien  moindre  et  en  tout  cas  moins 
sûr.  Dans  les  deux  fragments,  les  points-voyelles,  très  importants 
dans  ce  genre  de  glossaire  et,  en  général,  dans  n'importe  quelle 
transcription  de  ûn^ib,  sont  très  souvent  illisibles,  là  où  le  parclie- 
min  a  été  usé  par  le  frottement  ;  quelquefois  les  lettres  mêmes 
ont  pâli  sensiblement.  Toutefois,  la  phonologie  et  le  système  de 

1.  V.  Mayer  Lambert  et  L.  Brandin,  Glossaire  hébreu-français  du  XIIIe  siècle, 
Paris,  Leroux,  1905. 

2.  Dr.  Arnold  Aron,  Das  hebràisch-altfranzosiche  Glossar  der  Leipziger  Univer- 
sitàls-Bibliolek  (Ms.  102),  zutn  ersten  Mal  ausfiihrlich  besprochen,  Erlangen,  1907.  Sur 
le  glossaire  d'Oxford,  v.  A.  Neubauer  dans  les  Romanische  Sludien  de  Bôhmer,  t.  I, 
p.  165  suiv.,  et  D.  S.  Blondheim,  Le  Glossaire  d'Oxford,  R.E.J.,  t.  LVII,  p.  1-18. 

3.  V.  Archives  des  missions  scientifiques  et  littéraires,  1878,  383-442  ;  Gloses  et 
glossaires  hébreux-français  du  moyen  âge  dans  Roma?iia,  t.  I,  p.  146-176.  Ces  arti- 
cles et  les  autres  sur  le  même  sujet  furent  plus  tard  réunis  dans  les  Reliques  scienti- 
fiques, t.  I,  p.  107-307,  sous  le  titre  d'Etudes  judéo- françaises.  V.  du  même  auteur  : 
Les  Gloses  françaises  de  Raschi  dans  la  Bible,  Paris,  1909  (T.  à  p.  de  la  R.E.J., 
années  1907-1908)  ;  D.  S.  Blondheim,  Contribution  à  la  lexicographie  française 
d'après  les  sources  rabbiniques  [Romania,  1910)  et  J.  Oesterreicher,  Beitrâge  zur 
Geschichte  der  jiidiscli-franzosischen  Sprache  und  Lilteralur  in  Mitlelalter,  Czer- 
nowitz,  1896. 

4.  R.E.J.,  t.  L,  p.  197  et  suiv. 

5.  Ibid.,  t.  LXVI1,  p.  183  et  suiv.  M.  Israël  Lévi  suggère  que  les  fragments  décou- 
verts par  moi  pourraient  provenir  du  même  glossaire  auquel  appartenaient  autrefois 
les  fragments  découverts  par  MM.  Adler  et  Porgès  (est-ce  que  ces  deux  fragments 
appartiennent  au  même  glossaire  ?j.  Cette  possibilité  est  exclue  à  mon  avis  parles 
divergences  dans  la  transcription  et  la  vocalisation.  V.  plus  loin  le  texte.  M.  D.-S. 
Blondheim  a  eu  l'obligeance  de  lire  mon  article  et  de  me  suggérer  plusieurs  rectifica- 
tions, ce  dont  je  le  remercie  vivement. 


DEUX    FRAGMENTS   D'UN   GLOSSAIRE   HÉBREU-FRANÇAIS  25 

transcription  ayant  été  établis,  on  peut  toujours  restituer  les 
points-voyelles  sans  trop  de  difficulté.  L'écriture  carrée  du  type 
franco-allemand  et  la  qualité  du  parchemin  suggèrent  comme 
l'époque  la  plus  probable  du  manuscrit  la  fin  du  xme  siècle  •.  La 
disposition  des  matières  est  telle  qu'on  la  rencontre  dans  la  plupart 
de  ces  glossaires,  c'est-à-dire  que  le  mot  ou  le  passage  biblique  est 
suivi  de  la  traduction  française  en  transcription  ;  suivent  encore 
la  citation  d'un  passage  biblique  afférent  et  l'explication  du  mot 
même,  généralement  au  moyen  d'un  synonyme.  Quelquefois  la 
troisième  ou  la  quatrième  partie  manque  2.  On  observera  que  dans 
le  fragment  n°  1  la  citation  du  passage  topique  est  presque  toujours 
introduite  par  l'abréviation  'a  =  1733  et  l'explication  par  l'abrévia- 
tion 'b  =ïw3b,  tandis  que  dans  le  fragment  n°  3  a  lieu  le  contraire. 
Cette  circonstance  peut  faire  penser  que  les  deux  fragments, 
quoique  appartenant  vraisemblablement  au  même  glossaire,  n'ont 
pas  été  transcrits  par  le  même  écrivain.  Une  telle  supposition 
expliquerait  aussi  certaines  différences  dans  la  transcription  et 
dans  la  vocalisation. 

Les  particularités  de  la  langue  représentée  dans  ces  fragments 
me  semblent  être  celles  du  français  du  Nord-Est  (Lorraine,  Cham- 
pagne) au  xiii9  (xive  ?)  siècle  ;  je  n'ose  toutefois  prononcer  un 
jugement  définitif,  n'étant  pas  compétent  en  cette  matière.  Un  tel 
jugement  doit  être  fondé  avant  tout  sur  la  prononciation  des  sons 
vocaliques,  telle  qu'on  la  déduit  de  la  transcription  des  mots  fran- 
çais, lesquels  doivent  être,  par  conséquent,  reproduits  avec  la 
plus  grande  exactitude.  A  ce  propos,  il  convient  d'observer  qu'il 
n'existe  pas  de  correspondance  parfaite  entre  deux  glossaires. 
Ainsi,  par  exemple,  le  fragment  Adler,  tout  en  ayant,  comme 
M.  Lévi  l'ajustement  relevé3,  plusieurs  points  de  contact  avec  le 
glossaire  n°  301  de  Paris,  en  diffère  sous  certains  aspects  :  la  ter- 
minaison de  la  troisième  personne  du  pluriel  du  futur,  entre 
autres,  y  est  écrite  constamment  :  -tint,  tandis  que  le  glossaire 
de  Paris  a  dans  ce  cas  :  -ontk.   Le  fragment  Porgès,  qui  s'ac- 

1.  L'écriture  fournit  un  indice  presque  toujours  sûr  de  la  provenance  mais  non  de 
l'époque  des  mss.  hébraïques.  Dans  notre  cas,  l'étude  du  matériel  phonologique  et 
grammatical  peut  aider  les  connaisseurs  à  établir  un  jugement  plus  arrêté. 

2.  Comme  dans  le  fragm.  Porgès;  dans  le  fragm.  Adler,  la  citation  biblique 
manque  toujours. 

3.  V.  R.E.J.,  t.L,  p.  198. 

4.  M.  Blondheim  me  rappelle  toutefois  que  le  texte  du  ms.  n°  301  de  Paris  n'a  de 
points-voyelles  qu'exceptionnellement  et  qu'on  ne  doit  pas,  par  conséquent,  attribuer 
une  grande  valeur  à  la  vocalisation  des  mots  français,  due  sans  doute  aux  éditeurs 
plutôt  qu'au  glossateur. 


26  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

corde  avec  le  fragment  Adler  dans  la  terminaison  :  -tint,  a  tou- 
tefois les  possessifs  :  -mnn,  tun,  sun  au  lieu  de  mon,  ton,  son, 
comme  dans  le  fragment  de  Bologne  et  dans  le  glossaire  de  Paris. 
Le  fragment  de  Bologne  s'accorde  avec  le  fragment  Porgès  dans 
la  terminaison  :  -ant  et  dans  la  préposition  an  (Paris  et  Adler  : 
-ent,  en)  mais  s'en  éloigne  dans  la  terminaison  :  -ont  et  dans 
les  possessifs  :  -mon,  ton,  son.  Il  serait  facile  d'accroître  le 
nombre  des  exemples;  je  me  suis  limité  à  quelques-uns,  mon 
intention  n'étant  pas  de  dresser  une  table  analytique  du  maté- 
riel contenu  dans  ces  glossaires.  M.  Lévi  a  dit  justement  {  :  «Pour 
l'histoire  de  la  langue  française  ces  glossaires  seront  surtout  ins- 
tructifs quand  ils  auront  tous  vu  le  jour  et  auront  pu  être  replacés 
dans  la  province  et  le  temps  où  ils  ont  été  composés.  »  Je  pense 
qu'un  travail  compréhensif  et  conclusif  comme  celui  que  souhaite 
M.  Lévi  pourrait  être  rendu  plus  aisé,  si,  à  chaque  publication, 
même  d'un  fragment,  on  avait  l'habitude  de  joindre  une  table  des 
formes  grammaticales,  terminaisons,  groupes  de  voyelles  et  de 
consonnes,  etc.,  selon  la  prononciation  attestée  dans  le  glossaire 
ou  fragment  de  glossaire,  en  ayant  soin  d'y  ajouter  la  graphie  cor- 
respondante du  français  moderne  2.  De  telle  manière,  le  savant 
qui  entreprendrait  de  réunir  et  de  classer  tout  ce  vaste  matériel 
n'aurait  pas  besoin  de  se  le  procurer  en  analysant  tous  les  glos- 
saires et  les  fragments  existants,  puisqu'il  le  trouverait  au  moins 
en  partie  déjà  réuni  et  arrangé.  La  valeur  des  signes  vocaliques 
est  à  peu  près  la  même  dans  les  divers  glossaires,  qui  sont  tous 
d'origine  franco-allemande.  Nous  avons  en  effet  :  n  =  a  ;  n  =  e  ; 
s  et  ^  =  é,  è  (ai)  ;  n  et  i»  =  i  ;  i  =  o;  *i  =  u.  Les  signes 
composés  avec  le  Schewa  et  le  Qibbouz  ne  se  rencontrent  jamais. 
Le  Qamez  («)  est  assez  rare  et  se  rencontre  seulement  dans  cer- 
tains glossaires  3,  généralement  pour  exprimer  la  voyelle  dans  la 
terminaison  :  -ant  (français  moderne  :  -ent)  ex.  :  Bajp'pWT  = 
debrizemant  (ont).  J'ignore  si  la  prononciation  du  Qamez  en  France, 
à  l'époque  où  ces  glossaires  ont  été  rédigés,  est  tout  à  fait  assurée. 
Qu'il  me  soit  permis  en  tout  cas  d'observer  que  l'usage  du  Qamez 


1.  Art.  cit.,  p.  198. 

2.  Cette  habitude  n'est  malheureusement  pas  toujours  suivie  par  les  éditeurs.  Tout 
à  fait  déplorable  est  le  système  adopté  par  M.  Porgès  {R.E.J.,  LXVII,  p.  185  et  suiv.) 
qui  s'est  borné  à  reproduire  dans  son  article  le  teite  hébraïque,  sans  plus,  ce  qui  rend 
sa  publication  inutile  pour  tous  les  romanistes  qui  n'ont  pas  la  connaissance  de  l'hébreu, 
et  c'est,  je  crois,  le  cas  de  la  plupart. 

3.  Paris,  n°  302,  Leipzig,  Parme,  ne  60  et  d'autres. 


DEUX   FRAGMENTS  D'UN   GLOSSAIRE   HÉBREU-FRANÇAIS  27 

au  lieu  du  Patachdans  ces  cas  particuliers,  exclut  apriorila.  possibi- 
lité que  les  deux  signes  représentent  le  même  son  vocalique.  Or, puis- 
que il  est  établi  que  le  Patach  correspond  au  son  a,  il  s'ensuit  que  le 
Qamez  aura  été  employé  pour  exprimer  un  son  vocalique  différent, 
probablement  Yo  môme  ou  un  son  intermédiaire  entre  a  et  o,  ce  qui 
pourrait  s'accorder  avec  le  fait  qu'à  la  syllabe  an  (ant)  du  français 
correspond  assez  souvent  on  (ont)  dans  les  dialectes  de  la  France 
orientale.  Quelques-uns  parmi  ces  glossaires  présentent,  en  dehors 
des  diversités  dans  la  transcription  et  la  vocalisation,  des  particu- 
larités dignes  d'observation.  Telle  est,  dans  les  fragments  de  Bolo- 
gne, la  permutation  de  /  et  r  dans  certains  mots  où  ces  deux 
consonnes  sont  précédées  ou  suivies,  par  une  autre  consonne, 
exemple  :  clachat  [crachat)  ;  croront  (cloront)  ;  corpors  (coul- 
peurs)  etc.  Intéressant  aussi  est  Yu  dans  prumier  (premier)  et  la 
forme  è cracha  (écrasa).  Dans  la  table  ci-jointe  je  n'ai  tenu  compte 
que  du  seul  matériel  phonétique  en  laissant  de  côté  tout  ce  qui 
concerne  les  formes  grammaticales,  mes  connaissances  en  cette 
matière  ne  me  permettant  pas  d'approfondir  l'analyse  sous  cet 
aspect.  Dans  la  transcription  j'ai  suivi  soigneusement  la  graphie 
du  texte  hébraïque  sans  tenir  aucun  compte  de  celle  du  français 
moderne,  dont  j'ai  donné  toutefois,  çà  et  là,  la  forme  correspon- 
dante entre  parenthèses,  surtout  quand  il  s'agissait  d'éviter  la 
confusion  entre  des  sons  ou  des  terminaisons  diverses  transcrites 
de  la  même  manière  '.  Dans  un  seul  cas  je  me  suis  éloigné  de  cette 
règle,  c'est  dans  la  transcription  de  a  avec  v  dans  les  cas  où  cette 
lettre  ne  correspond,  en  réalité,  pas  à  la  consonne  b,  mais  bien  à  la 
consonne  v,  pour  laquelle  on  n'emploie  généralement  pas  le  Waio 
dans  la  transcription  hébraïque.  La  vocalisation  des  passages 
bibliques  cités  ou  expliqués  dans  les  fragments  de  Bologne  est, 
comme  toujours  dans  ces  glossaires,  incorrecte  au  dernier  degré, 
le  Qamez,  le  Schoureq,  le  Ségol  et  toutes  les  voyelles  composées 
faisant  complètement  défaut.  La  vocalisation  correcte  est  tout  à 
fait  exceptionnelle  et  ne  se  rencontre  que  dans  les  passages  cités. 
Or,  comme  ces  passages  ne  sont  généralement  pas  pourvus  de 
points-voyelles,  il  est  extrêmement  probable  que  ces  derniers  y  ont 
été  ajoutés  plus  tard.  Je  n'ai  pas  restitué  les  points-voyelles  là  où 
ils  manquent,  ni  là  où  ils  sont  devenus  illisibles.  Une  ligne  brisée 

1.  Le  lecteur,  qui  n'est  pas  en  état  de  contrôler  la  traduction  française  sur  le  texte 
hébraïque,  peut  facilement  hésiter  entre  le  participe  passé  en  é  et  la  première  personne 
du  singulier  du  passé  en  ai  transcrite  également  avec  é  (Çèrê)  ;  entre  la  terminaison 
du  pluriel  -ans  et  la  terminaison  -ances,  etc. 


28  KEVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

indique  toujours  une  lacune  plus  ou  moins  étendue  dans  le  texte, 
causée  généralement  par  une  coupure  ou  une  déchirure  dans  le 
parchemin.  Au  point  de  vue  exégétique,  quoique  un  jugement 
définitif  soit  encore  prématuré,  l'influence  prédominante  deRaschi, 
reconnue  déjà  par  Darmesteter  »,  me  semble  incontestable.  Elle 
ressort  particulièrement  en  ces  parties  de  la  Bible,  comme  le  livre 
d'Isaïe,  le  livre  de  Job,  etc.,  où  l'obscurité  du  texte  rendait  possi- 
ble une  plus  grande  variété  dans  l'interprétation.  On  rencontre 
toutefois  des  passages  dans  lesquels  le  glossateur  n'a  pas  suivi 
l'interprétation  de  Raschi;  quelquefois  môme  il  en  a  donné  une 
meilleure.  Certaines  explications  semblent  dérivées  d'une  lecture 
différente  de  la  lecture  massorétique  et  présentent  naturellement 
un  certain  intérêt.  Le  glossateur  a  toujours  donné  une  traduction 
littérale,  c'est  pourquoi  il  n'a  pas  tenu  compte  dans  les  formes 
verbales  des  relations  syntaxiques  qui  en  déterminent  ou  en  modi- 
fient le  sens.  Ainsi  le  parfait  est  toujours  rendu  par  le  temps  passé, 
là  même  où  il  a  valeur  de  futur  (cf.  Isaïe,  lui,  81,  etc.),  tandis  que 
l'imparfait  est  rendu  par  le  futur,  là  même  où  il  a  valeur  de  passé 
(cf.  Isaïe,  lui,  42).  Je  n'ai  donné  que  très  peu  de  notes,  me  limitant 
à  ce  qui  était  indispensable  pour  l'intelligence  du  texte  :  j'ai  cru 
toutefois  devoir  ajouter  entre  parenthèses  l'indication  de  tous  les 
passages  bibliques  cités. 


ALPHABET  DE  TRANSCRIPTION 
DANS  LES  FRAGMENTS  DU  GLOSSAIRE  DE  BOLOGNE 

CONSONNES 

ALEPH.  Se  trouve  constamment  au  commencement  des  mots  pour  repré- 
senter la  syllabe  initiale  a  (N),  é  ("W)  et  o  (IN).  Dans  le 
corps  du  mot,  seulement  quand  il  y  a  double  a,  ex.  :  u;?:ND 
=  paames  (paumes),  cf.  TB'vaB  =  pâmés.  A  la  fin  du  mot, 
on  le  trouve  toujours  après  Ye  muet,  ex.  :  NpTl  =  roche. 

BETH.      Correspond  non  seulement  au  b,  mais  aussi  auv  (cf.  supra,  p.  4). 
GHIMEL.  Correspond  soit  an  g  (orgoil),  soit  au  j  (jostize).  Dans  ce  dernier 

cas  toutefois,  il  est  marqué  d'un  petit  trait  vertical  tel  qu'on 

l'emploie  pour  indiquer  le  gîm  arabe. 

1.  Cf.  Romania,  t.  I,  p.  176. 


DEUX   FRAGMENTS   D'UN   GLOSSAIRE    HÉBREU-FRANÇAIS  29 

DALETH  =  d. 

HE.  Au  commencement  du  mot  représente  l'aspiration,  ex.  "&n 
=  hâté.  Au  milieu  du  mot  je  l'ai  rencontré  une  seule  fois 
(Isaïe,  li,  3).  Il  suit  quelquefois  l'aleph  à  la  fin  du  mot  dans 
le  part.  pass.  fém.  (cf.  Is.,  xlix,  21). 

WAW.  N'a  jamais  valeur  de  consonne,  le  v  étant  toujours  représenté 
par  le  3. 

ZAYIN.  Correspond  généralement  à  Ys  faible  du  français  moderne,  ex.  : 
U-PH  =  dêzert  {désert).  Mais  on  le  trouve  aussi  dans  les 
mots  comme  jostize,  etc.,  qui,  dans  le  fr.  mod.,  ont  la 
sifflante  forte  (c,  ç).  Puisque,  dans  d'autres  mots  à  sifflante 
forte  comme  froncer,  etc.,  on  trouve  employé  le  Çadé 
(v.  infra),  on  serait  tenté  de  croire  que,  dans  jostize,  etc.,  le 
zayin  représente  réellement  la  sifflante  faible. 

HETH,  KAPH  et  'AYIN  ne  se  rencontrent  jamais,  les  sons  correspondants 
n'existant  pas  en  français. 

TETH.     Correspond  toujours  au  t,  à  l'exclusion  du  taw  qui  n'est  jamais 

employé. 
YOD.       N'a  jamais  valeur  de  consonne.  Pour  le  j,  v.  supra  à  la  lettre 

ghimel. 
LAMED  =  /.  Le  lamed  précédé  ou  suivi  d'un  (double)  yod  correspond  à 

17  mouillé,    ex.    :  'p'ôu"!  ==   retaliez   (retaillés);    Vïb^i'p 

=  cheviles  (chevilles). 

MEM  =  m. 

NOUN  =  n.    Le    noun   précédé  ou    suivi   du   yod   correspond  à  Y  h  (n 

palatal).  La  notation  en  est  toutefois  assez  irrégulière,  ex.  : 

U5fcn3","nû3',N  =   étreineras  ;   aWD'nîû'H   :=  détreniemani  ; 

n3ED"n"H  =  direinemant. 
SAMEKH  ne  se  rencontre  jamais,  Ys  étant  toujours  représenté  par  le  sin 

(cf.  toutefois  infra  à  l'article  Çade). 

PE.  Représente  indifféremment  Yf,  ex.  :  U3D3N  =  anfant  et  le  p, 
ex.  :  Np-PD  =  perche. 

ÇADE.  Ne  se  rencontre  jamais  au  commencement  des  mots,  Ys  initial 
étant  toujours  représenté  par  le  sin.  Au  milieu  du  mot  on 
le  trouve  souvent  employé  pour  la  sifflante  forte  dentale 
(fr.  mod.  :  c,  ç),  ex.  :  C333t3ina  =  fronçant  ;  ta^THSN 
=  andurcit.  A  la  fin  du  mot  on  le  rencontre  après  Yi,  Yu  et 
l'e  sonore,  là  où  le  français  moderne  écrit  1'*,  ex.  :  "pb-p^ 
=  merléz  ;  )"nnj^  =  tanduz;  quelquefois  môme  à  la  fin  du 
part.  pass.  m.  sing.,  ex.  :  y^m^N  "nu^N  =  é  seré  énoréz  (et 
serai  honoré).  Assez  fréquent  est  le  çade  à  la  fin  du  part, 
prés.,  ex.  :  ysiOSiN  =  ocianz. 


30  REVUE  DES   ÉTUDES  JUIVES 

QOPH.  Correspond  soit  au  c,  soit  au  ch.  Dans  ce  dernier  cas.,  elle  est 
marquée  avec  un  petit  trait  vertical,  ex.  :  U5*mp  =  cordes; 
wb^np  =  cheviles. 

RESCH  =  r. 

SIN.  Représente  toujours  la  sifflante  dentale  [s),  jamais  la  sifflante 
linguale  ou  cérébrale  (sch). 

TAW.      Ne  se  rencontre  jamais  (v.  supra  à  l'article  Teth). 


VOYELLES 

PATAH.  Représente  Va  tant  bref  que  long,  à  l'exclusion  du  qamez  qui 
n'est  jamais  employé  (pour  les  autres  glossaires,  v.  supra, 
p.  3). 

ÇÈRÊ.     Tant  seul  que  suivi  du  yod  représente  Ye  sonore  fermé,  ex.  : 

yma^N  =  énoréz,  et  ouvert,  ex.  :  t3"pn  =  dézert,  et  cor- 
respond aussi  à  l'ai  du  fr.  mod  ,  ex.  :  -nbp  =  clèr  (clair). 

HIREQ     Toujours  suivi  du  yod=  i. 

SCHOUREQ.  Représente  Yu  tant  long  que  bref,  à  l'exclusion  du  qibbouz 
qu'on  ne  rencontre  jamais,  ex.  :  ■»?¥!  =  rusé  ;  ttîttîiD  =  fûtes. 

HOLEM.  Représente  Yo,  tant  bref  que  long,  ex.  :  "PTip  =  corir;  anùia 
=  votre.  Correspond  aussi  à  l'au  du  fr.  mod.  lorsque  ce  son 
est  bref,  ex.  :  ")ip  =  chod  [chaud).  Au  est  généralement 
représenté  par  le  double  a  (N_),  ex.  :  Nttiojnn  =  royaume 
(royaume).  A  Yeu  du  fr.  mod.  correspond  toujours  o,  ex.  : 
UJ-nrD"H  —  dêfézors  ;  unitf'nD  =  pretors.  A  eu  -f-  i  corres- 
pond oi,  ex.  :  b^iJniN  =  orgoil  (cf.  infra,  p.  8,  n°  3). 


La  plupart  des  observations  qui  précèdent  concernant  l'emploi 
et  la  correspondance  des  divers  signes  et  sons  du  français  et  de 
l'hébreu  peuvent  s'appliquer  à  presque  tous  les  glossaires  connus 
jusqu'ici.  On  constate,  en  revanche,  quelques  diversités  entre  les 
différents  glossaires  dans  la  graphie  et  par  conséquent  dans  la 
prononciation  de  certaines  formes  grammaticales  très  fréquentes. 
Les  particularités  de  ce  genre  devraient  être  toujours  soigneuse- 
ment notées  parce  qu'elles  peuvent  fournir  un  matériel  très  impor- 
tai! I  pour  la  classification  des  glossaires  mômes,  selon  les  diverses 


DEUX    FRAGMENTS   D'UN   GLOSSAIRE   HÉBREU  FRANÇAIS  31 

époques  et  régions  ',  et  surtout  lorsqu'il  s'agit  de  fragments,  dans 
lesquelles  manquent  nécessairement  les  indications  concernant  la 
localité  dans  laquelle  ils  ont  été  composés  ou  écrits2.  Ci-après  j'ai 
noté  seulement  les  particularités  des  fragments  de  Bologne  com- 
parativement avec  les  matériaux  fournis  par  les  principaux  glos- 
saires. Le  soin  de  dresser  une  table  complète  est  naturellement 
réservé  à  celui  qui  entreprendra  l'analyse  comparative  de  tout  le 
matériel  linguistique  contenu  dans  ces  glossaires. 

1°  A  la  terminaison  :  -ent  du  français  moderne  correspond 
constamment  :  -ant  (û3. — ),  quelquefois  :  -anz  ("p-— )  comme 
dans  les  fragments  Porgès  et  autres.  Le  fragment  Adler  a  toujours: 
-ent  (ai.—  ).  Le  glossaire  de  Paris  n°  302  et  celui  de  Leipzig  ont 
dans  ce  cas  le  Qâmez  (g3t— )  transcrit  par  les  éditeurs  avec  o, 
exemple  :  desibemont.  Je  ne  sais  si  la  transcription  du  Qamez  par 
o  dans  ce  cas  est  tout  à  fait  justifiée;  en  tout  état  de  cause  il 
est  certain  qu'on  peut  distinguer  trois  notations  et  partant  trois 
prononciations  différentes:  -ent  (Adl.)  ;  -ant  (Bol.);  -ont?  (Par.). 
Pour  ce  qui  concerne  le  préfixe  en  et  la  préposition  en  les 
variantes  sont  au  nombre  de  deux,  c'est-à-dire  :  en  (Adl.)  et  an 
(Par.  Porg.  Bol.)  cf.  Isaïe,  li,  2  ;  12  etc. 

2°  La  terminaison  de  la  troisième  personne  du  pluriel  du  futur 
est  toujours  écrite  :  -ont  (taai  — )  comme  dans  les  glossaires  de 
Paris,  dans  celui  de  Parme,  etc.  Les  fragments  Adler  et  Porgès  ont  : 
-ant  (ott  — ).  Ce  dernier  écrit  avec  u  même  les  possessifs  :  mun, 
tun,  sun,  le  fragment  Adler  a  :  mon,  ton,  son,  comme  celui  de 
Bologne  et  les  autres  déjà  mentionnés.  Le  fragment  Porgès  pré- 
sente aussi  les  formes  :  faun,  foisun,  etc.,  au  lieu  de  faon, 
foison,  etc. 

3°  Au  français  moderne  :  -neil  correspond  dans  notre  fragment: 
-oil  De  môme  dans  les  glossaires  de  Paris.  D'autres,  comme  le 
fragment  Adler,  ont  :  -uil,  exemple  :  b">"WiN  =  orgail  (orgueil). 

4°  On  rencontre  quelquefois  dans  notre  fragment  la  permutation 

1.  M.  Hrandin  (v.  l'article  R.E.J .,  LU,  p.  61  et  suiv.)  a  dressé  une  table  de  l'alphabet 
de  transcription  qui  me  semble  pourtant  insuffisante,  surtout  pour  ce  qui  regarde  les 
voyelles.  En  outre,  il  n'y  est  pas  tenu  compte  des  différences  entre  les  divers  glossaires. 

2.  De  telles  indications  se  rencontrent  entre  autres  dans  les  glossaires  de  Paris  (n°  302), 
de  Parme  (n°  60),  de  Leipzig. 


32  REVUE  DES  ÉTUDES  JUIVES 

de  /  et  r,  là  où  ces  deux  consonnes  liquides  sont  précédées  ou  sui- 
vies d'une  autre  consonne,  exemple  :  clachat  {crachat),  croront 
[cloront)  etc.  De  même  dans  d'autres  glossaires  (Oxford,  Parme). 
L'assimilation  et  dissimilation  de  /  et  r  est  un  phénomène  assez 
fréquent  tant  dans  les  langues  indo-européennes  que  dans  les 
langues  sémitiques  ;  on  sait  d'ailleurs  que  les  consonnes  liquides 
se  remplacent  assez  souvent  les  unes  les  autres. 


FRAGMENT    N°    1    (Isaïe,  xlviii,  12  —  liv,  11). 
Twvr  'b  (Nomb...  i,  16)  m^n  ■w'np  's       .  œaiEtûaiB  ^-np?a   n*m,  12      î 

p3N  'b  (Gen.,xxv,  23)    ^pJtt '3  .  «,1û?5,»Ç»»1p  WlJÏÏD        —      19        2 

mnm»  'd         tiTvrss  mmna      —    21      3 

.inam»  'd        Tnip  epb  «feiTj  b^asn  -nattt      —    —      4 

(Ps.  lxxviii,  20)       a"1»  imn  mat  mn  'd  ta-r-iip"^  mm      —     —      5 

(Lam.,m,12)inBtt)N  ^3  '3  b^ll^ip3itt53N  inett?N3  "pbp  THa      xlix,     2        6 

(Jér.,  xxxix,  5)  d^asttî»  ina  nari  'd  y,atts/^-riïû,,33  ^d©7:      —      47 

■V,9"Tte"!S    231U3b    .1133   'D    y*>ni3^^ni25^N    133ÊO        —        5        8 

û5»p,«»^«  nrab      —      7      9 

srian  'b  -îan  's  "nu  \snp^  épatai      —      8     10 

1  xlviii,     12        non  semons. 

2  —        19        comme  ses  vantres.  Dans  le  mot  ses,  l'écrivain  a  omis 

Ys  final,  ce  qui  lui  arrive  assez  souvent. 

3  —        21        an  dézert. 

4  —        —        de  roche  fit  corir. 

5  —        —        é  corirt  (courirent). 

6  xlix,        2        clèr.  an  son  coivril.  VI  à  la  fin  de  ce  dernier  mot  ne 

se  trouve  dans  aucun  des  mss.  consultés  par  Dar- 
mesteter  pour  les  gloses  de  Raschi,  auquel  l'expli- 
cation appartient,  cf.  R.E.J.,  LIV,  p  213  et  aussi 
le  frag.  Adler  dans  R.E.J.,  L,  p.  202. 

7  —  4        mes  déreinemanz. 

8  —  5        é  serè  énoréz.  a  retorner. 

9  —         Ta  déspitemant. 

10        —  8        é  créé  toi.  Points-voyelles  illisibles.  Le  mot  *patN  in- 

terprété par  erreur  comme  dérivé  du  verbe  nar. 


DEUX   FRAGMENTS   D'UN   GLOSSAIRE   HÉBREU-FRANÇAIS  33 

œ^ûalcwb  ^ia?a   .Din  *b  nip   d-nu 
(is.,  li,  18)  brisa  "pa  'D  ©lana»  dbnr 

-i-n^sn   uni» 

UJ73NND    D^Dd 

^nppn   'd        ^u^çibp  ^npin 
■ppm  'd        tai«  ujn  — û^ÇÉpN  d"ntfjpm 

(Lam.,  ii,  2)  b^n  «bi  dtt)M  *ba  *b  ranirrryi^an  ^"ybntt 

nsnanita^  itvioi 

(job,  m,  7)    mttba  mm  mn  rtb^bn  'd       abiu:  mraba 

(Ex.,  xvii,  15)       lo^a  DUJn  'd         NpmsNîg  ^a 

D^D     'b  »U5NS    d^DN 

nwNibn'b(HRois,iv,i)  nnpb  N3  ïwwm  'd  iBniB"nEP5s  ^izns» 
mnrra)  'b(Ps., xxxvm, i)  ir©bn  mp  ûvn  bd  'd  "wa  m-np 
n*  'b(Lév.,xvi,2i)  ni3^n  t?  id^n  Td  'd  msaûsa  rwb 

chod.  les  fonteines. 

manera  os  (mènera  eux). 

devèr  darom  (ûiTi).  Une  glose  mêlée  de  français  et 
d'hébreu  dérivant  sans  doute  de  la  note  de  Raschi 
ad  loc.  qui  s'accorde  avec  la  traduction  araméenne 

=  Ntti-n  y-)N73. 


XLIX, 

10 

11 

— 

10 

12 

— 

12 

13 

- 

15 

1 
2 
3 
4 
5 

- 

16 

— 

18 

— 

19 

6 

7 
8 

— 

21 

— 

— 

9 

- 

22 

10 

— 

23 

11 

L, 

1 

12 

— 

3 

13 



4 

14 

11 

XLIX, 

10 

12 

— 

10 

13 

— 

12 

1 

— 

15 

son  anfant. 

2 

— 

— 

de  péter  (piéter?).  Points-voyelles  illisibles. 

3 

— 

16 

paames  (paumes). 

4 

— 

— 

clofichi  toi. 

5 

— 

18 

é  aféteras  os  (?). 

C 

— 

19 

étrèineras. 

7 

— 

— 

de  tes  défézors. 

8 

— 

21 

é  tornée. 

9 

sole.  La  plupart  des  mss.  de  Raschi  lisent  :  NUbiUJ. 
La  citation  du  livre  de  Job  est  incorrecte,  le  texte 
ayant  :  fconnjtbibn. 

10 

— 

22 

ma  perche. 

11 

- 

23 

faa(se)  (face). 

12 

L, 

1 

mes  pretors. 

13 

— 

3 

neirté. 

14 

— 

4 

a  atançer.  Cf.  Raschi  ad  loc. 

T. 

LXXV,  y 

'  14!».                                                                                                  3 

REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 


'b  (Jos.,i,i8)  ^d  na  m?r  'a  -^"n  ^n^a  l,  5  15 

(is.,  xlii,  17)     mrtN  13103  'o     w  '■mvioa  —  —  16 

ibiji   'b       unip  ai»  ">na  —  6  17 

(jos.,  xvi,  10)      vinb  -)Dn  'd       tBï^iaiz^a&PK  "«nbi  -  —  18 


tiî-iipibDN  tin  "an  û^pinab  'o       unissi-ma  n">pni7ab      —     —      8 

(Lév.,  xv,  8)  3TH    piT    '3  Bpbp'W    P*m        —      —        9 

ybo'b  (Ps.,cxiv,8)  û^3  ■'a^yttb  îiî^bn'D     Npt-ittip  uî^bns      —      7     10 
3>b"in  *î7p  —  —  —  —  —  —  r^tna  us*      —      9     11 

-fian   "d       y^-iip^   û^ion      —     io     12 

(Deut.,  xxxii,  32)  idN3    ttmp    'D    y^^SN    Wp        —      H        1 

D^pnn  ■ynrifc  'b  "«i  rcb'iWEp'ï  y-irns  nip-n  "ntara      —     —      2 
(i  Sam., xx,  34)  -m  3^*3  '3  ytiipa  ïia^yab  .iD^npin  ûduîn      —     —      3 

(I  Rois,  1,  6)     V38    3£*    Nb    'b  ] 

DTh33  '3        y^ai  tûttts  ûnnisin      u,      1      4 

(Pesahim,  8  6)  niBtt5N3  npiïï  blM^n  '3     y^3p  U5îû*B  ûmpIS        —      —        5 

ïrr^    'b       (y)tt)"»^-iiaiD3N   anaia   osbbinn      —      2      6 

15  l,  5  révélé  (rebellai). 

16  —  —  rasé. 

17  —  6  mon  cors  (corps). 

18  —  —  é  a  mes  joizes  (joues). 

8  —        —        a  dironpors.  L'abréviation  N's  (tmEIN  1Z5^)  suivie  de 

sa   traduction  française    :   à  dire  introduit  une 
deuxième  interprétation  :  a  plomors. 

9  —        —        é  clachat  (crachat).  Cf.  supra,  p.  8  et  suiv. 
corne  roche, 
artuize. 
écuretéz  (obscurités). 


10 

— 

7 

11 

— 

9 

12 

— 

10 

1 
2 

— 

11 

3 
4 

LI, 

1 

5 

— 

— 

afranbéz  (enflammés). 

fozinos  d'étèncèles  (d'étincelles). 

votre  fo  (feu).  A  coroz  (à  courroux). 

fûtes  retaliéz  (retaillés). 

fûtes  chevés.  La  seule  glose  dans  ces  fragments  qui 

contienne  une  citation  talmudique.   Les  éditions 

ont  toutefois  :  ^nbiJûnn. 
6—2        votre  anpartorirés(z?). 


DEUX   FRAGMENTS   D'UN   GLOSSAIRE   HÉBREU-FRANÇAIS  35 

!»Ym  'a      D3jaw»n5n  ttrin      —    —      8 
pçar»  DN573  o»bi  'b  vnsb»  *a      «çan^ln  ï1»«  wabq      —      4      9 

(Gen.,  xxv,  23)] 

1«i-no^  bw  "pn  'ibD  Biinpûiûia  vjdu^      —      s    10 
nsnTort  'b  (Gen.,  vm,  12)  ri*  brr«i  'a     Mimas»  "pbm      —    —     11 

btnrj  'b  (Eimxvi,4)  nnb^n  ab  nbfcin  'b  'pb'vïa  crus  inb7û3      —      6      1 
a-n*»  'a  (is.,  1,  22)  a^n] 

*b"in   "p?     rro?   ^     •  3>bin'a  "pa  00 
(Deut.,  vi,  H)    a^aisn   mmai    '3     VT^TP.  nasrran 
omasi  'b] 
—  —  —  —  —  —  —  —  'b      maa  'a     b^isnia    am 

mn  'b  (Nomb.,  xix,  16)  mn  bbna   'a     yaçrxlM  nbbin» 

(is.,  vm,  22)      npiiii  ma  'a      ■Yfarwuab'i  -pwn 

—   —   —  —   'b      nsan  'a      y-'p'nBWiia^N  "pia 

pi^n  rnrnja  'a      Eft^w»   ^tttMB  ïisnas  nn» 
(Gen.,  xxiv,  32)      û^bmn  nns'n  'a      ypçlWÇN  DflBïib 

Dsaa^np^M  nmab 
(job,  vu,  5)  oa«ri  mi  -n-cn  'a      dmmIib  sun  _    - 

7  li,  3        é  sa  planore. 

8  —        —        réjehisemant.  Seul  exemple  d'un  h  au  milieu  du  mot. 
é  mon  roiaame  (royaume), 
jostizeront.  Cf.  Ilaschi  ad  loc. 
atandront. 

furt  merléz. 

vèr.  artuizis.  Cf.  la  glose  au  v.  l,  9. 

qi  détalianz. 

orgoil. 

oçianz. 

de  l'angoisor. 

et  aprétéz  (est  apprêté). 

é  creisiz  (craignis). 

fu  hâté  évuidet.  Sur  l'interprétation  de  ÏWlSfc.  Cf.  Baschi 

ad  loc.  et  sur  Jér.,  xlviii,  12. 
a  être  lâchez, 
a  désibemant. 
fronçant.  Cf.  Raschi  ad  loc. 


8 

2 

9 

3 

— 

4 

— 

5 

13 

6 

— 

7 

12 

8 

14 

9 

— 

10 

— 

11 

15 

12 

9 

— 

4 

10 
11 

— 

5 

1 

5 

2 

— 

8 

3 

4 

— 

9 

5 
6 

7 
8 

— 

13 

— 

12 

9 

— 

14 

10 





11 

— 

— 

12 

— 

15 

17 

1 

— 

2 

— 

3 

19 

4 

20 

5 



6 

36  REVUE  DES  ÉTUDES  JUIVES 

N^V'VpiDb   n*mp      li, 

(Lév.,ix,  12)  l^riN    ^3    lBPat50"n    '3      .  ©ûiaWN    n">£ÏÏ1        — 

(Deut.,  xxin,  il)  n^b   mp»  'a      îa-na^N^a   Tmmp      — 

sniK»   'b] 

TDnaç  a'nnD  ïisbny      — 

piajûïp^ttip    n"i   .îwnbrç   1 «ia   N»ip  ittsa    ana      — 

uyyn'-tt] 

titube     ■'atD'p    ^a    i:n7aa    'a      ^nibi-ip^^ç:     ^paira      —     23      7 

(Ex.,  xv,  14,  15) 

(Prov.,  h,  18)  rin^a  m»  b«  tinuî  ^a  'a Kia^aH  *>nuj      —     —      8 

nNii  N»ip">N  ynriDT    .  ^sna  'a     iinip  fia  "fia      —     —      9 
ïiaa»    bvs)l    viyami    'a      ^pip\*ip^;ntf;    n^nn     ni,      2     10 

(Job,  xxxvm,  13)] 

(Nomb.,  xxi,  1)         ï3U3   "idïï?:   auri  'a     'pa-^p^b   ïmiû      —     —     11 

la  fondrilie. 

de  l'entomismant.  Cf.  Raschi  ad  loc. 

é  égotas.  Cf.  Raschi  ad  loc. 

tes  avantures. 

furet  (furent)  pâmés.  Cf.  Rachi  ad  loc. 

La  deuxième  interprétation  :  corne  éstanboc  de  rois  (?) 
reproduit  la  note  de  Rachi  au  mot  npN  (Deut.,  xiv, 
5).  La  première  n'est  pas  tout  à  fait  sûre,  le  texte 
étant  en  cet  endroit  peu  lisible.  Il  est  toutefois 
probable  qu'on  doit  lire,  suivant  l'explication  tra- 
ditionnelle (Targ.  Nbamn,  cf.  Raschi  ad  loc. ,), corne 
boe  an  salvage. 

7  —        23        tes  écrolors.  Dans  la  citation,  le  glossateur  a  confondu 

entre  eux  les  deux  versets  cités.  Dans  la  marge, 
une  main  différente  a  ajouté  :  U5:mtû"n:rr:  Épnn, 
tes  tritorans. 

8  —        —        abèse  (abaisse).  Le  second  mot  illisible  est  probable- 

ment :  toi  ("nsa). 

9  —        —        ton  cors.  Cf.  l.  6,  é  come  roe  (rue). 

10  lu,         2        soi  ésicos  (secoué).  Cf.  Raschi  ad  loc. 

11  —        —       lé  qétivéz  (captivés).  Cette  glose  est  intéressante  puis- 

qu'elle semble  dérivée  d'une  lecture  différente, 
probablement:  ni^V  (?). 


1 

2 

LI, 

17 

3 
4 

-  — 

19 

5 

— 

20 

6 

— 

20 

DEUX   FRAGMENTS  D'UN   GLOSSAIRE   HÉBREU-FRANÇAIS  37 

(Gen.,  xlvii,  15,  16)      tpD    ODN    'D OENa       lu,        4        1 

OJO'b    (Jér.,   xiv,  21)  ^73U5   "|*t)b  y&On   b«  'S    'imip   VN372        —      —        3 
DINE    'b    Th)l3N   «*•»] 

tibia»  'b  (Gen.,  xxx,  37)  pbn  tpiûn»  '^  ■nmp'n  qran 

(Gen.,  xxxv,  2)  nBnbwn  nnuri  '3      y^^loww»»  toarr 

pithm  'b       robb  iittsna  '5       Npttj»  yissm 

*&3   mn   'b      nabb    lo-im    o      Kçninsaara    noiawai      —     —      8 

(Gen.,  xiv,  10)] 

inan    Sn    uî-w    irrom    'r>         BT^rnwa    i»»ia      —     14      9 

rnan   'b    (Gen.,  xliii,  33)] 

(Lé?.,  xxn,  25)  ûi-n  tonnuto  '3       lawiw  nnuiE      —     —     10 

'a       an^cwi^N  inNim      —     —     h 

mbittt  'b        «rnias  bw<      —    13     12 


10 

4 

11 

5 

12 

6 

_ 

7 

rwo-'  'b  (Deut.,  xv,  7)  *pi  n«  ycpn  «b  '3   caai-iinp.  istBp^ 


—       15 


1 

2 

3 

lu, 

4 

4 

10 

5 

— 

11 

6 

— 

12 

7 

— 

— 

Glose  en  grande  partie  illisible. 

ses  potors  forvanteront. 

corocé  (courroucé).  Interprétation  assez  singulière. 
Le  glossateur  a  ajouté  toutefois  :  avo(v)ir,  expres- 
sion de  mépris. 

décovri  (découvrit). 

séés  nétoiéz.  Le  passage  cité  ne  contient  pas  le  mot 
expliquerais  une  forme  de  son  équivalent  :  *|Ï1J3. 

an  hâte. 

é  de  votre  amasemant.  Le  glossateur  a,  par  erreur, 
interprété  le  mot  E|ONtt  comme  s'il  était  composé 
de  la  particule  \12  et  du  subst.  SpOK. 

8  —        —        é  an  fuite. 

9  —        11        émervélière(n)t. 

10  —        —        fu  désibé. 

11  —        —        é  sa  féiture. 

12  —        13        favorira.  b^DiD*  traduit  littéralement  (=  mbir»).  D'au- 

tres glossaires  donnent  :  ansajera,  qui  me  semble 
une  traduction  moins  bonne. 

1        —        15        croront  (cloront).  Cf.  supra,  p.  8  suiv. 


38  REVUE  DES   ÉTUDES  JUIVES 

D^VTN    'b — D^3N    'a         ©3tt1«    Û"MZ^8       lui,        3        2 

(mois,  x,  2i)  !-wiN7:b  auîna  'a  ^b  lawrnB  lia  ïirwaarçri  «b  —  —  3 

fiaian  'b     ^b  ttîîaûain  yia^N  ^nwaipn  wnsai  —  4  4 

anna  'b  (Nomb.,  xix,  îe)  nnn  bbna  'd      «latlfiMê  bbnntt  —  s  5 

waibian  'b     aattWônaia'i  ua^rrnp-Hb  wrçjlbrç  nora  —  —  6 

(Ex., xxi, 25)  rman  nnn  rnian  'a  Nn^anaïaaerN  in-narm  _  —  7 

nb^Dn  'b  a"-»  "iwn  'a      Tnaaipaçra  s^aïi  —  6  s 

nrm    'b     usina    'a      y^-na-n-is  u^a  —  7  9 

-  — 'a      ■pbpjTtow  na^a  —  —  10 

mat*  'b  (Gen.,  xx,  18)  naw  n'ity  ^a  'a    Batt^en'i  natiy»  —  s  11 

•p-no-i  bus  jvj  'iba   «rausivrai  aauîtttti  —  —  12 

nai-^  'b  (Ps.,  cxix,  48)  ^ppna  nrruîN  'a     anbng  nm^      —      s      1 

ûip?aa  'a     NibaN  nnn  —  12  2 

ûpn  'b  (Gen.,  xxiv,  20)  ma  n*m    'a     «"i^a^  rnyn  _  _  3 

a^an  Tia*ai  'b  kwjd  unisnip  nis^N  s^sn  a^usabi  —  —  4 
bbsn^] 

(Gen.,  xii,  8)  ibriN  a*n  'a     y^naa  aai-iu;  sia**  liv,  2  5 

yatta  'b naum  ^a  'a     ttn-nlavj  ■oumn  —  —  6 

2  lui,        3        onmes  (hommes). 

3  —        —        non  prizèmes  lui. 

4  —  4  é  noz  hontames  lui. 

5  —  5  fu  oçis.  Un  des  rares  exemples  de  vocalisation  correcte. 

6  —  —  le  détrèniemant  de  notre  réndemant. 

7  —  —  é  an  sa  graniture. 

8  —  6  fit  ancontrer.  Raschi  a  ici  :  espriad  (cf.  R.E.J.,  LIV, 

214).  L'interprétation  donnée  par  notre  glossateur 

me  semble  meilleure. 
9—7        fu  détréiniz. 
10        —        —        fu  sorpaléz. 
11—8        de  reteinemant  (retienemant?). 
12       —       —       é  de  jostize. 

1—8  parlera. 

2  —        12  an  lo  (en  lieu). 

3  —        —  évuida. 

4  —        —  é  por  corpors  prira  (et  pour  coulpeurs  priera). 

5  liv,       2  seront  tanduz. 

6  —        —  dévoieras. 


DEUX   FRAGMENTS   D'UN   GLOSSAIRE   HÉBREU-FRANÇAIS  39 

uniip^B   ^ryrçj     liv,  2  7 

(Ex.,  xxxvin,  31)  swm  m^r  b^  'a   »b**app,,ia',M  ^"«ninn^i      —  —  8 

pTnn  'b  (Gen.,  xxvm,  14)  rna1*  nrnci  'a  «maie^N  wieri      —  3  9 

niais  'b  (is.,  xxiv,  23)  nsabn  msn  'a     ran^iaiin  "H^wrin      —  4  10 

Vn^b  (i Sam., xvii, 56)  abyrr  ïit  ^  p  'a  ©aMwa^ca  "pttib^      —  —  11 


FRAGMENT    No    2   (Job,  vu,  6  —  xi,  20). 

— nlt:i2T  an»  ^12     vu, 

U35  'b  (Job,  xxxiii,  27)  Qitt)3N  bV  -W>  'b  ->17Û  &n*nVl  ^  11113 D        — 

pim  'a  (Job,  xli,  7)   nir  Dnin  'b     ta^lnça»  nsa  — 

—   mn  'b     ajba   11^7  ^nVi  — 

wp  's D*^  nmuj  'b     -m^bs^ip  ïimiDK  — 

ùi^a^bôîaip  ii»3N  wroa    .  Nnissiio  au)1;  — 

d^t»  niDa  'b   ■nMiB'ipb  wifr  iisnïTia  rr^ian  T^ajaip  ïifca  — 

upbp  li»  "«ibM^j  ^pin  rjba  — 

[ s^D-n   'b     aniasipaKN  yasab  - 

■na  U3TÎ?TN  ^rnmai  — 

7  liv,      —       te(s)  cordes. 

8  —       —        é  tes  chevilles.  Cf.  Raschi  ad  loc. 

9  —         3        é  forceras. 
10—4        hontoieras. 

11        —        —       tes  anfans  (enfances). 


1  Job,  vu,      6        de  navète  (navette). 

2  —         8        regardera  moi. 

3  —        11        an  étroit. 

4  —        —        de  mon  talant. 

5  —        —        conpleindrè  (complaindrai). 

6  —        13        sufrera.  An  mon  compleiniemant. 

7  —        19        combien,  torneras,  lâcheras  moi.  V.  une  interpréta- 

tion différente  dans  Raschi   ad  loc,  cf.  R.  Ê.  /., 
LVI,  p.  82. 

8  —        —        qe  angloti  mon  clachat,  cf.  supra  à  Is.,  l,  6. 

9  —        20        a  ancontre. 
10        —        21        é  reqiras  moi. 


6 

1 

8 

2 

11 

3 

— 

4 

— 

5 

13 

6 

19 

7 

— 

8 

20 

9 

21 

10 

40  REVUE  DES   ÉTUDES  JUIVES 


■"bç-iiu:  uaa^N  maa  mm     vm,   2      1 

(î)B,3FvHp?H?S  mî  Dbizn      —     6      2 

}-\w\  'b     tww  i*nzm      —     8      3 


11 

4 

— 

5 

17 

6 

21 

7 

4 

8 

— 

9 

5 

10 

6 

H 

y-m-itt   "pu:   nsra   tôa   .  anûyin^rç   ttrem  — 

(Job,  xii,  23)   ûi-iab  n^^uîw   'b     »nt3^i"iîP  awiir  — 

(Gen.,   xxii,  13)    vnpa    *poa    'a      V^TMbpSK    U31«5    "DaiCP  — 

ymia   rwr] 

Nbw   'b     K*>bs5ip3K  ania   abïF  — 

(Gen..  xlii,  7)  mizip  dpn  wn  'a  mup  'b  trannsai  mapn  ix, 

mbro  'b     ^bynwtw"'»  ùbwi  — 

(Job,  xvni,  4)  lEïputt   mat  pn:m   'b   p.pamp   pTtfttn  — 

nriD   'a   mstbs  'a   V^sd^   ïaainia  ftfcbBrn  — 


uît:^  'a  (Juges,  xiv,  18)  no-inïi  Na->  anaa  'b  b^biiûK  onnb  —  7  î 

(Job,  ii,  4)   mr  i3>a   m*    'b   KntttipSÈpH  ijai  —  —  2 

ûnmn  l?3"1*1  mbî»  muai»  nwoi  b^a   iûj  -  9  3 

nam  'a  (Gant.,  n,  il)  t]bn  ûtzMm  'b   ynrçs^N  Bpbrm  —  h  4 


é  vant  sorpali,  cf.  swjora  Isaïe,  lui,  7. 

é  anterinerat.  Les  lettres  ont  sensiblement  pâli. 

prumier  (premier). 

si  croitra,      sanz  marois  (marais),  cf.  Raschi  ad  loc 

croîtra. 

sont  anclanchiiz,      voiraz. 

sera  anconplie.  Glose  intéressante  due  probablement 

à  une  lection  nbfài  (Niphal).   Laleph  dans  NbïF 

appartient  au  manuscrit, 
andurçit. 
é  fu  apéziblé. 
qi  détachanz. 
seront  épantéz  (épouvantés).  Le  ms.  Adler  présente 

une  forme  semblable  :  épentèmes  (épouvantes)  au 

mot  imra.  Ps.,  lxxxvhi,  17,  v.  R.  É.  J.,  L,  p.  209. 


1  —  7  a  soleil. 

2  —  —  é  ancontre. 

3  —  9  de  darom  (DTV7),  cf.  la  glose  à  Isaïe,  xlix,  12. 

4  —  11  é  paseraz. 


1 

VIII, 

2 

2 

— 

6 

3 

— 

8 

4 
5 

6 

— 

11 



17 

7 

— 

21 

8 
9 
0 

IX, 

4 



5 

1 

— 

6 

12 

5 

13 

6 

17 

7 

18 

8 

19 

9 

— 

10 

23 

11 

21 

12 

27 

13 

28 

1 

— 

2 

30 

3 

— 

4 

31 

5 

— 

6 



7 

DEUX   FRAGMENTS   D'UN   GLOSSAIRE    HÉBREU-FRANÇAIS 

bw»  'a  (Ps.,  x,  9)  la*  Bptanb  'b  irvrla  spnrr      ix 
'a  (Prov.,n,i8)  DV2  ba  nrnz:  *o  'b  crp^aN  innu: 

yW2  'D  (Gen.,  m,  15)  ©En  ^Dl^i  NIH  'b   v|?3  pSpN  i3D*l\Li 

'33T:n  'a  (Nomb.,  xxi,  23)  "pi-no  ";n3  «b  'b  ii?3  tn^b  i33ni  ab 
(Jér.,  xxxix,  5)  Û1UDU372  ma   wn   'b  ù3»3,nv7*?  usiûfcb 

il»  N^inibçN  *ïr*r 

(Job,  v,  21)      *pU5b    C3"lUi3    'b       NS-pa    t31M3 
(Ex.,  xxiii,  12)    ^nttN    p    U3D3"n    'b       tfîisn    "p73    i\DD3 

*un  bu:  tT3D   'b     unirai»    ns 


«m  'a 'b in-n^i 

a&o   'a   ^mass*  'b      ©.nlblrong  vnaxj 

TliTÎ3    '3    Ï13T    '3    *JT    'b    (?)"W»12B3K    TVanïm 

-ninïaa   na   'b     tptapN  ma  a 

(Prov.,  xxm,  27)  npitt*   rima  'b   WDis3N   nraa 

ïiaann  'b     ^Taûmm'nara  maym 

iûn;TÇi»  imttbffl 

C31123    'b       ÊWmafiW?     iumï5        —     34        8 

ix,        12        todra.  D'autres  glossaires  ont  feyra,  traduction  moins 

bonne  à  mon  avis, 
abéseirt  (abaissèrent), 
écracha  moi  (écrasa  moi\ 

lésera  moi.  Le  glossateur  a  omis  la  particule  négative, 
a  direinemant. 
aplédoia  moi. 
verge, 
mon  repos.  La  même  interprétation  du  mot  12JD3  se 

trouve  dans  le  glossaire  de  Paris  n°  302. 
13        —        27        mes  aires  (cf.  l'italien  :  ira?). 

1  —        28        La  glose  est  en  grande  partie  illisible. 

2  —       —        mes  dolors. 

3.  —  30  Les  points-voyelles  sont  illisibles.  Il  faudra  lire  pro- 
bablement :  é  nétoiè  (et  nettoyai). 

4  —  —  a  nèteté. 

5  —  31  an  fose  (fosse). 

6  —  —  é  avoriret  moi. 

7  —  —  mes  dras  (draps). 

8  —  34  sa  verge. 


6 

— 

13 

7 

— 

17 

8 

— 

18 

9 

— 

19 

10 

— 

— 

11 

— 

23 

12 

— 

21 

42  HEVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

nrmî  'b  (Deut.,  xxxm,  2)  -in?:  s^sin  'b  ttJi^nsnB'i  rUBIfi  x,  3  9 

oïDT  'a  att*n  'b    vie  uTnams  ^lax*  —  8  10 

(Lam.,  ir,  2)  bttn  Nbn  ûuîn  yba  'b  -ntt  ffiWB'nK  ^ybam  —  —  il 

(ii  Rois,  xxn,  9]  cpan  ris  wmn  'a  "nn  ferrnlBviinp  wnr  —  io  12 

—  —  —  n^bpwsnç  ^WDpn  —  —  13 

ïwpbw*  ■jmnpBi  —  12  14 

(Jér.,  xlvi,  12)  *]3ibp  d-na  iN-n  'a  «"«aljnw  biNia  "pbp  yara  —  15  1 

astt^ins^M  ■papy»  ^y  n&rn  —  —  2 

bn:n  'a 'b      Èna-pln^»  rrau-n  —  16  3 

_____   1-153  un^a    *:m"uin  —  —  4 

D173*     'a    (Gen.,   xxxiv,   30)    nBOtt     ^n?2     'b      y4     Û^ntt  xi,  3  5 

D-npui   'a     o^ra   'b     »Mlat55tp"»g  ^na  —  —  6 

np^nra  'a  (Gen.,  xxxiv,  5)  apyi  fflnnm  'b     Kpo»  w^ffi  —  —  7 

mu:bn  'a     na  mron  'b     ^taba^is**  mamb  —  6  8 

n»a  'a  (Gen.,  xliv,  12)  riba  ppai  'b     opnyiibMMb  mban  —  7  9 

fcrwttNiû  m»  _  9  10 


refranbèses  (?). 

formèrt  moi  (?)  (formèrent  moi), 
é  defiis.  Dans  la  citation  le  mot  DUîïi  a  été  substitué 
au  mot  ■rç'iN . 

T       -: 

fiis  fondre  moi. 
fiis  calier  (callier). 
é  ta  balie  (baille). 

saoul  de  vergonie.  Dans  le  passage  cité  la  variante 

ifcm  au  lieu  de  ijeiû. 
é  véanz  de  éfroiemant. 
é  croitra. 
baniras  moi. 
janz  (gens). 
tes  mançonges. 
atéiza. 
a  foibleté. 
le  anploiemant. 
sa  mezure. 


9 

x, 

3 

10 

— 

8 

11 

— 

— 

12 



10 

13 

— 

— 

14 

— 

12 

1 

— 

15 

2 
3 
4 
5 
6 

— 

16 

XI, 

3 

7 
8 

— 

6 

9 

— 

7 

10 

— 

9 

DEUX   FRAGMENTS   D'UN   GLOSSAIRE   HÉBREU-FRANÇAIS  43 

rtb^bn  'a  (Ex.,  xxxn,  ii)  nw  brn  'b    cwiTnBN  ibTn     xi,   19    11 

11  xi,        19        é  priront  (prieront). 

12  —        20        de  os  (eux),      é  fuite. 

Livourne,  septembre  1922. 

Carlo  Bernheimer. 


ARRETES 

DU  DIRECTOIRE  DU  DÉPARTEMENT  DU  HAUT-RHIN 
RELATIFS    AUX    JUIFS 

[1er  septembre  1790  —  19  brumaire  an  VIII) 


Au  début  de  la  Révolution,  les  griefs  de  l'opinion  à  l'égard  des 
intendants  avaient  fait  admettre  par  l'Assemblée  constituante  un 
système  d'administration  qui  dépouillait  le  pouvoir  central  de  tout 
représentant  direct  près  du  département.  La  loi  du  22  décembre 
1789  créa  dans  chaque  département  un  Conseil  de  trente-six 
membres,  qui  tenait  une  session  tous  les  ans  et  nommait,  pour  le 
remplacer  dans  l'intervalle,  un  Directoire  de  huit  membres  pris 
dans  son  sein.  En  outre,  un  Procureur  général  syndic,  élu  comme 
le  Conseil,  assistait  avec  voix  consultative  à  toutes  les  séances, 
soit  du  Conseil,  soit  du  Directoire,  et  était  chargé  de  suivre  les 
affaires  et  d'exécuter  les  décisions  prises. 

Les  Directoires  de  départements  furent  remplacés  par  les  préfets, 
comme  les  Directoires  de  districts  par  les  sous-préfets,  créés,  les 
uns  et  les  autres,  le  28  pluviôse  an  VHP. 

Le  regretté  P.  Hildenfinger  a  publié,  dans  cette  Revue  (années 
1910-1911),  les  Actes  du  district  de  Strasbourg  relatifs  aux  Juifs. 
Dans  les  pages  suivantes,  nous  reproduirons  les  arrêtés  du  Direc- 
toire du  département  du  Haut-Rhin  qui  se  rapportent  aux  Juifs. 

Ces  arrêtés  sont  conservés  aux  Archives  départementales  du 
Haut-Rhin  à  Colmar,  dans  une  série  non  cotée  de  vingt-sept 
registres  in-folio.  Quatre  volumes,  également  in-folio,  contiennent 
des  répertoires,  mais  le  troisième  volume  manque  depuis  plusieurs 
dizaines  d'années. 

1.  Voir  Boursin  (E.)  et  Gliallamel  (A.),  Dictionnaire  de  la  Révolution  française, 
Paris,  1893,  p.  193  et  194,  et  Poullet  (P.),  Les  Institutions  françaises  de  1795  à  1814, 
Paris,  1907,  p.  157  et  ss.,  750  et  ss. 


ARRÊTÉS  DU  DIRECTOIRE  DU  HAUT-RHIN  RELATIFS  AUX  JUIFS  45 

Nous  donnons  ci-après  le  texte  des  arrêtés  relatifs  aux  Juifs 
avec  des  numéros  d'ordre,  en  indiquant  entre  parenthèses  les 
numéros  qu'ils  portent  dans  les  registres,  et  avec  la  date  des 
séances.  Pour  faciliter  les  recherches,  nous  avons  ajouté  un  Index. 


Strasbourg,  mars  1922. 


M.    GlNSBURGER. 


1  (326).  —  1er  septembre  1790. 

Vu  la  demande  formée  par  Lazare  Weyl,  Juif  de  Ribeauvillé,  à  la  suite 
d'un  inventaire  d'effets  collationné  et  signé  parle  greffier;  lad.  demande 
tendante  à  la  remise  des  mêmes  effets  à  faire  au  suppliant,  moyennant  la 
somme  de  cent  livres  payable  en  deux  termes  ;  ensemble  l'avis  du  Direc- 
toire du  district  de  Colmar  du  jour  d'hier,  procès-verbal  41,  arr.  302. 
Ouï  M.  Waetterlé  pour  M.  Mùg  nommé  pour  remplacer. 

Le  Directoire  du  dép.  du  Haut-Rhin  a  arrêté  qu'il  serait  mis  néant  sur 
la  demande. 

2  (329).  —  1er  septembre  1790. 

Vu  la  requête  présentée  par  Hirsch  David,  Juif  de  Rosheim,  receveur 
principal  des  impôts  de  sa  nation  dans  les  départements  du  Haut  et  Bas- 
Rhin,  tendante  à  obtenir  que  les  nommés  Lazare  Meyer,  receveur  parti- 
culier résident  à  Durmenach,  et  CoschelBloch, faisant  les  mêmes  fonctions 
à  Wintzenheim,  soyent  contraints  par  toutes  voyes  dues  et  raisonnables, 
même  par  corps,  au  payement  des  sommes  dont  ils  sont  en  retard  envers 
la  Caisse  générale  pour  les  années  1788  et  1789,  avec  contenu  des  répar- 
titions faites,  ensemble  toutes  les  autres  pièces  jointes,  ouï  M.  Mùeg, 
nommé,  etc. 

Le  Directoire  du  dép.  du  Haut-Rhin,  vu  les  contraintes  décernées  par 
M.  l'Intendant,  les  8  octobre  1789  et  1er  février  dernier,  a  arrêté  qu'icelles 
seront  exécutées  suivant  leur  forme  et  teneur,  même  par  corps,  à  ren- 
contre desdits  Lazare  Meyer  et  Coschel  Bloch  et  contribuables  et  les  a, 
en  outre,  condamnés  au  remboursement  des  frais  desdites  contraintes 
sur  le  pied  de  la  taxe  qui  en  sera  faite  par  les  Directoires  des  districts 
respectifs  de  la  résidence  des  débiteurs  redevables. 

3  (397).   —  11  septembre  1790. 

Vu  la  requête  présentée  par  Aron  et  Paul  Lévy,  Juifs  de  Zillisheim,  qui 
demandent  à  être  admis  à  la  résidence  de  la  ville  de  Thann,  aux  offres 
de  se  conformer  aux  Lois  du  Royaume,  aux  Règlements  de  police  et  aux 
autres  usages  du  lieu  et  de  payer  400  livres;  l'agrément  de  la  municipalité 


40  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

dudit  Thann  du  31  août  dernier  et  le  Placet  mis  ensuite  ;  ensemble  l'avis 
du  Directoire  du  district  de  Belfort  du  1er  de  ce  mois;  ouï  M.  Mueg, 
nommé,  etc. 

Le  Directoire  du  dép.  du  Haut-Rhin  a  approuvé  et  homologué  la  per- 
mission accordée  auxdits  Aron  et  Paul  Lévy  de  s'établir  en  la  ville  de 
Thann,  par  la  municipalité  dudit  lieu,  aux  offres  portées  dans  ladite 
requête. 

4  (405).  —  13  septembre  1790. 

Vu  la  requête  présentée  par  Goschcl  Wolff-Bloch,  receveur  des  deniers 
royaux  de  la  nation  juive, établi  à  Wintzenheim,  tendante  à  ce  qu'il  plaise 
au  Département  lui  accorder  un  sursis  d'un  mois  pour  le  payement  de  la 
somme  de  2.459  1.  23  s.  7  d.  portée  en  la  contrainte  par  corps  décernée 
contre  lui  le  1er  du  courant,  aux  offres  par  lui  faites  de  donner  bonne  et 
suffisante  caution.  Et  à  ce  qu'en  outre  il  lui  soit  permis  de  faire  con- 
traindre par  toutes  voyes  dues  et  raisonnables,  et  même  par  corps,  les 
différens  receveurs  particuliers  établis  dans  les  communautés  juives  et 
dénommés  dans  l'Etat  par  lui  certifié  véritable  le  7  du  présent  mois, formé 
sur  celui  qui  lui  a  été  envoyé  de  Strasbourg  le  1er  février  dernier,  qui 
sont  en  retard  de  lui  livrer  les  impositions  pour  les  3/4  des  six  mois 
de  l'année  dernière  1789,  montant  suivant  ledit  Etat  à  la  somme  de 
2.687  1.  12  s.  6  d.  Etat  du  4  janvier  et  l'arrêté  du  1er  février  dernier  la 
contrainte  par  corps  décernée  contre  le  suppliant  le  1er  du  courant;  les 
poursuites  faites  en  conséquence  ;  la  quittance  donnée  au  suppliant  par 
l'huissier  Haffner  le  3  aussi  de  ce  mois  portant  1.200  1.,  ensemble  ledit 
Etat  fourni  par  le  suppliant  le  7  du  présent  mois  ;  ouï  M.  Mueg  nommé 
pour  remplacer  le  Procureur  général  syndic, 

Le  Directoire  du  dép.  du  Haut-Rhin  permet  au  suppliant  de  faire  con- 
traindre les  redevables  par  toutes  voyes  dues  et  raisonnables,  même  par 
corps,  et  avant  que  de  statuer  sur  le  sursis  demandé  par  le  suppliant,  a 
arrêté  que  la  requête  sera  communiquée  à  David  Hirsch,  Juif  de  Rosheim, 
caissier  général  de  la  nation  juive,  pour  y  répondre  dans  la  huitaine. 


5  (412).  —  U  septembre  1790. 

Vu  la  requête  des  Juifs  des  communautés  d'Ober.  et  Niederhaguenthal, 
Bouschwiller  et  autres,  formant  l'arrondissement  de  la  Recette  du 
recouvrement  de  laquelle  est  chargé  Lazare  Meyer,  receveur  particulier, 
résident  à  Durmenach,  à  l'effet  d'être  reçus  opposants  à  l'exécution  de  la 
contrainte  décernée  le  1er  de  ce  mois  de  septembre  contre  ledit  Lazare 
Meyer,  ayant  égard  à  l'opposition  et  y  faisant  droit,  ordonner  le  rapport 
de  ladite  contrainte,  ce  faisant  les  suppliants  déchargés  du  payement  des 
sommes  y  énoncées,  pour  cette  fois  seulement  et  sans  tirer,  à  consé- 


ARRETES  DU  DIRECTOIRE  DU  HAUT-RHIN  RELATIFS  AUX  JUIFS  47 

quence,  ensemble   de    toute  contribution,  jusques  et   y  compris  cette 
année  courante  1790,  les  pièces  jointes  ;  ouï  M.  Mueg  nommé,  etc. 

Le  Directoire  du  dép.  du  Haut-Rhin  a  ordonné  que  la  requête  sera 
communiquée  aux  Préposés  de  la  nation  juive  à  Uffholtz  pour  y  répondre 
dans  la  quinzaine  et  indiquer  le  cas  échéant  sur  quel  arrondissement 
pourrait  être  répartie  la  remise  d'imposition  fpoiir  les  suppliants,  et 
arrêté  néanmoins  que  jusque-là  il  sera  sursis  aux  poursuites  contre 
Lazare  Meyer,  receveur  particulier,  demeurant  à  Durmenach. 

6  (483).  —  27  septembre  1790. 

Vu  la  requête  de  Jacques  Wolff,  fils  de  Salomon  Wolff,  Juif  d'Obcr- 
steinbrunn,  aux  fins  d'obtenir  la  permission  de  se  marier  avec  Anne 
Beyle,  fille  de  Joseph  Einstein,  Juif  de  Hagenbach,  et  de  s'élablir  à 
Obersteinbrunn,  où  demeure  son  père;  l'avis  du  Directoire  du  district 
d'Altkirch  du  19  du  courant  n°  72,  ouï  M.  Mueg,  etc. 

Le  Directoire  du  dép.  du  Haut-Rhin  a  autorisé  le  mariage  du  suppliant 
suivant  le  rite  de  sa  religion  et  n'empêche  qu'il  s'établisse  à  Oberstein- 
brunn, où  demeure  son  père. 

7  (495  bis).  —  29  septembre  1790. 

Vu  la  requête  présentée  par  Wolft'  Netter,  Juif  de  Wintzenheim,  et 
consorts,  tendante  à  ce  qu'il  soit  enjoint  aux  députés  de  la  communauté 
des  Juifs  de  Wintzenheim  de  lever  le  ban  des  suppliants  sous  peine  de 
désobéissance  ;  sauf  auxdits  députés  à  se  pourvoir  contre  les  suppliants 
par  les  voyes  légales  pour  raison  de  l'impôt  dont  s'agit  en  ladite  requête 
où  et  ainsi  qu'il  appartiendra  s'ils  s'y  croient  fondés,  et  sauf  aux  suppliants 
leurs  défenses  au  contraire;  le  soit  communiqué  aux  dits  députés  en 
tête  de  ladite  requête  décernée  en  l'assemblée  du  District  de  Golmar  du 
27  du  courant  à  eux  signiffié  le  même  jour,  la  réponse  fournie  en  consé- 
quence, sans  date,  jointe  à  ladite  requête,  ensemble  l'avis  dudit  District 
du  28  dudit  mois,  n°  518,  et  ouï  M.  Mueg  nommé,  etc. 

Soit  communiqué  aux  municipalités  des  villes  de  Golmar  et  Wintzen- 
heim pour  répondre  dans  trois  jours. 

8  (524).  —  Lundi  18  octobre  1790. 

Vu  la  requête  présentée  par  Moyse  Lévy,  Juif  de  Blotzheim,  actuelle- 
ment prisonnier  èz  prisons  civiles  de  la  ville  de  Huningue,  tendante  à  ce 
qu'après  vérification  faite  de  l'exposé  de  sa  requête,  il  plaise  recevoir  le 
suppliant  appelant  comme  de  nullité  du  procès-verbal  de  capture  et 
emprisonnement  de  sa  personne  du  2  du  présent  mois  d'octobre,  conver- 
tissant l'appel  en  opposition  et  y  faisant  droit,   déclarer  le  tout  nul, 


48  REVUE  DES   ÉTUDES  JUIVES 

injurieux  et  vexatoire,  lui  en  donner  mainlevée,  condamner  Salomon 
Brunschwig,  prévôt  des  Juifs  de  Blotzheim,  en  300  1.  de  dommages  et 
intérêts  et  aux  dépens  ;  et  cependant  par  provision  ordonner  que  le 
suppliant  sera  élargi  à  sa  caution  juratoire.  Le  renvoi  en  tête  de  ladite 
requête  à  M.  Lochmann  du  6,  le  procès-verbal  de  l'assemblée  de  la  com- 
munauté juive  conformément  aux  ordres  de  M.  le  Commissaire  du  11, 
plusieurs  certificats  de  différents  particuliers  de  la  ville  de  Bâle  dudit 
jour  11,  le  procès-verbal  dressé  par  ledit  S.  Commissaire  du  8,  son  avis  du 
12  de  ce  mois  et  différentes  autres  pièces  jointes;  ensemble  l'avis  du 
Directoire  du  District  d'Altkirch  du  13,  n°  140,  ouï  M.  Mueg  pour  rem- 
placer le  Procureur  Général  syndic, 

Le  Directoire  du  dép.  du  Haut-Rhin  a  arrêté  qu'il  sera  donné  mainlevée 
au  suppliant  de  sa  personne,  à  charge  par  lui  d'affirmer  que  les  deniers 
pour  lesquels  il  a  été  recherché  lui  ont  été  effectivement  volés  et  enlevés 
lors  du  pillage  exercé  sur  les  Juifs  dudit  Blotzheim,  sans  qu'il  n'en  ait 
rien  sauvé,  laquelle  affirmation  il  sera  tenu  de  prêter  selon  le  rite  et  la 
forme  la  plus  solennelle  de  la  loi  judaïque  par  devant  le  maire  de  la 
commune  de  Huningue,  et  en  son  absence  ou  empêchement  par  devant 
le  premier  membre  de  la  municipalité  présent,  que  le  Directoire  a 
commis  à  cet  effet, arrêté  en  outre  qu'à  la  diligence  du  Procureur  Général 
syndic  la  requête  et  pièces  cy  devant  rappelées  seront  communiquées  aux 
Préposés  de  la  Nation  juive,  pour  par  eux  donner  leur  avis  le  plus  promp- 
tement  possible  sur  les  moyens  les  plus  convenables  à  l'effet  de  parvenir 
aux  répartition  et  recouvrement  de  la  partie  des  impositions  dont  la 
communauté  juive  de  Blotzheim  est  en  retard,  et  qui  a  fait  l'objet  de  la 
contestation  ainsi  que  des  frais  de  vérification  suivant  la  taxe  qui  en 
sera  faite  par  le  Directoire  du  District. 


9  (532).  —  21  octobre  1790. 

Vu  la  requête  de  Gùttel  Weyl,  fille  de  Salomon  Weyl,  Juif  deRiedwihr, 
aux  fins  qu'il  soit  désigné  à  la  suppliante  un  rabin  autorisé  à  décider  la 
contestation  élevée  entre  elle  et  le  nommé  Joseph  Bigert  relativement 
à  une  promesse  de  mariage  qui  lui  a  été  faite  par  ce  dernier  et  ce  attendu 
le  décès  du  rabin  de  Ribeauvillé  qui  avait  été  nommé  pour  décider 
des  difficultés  de  la  nature  de  celle  dont  est  question;  l'avis  sur  la 
requête  du  Directoire  du  district  de  Colmar  du  jour  d'hier  ;  ouï  M.  Mueg 
nommé, 

Le  Directoire  du  département  du  Haut-Rhin  a  commis  provisoirement  le 
nommé  Jacques  Meyer,  commis  rabin  à  Rixheim,  pour  faire  les  fonctions 
dont  avait  été  chargé  le  rabin  de  Ribeauvillé,  jusqu'à  ce  qu'il  en  soit 
autrement  ordonné.  Arrêté  en  outre  qu'il  sera  escrit  à  l'Assemblée  Natio- 
nale pour  la  prier  de  déterminer  le  mode  de  nomination  aux  places  de 
rabins  dans  ce  Département. 


ARRÊTÉS  DU  DIRECTOIRE  DU  HAUT-R111N  RELATIFS  AUX  JUIFS  49 


10  (544).  —  22  octobre  1190. 

Vu  la  requête  présentée  par  Feislel  Marx,  Juif  de  Hattstatt,  tendante  à 
être  déchargé  pour  quelques  années  de  toutes  impositions  et  deniers 
royaux,  en  considération  de  la  perte  qu'il  a  faite  le  22  juin  dernier  dans 
l'incendie  de  la  maison  de  son  voisin  dans  lequel  il  a  été  enveloppé,  aux 
offres  qu'il  fait  de  les  acquitter  exactement  après  le  délai  de  son  exécu- 
tion expiré;  le  soit  communiqué  en  tête  de  ladite  requête  à  la  munici- 
palité du  lieu  du  17  septembre  aussi  dernier,  la  réponse  de  ladite  municipa- 
lité au  bas  du  19,  ensemble  l'avis  du  District  du  21  du  même  mois,  n°  462, 
et  ouï  M.  Mueg  nommé  pour  remplacer  le  Procureur  Général  syndic, 

Le  Directoire  du  dép.  du  Haut-Rhin  a  arrêté  que  le  suppliant  sera 
exempté  de  toutes  impositions  pour  trois  années. 

11  (667).  —  il  novembre  il 90. 

Vu  la  requête  de  David  Meyer,  Juif  natif  de  Bolsenheim,  département 
du  Bas-Rhin,  aux  fins  d'être  reçu  à  s'établir  à  Habsheim  avec  sa  femme 
d'après  la  permission  qu'il  a  obtenu  du  seigneur  de  Landser  ;  l'avis  du 
Directoire  du  district  d'Altkirch  du  8  de  ce  mois  n°  241  et  pièces  y  men- 
tionnées. Ouï  M.  Waetterlé, 

Le  Conseil  Général  du  département  du  Haut-Rhin  autorise  le  suppliant 
à  s'établir  avec  sa  femme  à  Habsheim  à  charge  par  lui  d'acquitter  les 
charges  et  impositions  accoutumées;  sans  que  le  présent  arrêté  puisse 
tirer  à  conséquence. 

12  (715).  —  24  novembre  4190. 

Vu  la  requête  de  Raphaël  Ziffy,  Juif  de  Mùhlheim,  aux  fins  d'être 
autorisé  à  demeurer  au  village  de  Biesheim  ;  le  Brevet  du  Roi,  qui 
permet  au  suppliant  de  se  marier  ;  le  certificat  de  bonne  conduite  de  la 
municipalité  de  Durmenach;  l'avis  du  Directoire  du  district  de  Colmar, 
de  cejourdhui  n*  852.  Ouï  M.  Mueg  nommé,  etc. 

Le  Conseil  Général  du  département  du  Haut-Rhin  a  arrêté  que  le  sup- 
pliant sera  toléré  dans  le  lieu  de  Biesheim  jusqu'à  ce  qu'il  ait  été  pro- 
noncé par  le  Corps  législatif  sur  le  sort  des  Juifs  de  la  Province  d'Alsace; 
a  fait  en  conséquence  défense  à  la  municipalité  de  le  troubler  ;  sauf  à  elle 
à  se  pourvoir,  si  elle  s'y  croit  fondée. 

13  (717).  —  24  novembre   4190. 

Vu  la  requête  présentée  par  Leib  Lévy,  Juif  de  Wintzenheim,  en  qualité 
de  fermier  des  revenus  patrimoniaux  de  la  ville  de  Turckheim,  aux  fins 

T.  LXXV,  n°  149.  4 


5S0  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

d'obtenir  contrainte  contre  les  dénommés  en  l'état  joint  à  ladite  requête, 
et  ce  pour  les  années  1787-1788  et  1789  ensemble  les  pièces  y  annexées; 
le  soit  communiqué  de  la  requête  à  la  municipalité  de  ladite  ville,  pour 
y  répondre,  du  19  août  1790,  la  réponse  de  la  commune  du  25  en  tête  de 
laquelle  est  encore  un  soit  communiqué  au  suppliant,  en  date  du  lende- 
main 26,  la  réplique  de  ce  dernier,  du  1er  septembre  dernier,  et  l'avis  du 
Directoire  du  district  de  Golmar  du  16  de  ce  mois  n°  791.  Ouï  M,  Mùeg 
nommé,  etc. 

Le  Conseil  Général  du  dép.  du  Haut-Rhin,  sous  le  mérite  des  déclara- 
tions retenues  en  la  réplique  du  1er  septembre  1790,  permet  au  suppliant 
de  faire  contraindre,  par  les  voies  de  droit,  les  particuliers  redevables 
dénommés  en  l'état  du  12  avril  1790  chacun  en  droit  soi,  au  payement 
des  extances  y  portées. 

14  (750).  —  30  novembre  4790. 

Vu  la  requête  présentée  par  Samuel  Lévy,  Juif  de  Bollwiller,  aux  fins 
qu'il  soit  sursis,  en  ce  qui  le  concerne,  à  l'arrêté  du  Conseil  Général  du 
département  du  8  novembre  dernier;  en  conséquence,  qu'il  lui  soit 
permis  de  poursuivre  ses  débiteurs  chrétiens  par  les  voies  ordinaires  de 
la  justice,  tant  pour  le  principal  qu'intérêts  et  dépens,  et  ce  conformé- 
ment à  l'arrêt  de  règlement  de  1787  ou  autres  loix  qui  pourroient  être 
faites  par  les  Tribunaux;  subsidiairement  qu'il  soit  ordonné  que  le  sup- 
pliant jouira  du  sursis  et  bénéfice  accordé  à  ses  débiteurs  par  le  susdit 
arrêté;  en  conséquence  défenses  faites  à  ses  créanciers,  notamment  au 
sieur  Villemain  de  le  poursuivre  autrement  que  pour  les  intérêts,  jusqu'à 
ce  que  le  suppliant  puisse  lui-même  poursuivre  ses  débiteurs  pour  le 
capital,  aux  offres  qu'il  fait  de  donner  en  payement  des  titres  de  créance 
avec  garantie  jusqu'à  concurrence  de  son  dû;  ensemble  l'avis  du  Direc- 
toire du  district  deColmar,de  ce  jourdhui  n° 895.  Ouï  M.Mûeg  nommé,  etc. 

Le  Conseil  Général  du  département  du  Haut-Rhin  renvoyé  le  suppliant 
à  se  pourvoir  conformément  à  l'arrêté  du  8  de  ce  mois  et  ainsi  qu'il 
avisera  bon  être. 

15  (852). 

Vu  l'arrêté  de  la  ci-devant  Commission  intermédiaire  provinciale 
d'Alsace  du  13  juin  1789  et  les  pièces  y  rappelées;  le  bail  des  Revenus 
patrimoniaux  de  la  ville  de  Soulz,  passé  au  profit  de  Lehmann  Lévy,  le 
26  juin  1788  ;  la  requête  présentée  par  ce  dernier,  aux  fins  d'indemnité  à 
raison  de  l'augmentation  survenue  au  prix  du  sel  ;  le  renvoi  de  cette 
requête  au  Directoire  du  district  de  Colmar  du  30  novembre  dernier  ; 
l'avis  dudit  Directoire  de  District,  en  date  du  28  octobre  précédent,  par 
forme  de  seconde  expédition  ;  ouï  M.  Miïeg,  nommé,  etc. 

Le  Directoire  du  département  du  Haut-Rhin  a  ordonné  que  les  parties 
se  pourvoiront  en  justice  ordinaire. 


ARRÊTÉS  DU  DIRECTOIRE  DU  HAUT-RHIN  RELATIFS  AUX  JUIFS  51 


10  (963).  —  24  décembre  1190. 


Vu  la  requête  présentée  par  Joseph  Meyer-Lévy,  Juif  de  Wintzcnheim, 
tendante  à  ce  que  l'arrêté 'provisoire  de  l'ancien  Bureau  intermédiaire  du 
district  de  Golmar,  du  4  janvier  dernier,  soit  exécuté  suivant  sa  forme  et 
teneur;  en  conséquence,  le  suppliant  déchargé  des  impositions  confor- 
mément audit  arrêté;  ladite  requête  sous  n°  468.  L'arrêté  dudit  Bureau 
intermédiaire,  du  4  janvier  dernier,  ensemble  l'avis  du  Conseil  Général 
du  district  de  Golmar,  du  21  septembre  dernier,  n°  468.  Ouï  M.  Miieg, 
nommé,  etc. 

Le  Directoire  du  département  du  Haut-Rhin  a  arrêté  qu'il  n'y  a  pas  lieu 
à  délibérer  quant  à  présent. 


17  (981).  -  28  décembre  1790. 


Vu  la  requête  présentée  par  les  héritiers  de  Félix  Leyser,  Juif  de 
Niderhagenthal,  tendante  à  être  autorisé  de  retenir  par  leurs  mains  les 
sommes  qu'ils  doivent  en  vertu  de  la  répartition  du  29  avril  1782,  à  compte 
de  la  somme  de  600  1.  que  leur  auteur  a  avancé  à  la  caisse  des  Impositions 
de  la  Nation  juive,  et  à  ce  qu'en  outre  il  soit  ordonné  que  le  surplus  de 
ladite  somme  leur  sera  payé  incessamment  par  Hirsch  David,  receveur, 
qui  sera  tenu  de  rendre  compte  de  sa  gestion;  à  quoi  faire  il  sera 
contraint  par  les  voies  de  droit,  et  qu'en  attendant  il  soit  sursis  à  toutes 
poursuites  contre  les  supplians  ;  vu  aussi  le  translat  de  ladite  répartition, 
ensemble  l'avis  du  Conseil  Général  du  district  de  Colmar  du  4  octobre 
dernier  n°  536  signifié  à  partie  par  exploit  du  8  dudit  mois,  et  ouï 
ML  Miïeg,  nommé,  etc. 

Le  Directoire  du  dép.  du  Haut-Rhin  ayant  aucunement  égard  à  la 
requête  et  y  faisant  droit,  a  arrêté  que  la  somme  de  six  cents  livres  dont 
il  s'agit  sera  remboursé  aux  supplians  dans  six  ans  de  termes  par  la 
répartition  qui  sera  faite  sur  les  Juifs  pour  lesquels  l'auteur  des  supplians 
a  fait  lesdites  avances,  à  raison  et  sur  le  pied  de  100  1.  par  an  et  pour 
chaque  terme  ;  a  autorisé  et  autorise  les  supplians  à  retenir  pour  la 
présente  année  par  devers  eux  et  jusqu'à  la  concurrence  de  ladite  somme 
de  100  1.  les  impositions  pour  lesquelles  ils  se  trouveront  eux-mêmes 
cottisés,  pour  en  inspecter  et  compenser  le  montant  sur  le  produit  de  ce 
terme  de  la  présente  année  ;  a  arrêté,  en  outre,  que  les  collecteurs  et 
préposés  aux  recouv remens  se  conformeront  ponctuellement  aux  dispo- 
sitions du  présent  arrêté,  sous  peine  d'être  personnellement  tenus  des 
frais  que  leur  contravention  pourrait  occasionner. 


52  REVUE  DES   ÉTUDES  JUIVES 


18  (1162).  —  14  janvier  1191.  . 

Vu  la  requête  présentée  par  Samuel  Lévy,  Samuel  Wurmser  et  consors, 
au  nom  de  la  majeure  partie  de  la  communauté  juive  de  Bollwiller, 
tendante  à  ce  qu'il  plaise  les  autoriser  à  s'assembler  pour  procéder  à 
l'élection  d'un  préposé  des  juifs  de  ladite  communauté,  conformément 
aux  articles  21  et  23  des  Lettres-Patentes  du  10  juillet  1784,  ensemble 
l'avis  du  Directoire  du  district  de  Colmar  du  jourd'hui  n°  172.  Ouï 
M.  Ricklin  faisant  fonctions,  etc. 

Le  Directoire  du  dép.  du  Haut-Rhin,  avant  faire  droit,  arrête  que  la 
requête  sera  communiquée  tant  à  la  municipalité  de  Bollwiller  qu'au 
nommé  Hirtz  Blum,  préposé  actuel,  pour  fournir  leurs  réponses  et 
observations  par  écrit  dans  la  quinzaine  pour,  ce  fait  et  rapporté,  être 
statué  sur  ce  qu'il  appartiendra. 


19  (1598).  —  22  février  1791. 

Vu  la  requête  présentée  par  Samuel  Lévy  et  consorts,  composant  la 
majeure  partie  de  la  communauté  juive  de  Bollwiller,  dont  le  sommaire 
de  l'exposé  est  que,  par  Lettres-patentes  du  10  juillet  1784,  il  a  été  réglé 
que  les  Préposés  juifs  seraient  élus  par  les  communautés  des  juifs,  que 
Hirtz  Blum,  Prévôt  de  Bollwiller,  avait  été  nommé  en  1783  par  le  Sei- 
gneur, et  qu'abusant  de  son  autorité,  les  juifs  de  cette  commune  enten- 
daient profiter  de  la  disposition  des  Lettres-patentes  susdites,  et  procéder 
à  l'élection  d'un  préposé  ;  ladite  requête  tendante  à  ce  qu'il  plaise 
autoriser  la  communauté  juive  de  Bollwiller  de  s'assembler  pour  pro- 
céder à  l'élection  d'un  préposé  des  juifs  de  ladite  communauté,  confor- 
mément aux  articles  21  et  23  des  Lettres-patentes  du  10  juillet  1784,  faire 
défenses  à  tous  autres  qu'à  celui  qui  sera  élu  à  la  pluralité  des  voix  de 
s'ingérer  auxdites  fonctions  de  préposé  à  l'avenir  ;  l'arrêté  préparatoire, 
n°  1662,  la  réponse  de  la  municipalité  de  Bollwiller,  contenant  que  Hirtz 
Blum  a  rempli  ses  fonctions  de  préposé,  sans  qu'il  y  ait  le  moindre 
reproche  à  lui  faire,  et  qu'on  espérait  qu'il  y  avait  continué  ;  la  réponse 
de  Hirtz  Blum,  portant  que  c'est  par  l'effet  de  la  vengeance  et  de  la 
récrimination  qu'on  a  formé  la  demande  d'élire  un  autre  préposé  ;  que 
cette  demande  est  prématurée,  puisque  l'Assemblée  Nationale  doit  inces- 
samment statuer  sur  l'organisation  civile  de  la  Nation  juive,  et  qu'enfin 
il  ne  peut  être  destitué  que  pour  cause  de  forfaiture.  Le  Jugement  sur 
requête  du  Tribunal  du  district  de  Colmar,  du  24  décembre  dernier  ;  les 
provisions  de  Hirtz  Bluem,  du  30  décembre  1783;  l'acte  de  prestation  de 
son  serment,  du  27  janvier  1784  ;  ensemble  l'avis  du  Directoire  du  district 
de  Colmar,  du  7  du  courant,  n°  583,  par  lequel  il  estime  qu'il  y  a  lieu  de 


ARRÊTÉS  DU  DIRECTOIRE  DU  HAUT-RHIN  RELATIFS  AUX  JUIFS  53 

prendre  en  considération  le  témoignage  avantageux  que  la  Municipalité  a 
fourni  en  faveur  de  Hirtz  Bluem,  et  vu  ses  provisions,  considérant  que 
l'Assemblée  Nationale  n'a  point  encore  prononcé  sur  la  nation  juive  et 
son  organisation  politique,  il  échet  de  soumettre  le  tout  à  la  prudence 
de  l'Administration  supérieure,  pour  décider  de  la  conservation  de  Hirtz 
Bluem,  qui  paraît  mériter  sa  protection  ;  ouï  le  Procureur  Général  syndic, 
Le  Directoire  du  département  du  Haut-Rhin  a  arrêté  qu'il  n'y  a  lieu  à 
délibérer  sur  la  requête  de  Samuel  Lévy  et  consors  ;  ce  faisant  maintient 
et  conserve  Hirtz  Bluem  dans  ses  fonctions  de  préposé  de  la  Communauté 
juive  de  Bollwiller,  jusqu'à  ce  qu'il  en  soit  autrement  ordonné. 


20  (1604).  —  22  février  1791. 

Vu  la  requête  présentée  par  Meyer  Dreyfus,  fils  d'Elie  Dreyfus,  Juif 
d'Uffheim,  tendante  à  ce  qu'il  plaise  permettre  au  suppliant  de  contracter 
mariage  avec  une  fille  juive  et  suivant  le  rit  judaïque  ;  ce  faisant,  faire 
défenses  à  la  municipalité  d'Uffheim  d'y  former  aucun  empêchement, 
sous  telles  peines  que  de  droit,  ni  de  le  molester  sur  son  droit  de 
tolérance  dans  ledit  lieu,  jusqu'à  ce  qu'il  ait  été  prononcé  par  le  corps 
législatif  sur  le  sort  des  juifs  de  la  Province  d'Alsace  ;  vu  aussi  copie  du 
délibéré  de  la  municipalité  d'Uffheim,  du  12  avril  1790,  ensemble  l'avis 
du  Directoire  du  district  d'Altkirch,  du  1er  de  ce  mois,  n°  682.  Ouï  le 
Procureur-Général-Syndic, 

Le  Directoire  du  département  du  Haut-Rhin,  sans  s'arrêter  au  délibéré 
de  la  municipalité  d'Uffheim,  signifié  le  12  avril  1790,  a  permis  et  permet 
au  suppliant  de  contracter  mariage  avec  une  jeune  fille  juive,  suivant  le 
rit  judaïque. 

21  (1762).  —  2  mars  1791. 

Vu  la  requête  présentée  par  David  Meyer,  Juif  natif  de  Bolsenheim  au 
Département  du  Bas-Rhin,  tendante  à  ce  que,  vu  l'arrêté  du  Directoire  du 
Département  du  Haut-Rhin,  du  17  novembre  dernier,  ensemble  l'exposé 
en  ladite  requête,  il  plaise  ordonner  que  par  tel  Commissaire  du  District 
d'Altkirch,  qui  sera  à  ce  nommé,  il  serait  informé  des  faits  retenus  en 
ladite  requête-;  pour  ce  fait  communiqué  au  Procureur-Général-Syndic  et 
rapporté,  être  ordonné  ce  qu'il  appartiendrait;  Et  cependant  par  provi- 
sion, enjoindre  aux  Maire  et  officiers  municipaux  de  Habsheim  de  prêter 
au  suppliant  et  à  sa  femme  tout  secours  et  assistance,  à  peine  de  répondre 
en  leurs  propres  et  privés  noms  de  tous  événemens  fâcheux;  vu  aussi 
ledit  arrêté  du  17  novembre  dernier  n°  667.   Ouï  le  Procureur-Généra1 

Syndic'  .  u'Altkirch, 

La  dite  requête  a  été  renvoyée  au  Directoire  du  Dis»*- 


54  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

pour  vérifier  et  donner  son  avis  incessamment  ;  et  cependant  arrêté  que 
la  Municipalité  de  Habsheim  veillera  à  la  sûreté  de  la  personne  et  des 
biens  du  suppliant,  à  peine  d'en  répondre. 


22  (1767)  —  3  mars  1791. 

Vu  la  requête  présentée  par  les  préposés  juifs  d'Oberhagenthal,  dont  le 
sommaire  de  l'exposé  est,  qu'une  nouvelle  insurrection  se  tramait 
contr'eux  ;  que  Ton  ne  se  contentait  point  de  rendre  derechef  leurs 
maisons  inhabitables  ;  mais  que  Ton  avait  même  résolu  de  les  terrasser; 
concluent  en  conséquence  à  ce  qu'il  plaise  réquérir  M.  le  Commandant 
d'Huningue  d'établir  dans  le  lieu  d'Oberhagenthal  un  détachement  de 
dix  hommes  de  la  garnison  d'Huningue,aux  offres  que  font  les  suppliants 
de  le  loger,  lui  fournir  son  chauffage,  pourvoir  au  transport  du  pain  et 
de  lui  donner  le  supplément  ordonné  et  usité  ;  ensemble  l'avis  du  Direc- 
toire du  District  d'Altkirch,  du  23  février  dernier,  n°  751,  par  lequel  il 
estime,  qu'il  n'y  a  lieu  quant  à  présent  de  faire  droit  sur  la  demande  ; 
d'enjoindre  néanmoins  à  la  Municipalité  d'Oberhagenthal,  chargée  par 
les  Décrets  de  veiller  à  la  sûreté  et  tranquilité  publique,  de  tenir  la  main 
à  ce  que  les  supplians  et  la  nation  juive  ne  soit  inquiété  en  manière 
quelconque,  à  peine  par  la  dite  Municipalité  de  répondre  en  leur  propre 
et  privé  nom  des  dommages  qui  pourraient  résulter  de  sa  négligence; 
ouï  le  Procureur-Général-syndic, 

Le  Directoire  du  Département  du  Haut-Rhin  requiert  M.  le  Comman- 
dant d'Huningue  d'établir  dans  le  lieu  d'Oberhagenthal  un  détachement 
de  dix  hommes  de  la  garnison  dudit  Huningue,  aux  risques,  péril  et 
fortune  des  supplians,  et  à  charge  par  ceux-ci  de  les  loger,  leur  fournir 
le  chauffage,  pourvoir  au  transport  du  pain  et  de  leur  donner  le  supplé- 
ment ordonné  et  usité. 


23  (1787).  —  3  mars  1791. 

Vu  la  requête  présentée  par  Hana  Weyl,  veuve  d'Isaac  Meyer,  agent  de 
la  Nation  juive,  dont  l'exposé  est,  que  la  Nation  juive  a  accordé  à  la 
suppliante  une  pension  annuelle  de  300  1.  dont  elle  devait  jouir  pendant 
trois  ans  depuis  la  mort  de  son  mari,  à  cause  des  services  qu'il  a  rendus 
à  la  nation  ;  que  n'ayant  été  payé  de  cette  pension  que  pour  18  mois,  il 
lui  était  actuellement  dû  une  somme  de  150  1.  pour  les  6  derniers  mois 
écoulés;  que  ne  pouvant  en  obtenir  le  payement,  qui  doit  être  fait 
quartier  par  quartier,  elle  demande  à  ce  qu'il  fût  enjoint  aux  préposés 
de  ladite  nation  de  lui  payer  ladite  somme  et  de  continuer  à  l'avenir 
a  Lui  acquitter  ladite  pension  quartier  par  quartier;  ouï  le  Procureur- 
Général-syadic, 


ARRÊTÉS  DU  DIRECTOIRE  DU  HAUT-RHIN  RELATIFS  AUX  JUIFS  S5 

Le  Directoire  du  Département  du  Haut-Rhin  a  arrêté,  que  ladite  requête 
sera  communiquée  aux  Préposés  de  la  Nation  juive  de  la  ci-devant  haute 
Alsace,  pour  y  fournir  leurs  réponses  dans  la  huitaine;  pour  ce  fait  et 
rapporté,  être  statué  ce  qu'il  appartiendra. 


24  (1790).  —  3  mars  4194. 

Vu  la  requête  présentée  par  Marc  Dreyfus,  fils  de  Meyer,  juif  d'Uffheim, 
de  lui  autorisé,  tendante  à  ce  qu'il  plaise  ordonner  que,  sans  s'arrêter  à 
la  défense  émanée  de  la  commune  dudit  Uffheim,  il  sera  passé  outre  à  la 
célébration  de  son  mariage  avec  Bluemen  Rueff,  que  défenses  soient 
faites  à  la  dite  commune  de  troubler  ni  molester  le  suppliant  ;  le  soit 
communiqué,  du  il  octobre  dernier;  la  signification  du  8  novembre 
suivant,  ensemble  l'avis  du  Directoire  du  District  d'Altkirch,  du  17  dé- 
cembre dernier,  n°  462.  Ouï  le  Procureur-Général-Syndic, 

Le  Directoire  du  Département  du  Haut-Rhin,  sans  s'arrêter  au  délibéré 
de  la  Municipalité  d'Uffheim,  signifié  le  12  avril  1790,  a  permis  et  permet 
au  suppliant  de  contracter  mariage  avec  une  fille  juive  suivant  le  rit 
judaïque. 

25  (1791).  —  3  mars  4794. 

Vu  la  requête  présentée  par  Marc  Dreyfus  et  Isché  Veyler,  députés  de 
la  communauté  juive  de  Hattstatt,  dont  le  sommaire  de  l'exposé  est,  que 
dans  les  communautés  juives  il  a  toujours  été  d'usage  d'entretenir  leurs 
pauvres  qui  viennent  à  passer  ;  que  cet  usage,  fondé  sur  leurs  loix  et  sur 
celle  de  l'humanité,  s'est  constamment  pratiqué  d'une  manière  propor- 
tionnée à  la  fortune  de  chaque  particulier  juif,  sans  obstacle  et  sans 
réclamation;  que  cependant  depuis  quelque  temps  des  esprits  contradic- 
teurs refusent  de  s'y  conformer,  et  ainsi  font  retomber  les  pauvres  à  la 
charge  de  ceux  qui  observent  charitablement  ce  droit  d'hospitalité  ;  qu'il 
importait  en  conséquence  d'arrêter  ce  désordre  ;  ladite  requête  tendante 
à  ce  qu'il  plaise  ordonner  par  forme  de  règlement,  que  l'usage  dont  s'agit 
continuera  d'avoir  lieu  dans  la  communauté  juive  de  Hatstatt  comme  du 
passé,  ordonner  que  tous  et  un  chacun  seront  tenus  de  s'y  conformer, 
faute  de  quoi  autoriser  les  supplians  de  faire  contraindre  les  refusans 
au  payement  de  leurs  cotes  par  enlèvement  et  vente  d'un  meuble  que  le 
Weibel  de  la  Municipalité  sera  autorisé  de  faire  en  la  forme  usitée  pour 
le  recouvrement  des  impositions  royales  ;  vu  aussi  l'avis  du  Directoire  du 
District  de  Colmar,  du  28  février  dernier  n°  904  par  lequel  il  a  estimé 
qu'il  y  a  lieu  d'accorder  aux  supplians  les  fins  de  leur  demande  ;  ouï  le 
Procureur-Géneral-Syndic, 

Le  Directoir  du  Département  du  Haut-Rhin  a  arrêté,  que  l'usage  hospi- 
talier pratiqué  parmi  la  Nation  juive,  continuera  d'avoir  lieu  dans  la 
communauté  juive  de  Hatstatt,  comme  du   passé,  et  ce  jusquà  ce  que 


56  REVUE  DES   ÉTUDES  JUIVES 

l'Assemblée  Nationale  ait  statué  sur  le  sort  des  juifs  du  Département, 
ordonne  à  tous  et  chacun  de  s'y  conformer,  et  en  cas  de  refus  autorise 
les  supplians  de  faire  contraindre  les  rénitens  au  payement  de  leurs 
cottes,  par  les  voies  et  en  la  forme  usitées  pour  le  recouvrement  des 
impositions  royales. 

26  (1900).  —  12  mars  1791. 

Vu  la  requête  présentée  par  les  juifs  de  Wintzenheim,  dont  le  som- 
maire de  l'exposé  est,  que  le  Seigneur  du  lieu,  qui  était  en  droit  de  leur 
donner  un  prévôt  avait  nommé  en  dernier  lieu  Jacob  Meyer  Levy  ;  ce 
prévôt  s'étant  arrogé  trop  d'autorité,  il  fût  décidé  par  jugement  arbitral 
du  5  Mars  1764  qu'il  lui  serait  donné  trois  adjoints  avec  la  qualité  de 
préposés,  ce  qui  a  toujours  eu  lieu  depuis  ;  que  cependant  ledit  Prévôt 
étant  venu  à  décéder  l'année  dernière,  et  les  trois  préposés  ses  adjoints 
ayant  déjà  exercé  au  delà  des  trois  années  fixées  à  leurs  fonctions,  il 
importe  de  procéder  à  un  nouveau  choix  ;  ladite  requête  tendante  à  ce 
qu'il  plaise  autoriser  les  supplians  de  s'assembler  en  la  manière  accou- 
tumée, pour  procéder  à  l'élection  de  trois  préposés  solvables  qui  seront 
pris  dans  la  communauté  juive  de  Wintzenheim,  lesquels  préposés 
rempliront  les  mêmes  fonctions  et  jouiront  des  mêmes  privilèges  et 
autorités  que  le  défunt  prévôt  et  ses  adjoints,  de  laquelle  élection  sera 
dressé  procès-verbal,  pour  icelui  rapporté  et  ratifié,  être  exécuté  selon 
sa  forme  et  teneur  ;  vu  aussi  le  jugement  arbitral  du  5  mars  1764 
approuvé  et  ratifié  par  le  S.  Intendant  de  la  ci-devant  province  d'Alsace, 
le  13  du  même  mois,  ensemble  l'avis  du  Directoire  du  District  de  Colmar, 
du  8  février  dernier,  n°  1057  par  lequel  il  a  estimé  qu'il  y  a  lieu  d'au- 
toriser les  supplians  à  nommer  en  la  manière  usitée  leurs  trois  pré- 
posés qui  jouiront  de  la  même  autorité  dont  le  défunt  prévôt  des  juifs 
audit  lieu  et  ses  adjoints  devaient  jouir,  après  que  lesdits  préposés  auront 
présenté  le  procès-verbal  de  leur  élection,  et  qu'il  aura  été  ratifié  par  le 
Département;  ouï  le  Procureur-Général-Syndic, 

Le  Directoire  du  Département  du  Haut-Rhin  autorise  les  supplians  à 
s'assembler  en  la  manière  accoutumée  pour  procéder  à  l'élection  de  trois 
préposés  solvables  dans  la  communauté  juive  de  Wintzenheim  ;  à  charge 
par  eux  de  donner  connaissance  à  la  Municipalité  du  lieu  des  jour,  lieu 
et  heure  auxquels  ils  s'assembleront  ;  arrête  le  Directoire  que  ces  pré- 
posés rempliront  les  fonctions  attribuées  aux  ci-devant  Prévôt  et  ses 
adjoints,  en  rapportant  par  eux  le  procès-verbal  de  leur  élection,  pour 
être  approuvé  et  ratifié,  et  ce  jusqu'à  ce  qu'il  en  soit  autrement  ordonné. 

27  (2044).  —  18  mars  1191. 

Vu  la  requête  présentée  par  Abraham  et  Emanuel  Bloch,  Juifs  de 
Soultz,  les  deux  en  qualité  de  fermiers,  le  premier  du  droit  de  corvées  et 


ARRÊTÉS  DU  DIRECTOIRE  DU  HAUT-RHIN  RELATIFS  AUX  JUIFS  57 

le  second  de  celui  de  lods  et  ventes  audit  Soultz  et  à  Wuenheim,  et  ce 
pour  les  années  1785,  86,  87,  88,  89  et  90  la  dite  requête  tendante  à  ce 
que  la  Municipalité  soit  autorisée  d'annoncer  publiquement  aux  contri- 
buables de  payer  chacun  leur  cotte-part,  savoir  :  à  Abraham  ce  qui  lui 
est  dû  pour  le  droit  des  corvées  jusqu'au  20  novembre  1789  et  à  Emanuel 
pour  celui  de  lods  et  ventes  jusqu'à  la  fin  de  son  bail,  les  expéditions  de 
leurs  baux  dûment  en  règle,  et  l'avis  du  Directoire  du  District  de  Colmar 
du  13  décembre  dernier  n°  984.  Ouï  le  Procureur-Général-Syndic, 

Le  Directoire  du  Département  du  Haut-Rhin  a  renvoyé  les  parties  à  se 
pourvoir  en  justice  ordinaire. 


28  (2081).  —  21  mars  1791. 

Vu  la  requête  présentée  par  Lipmann  Schuster,  juif  de  Ribeauvillé, 
aux  fins  d'être  reçu  appelant  de  deux  décrets  décernés  contre  lui  par  le 
ci-devant  Bailli  du  Comté  de  Ribeaupierre  les  19  avril  et  24  septembre 
dernier  et  de  la  saisie  mobiliaire  qui  s'en  est  suivie,  en  conséquence  lui 
être  permis  de  faire  assigner  David  Levy,  juif  dudit  Ribeauvillé,  en  sa 
qualité  de  receveur  de  la  communauté  juive  du  même  lieu  pour  plaider 
sur  ledit  appel,  sauf  à  prendre  telles  conclusions  qu'il  appartiendra  et 
être  ordonné  que  les  choses  resteront  en  état  jusqu'enfin  de  cause  ;  vu 
aussi  les  dits  décrets  et  exploit  de  saisie  et  pièces  jointes;  ensemble  l'avis 
du  Directoire  du  District  de  Colmar  du  15  janvier  dernier  n"  238.  Ouï  le 
Procureur-Général-Syndic, 

Le  Directoire  du  Département  du  Haut-Rhin  renvoyé  le  suppliant  à  se 
pourvoir  en  justice  ordinaire,  au  sujet  de  la  prestation  du  Stattgeld  et 
Grundzins  dont  s'agit. 


29  (2434).  -  11  mars  1791. 

Vu  derechef  la  requête  présentée  par  la  communauté  juive  de  Wint- 
zenheim,  l'arrêté  du  Directoire  du  Département  du  Haut-Rhin,  du 
28  mars  dernier,  n°  1900,  le  procès-verbal  d'élection  des  préposés  de  la 
communauté  juive  de  Wintzenheim,  du  30  du  même  mois,  ensemble 
l'avis  du  Directoire  du  District  de  Colmar,  du  5  du  courant,  n°  1707  par 
lequel  il  a  estimé  que  ladite  élection  peut  être  ratifiée  et  homologuée, 
en  conséquence  les  nommés  Wolff  Alexandre  Bloch,  David  Wormser  et 
Wolff  Moyse  Bloch  reconnus  comme  préposés  de  la  Commune  de  Wint- 
zenheim ;  ouï  le  Procureur-Général  Syndic, 

Le  Directoire  du  Département  du  Haut-Rhin  a  approuvé  et  ratifié 
l'élection  faite  de  trois  préposés  par  la  communauté  juive  de  Wint- 
zenheim, le  30  Mars  dernier  ;  ordonne  en  conséquence  que  le  procès- 
verbal  qui  en  a  été  dressé  sera  exécuté  selon  sa  forme  et  teneur. 


58  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 


30  (2459).  —  12  avril  1791. 


Vu  la  requête  présentée  par  David  Meyer,  Juif  natif  de  Bolsenheim, 
dont  le  sommaire  de  l'exposé  est,  qu'en  exécution  de  l'arrêté  du  Direc- 
toire du  17  novembre  dernier,  n°  667  il  se  serait  mis  en  devoir  de  se 
domicilier  à  Habsheim  et  y  aurait  à  cet  effet  fait  transporter  une  partie 
de  ses  meubles,  mais  que  cette  circonstance  a  donné  lieu  à  un  attroupe- 
ment de  la  part  des  jeunes  garçons  de  ladite  commune,  qui  paraît  avoir 
été  la  suite  d'instigations  secrettes  ;  ladite  requête  tendante  à  ce  qu'il 
plaise  ordonner  que  par  tel  commissaire  du  District  d'Altkirch,  qui  sera 
à  ce  nommé,  il  sera  informé  des  faits  retenus  en  la  présente  requête, 
pour  ce  fait  communiqué  au  Procureur-Général-Syndic  et  rapporté  être 
ordonné  ce  qu'il  appartiendra,  et  cependant  par  provision  enjoindre  aux 
Maire  et  Officiers  municipaux  dudit  lieu  de  Habsbeim  de  prêter  au  sup- 
pliant et  à  sa  femme  tout  secours  et  assistance,  à  peine  de  répondre  en 
leurs  propres  et  privés  noms  de  tous  évènemens  fâcheux  ;  les  renvois  des 
2  et  11  mars  derniers;  le  procès-verbal  de  vérification  du  S.  Lochmann, 
commissaire  nommé,  du  17  du  même  mois;  l'avis  du  même,  joint;  vu 
aussi  l'arrêté  du  Directoire  du  17  novembre  dernier  n°  851,  ensemble 
l'avis  du  Directoire  du  District  d'Altkirch,  du  18  Mars  dernier,  par  lequel 
il  a  adhéré  à  l'avis  du  commissaire  ;  ouï  le  Procureur-Général-Syndic, 

Le  Directoire  du  Département  du  Haut-Rhin  ordonne  que  l'arrêté  du 
17  novembre  dernier  sera  exécuté  selon  sa  forme  et  teneur,  en  consé- 
quence fait  frès-expresse  injonction  à  la  Municipalité  de  Habsheim  d'y 
tenir  la  main  à  peine  d'en  demeurer  personnellement  responsable  ;  ce 
faisant,  arrête,  qu'à  la  diligence  du  Maire  de  Habsheim,  ou  en  son 
absence,  du  premier  officier  municipal,  les  nommés  Fortunat  ïrapp,  fils 
de  Henry  Trapp,  le  plus  jeune  des  fils  de  Jean  Adam  Sidler,  le  fils  de 
Fridolin  Kammerer,  Adrian  Husshaab,  Sébastien  Nidergang  et  le  fils 
aîné  de  Thiebaut  Munck,  procureur  de  la  Commune,  tous  de  Habsheim, 
seront  appréhendés  au  corps,  et  traduits  en  prison  pour  y  rester  l'espace 
de  24  heures;  leur  fait  défenses  de  récidiver  sous  plus  grosse  peine  et 
les  condamne  solidairement  aux  frais  de  vérification,  après  qu'ils  auront 
été  taxés  par  le  Directoire  du  District  d'Altkirch.  Arrête,  en  outre,  le 
Directoire  que  le  Maire  de  Habsheim  certifiera  dans  la  huitaine  le  Procu- 
reur-Syndic du  District  de  l'exécution  du  présent  arrêté. 


31  (2578).  —  18. avril  1791. 

Vu  la  requête  présentée  par  Isaac  Aron  Pfaltzbourg,  juif  de  Moutzig, 
dont  le  sommaire  de  l'exposé  est,  qu'après  le  décès  de  Sussel  Ennesch, 
dernier  rabin,  il  a  été  élu  en  cette  place  pour  le  Département  du  Haut- 
Khin,  le  14  mai  1790,  et  ses  affaires  domestiques  ne  lui  permettant  pas  de 


ARRÊTÉS  DU  DIRECTOIRE  DU  IIAUT-RIIIN  RELATIFS  AUX  JUIFS  59 

qui Iter  son  domicile  et  de  prendre  ses  fonctions  jusqu'à  présent,  le 
commis  rabin  de  Rixheim  a  été  provisionnellement  autorisé  à  faire  les 
fonctions  de  rabin  ;  maintenant  il  se  voit  à  même  de  les  remplir  et  de 
transporter  son  domicile  dans  le  département  du  Haut-llhin  ;  la  dite 
requête  tendante  à  ce  qu'il  plaise  ordonner  que  le  procès-verbal  d'élec- 
tion du  suppliant  à  la  place  de  Rabin  du  Département  du  Haut-Rhin  sera 
exécuté  selon  sa  forme  et  teneur  ;  en  conséquence  l'autoriser  à  en  faire 
les  fonctions, avec  défenses  à  tous  et  un  chacun  d'y  porter  empêchement; 
aux  offres  que  fait  le  suppliant  de  transporter  son  domicile  dans  le 
Département  du  Haut-Rhin  et  de  prêter  le  serment  en  pareil  cas  requis 
et  où  il  appartiendra.  Vu  aussi  le  procès-verbal  d'élection  faite  à  Stras- 
bourg le  14  Mai  1790  par  laquelle  il  conste  que  le  suppliant  a  été 
nommé  rabin  du  Département  du  Haut-Rhin,  ensemble  l'avis  du  Direc- 
toire du  District  de  Golmar,  du  8  du  courant,  n°  1801,  par  lequel  il 
estime  qu'il  y  a  lieu  de  ratifier  ladite  élection,  pour  être  provisoirement 
exécutée  jusqu'à  ce  que  par  la  législature  il  ait  été  statué  sur  le  sort  et 
le  gouvernement  de  la  nation  juive,  qu'il  y  a  lieu  d'ordonner  au  sup- 
pliant de  se  présenter  à  l'administration  majeure  pour  se  faire  recon- 
naître et  prêter  ensuite  le  serment  requis  en  sa  qualité  de  fonctionnaire 
public,  et  de  lui  enjoindre  de  fixer  sa  demeure  dans  le  Département; 
ouï  le  Procureur-Général-Syndic, 

Le  Directoire  du  Département  du  Haut-Rhin,  sous  le  mérite  des  offres 
retenues  es  conclusions  de  la  requête  du  suppliant,  arrête  que  jusqu'à  ce 
qu'il  soit  par  le  corps  législatif  fait  un  règlement  sur  le  sort  et  le 
gouvernement  de  la  nation  juive,  le  procès-verbal  d'élection  d'Isaac  Aron 
Pfaltzbourg  à  la  place  de  rabin  du  Département  sera  exécuté  selon  sa 
forme  et  teneur,  défend  à  tous  et  un  chacun  d'y  porter  empêchement,  à 
charge  par  le  suppliant  de  prêter  le  serment  requis  en  sa  qualité  de 
fonctionnaire  public  pardevant  la  Municipalité  du  lieu  où  il  fixera  sa 
résidence. 

32  (2773).  —  13  mai  1791. 

Vu  la  requête  présentée  par  Jacob  Meyer,  sous-rabin  de  la  nation  juive 
de  la  Haute  Alsace,  demeurant  à  Rixheim,  dont  le  sommaire  de  l'exposé 
est,  qu'il  est  commis  sous-rabin  de  la  Nation  juive  depuis  1768  et  qu'en 
cette  qualité  les  préposés  de  ladite  nation  lui  faisaient  payer  annuelle- 
ment une  somme  de  1000  1.  de  celle  de  1200  1.  de  traitement  du  rabin 
en  chef,  à  charge  par  lui  de  rendre  compte  des  sommes  qu'il  touche  des 
coûts  de  sentences  qu'il  rend  et  autres.  Le  suppliant  a  été  maintenu 
dans  son  emploi  et  ses  appointemens  lors  de  l'assemblée  des  préposés 
juifs  de  la  haute  Alsace,  et  il  percevait  annuellement  la  somme  de  1000  1. 
Mais  le  rabin  en  chef  étant  décédé,  le  suppliant  n'a  d'autre  voye  que  de 
s'adresser  au  nommé  Aron  Lévy  demeurant  à  Thann,  et  à  Joseph  Brun- 
schwïg  demeurant  à  Uffholz,  les  deux  préposés  de  la  nation  juive  qui 


60  REVUE  DES   ÉTUDES  JUIVES 

étaient  chargés  de  faire  la  répartition  des  1200  1.  de  salaires  du  rabin  en 
chef,  desquels  le  suppliant  commis  sous-rabin  percevait  ses  1000  1.  et 
que  faute  de  la  part  des  dits  préposés  d'en  avoir  fait  la  répartition  et  le 
recouvrement,  il  n'a  rien  touché  depuis  deux  ans  et  demi  ;  ladite 
requête  tendante  à  ce  qu'il  plaise  ordonner  aux  dits  Aron  Lévy  et  Joseph 
Brunschwig,  les  deux  préposés  de  la  nation  juive  de  la  haute  Alsace,  de 
faire  dans  le  mois  la  répartition  dont  s'agit  et  de  faire  payer  au  suppliant 
ses  salaires  de  deux  ans  et  demi,  aux  offres  qu'il  fait  de  leur  tenir 
compte  des  coûts  de  sentences  et  autres  objets  qu'il  a  perçus  ;  le  renvoi 
en  tète  de  la  dite  requête  aux  préposés  juifs  pour  y  répondre,  du  21  jan- 
vier dernier  ;  les  réponses  par  eux  fournies;  l'avis  du  District  de  Belfort, 
du  30  Mars  aussi  dernier,  par  lequel  le  Directoire  du  District  considérant 
que  la  réclamation  du  suppliant  est  l'effet  d'une  convention  qui  ne  peut 
être  que  du  ressort  de  la  justice,  estime  que  c'est  le  cas  de  renvoyer  le 
suppliant  aux  juges  qui  en  doivent  connaître  ;  ouï  le  Procureur-Général- 
Syndic, 

Le  Directoire  du  Département  du  Haut-Rhin  considérant  que  la  récla- 
mation du  suppliant  a  pour  objet  une  convention  particulière,  qui  est  du 
ressort  de  la  justice  ordinaire,  a  renvoyé  le  suppliant  à  se  pourvoir 
pardevant  les  juges  qui  en  doivent  connaître. 


33  (3004).  —   16  mai  4191. 

Vu  la  requête  de  Samuel  Hirsch  Manheimer,  Juif  d'Uffholtz,  dont  le 
sommaire  de  l'exposé  est,  que  suivant  traité  fait  avec  Jean-Baptiste 
Haegi,  sous-fermier  d'une  partie  des  revenus  patrimoniaux  de  la  ville 
de  Turckheim,  le  28  décembre  1786  il  s'est  chargé  de  lui  livrer  le  sel 
nécessaire  pour  son  débit,  aux  prix  et  condition  convenus  ;  que  par 
décompte  passé  devant  Notaire,  le  26  Août  1790,  il  lui  redevait  encore  la 
somme  de  4037  1.  16  s.  sauf  à  déduire  les  reçus,  si  aucuns  y  a;  la  dite 
requête  à  en  être  payé,  ensemble  des  intérêts,  à  dater  du  4  juin  de  la 
même  année  ;  les  pièces  y  jointes  et  l'avis  du  District  de  Colmar,  du 
.16  Avril  dernier,  N°  1946  par  lequel  le  Directoire  dudit  District  estime 
qu'il  y  a  lieu  de  renvoyer  le  suppliant  à  se  pourvoir  par  devant  le  juge  ; 
ouï  le  Procureur-Général  syndic, 

Le  Directoire  du  Département  du  Haut-Rhin  a  renvoyé  le  suppliant  à 
se  pourvoir  pardevant  le  juge  compétent. 

34  (3048).  —  48  mai  4791. 

Vu  la  requête  de  Jacques  Ditisheim  et  Joseph  Schwob,  les  deux  veufs, 
juifs  de  Heguenheim,  aux  fins  qu'il  leur  soit  permis  de  se  marier  et  de 
continuer  à  demeurer  audit  Heguenheim,  aux  offres  qu'ils  font  de  conti- 
nuer à  acquitter  les  charges  et  impositions  à  l'instar  d'autres  juifs  du 


ARRETES  DU  DIRECTOIRE  DU  HAUT-RHIN  RELATIFS  AUX  JUIFS  61 

lieu  ;  l'avis  du  Directoire  du  District  d'Altkirch,  du  11  novembre  dernier, 
N*  264.  Ouï  le  Procureur-Général  syndic, 

Le  Directoire  du  Département  du  Haut-Rhin  autorise  les  supplians  à 
contracter  mariage  suivant  le  rit  judaïque  et  à  continuer  leur  demeure 
dans  le  lieu  de  Heguenheim  ;  fait  défenses  à  tous  et  chacun  de  les  y 
troubler,  à  charge  par  eux  de  contribuer  dans  la  proportion  établie  aux 
charges  publiques. 

35  (3225).   —  31  mai  1791. 

Vu  la  requête  présentée  par  les  Maire  et  Officiers  municipaux  de 
Durmenach,  tendante  à  ce  qu'il  plaise  ordonner  aux  juifs  qui  y  sont 
domiciliés,  de  leur  payer  la  somme  de  246  1.  12  s.  par  forme  de  soulage- 
ment dû  à  la  dite  communauté,  et  ce  pour  l'année  dernière  1790,  le  soit 
communiqué  aux  préposés  des  dits  juifs,  du  17  janvier  dernier;  la 
réponse  par  eux  fournie  ;  l'extrait  du  rôle  de  supplément  des  privilégiés 
des  6  derniers  mois  1789  montant  à  29  1.  8  s.  ensemble  l'avis  du  Direc- 
toire du  District  d'Altkirch,  du  1er  février  dernier,  N°  705.  Ouï  le  Procu- 
reur-Général-Syndic, 

Le  Directoire  du  Département  du  Haut-Rhin  a  arrêté  que  les  juifs 
domiciliés  à  Durmenach  seront  tenus  de  payer  entre  les  mains  du 
receveur  de  la  dite  communauté  la  somme  de  246  1.  12  s.  à  laquelle  ils 
ont  été  cottisés  comme  du  passé  pour  leur  contribution  aux  charges 
communales  pour  l'année  1790  à  peine  d'y  être  contraints  par  toutes  les 
voies  dues  et  raisonnables,  et  quant  à  ce  qui  concerne  la  somme  de 
29  1.  8  s.  pour  laquelle  lesdits  juifs  ont  été  imposés  dans  le  rôle  de 
supplément  des  ci-devant  privilégiés  pour  les  6  derniers  mois  de  1789 
considérant  que  les  juifs  de  Durmenach  se  trouvent  déjà  imposés  dans 
un  rôle  particulier,  a  arrêté  qu'ils  seront  déchargés  de  la  dite  somme  de 
29  1.  8  s.  et  que  le  montant  dudit  rôle  sera  diminué  pour  l'objet  de  la 
dite  somme. 

36  (3228).  —  31  mai  1191. 

Vu  la  requête  présentée  par  les  juifs  domiciliés  à  Isenheim,  dans 
laquelle  ils  exposent  que  le  Maire  du  dit  lieu  a  voulu  leur  défendre,  de 
tuer  comme  du  passé  le  bétail  dont  ils  ont  besoin,  sans  avoir  pu  y 
réussir;  que  malgré  cela  il  exige,  sans  en  avoir  le  droit,  les  langues  du 
gros  bétail  ;  qu'il  s'avise  outre  cela  de  prononcer  contre  eux  verbalement 
des  amendes  arbitraires,  sans  cause  légitime,  au  payement  desquelles  il 
les  force  par  emprisonnement;  qu'il  envoyé  chés  eux  des  gardes  qui  les 
forcent  à  éteindre  leurs  lumières  et  à  se  coucher  malgré  eux;  qu'il  veut 
astreindre  leur  nation  à  fournir  journellement  un  homme  pour  la  garde 
et  délivrer  un  fusil  de  la  commune,  malgré  les  offres  qu'ils  ont  faites  de 


62  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

fournir  un  homme  à  leur  tour  de  garde.   Ladite  requête  tendante  à  ce 
qu'il  plaise  au  Département  déclarer   que  les   supplians  sont  sous  la 
sauve-garde  de  la  Loi,   défendre  en  conséquence  au  Maire  et  officiers 
municipaux  d'Isenheim  de  prononcer  contre  les  supplians  des  amendes 
arbitraires,  ni  de  les  contraindre  au  payement  d'icelles  par  voie  d'empri- 
sonnement, de  leur  défendre  en  outre  d'exiger  d'eux  les  langues  du  gros 
bétail  qu'ils  tueront,   et  qu'ils  fournissent  chaque  jour  un  homme  à  la 
garde,  et  un  fusil  pour  la  commune  ;   le  soit  communiqué  à  la  Munici- 
palité d'Isenheim  ;   la  réponse  de  ladite   Municipalité,   sans  date;    une 
nouvelle  requête   présentée   par  Beretz  Wurmser,  juif  dudit  Isenheim, 
dans  laquelle  il  expose  que  s'étant  refusé  à  donner  au  Maire  la  langue  du 
gros  bétail  qu'il  tuait,  il  a  été  emprisonné  par  ses  ordres.  La  dite  requête 
tendante  à  ce  qu'il  plaise  au  Département  ordonner  que  le  suppliant 
sera   élargi  des  prisons,   faire   défenses  au  Maire  d'Isenheim   de   rien 
innover  au  préjudice  de  la  litisprudence,  comme  aussi   d'attenter  à  la 
liberté  du  suppliant,  sauf  son  action  en  dommages  intérêts,  ainsi  qu'il 
appartiendra;   vu  aussi  l'avis  du  Directoire  du  District  de  Golmar  du 
27  de  ce  mois,  N°  2653  par  lequel  il  estime  que  la  Municipalité  d'Isenheim 
est  incompétente  pour  faire  un  règlement  qui  défend  aux  juifs  de  tuer 
plus  d'une  pièce  de  bétail  par  semaine,  la  nouvelle  constitution  permet- 
tant à  tous   et  un  chacun   de  se  nourrir  et  de  gagner  sa  vie  de  telle 
manière  qu'il  croit  le  pouvoir,  pourvu  que  ce  soit  par  des  moyens  non 
réprouvés  par  les  loix,  à  charge  par  les  Juifs  de  se  soumettre  aux  loix 
relatives  à  l'exploitation  des  métiers  en   prenant  des  patentes,  et  de  se 
soumettre  pareillement  aux  réglemens  concernant  l'assurance  des  appro- 
visionnemens  des  viandes  pour  la  consommation  de  la  communauté. 
Estime  que  le  Maire  n'a  aucun  droit  d'exiger  les  langues  des  bestiaux 
tués,  puisque  le  Maire  n'est  point  inspecteur  des  viandes,  et  que  cette 
partie  de  la  police  est  déléguée  à  d'autres   officiers   municipaux  déjà 
rétribués  pour  cette  fonction.  Estime  que  nul  ne  doit  être  emprisonné, 
si  ce  n'est  dans  le  cas  de  sédition  ou  surpris  en  flagrant  délit  et  pour 
manque  de  soumission  ou  de  respect  aux  loix.  Estime,  en  outre,  qu'il 
échet  d'ordonner   que  les  juifs    montent   la   garde  en   proportion   du 
nombre  des  pères  de  famille  qui  se  trouvent  dans  l'endroit,  sans  que  les 
deux  cricurs  de  nuit  puissent  être  envisagés  comme  des  gardes  qui  sont 
à  la  décharge  des  chrétiens,  sauf  à  la  Municipalité  à  faire  contribuer  les 
juifs  pour   la  rétribution  fixée  aux   crieurs,   proportionnellement  aux 
autres  citoyens   de  l'endroit;    et   quant  aux  plaintes   énoncées   contre 
Lipmann  Bloch  à  la  fin  de  la  réponse  de  la  Municipalité  d'Isenheim,  le 
Directoire  estime  qu'il  y  a  lieu  de  renvoyer  Richard  Thuet  devant  le 
juge    ordinaire,    pour,    après   informations    préalablement    prises,    être 
statué    ce   qu'au    cas   appartiendra;    que   les    termes  employés  dans  la 
réponse  de  la  Municipalité  d'Isenheim  contre   une  nation  malheureuse 
méritent  rimprobation  de  l'administration  majeure,  qui  ne  peut  tolérer 
des    expressions  aussi  inconsidérées   que    criminelles    et    capables  de 


ARRÊTES  DU  DIRECTOIRE  DU  HAUT-RHIN  RELATIFS  AUX  JUIFS  63 

fomenter  des  troubles  publics.  Estime  finalement  le  Directoire  qu'il  y  a 
lieu  d'ordonner  sur  la  plainte  de  Berentz  Wurmser,  que  le  procureur  de 
la  commune  d'Isenheim  fera  élargir  sur  les  ordres  qui  interviendront 
le  dit  Wormser  ;  qu'il  sera  fait  défenses  au  Maire  et  à  tous  autres  de  plus 
à  l'avenir  se  rendre  justice  dans  leur  propre  cause,  si  ce  n'est  en  cas  de 
manque  de  respect  ou  de  soumission  à  la  Loi,  et  de  respecter  la  liberté 
individuelle  de  tous  et  un  chacun,  sauf  audit  Wurmser  à  se  pourvoir  en 
dommages  intérêts  par  devant  qui  il  appartiendra;  ouï  le  Procureur- 
Général-Syndic, 

Le  Directoire  du  Département  du  Haut-Rhin,  considérant  que  d'après 
la  Loi  il  est  libre  à  chaque  individu  d'exercer  telle  profession  que  bon 
lui  semblera,  en  se  munissant  de  patentes  et  se  conformant  aux  règle- 
ments qui  ont  été  faits  par  les  Municipalités,  a  arrêté  que  les  juifs 
d'Isenheim  ne  peuvent  être  inquiétés  dans  le  métier  de  boucher,  s'ils  ont 
satisfait  à  la  Loi,  défend  au  Maire  dudit  lieu  d'exiger  les  langues  des 
bestiaux;  arrête  que  les  juifs  domiciliés  à  Isenheim  seront  tenus  de 
monter  la  garde  à  leur  tour  ou  de  la  faire  monter  à  prix  d'argent  à 
l'instar  des  autres  habitans  du  lieu,  sans  que  les  deux  crieurs  de  nuit 
puissent  être  envisagés  comme  des  gardes  qui  sont  à  la  décharge  des 
chrétiens;  sauf  à  la  Municipalité  de  faire  contribuer  les  juifs  pour  la 
rétribution  fixée  aux  crieurs,  proportionnellement  aux  autres  habitans 
de  l'endroit.  Renvoyé  Richard  Thuet  devant  le  juge  compétent  pour 
raison  de  l'insulte  qu'il  prétend  lui  avoir  été  faite  et  à  sa  patrouille  dans 
la  nuit  du  14  courant,  par  Isaac  Wahl,  Juif  dudit  Isenheim  ;  renvoyé 
finalement  Berentz  Wurmser,  Juif  dudit  Isenheim,  à  se  pourvoir  en 
justice  ordinaire  pour  raison  de  son  emprisonnement,  s'il  s'y  croit 
fondé. 


37  (3397).  —  M  juin  1791. 

Vu  la  requête  présentée  par  Abraham  Ulmo,  juif  demeurant  à  Ober- 
steinbrunn,  dont  le  sommaire  de  l'exposé  est,  qu'il  est  né  à  Sierentz, 
mais  qu'il  a  été  élevé  chés  son  grand  père  à  Obersteinbrunn,  que  s'étant 
depuis  marié,  il  a  voulu  retourner  dans  son  lieu  natal,  à  quoi  la  Munici- 
palité résiste.  Ladite  requête  tendante  à  ce  qu'il  plaise  enjoindre  à  la 
Municiplaité  de  Sierentz  de  se  conformer  à  la  Loi,  qui  permet  à  tout 
citoyen  de  s'établir  où  bon  lui  semble,  en  conséquence  faire  défenses 
aux  officiers  municipaux,  ainsi  qu'à  tous  autres,  de  porter  aucun  empê- 
chement à  l'établissement  du  suppliant  à  Sierentz,  le  soit  communiqué  à 
la  Municipalité  de  Sierentz,  du  2  Mai  dernier;  la  réponse  de  la  Munici- 
palité, du  4  du  même  mois,  ensemble  l'avis  du  Directoire  du  District 
d'Altkirch,  du  8  du  courant,  par  lequel  considérant  que  le  village  de 
Sierentz  est  le  lieu  natal  du  suppliant;  que  la  demeure  qu'il  a  faite  à 
Obersleinbronn  n'a  été  qu'accidentelle  et  précaire,  il  a  estimé  qu'il  y  a 


64  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

lieu  d'ordonner  aux  officiers  municipaux  de  Sierentz  de  recevoir  le  sup- 
pliant dans  le  lieu  de  sa  naissance,  et  de  lui  accorder  tout  secours  et 
protection,  sous  peine  de  demeurer  personnellement  responsables  de 
tous  événemens,  frais,  dépens,  dommages  et  intérêts  ;  ouï  le  Procureur- 
Général-Syndic, 

Le  Directoire  du  Département  du  Haut-Rhin  a  permis  et  permet  au 
suppliant  de  s'établir  et  de  fixer  sa  demeure  dans  le  lieu  de  Sierentz  ; 
fait  défenses  à  la  Municipalité  du  lieu  et  à  tous  autres  d'y  porter  empê- 
chement ou  de  troubler  le  suppliant  dans  l'exécution  du  présent  arrêté, 
à  peine  d'en  répondre  en  leur  propre  et  privé  nom,  à  charge  par  le 
suppliant  de  supporter  à  l'instar  des  autres  juifs  du  lieu  les  charges 
et  contributions  publiques. 


38  (11.207).  —  Du  vendredi  o  avril  1793. 

Vu  la  pétition  présentée  par  Joseph  Kahn,  Juif  domicilié  à  Horbourg, 
dans  laquelle  etc.  (Incapacité  de  servir  la  patrie)  Avis  du  district  de 
Colmar  dujourd'hui,  N'  7514.  Ouï  le  procureur  général  syndic, 

Le  Directoire  du  Département  du  Haut-Rhin  considérant  que  les  agens 
militaires  étant  chargés  par  l'instruction  du  commissaire  supérieur  du 
Conseil  exécutif  de  la  réception  des  hommes  destinés  au  recrutement  de 
l'armée,  et  qu'ils  sont  autorisés  à  réformer  ceux  que  des  défauts  de 
conformation  ou  d'autres  infirmités  rendraient  incapables  de  servir  en 
faisant  pourvoir  à  leur  remplacement  par  les  municipalités  qui  les  ont 
fournis,  dit  qu'il  n'y  a  pas  lieu  à  délibérer  quant  à  présent  sur  les  fins 
de  la  dite  pétition. 

39  (11.319).   —  Du  11  avril  1793. 

Vu  la  pétition  présentée  par  Gerschel  Moyses,  Juif  de  Herlisheim,  par 
laquelle  etc.  (Exemption  de  servir)  Avis  du  District  de  Colmar  du  10  du 
courant  ;  ouï  le  procureur-général  syndic, 

Le  Directoire  du  Département  du  Haut-Rhin  dit  qu'il  n'y  a  pas  lieu  à 
délibérer. 

40  (12.608).  —  Du  3  juillet  1793. 

Vu  la  pétition  présentée  par  Raphaël  Félix,  Juif  de  Ribeauvillé,  par 
laquelle  etc.  (Mainlevée  d'une  arrestation  faite  à  Neufbrisack  de  numé- 
raire) Avis  du  District  de  Colmar  du  7  juin  dernier,  N°  8541.  Ouï  le 
Procureur-Général  syndic, 

Le  Directoire  du  Département  du  Haut-Rhin  dit  qu'il  n'y  a  pas  lieu  à 
délibérer,  sauf  au  pétitionnaire  à  se  pourvoir  pardevant  qui  il  appar- 
tiendra. 


ARRÊTÉS  DU  DIRECTOIRE  DU  HAUT-RHIN  RELATIFS  AUX  JUIFS  65 


41  (13.129).  —  Du  6  août  1793. 

Vu  la  pétition  de  Goschel  Marx  Lcvy,  citoyen  de  Wintzenheim,  expo- 
sitive etc.  (Contrainte  pour  le  recouvrement  de  393  1.  15  s.  à  répartir  sur 
les  Juifs)  Avis  du  District  de  Colmar  du  26  juillet  dernier,  N«  9456.  Ouï 
le  Procureur-Général  syndic, 

Le  Directoire  du  Département  du  Haut-Rhin  autorise  l'exposant  de 
faire  contraindre  par  toutes  voies  dues  et  raisonnables  les  préposés  de 
chacune  des  communautés  juives  mentionnées  en  l'état  de  répartition 
arrêté  le  2  octobre  1791  au  payement  de  la  somme  à  laquelle  elles  ont 
été  cottisées  dans  ledit  état  ;  le  tout  conformément  et  en  exécution  de 
l'arrêté  du  29  Juillet  1791.  N°  4259. 


42  (13.251).   —  Du  vendredi  16  août  1793. 

Vu  l'arrêté  pris  le  1er  juillet  dernier,  sous  N°  4343,  par  le  Directoire  du 
Département  du  Haut-Rhin,  relatif  à  la  liquidation  générale  de  la  Nation 
Juive  de  la  ci  devant  province  d'Alsace  etc.  Ouï  le  Procureur-Général 
syndic, 

Le  Directoire  du  Département  du  Haut-Rhin,  après  l'examen  et  vérifi- 
cation des  pièces  à  l'appui  de  la  liquidation  dont  s'agit,  approuve  et 
ratifie  l'arrêté  pris  à  ce  sujet  le  lcf  Juillet  dernier  par  le  Directoire  du 
Département  du  Bas-Rhin,  arrête  en  conséquence  qu'il  sera  exécuté 
dans  sa  forme  et  teneur  pour  tout  ce  qui  a  rapport  au  Département  du 
Haut-Rhin,  de  la  même  manière  qu'il  est  consenti  par  celui  du  Bas  Rhin, 
pour  être  mis  à  exécution. 

43  (18.183).  —  Du  13  vendémiaire  an  III. 

Vu  la  pétition  présentée  par  Wolf  Alexandre  Bloch,  Juif  de  Wintzenheim , 
aux  fins  etc.  (Procès  relatif  à  une  rente  collongère)  Avis  du  District  de 
Colmar  du  17  Juillet  1792.  N"  3548. 

L'Administration  du  Département  du  Haut-Rhin  considérant  que  par 
l'art.  1er  de  la  Loi  du  17  Juillet  1793  N°  2937  toutes  redevances  ci-devant 
seigneuriales,  droits  féodaux,  usuels,  fixes  et  casuels,  ont  été  supprimés  ; 
que  l'art.  3  de  la  même  Loi  porte  :  Les  procès  civils  et  criminels  intentés, 
soit  sur  le  fond,  soit  sur  les  arrérages  des  droits  supprimés  par  l'art.  1er 
sont  éteints  sans  répétition  de  frais  de  la  part  d'aucune  des  parties  : 
déclare  qu'il  n'y  a  pas  lieu  à  délibérer  sur  la  demande  dudit  Bloch. 

44  (20.878).  —  Du  2â  germinal  an  III. 

Vu  la  pétition  présentée  par  Emanuel  Bloch  citoyen  de  la  commune  de 
Soultz  (Demande  en  résiliation  d'une  adjudication  au  rabbais  d'une  four-. 

T.  LXXV,  n°  149.  5 


66  REVUE  DES  ÉTUDES  JUIVES 

niture  de  600  quintaux  de  sel)  Avis  du  Directoire  du  District  de  Colmar 
du  24  du  courant  N°  3690  etc. 

L'Administration  du  Département  du  Haut-Rhin  d'après  les  motifs 
insérés  aux  observations  de  la  municipalité  de  Soultz  du  21  du  courant 
déclare  qu'il  n'y  a  pas  lieu  à  délibérer  sur  la  pétition  sauf  au  pétitionnaire 
à  se  pourvoir  pardevant  le  juge  ordinaire  s'il  se  croit  fondé. 


45  (21.677). 

Vu  la  pétition  présentée  par  Samuel  Levi,  Michel  Schwob,  Jacques 
Brunschwig,  Leib  Brunschwig  et  consors  de  Habsheim,  tendante  à  rentrer 
en  jouissance  d'une  maison  servant  de  synagogue,  et  de  placer  le  magazin 
des  fou  rages  dans  un  autre  emplacement  etc.  Avis  du  Directoire  du 
District  d'Altkirch  du  12  courant  N°  6759,  etc. 

Ouï  le  procureur  général  syndic, 

Le  Directoire  du  Département  du  Haut-Rhin,  considérant  qu'il  résulte 
de  la  loi  du  11  courant,  que  les  citoiens  des  communes  auront  provisoi- 
rement le  libre  usage  des  édifices  nationaux  non  aliénés,  destinés  origi- 
nairement aux  exercices  d'un  ou  plusieurs  cultes,  et  dont  ils  étaient  en 
possession  le  1er  jour  de  l'an  2  de  la  république,  qu'ils  pourront  s'en 
servir  sous  la  surveillance  des  autorités  constituées  tant  pour  les 
assemblées  ordonnées  par  la  loi,  que  pour  l'exercice  des  cultes,  et  que 
ces  édifices  seront  remis  à  l'usage  des  citoiens  dans  l'état  où  ils  se 
trouvent,  à  la  charge  de  les  entretenir  et  les  réparer,  considérant  que  les 
pétitionnaires  sont  propriétaires  depuis  nombre  d'années  d'une  maison 
et  dépendances  qui  a  toujours  servi  de  synagogue  pour  l'exercice  de  leur 
culte  et  qu'ils  en  ont  constamment  joui  jusqu'il  y  a  environ  six  mois, 
qu'elle  a  été  mise  en  réquisition  pour  servir  de  magazin  de  fourages 
militaires.  Arrête  que  les  pétitionnaires  rentreront  provisoirement  dans 
la  possession  et  libre  jouissance  des  bàtimens  dont  s'agit  :  à  charge  par 
eux  de  se  conformer  à  la  loi  du  11  présent  mois.  A  quel  effet  lesd. 
bàtimens  seront  incessament  vuidés  et  pourvu  à  un  autre  emplace- 
ment pour  y  placer  les  fourages,  le  tout  à  la  diligence  tant  de  la  Munici- 
palité que  du  garde  Magazin  chargé  de  la  surveillance  desd.  fourages  ; 
ce  fesant  rapporte  quant  à  ce  son  arrêté  du  9  Thermidor  dernier, 
N° 17480. 

46  (23.499).  —  25  vendémiaire  an  IV. 

Vu  la  pétition  présentée  par  Joseph  Brunschwig  d'Uffholtz,  dont  le 
sommaire  etc.  (Vente  de  forêts).  Avis  du  District  de  Belfort  du  20  du 
courrant  ;  ouï  le  Procureur-Général-Syndic  substitué, 

Le  Directoir  du  département  du  Haut-Rhin  prenant  en  considération 
l'avis  du  District  et  considérant  en  outre,  que  l'adjudication  faite  séparé- 


ARRETES  DU  DIRECTOIRE  DU  HAUT-RHIN  RELATIFS  AUX  JUIFS  67 

mont  le  16  du  courrant  des  deux  coupes  dont  s'agit,  par  le  Commissaire 
du  District,  a  été  faite  on  règle  ;  qu'elle  est  revêtue  de  toutes  les  forma- 
lités requises  ;  considérant  que  les  forets  où  lesdites  deux  coupes  ont  été 
marquées,  font  dépendances,  l'une  des  biens  de  l'émigré  Landenberg, 
l'autre  des  biens  de  la  ci-devant  abbaye  de  Murbach,  que  par  conséquent 
les  deniers  en  provenant  doivent  faire  deux  masses  distinctes;  c'est 
contre  toutes  les  règles  que  le  Commissaire  a,  après  l'adjudication  faite 
séparément,  joint  lesdites  deux  coupes  et  fait  procéder  ensuite  à  une 
adjudication  en  bloc,  de  manière  qu'il  serait  impossible  de  distinguer  le 
prix  relatif  à  chacune,  d'où  il  suit  que  l'adjudication  en  bloc  ne  peut 
subsister.  Considérant  que, quoiqu'il  existe  une  différence  de  prix  énorme 
entre  l'adjudication  faite  séparément  et  celle  en  bloc,  il  n'est  cependant 
pas  au  pouvoir  de  l'administration  d'annuller  la  première  dès  qu'elle  a 
été  faite  légalement,  et  qu'elle  n'est  entachée  d'aucun  vice,  attendu 
qu'aucune  lésion  n'est  admissible  suivant  la  Loi,  et  qu'il  ne  peut  y  avoir 
lieu  ni  au  doublement  ni  au  tiercement,  considérant  en  outre,  que  toute 
adjudication  faite  légalement,  repose  sur  la  foi  publique,  il  serait  d'un 
dangereux  exemple  d'y  donner  la  moindre  atteinte  pour  quelque  cause 
que  ce  soit  :  casse  et  annulle  l'adjudication  faite  en  bloc  et  arrête  que 
les  deux  adjudications  faites  séparément  des  deux  petites  coupes  dont 
s'agit  au  profit  du  pétitionnaire,  seront  exécutées  suivant  leur  forme  et 
teneur. 

47  (23.578).  —  o  brumaire  an  IV. 

Vu  le  projet  de  liquidation  faite  au  Directoire  du  District  de  Belfort, 
des  créanciers  de  l'émigré  Louis  Joseph  Klinglin  d'Essert,  notamment  les 
titres  de  créance  d'Anne  Weyl,  veuve  d'Isaac  Meyer,  Félix  Meyer,  son 
tils,  Abraham  et  Simon  Weyl  fils,  etc.,  Juifs  de  Ribeauvillé,  tendant  à 
être  liquidés  de  leur  créance  de  45.000  1.,  etc.  Ouï  le  Procureur-Général- 
Syndic  substitué, 

Le  Directoire  du  Département  du  Haut-Rhin  considérant  que  les 
réclamans  ont  fait  la  déclaration  de  leur  créance  et  le  dépôt  de  leurs 
titres  au  Secrétariat  du  District  de  Belfort  à  tems  utile,  mais  qu'au 
moment  où  fut  rendu  la  Loi  du  25  Juillet  1793  vieux  style,  la  cause  était 
pendante  au  Tribunal  du  District  dudit  Belfort;  considérant  que  par 
l'art.  13  §  2  section  5  do  ladite  Loi,  il  est  dit  que,  toute  procédure  contre 
les  émigrés  pour  raison  de  leurs  dettes  passives  ou  de  droits  à  exercer 
sur  leurs  biens,  demeure  éteinte:  Arrête  avant  faire  droit  sur  la  demande 
en  liquidation,  que  conformément  à  l'art.  32  sect.  2  de  la  Loi  du 
Ier  floréal  an  3  la  contestation  pendante  à  cet  égard  sera  décidée  par 
deux  arbitres,  dont  l'un  sera  nommé  par  l'administration  du  Départe- 
mont  et  l'autre  par  les  réclamans,  et  dans  le  cas  de  non  accord,  lesdits 
arbitres  s'adjoindront  un  tiers  pour  fixer  la  décision  :  à  quel  effet,  le 
Département   nomme   pour  son  arbitre  le  citoyen  Thannberger  père, 


68  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

homme  de  Loi  de  la  Commune  de  Golmar  ;  pour  la  dite  décision  rap- 
portée être  ultérieurement  statué  ce  qu'il  appartiendra. 

{Signatures.) 

48  (27.247).  —  28  brumaire  an  V. 

Vu  les  pétitions  présentées  l'une  par  Samuel  Schmoll,  citoyen  de 
Seppois-le-Bas,  et  Dina  Hausser  veuve  de  feu  Schmeyen  Block  dudit  lieu 
tant  en  son  nom  qu'en  qualité  de  tutrice  naturelle  de  Jacques  Bloch  son 
fils  par  laquelle  etc.  (Suspension  de  l'agent  municipal),  vu  un  extrait  du 
Greffe  du  tribunal  correctionnel  de  l'arrondissement  d'Altkirch  du 
23  Messidor  dernier  etc.  les  avis  de  l'administration  municipale  d'Hir- 
singue  du  1er  Brumaire  par  lequel  etc. 

Oui  le  commissaire  du  Directoire  exécutif, 

L'Administration  départementale  du  Haut-Rhin  considérant  que  les 
dispositions  des  témoins  contenus  aux  deux  procès-verbaux  d'information 
constatent  1°  que  le  citoyen  Frittig  agent  municipal  de  la  commune  de 
Seppois-le-Bas  est  contrevenu  formellement  à  l'article  359  de  la  Consti- 
tution en  violant  nuitamment  et  à  force  armée  l'azile  d'une  citoyenne, 
2°  qu'il  a  détourné  les  citoyens  de  la  commune  de  faire  un  service  mili- 
taire, 3^  qu'il  a  fait  procéder  à  la  vente  d'objets  appartenants  à  la  com- 
mune sans  y  être  autorisé,  4°  qu'il  a  arbitrairement  prélevé  une  taxe 
pour  l'enregistrement  des  naissances  et  mariages,  5°  qu'il  a  tenu  des 
propos  tendants  à  entraver  l'exécution  des  loix  et  des  ordres  des  autorités 
supérieures  pour  leur  exécution  tendante  à  faire  jouir  tous  les  citoyens 
indistinctement  des  mêmes  droits,  6*  qu'il  a  induement  forcé  des  citoyens 
de  payer  à  des  gendarmes  des  sommes  qui  ne  leur  étaient  point  légale- 
ment allouées  et  s'est  qualifié  de  titres  qui  dénottent  un  Etat  de  démence, 
que  cette  conduite  est  à  tous  égards  indigne  d'un  fonctionnaire  public 
qui  doit  être  l'ami  de  ses  concitoyens, 

Arrête  en  conséquence  de  l'article  194  de  la  constitution  que  le  citoyen 
Frittig  est  suspendu  provisoirement  des  fonctions  d'agent  municipal  en 
la  commune  de  Seppois-le-Bas, 

Arrête  que  l'administration  municipale  du  canton  d'Hirsingue  s'ad- 
joindra un  administrateur  temporaire  en  remplacement  dudit  Frittig 
conformément  à  l'article  188, 

Arrête  en  outre  que  les  frais  de  vérification  taxés  à  60  1.  seront  sup- 
portés par  le  dit  Frittig, 

Arrête  finalement  qu'expédition  du  présent  arrêté  avec  toutes  les 
pièces  y  jointes  seront  adressées  au  Directoire  exécutif  pour  par  lui  être 
prononcé  définitivement  sur  la  suspension  dudit  agent  municipal  et  être 
statué  sur  son  renvoy  devant  les  tribunaux  conformément  à  l'article  196 
de  la  Constitution. 


ARRÊTÉS  DU  DIRECTOIRE  DU  HAUT-RHIN  RELATIFS  AUX  JUIFS  69 


49  (31.529). 

Pétition  présentée  par  Meyer  Hirsch  ci-devant  habitant  de  Rixheim, 
étiquetée  :  demande  à  établir  domicile  à  Mulhouse.  Il  y  a  un  arrêté  qui 
autorise  le  pétitionnaire  à  s'établir  audit  Mulhausen  à  charge  par  lui  de 
payer  dans  la  commune  de  Rixheim  tant  et  aussi  longtemps  que  celle  de 
Mulhausen  en  sera  exempte  les  contributions  réelles  et  personnelles  et 
toutes  les  réquisitions  auxquelles  les  citoyens  français  sont  assujettis  à 
quel  effet  sera  copie  des  présentes  adressée  à  l'agent  dudit  Rixheim. 

12  prairéal  6. 

50  (31.594). 

Pétition  présentée  par  Leyser  Bigert,  citoyen  de  Hartmannswiller. 
Ettiquetée  :  Demande  en  rétablissement  d'une  fontaine  existante  dans 
l'enclos  du  château  de  Hartmannsweiller  bien  national.  Il  y  a  eu  arrêté 
qui  autorise  le  pétitionnaire  à  faire  faire  les  réparations  à  la  fontaine 
dont  s'agit,  retenues  au  procès-verbal  du  citoyen  Ritter  du  26  ventôse 
dernier  d'après  une  adjudication  au  rabais  qui  en  sera  faite  devant  un 
commissaire  qui  pour  cet  effet  sera  nommé  par  l'administration  muni- 
cipale du  Canton  de  Soultz  en  présence  du  receveur  des  domaines  natio- 
naux de  l'arrondissement  ;  ce  faisant  autorise  ledit  Receveur  à  tenir 
compte  au  pétitionnaire  du  montant  desdites  réparations  moyennant 
quoi  il  en  sera  pour  autant  duement  déchargé;  arrête  en  outre  qu'expé- 
dition du  présent  sera  transmise  au  directeur  de  la  régie. 

24  prairéal  6. 

51  (31.761).  —  11  messidor  an  VL 

Vu  les  procès- verbaux  d'arrestation  des  nommés  Freno  Guntzburger, 
citoyenne  d'Uffheim,  et  Joseph  Schwob,  de  Feldbach,  les  3  et  6  messidor 
courant  arrêtés  à  la  rive  gauche  du  Rhin  venant  de  la  rive  droite  sans 
passeport  conformément  à  la  Loi. 

Ouï  le  commissaire  du  Directoire  exécutif. 

L'administration  centrale  du  Haut-Rhin  arrête  que  les  nommés  Freno 
Guntzburger  et  Joseph  Schwob  seront  mis  en  liberté  et  envoyés  dans 
leur  commune  pour  y  être  sous  la  surveillance  des  agens  municipaux, 
lesquels  sont  chargés  de  prendre  des  informations  et  renseignements 
sur  la  conduite  et  les  opinions  politiques  des  dénommés  au  présent  et 
sur  l'époque  de  leur  sortie,  de  tout  quoi  ils  rendront  compte  sur  le 
champ  à  l'administration  centrale  pour  être  pris  ensuite  tel  parti 
qu'il  appartiendra. 

Arrête  en  outre  que  copies  du  présent  arrêté  et  du  procès-verbal  de  la 
Gendarmerie  seront  dressées  au  Ministère  de  la  Police  Générale. 


70  REVUE   DES  ETUDES  JUIVES 


52  (32.787).  —  29  frimaire  an  VIL 

Pétition  présentée  par  Salomon  Geismar  et  consors  de  Grussenheim 
étiquetée  (:  part  aux  Bons  communaux),  il  y  a  eu  arrêté  qui  déclare  qu'il 
n'y  a  pas  lieu  à  délibérer  sur  le  1er  chef  de  la  demande  et  sur  le  2e  arrête 
que  l'agent  de  la  commune  de  Grussenheim  fera  délivrer  à  chacun  des 
pétitionnaires  une  portion  de  bois  de  chauffage  égale  à  celle  des  autres 
citoyens  de  la  dite  commune. 


53  (34.899).  —  18  brumaire  an  VIII. 

Pétition  présentée  par  Meyer  Levy,  pauvre  colporteur  domicilié  à 
Colmar.  Etiquetée  :  Rapport  d'arrêté.  Il  y  a  eu  arrêté  qui  rapporte  celui 
du  26  fructidor  dernier  N°  34.592  pour  rester  sans  effet  et  arrête  que  le 
pétitionnaire  porté  sur  le  rôle  de  la  contribution  personnelle  de  la 
commune  de  Colmar  pour  l'an  5 

à  la  somme  de 35  fr.  00  ce. 

et  pour  l'an  6  à 29       17 

sera  réduit  et  fixé  pour  l'an  5  à 7      64 

et  pour  l'an  6  à 6      37 

en  conséquence  déchargé  pour  l'an  5  de 27   36 

et  pour  l'an  6  de 22   80 

à  quel  effet  il  sera  délivré  au  pétitionnaire  des  ordonnances  de  décharge 
pour  chacune  desdites  années,  lesquelles  seront  reçues  pour  comptant  et 
pour  autant  par  le  percepteur  et  le  receveur  général  du  Département. 

54  (34.922).  —  18  brumaire  an   VIII. 

Pétition  présentée  par  Wolfï*  Netter  demeurant  à  Colmar.  Etiquetée  : 
Réduction  de  contribution  personnelle  et  mobiliaire  des  années  5  et  6. 
11  y  a  eu  arrêté  qui  rapporte  celui  du  26  fructidor  dernier  N°  34592  pour 
demeurer  sans  effets,  et  ordonne  que  le  pétitionnaire  porté  sur  le  rôle  de 
la  contribution  personnelle  de  la  commune  de  Colmar 

pour  l'an  5  à 58  fr.  76  c. 

sera  réduit  et  fixé  pour  Tan  5  à 48      90 

et  pour  l'an  6  à 19      68 

en  conséquence  déchargé  pour  l'an  5  de 39   07 

et  pour  l'an  6  de 32   50 

pour  lesquelles  sommes  de  décharge  il  'sera  délivré  au  pétitionnaire  des 
ordonnances  de  décharge  lesquelles  seront  reçues  pour  comptant  et  pour 
autant  par  le  percepteur  et  le  receveur  général  du  Département. 


ARRÊTÉS   DU   DIRECTOIRE  DU   HAUT-RHIN    RELATIFS  AUX  JUIFS       71 


55  (34.944).  —  19  brumaire  an  VIII. 

Pétition  présentée  par  Marx  Gochel  Lévy  de  Golmar.  Etiquetée  : 
Décharge  de  surtaxée  imposition.  Il  y  a  eu  arrêté  qui  ordonne  que  le 
pétitionnaire  porté  sur  le  rôle  de  la  contribution  personnelle  de  la 
commune  de  Golmar  savoir 

pour  Tan  5  à 54  fr.  38  c. 

et  pour  Tan  6  à 45      32 

sera  réduit  et  fixé  pour  l'an  5  à 11      86 

et  pour  l'an  6  à 9      89 

en  conséquence  déchargé  pour  l'an  5  à 42   52 

et  pour  l'an  6  à 35   43 

à  quel  effet  il  sera  délivré  au  pétitionnaire  des  ordonnances  de  décharge, 
lesquelles  seront  reçues  pour  comptant  et  pour  autant  par  le  percepteur 
et  le  receveur  général  du  Département. 


INDEX 


Autorisation  de  mariage,  G,  20,  24,  34. 

Ban,  7. 
Biesheim,  12. 
Bigert  (Joseph),  9. 

Bigert  (Leyser),  de  Hartmanswiller,  50. 
Blocli  (Abraham),  de  Soultz,  27. 
Bloch  (Coschel),  de  Wintzenheim,  2,  4. 
Bloch  (Emanuel),  de  Soultz,  27,  44. 
Bloch-Wolff  (Alexandre),  de  Wintzenheim,, 

29,  43. 
Bloch-Wolff  (Moyse),  de  Wintzenheim,  29. 
Block  (Jacques),  de  Seppois-le-Bas,  48. 
Block-Schmeyen,  de  Seppois-le-Bas,  48. 
Blotzheim,  8. 

Blum-Hirtz,  préposé  de  Bollwiller,  18,  19. 
Bullwiller  (communauté  de),  18,  19. 
Bolsenheim,  11,  21. 
Bouschwiller,  5. 

Brunschwig  (Jacques),  de  Habsheim,  45. 
Brunschwig  (Joseph),  d'Uffholz,  32,  46. 
Brunschwig-Leib,  de  Habsheim,  45. 
Brunschwig  (Salomon),  prévôt  des  Juifs 

de  Blotzheim,  8. 


Caisse    des    impositions 

juive,  17. 
Colmar,  7. 


de    la    Nation 


Défense  de  tuer   le   bétail   selon  le   rite 

juif,  36. 
Ditisheim  (Jacques),  de  Héguenheim,  34. 
Dreyfus  (Elie),  d'Uffheim,  20. 

—  (Marc),  de  Hattstatt,  25. 

—  (Marc),  d'Uffheim,  24. 

—  (Meyer),  d'Uffheim,  20,  24. 
Droit    d'établissement,  3,  11,  12,  21,  30, 

37,  49. 
Durmenach,  35. 

Einstein  (Joseph),  de  Hagenbach,  6. 
Election  de  préposés,  18,  19,  29. 
Ennesch  Sussel,  rabbin  de  la  Haute-Al- 
sace, 31. 
Entretien  des  pauvres  de  passage,  25. 


Exemption  de  service,  38, 
Exemption  d'impôts,  10. 


39. 


Feistel  (Marx),  de  Hattstatt,  10. 

Félix  (Leyser),  de  Niederhagenthal,  17. 

Félix  (Raphaël),  de  Ribeauvillé,  40. 

Geismar  (Salomon),  de  Grussenheim,  52. 
Guntzburger-Freno,  d'Uffheim,  51. 

Habsheim,  11,  21,  30,  45. 
Hartmannswiller,  50. 
Hauser-Dina,  de  Seppois-le-Bas,  48. 
Hirsch-David,  de  Rosheim,  2,  4,  17. 
Hirsch-Meyer,  de  Rixheim,  49. 

Impôts  de  la  Nation  juive,  2,  4,  5,  41. 
Insurrection  à  Oberhagenthal,  22. 
Isenheim,  36. 

Kahn  (Joseph),  de  Horbourg,  38. 

Lévi  (Samuel),  de  Habsheim,  45. 

Lévy  (Aron),  de  Thann,  32. 

Lévy  (Aron),  de  Zillisheim,  3. 

Lévy-Goschel  (Marx),  de  Wintzenheim,  41. 

Lévy  (David),  de  Ribeauvillé,  28. 

Lévy  (Jacob  Meyer),  de  Wintzenheim,  26. 

Lévy-Lehmann,  de  Soultz,  15. 

Lévy-Leïb,  de  Wintzenheim,  13. 

Lévy  (Marx  Coschel),  de  Colmar,  55. 

Lévy  (Meyer),  de  Colmar,  53. 

Lévy  (Meyer-Joseph),  de  Wintzenheim,  16. 

Lévy  (Moyse),  de  Blotzheim,  8. 

Lévy  (Paul1,  de  Zillisheim,  3. 

Lévy  (Samuel),  de  Bollwiller,  14,  18,  19. 

Liquidation  de  la  Nation  juive,  42. 

Manheimer  (Samuel  Hirsch),  d'Uffholz,  33. 
Meyer  (David),  de  Bolsenheim,  11,21,30. 
Meyer  (Félix),  de  Ribeauvillé,  47. 
Meyer  (Isaac),  de  Ribeauvillé,  23,  47. 
Meyer  (Jacob),   sous-rabbin    à   Rixheim, 

9,  32. 
Meyer  (Lazare),  de  Durmenach,  2,  5. 


ARRÊTÉS  DU  DIRECTOIRE  DU  HAUT-RHIN  RELATIFS  AUX  JUIFS 


73 


Moyse-Gerschel,  de  Herlisheim,  39. 
Mulhouse,  i(.>. 

Mullheim,  12. 

Netter-Wolf,  de  Colmar,  54. 
Netter-Wolf,  de  Wintzenheim,  7. 
Niederhagenthal,  5,  17. 

Nomination  de  rabbins,  9. 

Oberhagenthal,  5. 

Oberhagenthal  (préposés  juifs  d'),  22. 

Obersteinbrunn,  6. 

Pfaltzbourg  (Isaac-Aron),  de  Moutzig,  31 . 
Pillage  des  Juifs  de  Blotzbeim,  8. 
Préposés  de  la  Nation  juive,  5,  8,  23. 

Rabbin  du  Haut-Rbin,  31. 
Remise  d'effets  (volés?),  1. 
Ribeauvillé,  9,  28. 

—  receveur  de  la  communauté 

juive,  28. 

—  (rabbin  de),  9. 
Rixheim,  9. 

—        (commis-rabbin  de),  31,  32. 
Rueff-Bluemen,  24. 

Schuster-Lippmann,  de  Ribeauvillé,  28. 
Schmoll  (Samuel),  de  Seppois-le-Bas,  48. 
Schwob  (Joseph),  de  Feldbach,  51. 
Schwob  (Joseph),  de  Héguenheim,  34. 
Schwob  (Michel),  de  Habsheim,  45. 
Serment  morejudaico,  8. 


Sierentz,  37. 

Synagogue  de  Habsheim,  45. 


Thann,  3. 
Turckheim, 


3. 


Uftheim,  20. 

Uffholtz,  5. 

Ulmo  (Abraham),  d'Obersteinbrunn,  37. 

Veyler  (Isché),  de  Hattstatt,  25. 

Wahl  (Isaac),  d'Isenheim,  36. 

Weyl  (Abraham),  de  Ribeauvillé,  47. 

Weyl  (Anne   ou  Hanna),  de  Ribeauvillé, 

23,  47. 
Weyl-Guttel,  de  Riedwihr,  9. 
Weyl  (Lazare),  de  Ribeauvillé,  1. 
Weyl  (Salomon),  de  Riedwihr,  9. 
Weyl  (Simon),  de  Ribeauvillé,  47. 
Wintzenheim,  13,  16,  26,  29. 

—  (préposés  de),  26. 

—  (députés     de    la    commu- 

nauté), 7. 
Wolff  (Anne-Beyle),  d'Obersteinbrunn,  6. 
Wolff  (Jacques),  d'Obersteinbrunn,  6. 
Wolff  (Salomon),  d'Obersteinbrunn,  6. 
Wormser  (David),  de  Wintzenheim,  29. 
Wurmser  (Berentz),  d'Isenheim,  36. 
Wurmser  (Samuel),  de  Bollwiller,  18. 

Ziffy  (Raphaël),  de  Mullheim,  12. 
Zillisheim,  3. 


LE    COLLOQUE    DE    TORTOSE 

ET  DE  SAN   MATEO 

(7  FÉVRIER  1413  —  43  NOVEMRRE  1414) 

(suite  *) 

La  même  lettre  fut  adressée  : 

2°  Au  rabbin  David  Abenpinac,  juif  de  la  aljama  de  la  ville 
de  Huesca; 

3°  A  Perfet  Bonsenyor,  juif  de  la  aljama    de    Castellon    de 
Ampurias,  diocèse  de  Gérone  ; 

4°  A  Salomon  Albala,  juif  de  la  ville  de  Montalban,  diocèse  de 
Saragosse ; 

o°  A  Astruc  Cohen,  juif  de  la  aljama  de  la  ville  de  Barbastro, 
diocèse  de  Huesca; 

6°  A  Ysach  Comparât,  juif  de  la  aljama  de  la  ville  de  Barbastro, 
diocèse  de  Huesca; 

7°  A  Bonastruch  Dezmaestre,  juif  de  la  aljama  de  la  ville  de 
Gérone  2  (ici  un  délai  de  quinze  jours  est  donné  au  contumace). 

Ces  sept  noms  sont  donc  à  utiliser  pour  la  liste  de  présence  au 
colloque. 

B.  —  Dans  le  procès-verbal  lui-même  figurent  huit  orateurs 
principaux,  que  les  Anales  de  Aragon  mentionnent  également  : 

1°  Rabbi  Ferrer.  —  C'est  le  premier  orateur  du  côté  juif  dans  la 

1.  Voir  Revue  des  Études  juives,  t.  LXXIV,  p.  17  et  160. 

2.  C'est  lui  que  le   pape,    clans  sa  lettre  de  convocation  du  26  novembre   1412, 
demandait  spécialement. 


LE  COLLOQUE   DE   TORTOSE   ET   DE  SAN    MATEO  75 

seconde  séance,  du  8  février  1413  (Ms.  Vatic,  fol.  11);  il  parla 
ensuite  dans  la  quatrième  séance,  du  10  février  (fol.  12),  dans  la 
septième,  du  15  février  (fol.  14  v°  et  suiv.).  Dans  la  quarante- 
huitième  séance,  du  8  janvier  1414,  il  est  au  nombre  des  trois 
rabbins  qui  se  déclarèrent  prêts  à  continuer  la  discussion  (fol.  131 
et  suiv.).  Dans  la  cinquante-neuvième  séance,  du  16  mars  1414, 
il  présenta  en  réponse  à  Jérôme  une  série  de  points  (fol.  172  et 
suiv.).  Dans  la  soixante-quatrième  séance,  du  7  juillet  1414,  et 
dans  la  soixante-septième,  du  10  novembre  1414,  dans  laquelle 
les  délégués  juifs  présentèrent  une  cèdule  sur  le  Talmud,  il  prit 
avec  R.  Joseph  Albo  la  défense  de  cet  ouvrage  (fol.  189  v°  et  198). 

2a  Maître  Salomon  Ysach  parla  dès  la  seconde  séance,  le  8  fé- 
vrier 1413,  aussitôt  après  R.  Ferrer,  puis  dans  la  troisième  séance, 
du  9  février  1413  (fol.  M  v°  et  12  v°)  et  dans  la  soixante-cinquième 
séance,  du  20  septembre  1414,  en  faveur  du  Talmud  (fol.  192). 

3°  Rabbi  Astruch  Lévi,  d'Alcaniz,  prit  la  parole  le  troisième 
dans  la  seconde  séance,  du  8  février  1413,  dans  la  quatrième,  du 
10  février  1413,  dans  la  sixième,  du  13  février  1413  (fol.  11,  12, 
13  v°,  14).  Dans  la  huitième  séance,  du  17  février  1413,  Jérôme 
l'appela  «  Rabi  Astruch  de  Alcanicio  »  (Alcaniz)  (fol.  16).  Dans  la 
quarante-huitième  séance,  du  8  janvier  1414,  il  fit  connaître  sa 
résolution  de  continuer  à  discuter  en  compagnie  de  R.  Ferrer  et 
de  R.  Matatias.  Néanmoins  il  s'enfuit  de  Tortose  et,  s'il  reparut 
au  colloque  (fol.  134,  134  v°),  ce  fut  sans  doute  après  avoir  été 
rappelé  par  une  lettre  du  pape.  Dans  la  cinquante-troisième 
séance,  du  15  février  1414,  Jérôme  le  désigna  en  toutes  lettres 
sous  le  nom  de  «  Rabi  Astruch  Levi  de  Alcanicio  »  (fol.  143  v°). 
Dans  la  cinquante-huitième  séance,  du  2  mars  1414  (fol.  171, 
171  v°),  il  déclara  ne  pas  vouloir  continuer  à  parler.  Dans  la 
soixante-septième  séance,  du  10  novembre  1414,  il  présenta  un 
second  document  contre  le  Talmud  (fol.  198). 

4°  Rabbi  Joseph  Albo,  le  célèbre  auteur  des  Ikkarim,  de  Daroça, 
ainsi  qu'il  est  expressément  nommé  dans  le  procès-verbal  (fol.  134), 
prit  la  parole  avec  une  grande  animation,  et  cela  contre  le  pape 
Renoît  lui-même,  dans  la  troisième  séance,  du  9  février  1413 
«  Alors,  avec  une  sorte  de  rage,  Rabbi  Joseph  Albo  s'écria  :  Même 
s'il  m'était  démontré  que  le  Messie  est  déjà  venu,  je  ne  croirais 
pas  pour  cela  devoir  cesser  d'être  juif.  »  Il  reprit  la  parole  dans 

1 .  Posito  Messiam  mihi  probari  jam  venisse,  non  putarem  deterior  esse  Judaeus 
(fol.  11  v°). 


76  REVUE  DES  ÉTUDES  JUIVES 

la  môme  séance  (fol.  12).  Dans  la  quatrième  séance,  du  10  février 
4413,  il  fit  une  courte  observation  (fol.  12  v°).  Dans  la  quarante- 
huitième  séance,  du  8  janvier  1414,  il  déclara  que,  pour  quelques- 
uns  qui  discutaient  encore,  les  autres  ne  devaient  pas  être  retenus 
plus  longtemps  (fol.  133  V).  Dans  la  soixante-quatrième  séance, 
du  7  juillet  1414,  il  prit  fermement  parti,  avec  Rabbi  Ferrer,  pour 
la  défense  du  Talmud  (fol.  198  v°)  et,  avec  le  même,  ne  céda  même 
pas  sur  ce  point  dans  la  soixante-septième  séance,  du  10  novembre 
1414  (ibid.). 

5°  Rabbi  Matatias,  de  Saragosse,  se  leva  dès  la  quatrième 
séance,  le  10  février  1413,  pour  une  courte  observation  (fol.  12  v°); 
dans  la  cinquième  séance,  du  11  février.1413,  il  tint  un  plus  long 
discours  (fol.  13).  Dans  la  neuvième  séance,  du  17  février  1413,  il 
contredit  R.  Joseph  Albo  (fol.  17)  ;  il  y  est  désigné  sous  le  nom  de 
«  Rabi  Mathatias  Caesaraugustanus  »  (de  Saragosse).  Dans  la  qua- 
rante-huitième séance,  du  8  janvier  1414,  il  se  déclara  prêt,  avec 
R.  Ferrer  et  R.  Astruch  d'Alcaniz,  à  continuer  la  discussion 
(fol.  134  r°  et  v°)  et  il  la  continua,  en  effet,  avec  Rabbi  Ferrer 
(fol.  136  et  suiv.).  Finalement  il  aurait  cédé  sur  le  chapitre  du 
Talmud  (fol.  191  v°,  198  v°). 

6°  Maître  Todrôs  ne  parla  qu'une  seule  fois,  dans  la  quatrième 
séance,  du  10  février  1413  (fol.  12  v°). 

7°  Bonastruch  Dezmaestre,  de  Gérone,  dont  le  pape,  dans  sa 
convocation,  réclamait  expressément  la  présence,  ne  parla  aussi 
qu'une  fois,  dans  la  septième  séance,  le  15  février  1413  :  «  Un 
certain  juif  de  Gérone,  du  nom  de  Ronastruch  Dezmaestre,  répon- 
dit »  (fol.  14). 

8°  Rabbi  Moïse  Abenhavec  sollicita,  dans  la  neuvième  séance, 
du  17  février  1413,  pour  lui  et  ses  compagnons,  une  audience 
privée  du  pape,  qu'il  obtint,  sans  que  le  sujet  de  l'entretien  soit 
mentionné;  il  doit  s'être  agi  de  la  suppression  du  colloque 
(fol  15  v°).  Dans  la  même  séance,  le  général  des  Dominicains,  dans 
un  discours  véhément,  ayant  insisté  pour  obtenir  une  soumission 
ou  une  réponse,  Rabbi  Moïse  Abenhavec  déclara  que  les  réponses 
précédemment  faites  à  Jérôme  suffisaient  et  qu'il  n'était  pas 
nécessaire  d'en  faire  d'autres  (fol.  17  v°). 

C.  —  Dans  sa  lettre  d'envoi  à  Gérone,  qu'Ibn  Verga  reproduit 
dans  son  Chébet  Yehouda,  cbap.  xl  (éd.  Hanovre,  p.  68),  Aben 


DE   TORTOSE   ET   DE   SAN    MATEO  77 

suivante  des  Juifs  qui  ont  pris  part  au 


R.  Zerahia  ha-Lévi  ; 

Don  Vidal  Benveniste  ; 

R.  Matatia  ha-Yitzhari. 

Le  Nassi  Don  Samuel  ha-Lévi  ; 

R.  Moïse  ibn  Moussa  (txvvi  p). 

Don  Todros  al-Costantin. 

Don  Joseph  ibn  Ardout  ; 

Don  Meïr  Halgioah  (nwiftrt). 

Don  Astruc  ha-Lévi. 

R.  Joseph  Albo. 

Don  Joseph  ha-Lévi; 

R.  Yomtob  Carcosa  tïrmpnp). 

Abou  Gandah  (s-nw  isa). 

Don  Joseph  A  Ibalag  ; 

Bongoah  (îiawn). 

R.  Todros  ibn  Yahya. 


D.  —  Le  Vikouah  Tortosa,  relation  fragmentaire  d'un  savant 
qui  était  manifestement  présent  à  Tortose,  parle  de  vingt-deux 
délégués  des  communautés  d'Aragon  et  de  Catalogne,  au  nombre 
desquels  lui-même  se  comptait. 

Dans  la  relation  elle-même  figurent  six  orateurs,  dont  cinq  font 
partie  de  la  précédente  liste.  L'auteur  désigne  exactement,  et 
conformément  au  procès-verbal,  Josepb  Albo  comme  étant  de 
Daroça  et  Astruc  ha-Lévi  comme  étant  d'Alcaniz;  il  ajoute  pour 
Tortose,  ce  qui  paraît  naturel,  Maestre  Salomon  Maïmon.  Voici 
donc  sa  liste  : 

1°  Don  Todros  ibn  Yahya  ; 

2°  R.  Zerahya  ha-Lévi  ; 

3°  R.  Joseph  Albo,  de  Daroça  ; 

4°  R.  Astruc  ha-Lévi,  d'Alcaniz; 

5°  R.  Matatia  ha-Yitzhari  ; 

6°  Maestre  Salomon  Maïmon,  de  Tortose. 


LE  COLLOQUE 

DE   TOI 

Astruc  a 

donné  la  liste 

suiva 

colloque  : 

I.  - 

De  Saragosse 

:       1° 

2° 
3° 

II.  — 

De  Galatayud 

:     4° 
5° 

III.  - 

De  Huesca  : 

6° 

IV.  - 

D'Alcaniz  : 

7° 
8° 

V.  - 

De  Daroça  : 

9° 

VI.  — 

De  Monréal  : 

10* 

VII    - 

De  Monzôn  : 

Mo 

12° 

VIII.  — 

De  Montalban 

:  13° 

IX.  - 

De  Belchite  : 

14° 
15° 

X.  — 

De  Gérone  : 

16° 

78  BEVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

La  relation  du  Chébet  Yehouda  (qui  se  présente  aussi  comme 
un  fragment1),  de  même  que  le  texte  fragmentaire  du  Vikouah, 
ne  s'étendent  pas  au  delà  de  sept  séances.  Intervinrent  alors 
comme  orateurs,  d'après  Ibn  Verga  : 

1°  Don  Vidal,  dans  la  seconde  séance  (8  février  1413),  dans  la 
troisième  (9  février),  dans  la  quatrième  (10  février),  dans  la  cin- 
quième (11  lévrier)  et  dans  la  septième  (15  février). 

2°  Don  Samuel  ha-Lévi,  dans  la  deuxième  séance  seulement; 

3°  R.  Zerahya  ha-Lévi,  dans  la  troisième  séance  seulement; 

4°  R.  Joseph  Albo,  dans  les  troisième  et  quatrième  séances  ; 

5°  R.  Matatia,  seulement  dans  la  quatrième  séance  ; 

6°  Don  Todros,  dans  la  même  séance  seulement; 

7°  Don  Astruc  ha-Lévi,  dans  la  sixième  séance,  du  sabbat 
«  Zachor  »  (12  février),  et  dans  la  septième  (15  février). 

Dans  le  Vikouah  figurent  : 

1°  Don  Todros  ibn  Yahya,  dès  le  7  février; 
2°  R.  Zerahya  ha-Lévi,  le  8  février; 
3°  R.  Matatia  Yitzhari,  le  9  et  le  10  février  ; 
4°  R.  Joseph  Albo,  seulement  le  9  février; 
5°  R.  Astruc  ha-Lévi,  d'Alcaniz,  le  10  février  et  à  la  séance  du 
sabbat  «  Zachor  »  ; 
6°  Maestre  Salomon  Maïnion,  de  Tortose,  le  10  février. 

Il  manque  ainsi  dans  ces  deux  sources  :  R.  Ferrer,  et  dans  le 
procès-verbal  latin  :  Don  Vidal  et  R.  Zerahya  ha-Lévi.  Graetz  et 
Isidore  Loeb  ont  cru  pouvoir  admettre  des  combinaisons  entre  les 


1.  Après  l'avoir  reproduite,  Ibn  Verga  dit  :  3"irO  ^nNlttt  T.ND  *I^. 

2.  De  Castro,  Biblioteca,  I,  206,  a  bien  cru  lire  encore  d'autres  noms  d'orateurs 
dans  le  procès-verbal,  mais  une  étude  plus  attentive  de  ce  document  fait  apparaître 
ces  noms  comme  dus  à  des  erreurs.  Le  rabbin  de  Gérone  cité  aux  feuillets  13,  17  et  32 
n'est  autre  que  Moïse  Nabmanide,  dont  les  sources  juives  rapportent  aussi  la  citation 
de  la  controverse  de  1263  à  Barcelone  (Chébel  Yehouda,  p.  7ï  ;  Vikouah  Torlosa, 
p.  49  et  p.  53). 


LE  COLLOQUE  DE  TORTOSE  ET  DE  SAN  MATEO  79 


V.  —  Les  séances  du  colloque  de  Tortose. 

Après  que  Jérôme  et  le  pape  Benoît,  se  basant  sur  le  Sépher 
ha-Pikkourim,  se  furent  mis  d'accord  sur  le  sujet  de  la  contro- 
verse, le  pape  adressa  sa  lettre  de  convocation  aux  communautés 
juives  du  royaume  d'Aragon  dans  le  courant  du  mois  d'août  1412. 

Attendu  que,  dans  un  sentiment  de  charité,  (Benoît  XIII)  désirant  vous 
détourner  de  la  voie  de  l'erreur  et  de  la  vénéneuse  perfidie  que  vous 
entretenez,  non  point  à  votre  insu,  mais  spontanément,  non  pas  en  vous 
faisant  violence,  mais  en  persistant  après  mûre  réflexion  dans  votre 
propre  détermination,  de  véridiques  et  suffisantes  raisons  ayant  été 
reconnues  pour  vous  et  concédées,  il  a  voulu  vous  convoquer  à  ce  céleste 
et  salutaire  rendez-vous,  le  mois  d'août  dernier  étant  par  conséquent 
écoulé,  à  cette  fin  il  a  fait  exposer  devant  vous,  dans  les  termes  suivants 
soigneusement  résumés  et  d'une  manière  générale,  les  choses  qui  vous 
tiennent  détournés  de  la  vraie  conclusion  \ 

Dès  le  1er  janvier  1413  arrivèrent  à  Tortose  des  délégués  des 
communautés,  en  particulier  ceux  des  communautés  d'Aragon, 
que  Lorqui  avait  prié  spécialement  d'arriver  les  premiers  {Chébet 
Yehouda). 

Don  Vidal  de  Saragosse,  manifestement  R.  Ferrer,  qui,  d'après 
le  procès-verbal,  fut  le  principal  orateur  des  Juifs,  fut  choisi,  en 
raison  de  la  connaissance  qu'il  possédait  du  latin,  pour  prononcer 
une  harangue  devant  le  pape.  Dans  une  audience  qui  eut  lieu  le 
6  février,  les  délégués  juifs  indiquèrent  pour  le  procès-verbal 
leurs  noms  et  leur  lieu  d'origine.  Le  pape  les  mit  au  courant  des 
intentions  de  Jérôme,  en  leur  assurant  qu'il  leur  voulait  garantir 
la  liberté  de  parole.  Le  Chébet  Yehouda  rapporte  ainsi  ses 
paroles  :  «  Maître  Jérôme  a  dit  qu'il  veut  démontrer  que  le  Messie 
est  venu  et  cela  par  le  Talmud  qui  est  devant  nous.  On  verra  s'il  a 
dit  la  vérité  ou  s'il  a  rêvé.  Quant  à  vous,  n'ayez  pas  peur  de  lui, 
car,  en  ce  qui  concerne  la  controverse,  le  droit  est  égal  pour  tous.  » 

1.  Quia  caritatis  affectu  vos  a  via  errons  et  venenosae  perfidiae  quam  colitis  cupiem 
(Benedictus  XI II)  revocare  non  invitos  sed  spontaneos,  non  violentos  sed  multa  deli- 
beratione  in  vestro  mera  liberalitate  permanentes,  veris  ac  efficacibus  rationibus  per 
vos  cognitis  atque  concessis,  ad  huiusmodi  cœleste  atrium  salutiferum  voluit  evocare, 
proinde  mense  Augusti  proximo  elapso  retrabentia  vos  a  vera  conclusione  praefata  sub 
his  verbis  comatice  compendiose  et  in  génère  sequentibus  proponi  fecit  coram  vobis. 


80  REVUE  DES  ÉTUDES  JUIVES 

1.  —  L'ouverture  du  colloque  fut  faite  le  7  février  4413  en 
grande  pompe  par  le  pape  lui-même,  en  présence  de  toute  sa  curie, 
«  avec  toutes  les  formalités  requises  auxquelles  il  est  coutume  de 
se  conformer  dans  des  cas  semblables  et  avec  la  solennité  que 
réclamait  l'importance  du  sujet  ». 

Les  Juifs  étaient  tout  à  fait  fascinés  et  éblouis  par  l'éclat  déployé 
pour  la  cérémonie.  Voici  en  quels  termes  ils  s'exprimèrent  dans  le 
rapport  qu'ils  firent  à  Gérone  :  «  Nous  comparûmes  devant  le 
pape  et  nous  trouvâmes  toute  la  grande  salle  où  la  controverse 
devait  avoir  lieu  tapissée  de  soie  de  diverses  couleurs  et  là 
soixante-dix  sièges  pour  les  cardinaux,  évoques  et  archevêques, 
qui  étaient  tous  habillés  de  vêtements  brodés  d'or.  11  y  avait  aussi 
là  des  personnages  romains,  des  habitants  du  lieu  et  des  grands 
d'Espagne  au  nombre  de  près  de  mille  personnes,  en  sorte  que 
noire  cœur  en  fut  troublé;  mais  nous  récitâmes  néanmoins  la 
bénédiction  :  Béni  soit  Celui  qui  donne  quelque  chose  de  sa  majesté 
à  ses  créatures  »  (Chébet  Yehouda). 

Voici  le  commencement  du  procès  verbal  (Ms.  Vatican),  qui 
expose  la  thèse  à  soutenir  dans  la  séance  d'ouverture  : 

Au  nom  de  Notre  Seigneur  Jésus-Christ,  vrai  Messie.  Amen.  L'an  de 
l'avènement  du  Seigneur  1413,  le  septième  jour  de  février,  la  dix- 
neuvième  année  du  pontificat  du  très  saint  Père  en  Christ  et  Seigneur 
Benoît  XIII,  par  la  divine  Providence  Pape,  la  première  du  règne  du  très 
illustre  et  sérénissime  roi  d'Aragon,  Don  Fernand,  se  sont  réunis  en  la 
ville  de  Tortose,  par  ordre  de  notre  seigneur  le  Pape  susnommé,  tous  les 
principaux  docteurs  et  rabbins  des  aljamas  dudit  royaume,  pour  qu'ils 
renoncent,  en  présence  de  Sa  Sainteté  et  de  toute  sa  curie,  aux 
erreurs  en  vertu  desquelles  ils  s'éloignaient  jusqu'à  présent  des  vérités 
relatives  au  Messie,  principalement  à  ces  erreurs  qui  nient  la  venue  du 
Messie.  Et  pour  prouver  l'accomplissement  de  cet  avènement  qui  s'est 
déjà  produit  il  y  a  longtemps,  on  leur  a  présenté  cette  conclusion  très 
certaine,  à  savoir  que  Notre  Seigneur  Jésus-Christ,  fils  de  Dieu  et  rédemp- 
teur de  tous,  est  le  vrai  Messie,  promis  par  Dieu  et  annoncé  par  les 
Prophètes,  et  qu'en  lui  s'est  accompli  tout  ce  qui  a  été  dit  prophéti- 
quement par  ces  derniers  concernant  le  vrai  Messie  fils  de  David. 

Dans  une  courte  allocution  à  l'assemblée,  le  Pape  adressa  les 
paroles  suivantes  aux  Juifs  présents  : 

Vous  qui  êtes  les  plus  savants  parmi  les  Hébreux,  ayez  présent  à  l'esprit 
que  je  ne  suis  pas  ici- et  que  je  ne  vous  ai  pas  réunis  en  ce  lieu  pour 
discuter  sur  la  question  de  savoir  laquelle   des  deux   religions  est  la 


LE  COLLOQUE   DE   TORTOSE   ET   DE  SAN    MATEO  81 

véritable,  si  c'est  la  nôtre  on  celle  que  vous  professez.  Je  suis  fermement 
assuré  que  ma  religion  est  la  seule  vraie.  La  vôtre  a  été  vraie  autrefois, 
mais  maintenant  elle  est  abrogée.  Vous  n'avez  pas  été  appelés  ici  par  un 
autre  que  par  Jérôme,  qui  a  promis  de  prouver  que  le  Messie  est  déjà 
venu  il  y  a  longtemps  et  il  vous  le  démontrera  par  le  Talmud  lui-même, 
que  vos  maîtres,  plus  savants  que  vous,  ont  rédigé  autrefois. 

Et  aussitôt,  se  tournant  vers  Jérôme  de  Sainte-Foi,  il  lui  dit  : 
«  Commence,  toi,  à  discuter  et  qu'ils  te  répondent!  » 

Ces  paroles  sont  reproduites  presque  textuellement  dans  le 
Chébet  Yehouda,  qui  termine  seulement  l'allocution  du  pape  aux 
Juifs  par  ces  mots  :  «  C'est  pourquoi  ne  parlez  donc  pas  devant 
moi  si  ce  n'est  sur  cet  unique  sujet.  » 

Jérôme  s'avança  en  s'inclinant  profondément  devant  le  pape 
Benoît,  demanda  la  permission  de  parler  et,  se  tournant  vers  les 
rabbins,  les  apostropha  en  s'appropriant  les  paroles  du  prophète 
Isaïe  (i,  18-20)  :  «  Venez  et  plaidons,  dit  le  Seigneur.  Si  vos  péchés 
sont  comme  le  cramoisi,  ils  deviendront  blancs  comme  la  neige  ; 
s'ils  sont  rouges  comme  la  pourpre,  ils  deviendront  comme  la 
laine.  Si  vous  avez  de  la  bonne  volonté  et  si  vous  êtes  dociles, 
vous  mangerez  les  meilleures  productions  du  pays,  mais  si  vous 
résistez  et  si  vous  êtes  rebelles,  vous  serez  dévorés  par  le  glaive, 
car  la  bouche  du  Seigneur  a  parlé.  » 

Au  sujet  de  la  réplique  de  Don  Vidal  Benveniste  et  de  Don 
Samuel  ha-Lévi,  qui,  d'après  le  récit  du  Chébet  Yehouda,  auraient 
protesté  contre  les  paroles  prononcées  par  Jérôme,  ou  de  la 
réponse  que  quelque  autre  personne  du  côté  des  Juifs  aurait  faite, 
le  procès-verbal  latin  ne  dit  rien. 

«  '  La  première  chose  que  Jérôme  de  Sainte-Foi  s'efforça  de 
démontrer  fut  que  les  paroles  de  la  sainte  Ecriture  ont  deux  signi- 
fications, l'une  littérale,  intelligible  pour  tous,  et  l'autre  spirituelle 
ou  morale,  cachée  pour  la  majeure  partie  de  ceux  qui  lisent  le 
texte  sacré.  Il  y  a  eu  quelques  savants  rabbins,  entre  autres  Rabbi 
Abraham  Aben  Ezra  etMaïmonide,  qui  admettaient  deux  sens  dans 
les  paroles  de  l'Ecriture  Sainte.  Aben  Ezra  compare  le  sens  littéral 
au  corps  et  le  sens  moral  à  l'âme,  comparaison  que  Jérôme 
repousse  comme  inexacte  et  peu  conforme  à  la  vérité.  Le  même 
en  fait  une  autre  en  disant  que  le  sens  littéral  est  comme  le  corps 
et  le  sens  moral  et  spirituel  comme  lame. 

1.  Sauf  indication  contraire,  les  citations  entre  guillemets  sont  traduites  de  l'es- 
pagnol du  manuscrit  du  Vatican. 

T.  LXXV,  n°  149.  6 


82  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

L'auteur  exposa  les  points  sur  lesquels  les  chrétiens  aussi  bien 
que  les  juifs  sont  d'accord,  à  savoir  :  qu'il  faut  prêter  une  foi 
complète  et  sincère  à  la  loi  de  Moïse  et  aux  paroles  des  prophètes 
et  que  le  Messie  qui  devait  venir  pour  sauver  le  genre  humain 
serait  descendant  de  David.  » 

Continuant  son  discours,  Santa-Fe  présenta  la  proposition  sui- 
vante :  «  Ce  personnage  appelé  Jésus  de  Nazareth  qui  naquit  à 
Bethléem  d'Ephrata,  alors  que  le  roi  Hérode  régnait  en  Judée,  qui 
fut  crucifié  et  qui  est  mort  quarante  ans  avant  la  destruction  du 
second  Temple,  est  le  vrai  Messie  promis  par  les  Prophètes.  Celui 
en  qui  se  sont  accomplies  toutes  les  prophéties  relatives  au  Messie 
est  le  Messie  véritable;  dans  le  Christ  elles  se  sont  accomplies. 
Par  conséquent  le  Christ  est  le  vrai  Messie.  » 

Quatre  rabbins  objectèrent  :  «  Je  nie  la  mineure.  Il  est  faux  que 
dans  le  Christ  se  soient  accomplies  toutes  les  prophéties  dites  du 
Messie  promis.  » 

Mais  on  leur  opposa  le  contraire  en  le  leur  tirant,  à  rencontre 
du  Talmud,  des  paraphrases  chaldaïques,  spécialement  de  celles 
d'Onkelos  et  de  Jonathan  ben  Ouziel  et  des  écrits  de  quelques 
rabbins  (tout  à  fait  comme  dans  le  Sépher  ha-Pikkourim,  chap.  i). 

Aux  paroles  d'un  orateur  juif  : 

«  Pourquoi  donc,  depuis  la  fondation  du  christianisme,  a-t-on 
déployé  tant  de  zèle  pour  persécuter  la  religion  juive,  sans  inquiéter 
les  autres  peuples  infidèles  ou  du  moins  en  les  traitant  avec  une 
considération  relative,  bien  que  chrétiens  et  juifs  aient  entre  eux 
plus  de  points  de  contact  et  que  les  liens  les  plus  intimes  les 
unissent?  » 

Jérôme  répondit  : 

Il  y  a,  ici  présents,  plusieurs  rabbins  qui  disent  en  leur  cœur  :  ...  En 
somme,  en  cette  affaire,  de  même  que  dans  toutes  les  autres,  l'Eglise 
catholique  ne  fait  pas  autre  chose  qu'imiter  la  conduite  de  son  divin 
fondateur,  qui,  quand  il  envoya  ses  disciples  prêcher  l'Evangile,  leur 
dit  :  N'allez  pas  vers  les  nations  étrangères,  mais  seulement  aux  enfants 
d'Israël  (Matth.,  x,  5-6).  Et  saint  Paul,  prêchant  aux  Juifs  en  certaine 
circonstance,  leur  disait  :  Vous  étiez  ceux  qui  ont  été  premièrement 
appelés  à  entendre  la  parole  de  Dieu,  mais  parce  que  vous  n'avez  pas 
voulu  l'écouter,  nous  vous  abandonnons  et  nous  nous  en  allons  prêcher 
aux  Gentils,  parmi  lesquels  nous  espérons  recueillir  des  fruits  plus 
abondants  et  meilleurs  (Actes,  xm,  46). 

0  Juifs  de  nom  seulement,  ô  incrédules,  ô  peuple  à  la  tête  dure! 
Considérez  et  voyez  de  quelle  grande  miséricorde  Dieu  use  envers  vous 


LE  COLLOQUE  DE   TORTOSE   ET   DE   SAN   MATEO  83 

en  vous  communiquant  gratuitement  ses  grâces  abondantes,  uniquement 
par  le  très  ardent  désir  qu'il  a  de  vous  attirer  dans  son  troupeau.  C'est 
pourquoi  il  ne  vous  a  pas  envoyé  un  berger  quelconque,  ni  un  merce- 
naire, mais  le  pasteur  même  de  la  bergerie,  c'est-à-dire  le  plus  grand 
des  pasteurs,  notre  très  saint  Seigneur  le  pape  Benoît  XIII,  lequel,  avec 
une  très  grande  charité  et  douceur  et  non  par  contrainte  ni  en  vous 
frappant  sans  compassion,  vous  dirige  avec  une  suprême  bonté  vers  les 
pâturages  abondants  dont  seules  les  brebis  jouissent.  Ce  qu'il  fait  avec 
vous,  il  le  fait  par  pure  miséricorde,  non  parce  qu'il  doit  en  résulter  pour 
lui  quelque  profit  personnel,  mais  afin  qu'unis  étroitement  avec  les 
fidèles  de  Jésus-Christ,  vous  chantiez  ses  divines  miséricordes  pendant 
toute  l'éternité. 

Et  devant  conclure  déjà  cette  longue  conférence,  je  vous  prie  de  tout 
mon  cœur  de  ne  vous  point  éloigner  de  la  connaissance  de  la  vérité, 
mais  de  suivre  avec  une  entière  fidélité  le  plan  de  la  discussion  proposée 
et  approuvée  ci-dessus  et  de  mettre  de  côté  toute  perversité  et  obstination. 

C'est  ainsi  que  se  termina  la  première  séance  de  ce  colloque. 

2.  —  Dans  la  seconde  séance,  du  8  février  1413,  Jérôme  apporta, 
comme  première  preuve  en  faveur  de  la  venue  du  Messie  déjà 
réalisée,  le  passage  d'Aboda  Zara,  9  a,  et  Sanhédrin,  91a  :  On  lit 
à  l'école  {studio)  d'Elie  :  La  durée  du  monde  est  de  six  mille  ans; 
deux  mille  ans  pour  l'idolâtrie,  deux  mille  ans  pour  la  Loi,  deux 
mille  ans  pour  leMessie1.  Ici  se  trouve  donc  indiquée,  pour  l'arrivée 
de  l'époque  messianique,  une  date  précise,  qui  est  passée.  «  Etant 
données  ces  prémisses  si  claires  et  circonstanciées,  nous  devons 
en  déduire  qu'à  l'expiration  des  quatre  mille  ans,  en  commençant 
à  compter  à  partir  de  la  création  du  monde,  le  Messie  devait  venir; 
c'est  ainsi  que,  vers  cette  époque  à  peu  près,  Jésus-Christ  est 
venu  ;  donc  Jésus-Christ  est  le  vrai  Messie  promis  à  nos  pères  par 
les  Prophètes.  » 

Le  premier  à  s'élever  contre  cette  conclusion  du  côté  des  Juifs 
fut  R.  Ferrer  :  «  Jésus-Christ  n'est  pas  venu  au  monde  à  l'expi- 
ration des  quatre  mille  ans  exactement,  mais  bien  deux  cents  ans 
auparavant;  par  conséquent  le  Christ  n'est  pas  le  vrai  Messie.  >> 

Jérôme  fit  alors  observer  :  «  Quand,  dans  l'Ecriture  Sainte,  on 
met  le  nombre  mille,  même  s'il  manque  cent  ou  deux  cents  pour 
compléter  ledit  nombre,  dès  lors  que  l'on  dépasse  cinq  cents,  cela 
se  prend  pour  le  mille  suivant.  » 

A  la  question  :  est-on  d'accord  pour  voir  dans  ce  passage  du 

1.  En  latin  dans  le  procès-verbal. 


84  REVUE  DES  ÉTUDES  JUIVES 

Talmud  une  allusion  à  la  venue  du  Messie,  le  contradicteur  juif 
répliqua  que  tel  n'était  pas  le  cas,  attendu  que  la  conclusion  de 
ce  passage  est  qu'à  cause  des  péchés  cette  venue  est  retardée  : 
«  Mais  à  cause  de  nos  péchés,  les  quatre  mille  ans  se  sont  écoulés 
sans  que  le  Messie  soit  venu.  » 

Jérôme  contesta  alors  que  ce  passage  soit  aussi  du  prophète 
Elie  ;  c'est  un  docteur  quelconque  qui  l'aurait  ajouté. 

Un  autre  juif  fit  observer  judicieusement  que,  dans  le  passage 
en  question,  le  Talmud  n'a  nullement  conservé  une  prophétie 
d'Elie  et  que  ce  qui  nous  est  communiqué  est  simplement  une 
tradition  d'école  de  la  maison  d'étude  désignée  sous  le  nom  d'Elie. 

Cependant,  K.  Salomon  Isaac  lui  répliqua  :  «  L'autorité  alléguée 
est  vraie  et  authentique;  mais  il  n'est  pas  dit  dans  ce  passage  que 
les  jours  du  Messie  seraient  de  deux  mille  ans  complets,  mais 
bien  que,  pendant  le  cours  de  ces  deux  mille  ans,  le  Messie  vien- 
drait et  régnerait  et,  par  conséquent,  jusqu'à  l'expiration  du  terme 
de  deux  mille  ans,  la  vérité  de  la  prophétie  reste  entière.  » 

Santa-Fe  lui  répondit  : 

Dans  le  passage  allégué  du  Talmud  il  n'est  pas  dit  que,  durant  le  cours 
des  derniers  deux  mille  ans,  le  Messie  viendrait,  mais  que  les  derniers 
deux  mille  ans  seraient  les  jours  du  Messie.  De  même,  lorsque  la  Sainte 
Ecriture  dit  que  les  jours  de  Noé  furent  de  950  ans  (Genèse,  ix,  29),  cela, 
ne  signifie  pas  que,  durant  cette  période  de  950  ans,  Noé  naîtrait,  mais 
cela  doit  s'entendre  en  ce  sens  qu'il  vécut  tout  ce  nombre  d'années  De  la 
même  manière  quand  il  est  dit  dans  votre  Talmud  que  les  jours  du  Messie 
seront  les  deux  derniers  mille  ans,  cela  signifie  que,  durant  toute  cette 
période,  le  Messie  vivra  dans  le  monde,  non  point  matériellement,  mais 
spirituellement  et  moralement,  comme  nous  voyons  que  cela  se  produit 
actuellement. 

Parlèrent  encore  ce  même  jour,  d'après  les  sources  juives,  Don 
Vidal,  R.  Zerahya  ha-Lévi  et  R.  Joseph  Albo,  dont  on  ne  rapporte 
qu'en  partie  les  explications. 

3.  —  Dans  la  troisième  séance,  du  9  février  1413,  Jérôme  cita, 
à  l'appui  de  sa  thèse,  un  second  passage  de  Sanhédrin,  97  b  : 
«  Ainsi  dit  Elie  à  Rabbi  Juda,  frère  de  Rabbi  Iala  surnommé  Bon  : 
Le  monde  ne  compte  pas  moins  de  quatre-vingt-cinq  jubilés,  et 
dans  le  dernier  jubilé  le  fils  de  David  viendra.  »  Et  ledit  Rabbi 
Juda  lui  demanda  :  «  Sera-ce  au  commencement  ou  à  la  fin  du 
jubilé?  Il  répondit  :  A  la  fin  (!)  ».  » 

1.  En  latin  dans  le  procès-verbal. 


LE  COLLOQUE  DE  TORTOSE  ET  DE  SAN  MATEO  85 

Là-dessus  Santa-Fe  explique  ce  passage  et  fait  le  compte  des 
années  qui  composaient  les  quatre-vingt-cinq  jubilés,  au  nombre 
de  quatre  mille  deux  cent  cinquante,  et,  comme  il  y  a  longtemps 
que  ce  nombre  d'années  est  écoulé,  il  s'ensuit  que  le  Messie  est 
venu. 

Gomme  le  pape  donnait  raison  à  son  médecin,  c'est  alors  que 
R.  Joseph  Albo  avec  animation  prononça  les  paroles  déjà  citées  : 
«  En  supposant  que  l'on  me  prouvât  que  le  Messie  est  déjà  venu, 
je  ne  croirais  pas  pour  cela  devoir  cesser  d'être  juif.  » 

Après  cette  interruption,  R.  Matatia  dit,  plus  conciliant  :  «  La 
prophétie  dit  que  le  fils  de  David  viendra  dans  le  dernier  jubilé, 
mais  qu'à  cause  des  péchés  d'Israël  son  avènement  s'est  trouvé 
retardé  et  qu'il  n'est  pas  encore  venu.  » 

Jérôme  lui  répondit  en  soutenant  ce  qui  suit  :  «  Quand  Dieu 
promet  un  bien  quelconque,  il  ne  le  retarde  en  aucune  façon  à 
cause  du  péché  des  hommes.  »  Il  appuya  cette  affirmation  de  cita- 
tions d'Isaïe  et  de  Jérémie. 

R.  Salomon  Isaac  commenta  ainsi  le  passage  :  «  Prise  à  la 
lettre,  cette  prophétie  prouvait  indubitablement  ce  que  se  pro- 
posait de  démontrer  Santa-Fe,  à  savoir  que  le  Messie  est  venu; 
mais  elle  ne  pouvait  pas  s'entendre  de  cette  façon,  parce  que  le 
mot  «  il  viendra  »  doit  se  prendre  au  sens  neutre,  c'est-à-dire 
qu'ici  il  ne  s'agit  pas  d'autre  chose  que  de  la  possibilité  qu'il 
vienne.  Même  prise  en  ce  sens,  elle  ne  prouve  rien  cependant, 
parce  qu'il  existe  une  contradiction  essentielle  entre  cette  pro- 
phétie et  la  précédente.  » 

Le  pape  s'interposa  alors  et  dit  :  «  Si,  pour  éviter  la  contradic- 
tion, il  est  nécessaire  de  changer  la  lettre,  il  la  faut  changer  le 
moins  possible,  en  disant  que  les  deux  derniers  mille  ans  du 
monde,  dont  la  prophétie  déclare  qu'ils  seront  les  jours  du  Messie, 
peuvent  s'entendre  fort  bien  de  la  disposition  que  les  hommes 
avaient  de  le  recevoir,  et  l'autre,  qui  dit  que,  durant  le  dernier 
jubilé,  le  fils  de  David  viendra,  doit  se  prendre  à  la  lettre,  et  de 
cette  façon  on  évite  toute  apparence  de  contradiction.  Par  consé- 
quent il  n'y  a  aucune  espèce  de  difficulté  à  reconnaître  que  le 
Messie  est  venu.  » 

R.  Joseph  Albo,  contestant  la  conclusion,  répliqua  :  «  Bien  que 
l'on  affirmât  dans  le  passage  cité  que  le  fils  de  David  viendrait 
dans  le  dernier  jubilé,  il  ne  s'ensuivait  pas  que  le  Messie  fût  déjà 
venu,  car  il  fallait  entendre  par  «  dernier  jubilé  »  non  pas  le 
dernier  des  quatre-vingt-cinq,  mais  le  dernier  du  monde.  » 


86  REVUE  DES   ÉTUDES  JUIVES 

Le  pape  répondit  à  cela  :  «  Chaque  jubilé  ne  se  composant  que 
de  cinquante  années,  il  était  ridicule  de  supposer  que  le  Messie  ne 
viendrait  pas  avant  les  cinquante  dernières  années  du  monde,  car 
alors  on  ne  pourrait  donner  aucune  explication  de  tout  ce  que  les 
Prophètes  disent  de  la  splendeur,  de  la  renommée  et  de  la  prospé- 
rité dont  l'envoyé  de  Dieu  jouirait  sur  la  terre.  » 

Le  procès-verbal  rapporte  que  l'interprétation  de  R.  Joseph  Albo 
fut  expressément  rejetée  par  ses  compagnons.  Cela  mit  fin  à  la 
troisième  séance. 

4.  —  Dans  la  quatrième  séance,  du  40  février  1413,  Jérôme 
apporta  un  exemplaire  du  traité  du  Talmud  Aboda  Zara,  qu'il 
soumit  à  l'assemblée,  pour  montrer  qu'au  feuillet  9  a  la  conclusion 
finale  manquait  :  «  Mais,  à  cause  de  nos  péchés,  les  quatre  mille 
ans  se  sont  écoulés  et  le  Messie  n'est  pas  venu.  » 

Là-dessus,  il  lut  au  traité  Berakhot  du  Talmud  de  Jérusalem  (5a), 
la  légende  suivante  :  «  11  arriva  à  un  juif  qui  était  en  train  de 
labourer  qu'un  de  ses  bœufs  mugit,  au  moment  même  où  un 
arabe  passait  par  là,  et  celui-ci,  en  entendant  mugir  le  bœuf,  parla 
au  juif  de  cette  manière  :  0  juif,  fils  de  juif!  ôte  le  joug  de  tes 
bœufs  et  cesse  de  travailler,  parce  qu'on  détruit  votre  Temple.  Et 
comme  le  bœuf  mugissait  une  seconde  fois,  l'arabe  dit  :  0  juif, 
attelle  de  nouveau  tes  bœufs  à  la  charrue  et  continue  à  travailler, 
parce  que  votre  Messie  est  né.  Le  juif,  en  entendant  une  si  heu- 
reuse nouvelle,  demanda  plein  de  joie  à  son  interlocuteur  :  Et  où 
donc  est-il?  L'arabe  répondit  :  A  Bethléem  de  Juda.  » 

R.  Todros  déclara  renoncer  à  faire  d'une  légende  fabuleuse 
l'objet  d'une  plus  longue  discussion. 

Cependant,  Rabbi  Astruc  ha-Lévi  d'Alcaniz  attesta  la  véridicité 
de  la  citation  ;  il  déroula  un  vieux  parchemin  dont  il  lut  la  conclu- 
sion :  «  Le  juif  qui  labourait  se  mit  à  vendre  des  chaussures 
d'enfant  pour  pouvoir  découvrir  par  ce  moyen  quelle  était  la  mère 
du  Messie.  »  La-dessus  il  fixa  à  vrai  dire  la  naissance  du  Messie  à 
ce  jour-là,  mais  sans  admettre  que  ce  dernier  se  fût  encore  mani- 
festé au  monde. 

Alors  le  pape  lui  demanda  :  «  S'il  est  vrai  que  le  Messie  est  né 
et  n'est  pas  venu,  où  donc  est  il?  » 

Le  rabbin  lui  répondit  :  «  A  Rome  selon  les  uns  et  au  paradis 
terrestre  selon  les  autres,  mais  bien  que  ces  paroles,  prises  à  la 
lettre,  disent  que  le  Messie  est  venu  et  qu'il  est  à  Rome,  néanmoins 
elles  ont  une  autre  signification.  » 


LE  COLLOQUE  DE  TORTOSE  ET  DE  SAN  MATEO         87 

A  la  demande  spéciale  du  pape  d'avoir  à  indiquer  le  sens  de  ces 
paroles,  R.  Àstruc  ajouta  :  «  Les  juifs  espéraient  que  le  Messie 
viendrait,  non  pas  pour  sauver  leurs  âmes,  puisqu'alors  môme  que 
le  Messie  ne  devrait  jamais  venir,  elles  n'ont  pas  à  être  sauvées, 
mais  uniquement  pour  les  combler  de  richesses  temporelles  et 
délivrer  leurs  corps  de  l'esclavage  où  ils  sont.  » 

A  la  question  posée  ^aux  autres  délégués  pour  savoir  si  l'inter- 
prétation de  R.  Astruc  leur  paraissait  exacte,  R.  Matathia  et 
R.  Joseph  Albo  répondirent  affirmativement,  tandis  que  d'autres 
s'y  déclarèrent  opposés. 

Rabbi  Salomon  Isaac  soutint  ensuite  que  le  mot  nolad  (il  est  né) 
s'applique  ici  à  une  naissance  non  pas  réelle,  mais  imaginaire1. 

5.  —  Dans  la  cinquième  séance,  du  11  février  1413,  jour  de 
sabbat,  Jérôme  posa  aux  Juifs  trois  questions,  savoir  :  1°  puisque 
le  Messie  est  né,  pourquoi  ne  s'est-il  pas  manifesté  ?  2°  quel  jour 
est-il  né?  3°  pourquoi  est-il  né  si  tôt? 

R.  Matatias  fit  cette  réponse  :  «  Le  Messie,  qui  était  déjà  né, 
était  à  Rome  ou  au  paradis  terrestre  ;  les  péchés  du  peuple  ont 
été  la  cause  qui  l'a  empêché  de  se  manifester.  Le  jour  même  que 
le  Temple  fut  détruit,  le  Messie  naquit  et  il  naquit  ce  jour-là  parce 
que,  au  moment  où  l'homme  reçoit  une  blessure,  il  a  besoin  du 
médecin  ou  du  chirurgien  pour  qu'il  le  guérisse.  » 

Jérôme  répliqua  :  «  Le  chirurgien  ne  servirait  de  rien  au  blessé 
s'il  ne  s'exerçait  dans  l'art  de  la  chirurgie  et  ne  donnait  pas  des 
soins  au  malade;  d'où  l'on  déduit  que  le  Messie  qui  venait  guérir 
le  genre  humain,  lequel  était  blessé  à  mort,  dut  se  manifester  et 
s'exercer  à  relever  l'homme  déchu.  » 

Rabbi  Astruc  convint  alors  qu'il  ne  pouvait  plus  rien  répondre 
à  cela. 

6.  —  Dans  la  sixième  séance,  du  13  février  1413,  Jérôme  pré- 
senta la  prophétie  de  Jacob  (Genèse,  xlix,  10)  : 

Et  bien  qu'ils  aient  publiquement  reconnu  comme  il  est  dit  plus  haut 
que  le  Messie  était  né  et  avait  été  manifesté,  cependant,  pour  que  la 
lumière  luise  plus  clairement  pour  lesdits  Juifs,  j'essaierai  de  prouver 
par  d'autres  autorités  que  le  Messie  est  venu  et  en   particulier  par  une 

1.  Dans  le  Vikouah  Tortosa,  ce  sont  aussi  là  les  paroles  du  maître  Salomon 
Maïmon  de  Tortose.  Dans  le  Chébet  Yehouda,  au  lieu  de  t73"l"l  "iaU3"in?3  iriN» 
il  faudrait  donc  plutôt  lire  "'NlDli:T,L3    *,3\2Jin?a   THN- 


88  HEVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

certaine  prophétie  dite  parle  patriarche  Jacob  à  son  fils  Juda  et  écrite  au 
xlixc  chapitre  de  la  Genèse,  verset  10.  Elle  est  ainsi  conçue  :  «  Le  sceptre 
ne  sera  pas  ôté  de  Juda,  ni  le  chef  sortant  de  sa  race  jusqu'à  ce  que 
vienne  celui  qui  doit  être  envoyé.  » 

Là-dessus  il  ajouta  une  preuve  tirée  du  Bereschit  Rabba  de 
R.  Moïse  Hadarschan  {Pugio,  p.  812)  :  «  Quarante  ans  avant  la 
destruction  du  Temple,  les  Juges  du  gazit  demeurèrent  privés  du 
pouvoir  qu'ils  détenaient  auparavant  dans  les  causes  criminelles.  » 

Un  rabbin  (R.  Ramon)  dit,  commentant  ce  passage,  qu'en  ce 
temps-là  les  soixante-dix  juges  qui  composaient  le  Sanhédrin  et 
les  anciens  d'Israël,  la  barbe  coupée,  vêtus  de  sacs,  sortirent  dans 
la  rue  en  criant:  «Hélas!  malheureux  que  nous  sommes!  Pourquoi 
le  sceptre  de  Juda  nous  est-il  ôté,  alors  que  le  fils  de  David  n'est 
pas  encore  venu?  »  Passage  d'où  Santa-Fe  déduisit  que  le  Messie 
était  venu  et  que  c'était  Jésus-Christ,  puisque  quarante  ans  avant 
la  destruction  du  Temple  la  passion  de  notre  Sauveur  eut  lieu. 

R.  Astruc  intervint  ce  jour-là,  «  alléguant  des  gloses  et  inter- 
prétant la  paraphrase  chaldaïque  d'Onkelos  »,  ce  que  le  Chébet 
Yehouda  rapporte  également. 

(A  suivre.)  Ad.  Posnanski. 


NOTES    ET   MÉLANGES 


UN   HYMNE   HÉBRÉO-GREC 

Parmi  les  artifices  de  versification  dont  les  poètes  ont  usé  de 
tout  temps  pour  donnera  leurs  compositions  une  forme  attrayante, 
il  y  a  remploi  des  vers  polyglottes,  dont  l'historique  est  encore  à 
faire.  Quel  que  soit  le  mobile  auquel  les  auteurs  de  ces  composi- 
tions hybrides  ont  obéi,  ostentation  linguistique,  passion  pour  les 
jeux  d'esprit  ou  désir  de  rehausser,  aux  yeux  du  destinataire,  la 
valeur  de  leur  hommage  poétique,  nous  en  avons  de  nombreux 
exemples  dans  différentes  contrées  et  à  diverses  époques.  Sans 
prétendre  épuiser  la  matière,  qu'il  nous  suffise  d'en  signaler 
quelques-uns  par  ordre  chronologique  : 

Le  premier  de  ces  tours  de  force  littéraires  dont  l'histoire  ait 
gardé  le  souvenir  est  attribué  à  Samuel  Ha-Naghid  ou  Ibn-Nagréla 
de  Grenade  (993-1055),  qui  aurait  dédié  à  Habous,  roi  des  Ber- 
bères, dont  il  était  le  vizir,  un  poème  en  sept  langues. 

Plus  heureuses  que  ce  poème,  qui  est  perdu,  sont  les  produc- 
tions de  Juda  Halévi  (1085-1140?),  de  Tolède,  en  hébreu  et  en 
arabe,  qui  figurent  dans  son  Dîwan,  édité  par  M.  H.  Brody  à  Berlin 
(t.  I,  1895,  p.  144-201,  et  III,  1903,  p.  322-326). 

Juda  Alharizi,  poète  et  voyageur  espagnol  du  treizième  siècle, 
nous  a  laissé  dans  son  Tahkémoni  (ch.  xi)  une  Qacîdah,  dans 
laquelle  l'hébreu  et  l'araméen  se  partagent  les  deux  hémistiches 
de  chaque  strophe. 

Dans  un  autre  milieu  et  avec  une  mentalité  différente  de  celle 
des  trois  versificateurs  précédents,  voici  un  poète  mystique 
musulman,    Sultan   Veled    Behà-ud-Dîn   Ahmed    (1226-1312),  de 


90  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

Qonya  (Asie  Mineure),  qui,  dans  son  Rebâb-Nâmeh,  célèbre 
mesnevi  ou  poème  turc,  a  inséré  trente-deux  couplets  en  grec  '. 

Cette  série  est  dignement  close,  comme  elle  a  commencé,  par  le 
Ghazel  heptaglotte  d'Aboû-Ishaq  Hallâdj  de  Chirâz  (mort  en  1424 
ou  1427),  qui  a  été  publié  et  commenté  par  M.  Cl.  Huart  (Journal 
Asiatique,  novembre-décembre  1914,  p.  629  et  suiv.). 

Frère  cadet  dans  ce  groupe  et  d'un  souffle  lyrique  moins  fort 
que  les  autres  est  l'hymne  bilingue  que  je  présente  ici,  avec  tra- 
duction complète  des  stances  et  transcription  de  la  partie  grecque. 
M.  David  H.  Lévi,  de  Janina,  qui  me  l'a  envoyé  en  1912,  Ta  accom- 
pagné de  cette  note  que  je  traduis  de  l'hébreu  : 

«  Dans  le  recueil  de  poésies  grecques,  d'où  cette  pièce  est  tirée, 
on  lit  ce  qui  suit,  en  grec  : 

«  -to-pb  aa  "^aasap^a  ">p  ■wrra  o^ra-ia»  *?  *na 
Transcription  : 

Elç  touç  7cevTaxo<70uç  8Éxa  o^xco  ttou  vjjxetç  |X£xpa[J.£. 
ASàp  xaï  MàpTiç  slxouve  xat  lxà£a|A£  va  7tioiï|X£. 

Traduction  : 

«  En  (l'an)  518  que  nous  comptons  (au  mois  de)  Adar  et  (=  c'est- 
à-dire)  Mars,  c'était  (la  date)  de  notre  séance  pour  boire  (du  vin  en 
pique-nique).  » 

L'auteur  de  l'hymne,  qui  probablement  vivait  en  5518  (=  1758), 
date  qui  vient  d'être  indiquée,  s'appelait  Isaac  Samuel,  à  en  juger 
par  l'acrostiche  des  distiques  hébraïques  et,  de  plus,  n'avait  pas 
d'enfants,  puisqu'il  en  souhaite  la  naissance  dans  la  troisième 
stance.  Voilà  tout  ce  que  l'on  peut  dire  de  la  biographie  du  poète, 
et  voici  son  poème  : 

ittoip  incarna  iïï  "prpos  "pa  o^âa  "pE  ,  vnan  ym  nrr  nna  'n    .  1 

[^nan  aa 

(M'/jv   à^iaeiç   tyjv   ^uy/jV  p.ou  o^  xbv   xd<j[jt.ov   va  X^Tr) 

(oco<r£(j.aç  derman2)   ïa»Tn  oatt'Wi  ,"jtta3  ^b»  ,ïttm  il  ba 

i.  Gibb,   History  of  ot.  Poetry,  I,  152-157,  et  G.  Salemaon,  Die  Seldjukischen 
Verse,  Pétrograd,  1891,  p.  240  suiv. 
2.  Mot  turc. 


NOTES    ET   MÉLANGES  91 

id  iy»«  i«\s  KïWtniB  vttwa  wxbiN  ,  nw»  van  ba  ^aiNit»  pi^Ei  n*    .  2 

[ifcObWPtt 
(ô'Xa   xà  yu>   7reoa(7jX£va,    i'va  sivat    tzov  jie    ^aXvàï.) 

."m  in  b« 
vj  iToonp  "puma  ifisn  "p^aa  an  ,  ÊOa^p  bi»  ania  ia»nai  ^ori     .3 

(otà  vàjxSev  yaÔY)  o^  xbv  x6ff|xo  xb  Si'xo   [xou  xb  ovo^a.) 

."i^n  in  bs 
nu  i^n  nrci  noipn  it3D  raTi  ,  rrbDNJa  ynattn  irp&raa  "pnmp    .4 

(Oéfxou    'axo   otxo  aou  yépïj   elvs  rà  xpia  xà  xXetSià.) 

."•ai/n  ba 

iutib  nu  nibp  vû  "pa  "iuiu  ,rwm  ris  nnnsi  mp*  bipb  nmù    .5 

[netû-in  173  nop^np  vu  N3 

(Touxo  elv(e)   xb  xXeiSi  xb    ^pcoxo  va  xb   xpa£a>  (Jt-é   ovofxa.) 

."m  in  ba 

\rr*p  irjo  dn?3  oTrnâ  in  ,rjarun  yw)&  dn  isb  nnsn  ■pamaS    .6 

[nais  iJ3  lainiM  oita 

(Al  êpo/èç  [xaç  'crrbv  xaipbv  xouç  và/pôouve  Ïiai3  T3.) 

."i3i  ti  bN 

o^uiÊns  in  «b  cnnNp   ,ûainnap  nN    nnDN    D^nttn   mnn  i^nï     .7 

2  [usa  in»  Tin  nN 

(Ka6a>;   Xéyet  6  7cpo^TY|ç  ûaa  'jnN  TTH  riN.) 

."131  in  bN 

nia»  "p  n^sntin  iu  ma  l'âTttip  id  ,  imnnai  nioxm  ha  fTaîWa  ^n     .  8 

[irpnN    nu   N3 

(7TOu    xaxéêv)   6/    xà    oùpavià   8ev    'jx7copc5   va   xà    àpviôoo.) 

."m  in  bN 

wpudnp  iDNini»  "pu   ibn  i^in    ,îribbrt    -ittNii    îaba»  ^33>»b     .9 

[NiTnÊpb 

(6é    (/.ou    àrco    ttjv    (/.epià    <rou   xapXÊpoujxe    Xeuôeptà.) 

•  iNtnn  onïï  ion    ,173nd  ^btt   ,  "pan-i  in  bN 

1.  Voir  Yalkout,  xvi,  sur  I  Rois,  xvn. 

2.  Ezéch.,  xxxvn,  12-14. 


92  REVUE  DES   ÉTUDES  JUIVES 


Traduction  : 

1.  0  Eternel,  tu  sais,  mon  désir  t'est  présent  : 

.     Ne  permets  pas  que  mon  âme  disparaisse  du  monde  ! 
(Refrain)  Dieu  vivant  (et)  clément,  Roi  fidèle,  accorde-nous  un  remède  ! 

2.  Angoisse  et  détresse  m'ont  atteint  toute  ma  vie,  depuis  ma  jeunesse. 
Je  les  ai  toutes  traversées  :  il  en  est  une  qui  cause  ma  perte. 

Dieu  vivant,  etc. 

3.  Que  ta  miséricorde  me  console  par  une  postérité  durable, 

Afin  que  mon  nom  ne  périsse  pas  du  monde  ! 
Dieu  vivant,  etc. 

4.  Je  t'ai  invoqué  des  profondeurs  et  de  la  terre  des  ténèbres, 

Mon  Dieu,  en  ton  pouvoir  sont  les  trois  clefs. 
Dieu  vivant,  etc. 

5 .  Tu  as  exaucé  la  voix  de  la  (fem  me)  stérile  et  tu  as  fécondé  sa  matrice, 

Voilà  la  première  clef  que  je  sollicite  nominalement. 
Dieu  vivant,  etc. 

6.  De  ton  ciel,  ouvre-nous  ton  trésor  précieux, 

Que  nos  pluies  viennent  à  temps,  les  eaux  généreuses  ! 
Dieu  vivant,  etc. 

7.  Et  à  l'époque  de  la  résurrection,  j'ouvrirai  vos  tombeaux, 
Ainsi  que  dit  le  prophète  :  Je  mettrai  mon  esprit  en  vous. 

Dieu  vivant,  etc. 

8.  Je  crois  en  Dieu,  en  Moïse  et  en  sa  Loi  : 

Je  ne  pourrai  pas  nier  qu'il  est  descendu  du  ciel. 
Dieu  vivant,  etc. 

9.  Par  égard  pour  toi-même,  délivre-nous  et  nous  dirons  :  Allélouia! 
Mon  Dieu,  c'est  de  toi  que  nous  attendons  l'émancipation. 

Dieu  vivant  (et)  clément,  Koi  fidèle,  accorde-nous  un  remède. 

Abraham  Danon. 


NOTES   ET   MÉLANGES  93 

PLACE  DE  DANIEL  DANS  LE  CANON 

D'APRÈS  LES  RABBINS 


Tandis  que  le  livre  de  Daniel  est  placé  par  la  Septante  et  les 
autres  versions  à  la  fin  des  Prophètes,  le  texte  hébreu  le  met 
parmi  les  Hagiographes.  Il  est  généralement  admis  qu'il  n'y  a  pas 
trace  dans  la  littérature  rabbinique  d'une  autre  localisation  du 
livre.  J'ai  l'impression  cependant  qu'au  début  de  l'ère  vulgaire,  il 
y  avait  une  vive  discussion  à  ce  sujet,  dont  un  écho  nous  parvient 
dans  le  Talmud. 

Dans  un  passage  bien  connu  de  Meguilla,  3  a,  nous  apprenons 
que  Jonathan  ben  Ouzziel,  après  avoir  composé  le  Targoum  des 
Prophètes,  entreprit  une  version  analogue  des  Hagiographes.  Le 
Talmud  ajoute  qu'une  voix  céleste  s'y  opposa,  parce  que  les 
Hagiographes  contiennent  la  détermination  de  l'âge  messianique  : 
muîtt  yp  ïra  m&n  ûto»  xnyu  -^  ym  ib  rra&o  bip  na  rtnarv 
Ceci  ne  peut  se  rapporter  qu'au  livre  de  Daniel,  à  l'exclusion  de 
tout  autre  hagiographe.  Il  semble  donc  plus  probable  que  Jonathan 
b.  Ouzziel  avait  l'intention  d'adjoindre  le  livre  de  Daniel  à  ceux 
des  Prophètes  et  qu'il  s'attira  par  là  de  la  part  de  ses  contem- 
porains cette  vive  opposition  qui  ressort  du  texte  talmudique.  Ce 
point  de  vue  jette  une  nouvelle  lumière  sur  la  discussion  ulté- 
rieure rapportée  dans  la  même  page,  où  le  Talmud  s'efforce  de 
marquer  la  différence  entre  Daniel,  qui  n'était  pas  considéré 
comme  un  prophète,  et  les  prophètes  contemporains  Haggaï, 
Zacharie  et  Malachie.  Cette  discussion  semble  en  l'air  et  sans  rap- 
port avec  ce  qui  précède.  Mais  si  notre  hypothèse  est  exacte,  elle 
est  tout  à  fait  à  sa  place  et  donne  la  raison  de  l'opposition  faite  à 
Jonathan  ben  Ouzziel,  corrélation  qui  n'était  plus  sentie  par  le 
compilateur  du  Talmud.  Car  la  tradition  concernant  le  dessein  de 
Jonathan  b.  Ouzziel  de  traduire  Daniel  comme  un  des  livres  des 
Prophètes  a  été  par  erreur  considérée  comme  un  projet  de  tra- 
duction de  tous  les  Hagiographes. 

Bien  entendu,  on  peut  objecter  que  l'opposition  à  la  traduction 
des  Hagiographes  est  attestée  par  ce  fait  que  Rabban  Gamliel 
l'Ancien  et  son  petit-fils  après  lui  ont  écarté  un  Targoum  sur  Job, 


94  BEVUE  DES  ÉTUDES  JUIVES 

comme  nous  rapprenons  par  la  Tosefta  Sabbat,  XIII  (XIV),  2, 
éd.  Zuckermandel,  p.  128.  Mais  il  n'est  pas  question  de  ce  passage 
de  Jonathan  b.  Ouzziel,  et  il  n'est  pas  invraisemblable  que  Rabban 
Gamliel  ait  trouvé  à  redire  à  cette  traduction  pour  certaines 
raisons  intrinsèques  que  nous  ne  pouvons  même  conjecturer, 
tandis  que  le  second  LGamliel  s'est  conformé  à  l'avis  de  son 
grand-père  sans  autre  examen. 

Notons  incidemment  que,  dans  les  mots  attribués  à  Jonathan 
b.  Ouzziel  dans  le  passage  précité  :  "•ro^b  abus  -pasb  *rm  "nba 
mpnbntt  na-p  «bra  Trw  friMb  «ba  aa^  ma  Tiaab  abn  wb* 
barwa,  seule  l'expression  ^mu)*  'piaab  aba  imu»  "masb  abtt) 
peut  être  originale.  Ce  ne  sont  pas  seulement  les  mots  ma  maab  «bi 
aaa  qui  se  sont  glissés  là  du  texte  bien  connu  de  BabaMecia,  58  6, 
comme  l'a  déjà  remarqué  Bâcher1,  mais  aussi  la  phrase  abta 
b&niu^a  mpibrra  13T,  qui  ne  peut  s'employer  que  par  rapport  à  des 
divergences  d'ordre  légal  comme  dans  les  cas  cités  par  Bâcher. 
A  propos  du  Targoum  sur  les  Prophètes,  cette  expression  n'a  pas 
de  raison  d'être. 

Alexander  Marx. 

1.  Aggada  der  Tamiaïten*,  p.  20-21,  n.  4. 


BIBLIOGRAPHIE 


REVDE  BIBLIOGRAPHIQUE 


ANNÉES  1920-1922 


i.  Livres. 


Abraham  (Aron).  Die  Schiffsterminologie  des  A.  T.  Kulturgeschichtlich 
und  etymologisch  untersucht  (Dissert.),  Berne,  1920,  58  p. 

Allé vi  (Luigi).  La  proprietà  in  Israele  (extrait  de  la  Rassegna  Nazioîiale), 
Rome  ;  in-8°  de  13  p. 

Auerbach  (Elias).  Die  Prophétie.  Berlin,  jùd.  Verlag,  1920  :  in-8°  de  124  p. 

Ball  (G.  J.).  The  book  of  Job.  A  revised  text  and  version.  Londres,  1922, 
Oxf.  Univ.  Pr.  ;  in-8°  de  486  p. 

Bamberger  (Selig).  Raschi's  Kommentar  zum  Pentateuch...  ins  Deutsche 
iibertragen.  Hambourg,  G.  Kramer,  1922;  in-8°  de  vin  -\-  541  p. 

Bauer  (H.)  et  Leander  (P.).  Historischê  Grammatik  der  hebrâischen  Sprache 
des  A.  Testamentes.  T.  I.  Einleitung.  Schriftlehre.  Laut-und  Formen- 
lehre,  fasc.  1  et  2,  Halle,  Niemeyer,  1918-1919,  de  xv  +  272  et 
iv  +  273-512  p. 

Bauer  (Jules).  Notre  livre  de  prières.  Paris,  Durlacher  (1921)  ;  in-8°  de  71  p. 
Expose,  sous  une  forme  populaire  et  attrayante,  le  contenu  de  la  Tefilla,  en 
expliquant  sou  origine,  sa  composition,  son  esprit. 

Bergstr'a'sser  (G.).  Hebràische  Grammatik  (29e  éd.  de  la  Grammaire  de 
Gesenius),  mit  Beitràgen  von  M.  Lidzbarski.  lre  partie  :  Einleitung. 
Schrift-und  Lautlehre.  Leipzig.  1918. 

Breuer  (Jos.).  Die  Piutim  fur  Rosch  Haschana  iïbersetzt  u.  erlâutert. 
Francfort,  Sanger  et  Friedberg  ;  in-8°  de  vin  -f-  230  p. 

Breuer  (Jos.).  Sepher  Jecheskel.  Das  Buch  Jecheskel  i'ibers.  u.  erkl., 
Francfort,  Sanger,  1921  ;  in-8°  de  x  -f-  412  p. 


90  REVUE   DES   ETUDES  JUIVES 

Bernfeld  (Simon).  Die  judisehe  Literatur.  I  Teil.  Bibel,  Apokryphen  u. 
jùdisch-hellenistisches  Schrifttum.  Berlin,  jiïdischer  Verlag,  1921;  in-8° 
de  194  p. 

Ce  petit  manuel,  dépouillé  à  dessein  de  notes  d'érudition,  donne,  avec 
clarté  et  concision,  une  introduction  à  la  littérature  juive  des  époques  biblique 
et  postbiblique  jusqu'à  Josèpbe.  Pour  la  Bible,  l'auteur  résume  les  conclusions 
qu'il  a  déjà  proposées  dans  des  articles  de  revues  hébraïques,  chapitres  d'un 
grand  ouvrage  en  hébreu  en  préparation  sous  le  titre  de  Héker  kitbé  hako- 
desch.  L'auteur  adopte  les  conclusions  les  plus  radicales  de  la  critique 
moderne,  non  sans  les  avoir  soumises  à  un  examen  personnel.  Il  a  tendauce 
à  opter  pour  les  datations  les  plus  récentes,  et  montre  une  assurance  bien 
tranchante  en  ces  matières.  C'est  ainsi  que,  pour  M.  B.,  il  n'est  pas  douteux 
que  les  dix  cornes  mentionnées  au  cb.  vu  de  Daniel  désignent  les  dix  Césars 
romains  de  César  à  Vespasien.  Le  morceau  serait  dû  à  un  juif  du  Ier  siècle 
exhortant  ses  frères  pendant  le  siège  de  Jérusalem  par  les  Romains  ! 

Bloch  (Chajim).  Die  Gemeinde  der  Chassidim.  Berlin-Vienne,  B.  Harz,  1920  ; 

in-12  de  352  p.^ 
Bloch    (Chajim).   Talmudiscbe  Weisheit,  altjùdische   Wechselgesprâche. 

Eine  Auswahl  fur  die  jiidische  Jugend,  Vienne,  1921,   Verlag  «  das 

Leben  »  ;  in-16  de  44  p. 
Browne  (Lawrence  E.).  Early  Judaism.  Cambridge,  Univ.  Press,   1920  ; 

in-16  de  xiv  -f-  234  p. 
Buttenwieser  (Moritz).  The  Book  of  Job.  New-York,  1922,  Macmillan  ;  in-8° 

de  xix  +  370  p. 
Gansinos-Assens  (R.).  Las  bellezas  del  Talmud.  Prôlogo,  seleccion  y  tra- 

ducciôn.  Madrid,  I.  Pueyo,  266  p. 
Cohen  (A.).  The  babylonian  Talmud  Tractate  Berâkhôt,  with  Introd.,  Gom- 

mentary,    Glossary    and  indices.   Cambridge,    Univ.    Press  ;    in-8°  de 

xl  +  460  p. 

Excellente  édition,  qui  répond  aux  exigences  de  la  critique  et  de  la  philologie 
modernes. 
Cohen   (Hermann).    Die   Religion   der   Vernunft  aus   den    Quellen    des 

Judentums.  Leipzig,  G.  Fock,  1919  ;  in-8°  de  vi  +  629  p. 
Cruveilhier  (P.).  Les  principaux  résultats  des  nouvelles  fouilles  de  Suze. 

Paris,  P.  Geuthner,  1921  ;  in-16  de  ix  +  154  p. 

V.   p.   48  et  suiv.,  la  comparaison  du  nouveau  poème  du  juste  souffrant 
avec  Job. 
Delitzsch  (Friedrich).  Die  grosse  Tâuschung,  Stuttgart  u.  Berlin,  Deutsche 

Verlags-Anstalt,  1920,  in-16  de  150  p.  Zweiter  (Schluss  =)  Teil.  Fort- 

gesetzte  kritische  Betrachtungen  zum  Alten  Testament,   yornehmlich 

den  Prophetenschriften  u.  Psalmen,  nebst  Schlussfolgerungen,  Ibid., 

1921  ;  in-16  de  123  p. 
Devine  (M.).  The  Story  of  Job.  Londres,  Macmillan,  1922,  in  8°  de  312  p. 
Dorison  (L.)  et  Berman  (D.).  La  Jérusalem  des  philosophes.  Versailles, 

publ.  de  «  La  Diane  »,  1922  ;  in-8°  de  58  p. 


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19-21  ;  in-8°  de  lxxviii,  376  +  300  p. 

Duhr   ;B.).    Der   Dckalog  die    Grundlage   dcr    Kultur.    Fribourg-en-B., 

Herder,  31  p. 
Dussaud   (René),    (antique   des  Cantiques.   Essai    de  reconstitution   des 

sources  du   poème  attribué    à   Salomon.   Paris,   Leroux,   1919;    in-lG 

de  128  p. 
Ehrbnrbich  (H.  J.).  nviyn  "pa  b«W\  Cens.  Rom.  Gruescu,  Cluj.,  1920; 

in-8°  de  24  p. 
Eichrodt  (Walter).  Die  Hoffnung  des  ewigen  Friedens  im  alten  Israël.  Ein 

Beitrag  zu  der  Frage  nach  der  israelitischen  Eschatologie.   Gutersloh, 

Bertelsmann,  1920;  in-8°  de  196  p 

Enelow  (H.   G.).  A  jewish  view  of  Jésus.  New-York,  Macmillan,   1920  ; 

in-12  de  181  p. 
Ei'stein  (J.  N.).   Notes  on  post-Talmudic-Aramaic  Lexicography  (extrait 

de  la  Jewish  Quart erly  Review,  t.  XII,  n°  3,  p.  299-390).  Philadelphie, 

Dropsie  Collège,  1922. 
Flanter  (E.).  Im  Strahlenglanz  der  Menorah.  Ein  neues  Chanukkabuch. 

Berlin,  Lamm.,  1920,  59  p. 

Fleg  (Edmond).  Ecoute,  Israël.  Paris,  Crès,  1921  ;  in-16  de  244  p. 

Sous  ce  titre,  l'auteur  avait  publié  déjà,  en  1913,  aux  Cahiers  de  la  Quin- 
zaine, un  premier  recueil  de  poèmes  juifs  fort  originaux,  en  vers  libres, 
puisant  leur  inspiration  à  la  fois  dans  la  Bible  et  dans  le  trésor  de  l'Agada.  Ce 
recueil  reucontra  le  plus  vif  succès  et  fut  promptement  épuisé.  Notre  collabo- 
rateur M.  Liber  a  montré  ici  même,  dans  un  pénétrant  compte  rendu  [Revue, 
t.  LXVII,  p.  308)  le  mérite  singulier  de  ces  compositions  faites  pour  captiver 
tous  les  fervents  de  poésie,  mais  d'une  saveur  particulière  pour  les  lecteurs 
familiers  avec  les  Midraschim.  Depuis  1913,  M.  Fleg  avait  donné,  sous 
l'influence  des  événements  de  la  guerre,  le  Mur  des  Pleurs  et  le  Psaume  de  la 
Terre  promise.  Le  présent  volume  est  plus  qu'une  réédition  du  premier 
recueil.  De  nouveaux  poèmes  sont  venus  l'enrichir,  parmi  lesquels  on  goûtera 
particulièrement  des  morceaux  tels  que  «la  Victoire  de  Sliimmsbonn  »,«  le  Rêve 
de  David»,  «la  Vallée  des  Prophètes».  «  Ecoute,  Israël  »  devient  le  titre  général 
de  tout  un  cycle,  qui  comprendra  sept  livres  de  poèmes  en  vers  et  eu  prose, 
de  contes,  fables,  romans,  dialogues  et  drames,  sous  l'invocation  des  sept 
grandes  fêtes  juives.  11  y  aura,  outre  le  livre  de  la  Pàque  et  celui  des  Semaines 
(contenus  dans  le  présent  volume),  le  livre  de  l'An  nouveau,  du  Grand  Jeûne, 
des  Cabanes,  des  Sorts,  du  Sabbat.  On  demandera  peut-être  pourquoi  choisir 
Pourim  plutôt  que  Hanoucca.  Mais  il  ne  faut  pas  trop  cbercher  chicane  à  la 
libre  fantaisie  d'un  poète.  Les  livres  promis  ne  tromperont  pas,  en  tout  cas, 
l'attente  du  public  mis  en  goût  par  ces  heureuses  prémices  d'une  véritable 
«  Légende  dorée  »  du  Judaïsme. 

Fuazer  (James  George).  Adonis,  Etude  de  religions  orientales  comparées, 
traduction  française  par  Lady  Frazer  (t.  XXIX  de  la  Bibliothèque  d'Etudes 
du  Musée  Gnimet).  Paris,  P.  Geuthner,  1921  ;  in-8°  de  vu  -\~  312  p. 

T.  LXXV.  V  149.  1 


98  REVUE   DES   ETUDES  JUIVES 

Giesebrecht  (Fr.).  Die  Grundziige  der  israelitischen  fteligionsgeschichte, 
3e  éd.  (préparée  par  Bertholel).  Leipzig,  Teubner  ;  in-12  de  128  p. 

Gottsberger  (Jolis).  Die  Gôttliche  Weisheit  als  Persônlichkeit  im  Alten 
Testament.  Munster,  Aschendorff,  in-8°  de  79  p. 

Gunkel  (Hermann).  Das  Mârchen  im  Alten  Testament,  Tiïbingen,  Mohr, 
1921  ;  in-16  de  179  p. 

Gùnzig  (J.).  Die  «  Wundermanncr  »  im  jûdischen  Volke.  Ihr  Lebcn  u. 
Treiben.  Anvers,  Déplace,  1921  ;  in-8°  de  140  p. 

Hennessy  (I.  H.).  Joël,  Obadia,  Jonah  and  Malachi.  Cambridge,  Univ.  Press, 
1919,  in-8°  de  124  p. 

Horton  (R.  T.).  The  book  of  Proverbs.  Londres,  Hodder,  1920;  in-8°  de 
418  p. 

Husik   (Isaac).  A  History   of   mediaeval  jewish   Philosophy.    New-York, 
Macmillan  C°,  1918  ;  in-8°  de  l  +  462  p. 

L'auteur  a  voulu  par  ce  manuel  combler  une  lacune  :  malgré  bien  des 
travaux  en  toute  langue  sur  la  philosophie  juive  médiévale,  il  manquait  aux 
étudiants  et,  en  général,  aux  lecteurs  non  spécialistes,  un  exposé  complet, 
mais  clair  et  succinct,  de  ce  mouvement  d'idées.  L'ouvrage  de  Neumark,  dont 
deux  volumes  ont  paru,  est  trop  considérable  et  d'ailleurs  loin  d'être  achevé. 
Le  Daal  Elohim  de  S.  Bernfeld  répond  assez  bien  aux  besoins,  mais  ne  peut 
rendre  de  service  qu'aux  hébraïsants.  Sous  les  auspices  de  la  Jewish  Publi- 
cation Society,  M.  Husik  nous  donne  donc  une  histoire  de  la  philosophie 
juive  au  moyen  âge.  Ce  titre  appelle  deux  réserves.  La  première  est  faite  par 
l'auteur  même.  Il  entend  par  philosophie  juive  le  rationalisme,  à  l'exclusion 
de  la  Cabbale  et  des  théories  du  mysticisme,  qui  restent  en  dehors  de  son 
exposé.  La  seconde,  c'est  que  le  livre  de  M.  Husik  est  moins  une  histoire  pro- 
prement dite,  —  elle  est  esquissée  toutefois  dans  l'introduction,  —  qu'une 
série  chronologique  de  monographies  sur  les  principaux  théologiens  tant 
Caraïtes  que  Rahbanites  qui  se  sont  adonnés  à  la  philosophie  religieuse. 
L'auteur  étudie  tour  à  tour  Isaac  Israeli,  David  b.  Merwan  al  Mukammaç, 
Saadia,  Joseph  Al-Basir  et  Ieschoua  b.  Yehouda,  Gabirol,  Bachia,  et  Pseudo- 
Bachia,  Abraham  bar  Hiyya,  Joseph  Ibn  Çaddik,  Juda  Halévi,  Moïse  et 
Abraham  lbn  Ezra,  Abraham  Ibn  Daond,  Maïmonide,  Hillel  b.  Samuel,  Lévi 
b.  Gerson,  Aaron  b.  Elie  de  Nicomédie,  Crescas  et  Albo,  en  somme  tout  le 
mouvement  rationaliste  depuis  le  ixe  siècle  en  Babylonie  jusqu'à  son  déclin 
en  Espagne  et  dans  le  sud  de  la  France  au  xve  siècle.  Soucieux  surtout  de 
vulgarisation,  l'auteur  s'est  interdit  l'appareil  d'érudition,  les  citations 
hébraïques  ou  arabes.  L'exposition  est  néanmoins  d'un  savant  qui  possède 
bien  les  sources  originales.  Une  bonne  bibliographie  (ajouter  aux  études  sur 
Ibn  Gabirol  l'article  de  M.  Loexvé  sur  sa  Physique,  Revue,  XXXV,  161),  des 
notes  et  un  index  complètent  ce  consciencieux  et  utile  manuel. 

Jacobi  (W.).    Die  Ekstase   der   Alttestamentlichen   Propheten.    Munich- 

Wiesbaden,  J.-F.  Bergmann,  1920;  in-8°  de  62  p. 
Jastrow  (M.).  The  book  of  Job.   Philadelphie,   Lippincott,  1920  ;    in-8° 

de  369  p. 
Jastrow  (M.).  The  Song  of  Songs.  Londres.  Lippincott,  1922  ;  in-8°  de  246  p. 


BIBLIOGRAPHIE  99 

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in-8°  de  m  +  244  P- 
Kittkl  (Rudolf).  Die  Religion  des  Volkes  Israels.  Leipzig,  Quelle  et  Mayer, 

192*  ;  in-8°  de  mi  +•  210  p. 

Kladsnir  (Joseph).  Geschichtc  der  neuhabraischen  Literatur.  Deutsch 
tierausgegeben  von  Hans  Kohn.  Berlin,  Jud.  Verlag,  1921  ;  in-12  de 
94  p. 

Kohler  (K.).  Jewish  Theology  systematically  and  historically  eonsidered. 
New-York,  Macmiilan,  1918  ;  in-8°  de  xiv  +  505  p. 

Kohler  (L.).  Amos,  der  alteste  Schriftprophet.  Zurich,  Rascher,  1920;  in-8° 
de  51  p. 

Kônig  (Eduard).  Genesis.  Giitersloh,  C.  Bertelmann,  1919  ;  in-8°  de 
vm  -L-  784  p. 

Ku.nk;  (Eduard).  Wie  weit  hat  Delitzsch  recht  ?  Berlin,  Schwetschke 
u.  Sohn,  1921  ;  in-8°  de  39  p. 

Kômg  (Eduard).  Théologie  des  Alten  Testaments.  Stuttgart,  Ch.  Belser, 
1922  ;  in-8°  de  vm  +  348  p. 

Krauss  (Samuel).  Vier  Jahrtausende  jùdischen  Palastinas.  Francfort, 
J.  Kauft'mann,  1922;  in-8°  de  175  p. 

Lambert  (M.). Le  groupement  des  langues  sémitiques  (Bibliothèque  de  l'Ecole 
des  Hautes-Études,  Sciences  historiques  et  philologiques,  230«  fasc, 
p.  51-60).  Paris,  Champion,  1921  ;  in-8°. 

Landesdorfer  (Simon).  Die  Bibel  u.  die  sudarabische  Altertumsforschung, 
Munster,  Aschendorff,  1920,  72  p. 

Lewin  (Benjamin).  Voir  Scherira  Gaon. 

Laqueur  (Richard).  Der  judische  Historiker  Flavius  Josephus.  Ein  Bio- 
graphischer  Versuch  auf  nouer  quellenkritischer  Grundlage.  Giessen, 
Otto  Kindt,  1920  ;  in-8    de  vin  -f-  280  p. 

Lichtenstelx  (Max).  Das  Wort  nefesch  in  der  Bibel.  Eine  Untersuchung 
uber  die  historischen  Grundlagen  der  Anschauung  von  der  Seele  u. 
die  Entwickelung  der  Bedeutung  des  Wortes  nefesch.  Berlin,  Mayer  et 
Millier,  1920  ;  in  8U  de  iv  -f  100  p. 

Lipman  (Cl  Armand).  Les  origines  juives  de  TOraison  dominicale  ou  Pater 
Noster  avec  une  introduction  par  Maurice  Vernes.  Paris,  Fischbacher, 
1921  ;  in-8°  de  46  p. 

Meffkrt  (Franz).  Israël  und  der  alte  Orient.  M.  Gladbach,  Volksverein- 
Verlag,  2d  éd.,  1921  ;  in-8°  de  282  p. 

Melamed  (Raphaël  liai).  The  Targurn  to  Canticles  according  to  six  Yemen 
Mss.  compared  with  the  «  Textus  receptus  ».  Philadelphie,  1921  ;  in-8° 
de  117  p. 


100  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

Menahem  B.  Salomon.  ÎTVrQft  rna  (Le  Commentaire  de  R.  Menahem  b. 
Salomon  (Meiri),  de  Perpignan  (xme  s.),  sur  le  traité  yebamot.  Edité, 
d'après  l'édition  de  Saloniqne,  1794,  avec  notes  par  Ch.  Albeck).  Berlin, 
H.  Itzkowski,  1922  ;  in-8°  de  vin  +  465  p.  -f-  errata 

Modona  (Aldo  Neppi).  La  vita  pubblica  c  privata  degli  Ebrei  in  Egitto  nell 
età  ellenistica  e  romana  (estratto  da  Egyplus,  rivista  italiana  di  egitto- 
logia  e  di  papirologia,  ann.  II  (1921),  p.  253-275  e  III  (1922),  p.  19-43). 
Milan  ;  in-8°. 

Dans  cet  article  bien  documenté  qui  utilise  tous  les  renseignements  fournis 
jusqu'à  ce  jour  par  les  littératures  anciennes,  l'épigraphie,  la  papyrologie, 
l'auteur  brosse  un  tableau  très  animé  de  la  vie  juive  en  Egypte,  à  l'époque 
hellénistique  et  romaine.  11  étudie  tour  à  tour  l'histoire  de  l'immigration  et 
de  l'établissement  des  communautés  juives,  leur  statut  juridique,  la  constitution 
intérieure  des  synagogues,  les  relations  avec  les  souverains,  les  courants  reli- 
gieux, les  impôts,  le  service  militaire,  les  charges  publiques  et  privées,  les 
commerces  et  métiers,  les  contrats,  les  classes  sociales,  l'onomastique.  On  eût 
attendu  aussi  un  exposé  de  la  vie  intellectuelle  des  Juifs  en  Egypte.  Mais 
l'auteur  passe  rapidement  sur  cette  question,  qui  a  été  souvent  traitée. 

Montefiore  (Cl.  G.).  Libéral  Judaism  and  Hellenism,  and  other  Essays. 
Londres,  Macmillan,  1918. 

Montgomery  (James  A.).  The  opportunity  for  American  archeological 
Research  in  Palestine  (from  the  Smithsonian  Report  for  1919,  p.  433-441, 
avec  3  planches).  Washington,  Government  printing  Office,  1921,  in-8°. 

Mowinckel  (Dr  Sigmund).  Der  Knecht  Jahwâs,  Giessen,  Tôpelmann,  1921  ; 

in-8°  de  69  p. 
Mlïller  (Ernst).  Der  Sohar  and  Seine  Lehre.  Einleitung  in  die  Gedan- 

kenwelt  der  Kabbalah,  Vienne-Berlin,  R.  Lôwit,  1920  ;  in-8°  de  83  p. 

Naville  (Edouard).  La  hante  critique  dans  le  Pentateuque.  Réponse  à 
M.  le  Professeur  Humbert.  Paris  et  Neuchatel,  Victor  Attinger,  1921  ; 
in-8°  de  92  p. 

Nielsen  (Ditlef).  Der  dreieinige  Gott  in  religionshistorischer  Beleuchtung. 
Gyldendalske  boghandel-nordisk  Forlag,  1922  (en  dépôt  à  Paris,  à  la 
librairie  franco-scandinave  F.  Helms),  tome  I  :  Die  Drei  gôttliehen 
Personen,  avec  70  figures  dans  le  texte  ;  in-8°  de  xv  +  472  p. 

Nirel  (Jean)    Die  Pentateuchfrage  (Biblische  Zeitfragen,   10  Folge,  Heft 

1-3)  Munster  in  W.,  Aschendorff,  1921  ;  in-8°  de  83  p. 
Ossowski  (S.),  m  fini  m  D^rwtt  ^"ibn  (Les  différences  de  rites  entre  les 

académies  de  Sora  et  de  Poumbadita).  Jérusalem,  Heilprin,  1922  ;  in-8° 

de  35  p.  (tir.  à  part  de  mnn). 
Ossowski  (S.),  mnmrt  nmpb  Lekorot  ha-rabbanout  (Histoire  du  rabbinat 

en  Allemagne,  Pologne  et  Lithuanie),   tirage  à  part  des  Rechoumot, 

Tel-Aviv,  1922  ;  in-8°  de  46  p. 
Pieper  (Aug.).  Jesaias  II.  Commentai-  ùber  Is.  40-46.  Milvvaukee,  Northw. 

Publ.  House,  1919,  in-8°  de  40,  lv  +  681  p. 


BIBLIOGRAPHIE  101 

Plbssis  [Joseph).  Etude  sur  les  textes  concernant  Istar-Astarté.  Recherches 
sur  sa  nature  et  son  culte  dans  le  monde  sémitique  et  dans  la  Bible. 
Paris,  l\  Geuthner,  1921  ;  in-8°,  autographié,  de  iv  -}-  301  p. 

Recherche  dans  les  documents  assyro-bahyloniens  les  renseignements  sus- 
ceptibles d'éclairer  les  textes  bibliques  relatifs  au  culte  d'Astarté.  Etude  bien 
conduite  qui  met  en  relief  ^ch.  iv)  l'attraction  exercée  en  Israël,  à  certaines 
époques,  par  le  culte  d'Istar-Astarté  et  la  véhémente  campagne  des  prophètes 
contre  une  influence  difficile  à  déraciner.  De  bons  index  complètent  le  livre. 

Praetorius  (F.).  Die  Gedichte  des  Deuterojesaias.  Berlin,  Reuther,  1922; 
in-4*  de  v  -f-  115  p. 

Publications  of  the  American  Jewish  historical  Society,  T.  XXVIII,  1922  ; 
in-8°  dexu  -f  377  p. 

Contient  les  articles  suivants  : 

D.  Philipson  :  Moses  Jacob  Ezekiel  [statuaire  renommé,  né  en  1844,  à 
Richmond]  ; 

G.  Deutsch  :  Heinrich  Graetz  the  Historian  :  On  the  Centenary  of  bis  Birth, 
oct.  31  1917; 

Max  J.  Kohler  :  Educational  Reforms  in  Europe  in  their  Relation  to  Jewish 
Emancipation,  1778-1919  ; 

H.  Friedenwald  :  Jewish  Physicians  in  Italy  :  Their  Relation  to  the  Papa, 
and  Italian  States; 

L.  M.  Friedman  :  Gabriel  Milan,  the  Jewish  Governor  of  St.  Thomas; 

H.  Korn  :  Receipt  Book  of  Judah  and  Moses  M.  Hays,  1763-1776. 

Press  (Jesaias).  Paliistina  und  Sudsyrïen  Reisehandbuch,  mit  vier  Bildern 
von  E.  M.  Lilien,  3  Karten,  S  Plànen  o.  2  Grundrissen,  B.  Harz,  Jéru- 
salem, Berlin,  Vienne,  éd.  allemande,  vin  -j-  367  p.;  le  même  ouvrage 
en  hébreu,  408  p. 

Ces  deux  guides  publiés  sous  les  auspices  de  la  Palestine  Express  Comp., 
sont  composés  avec  soin  et  élégamment  présentés.  Ils  rendront  des  services 
aux  visiteurs  actuels  de  la  Palestine  qui  y  trouveront  tous  les  renseignements 
pratiques  désirables. 

Rathjens  (Cari).  Die  Juden  in  Abessinien.  Hambourg,  W.  Geute,  1921  ; 
in-8°  de  97  p. 

Report  of  the  Commission  appointed  by  the  Government  of  Palestine  to 
inquire  into  the  affairs  of  the  orthodox  Patriarchate  of  Jérusalem  by 
the  Commissioners  Sir  Anton  Bertram  and  H.  Charles  Luke.  Oxford, 
Humphrey  Milford,  1921  ;  in-8°  de  vu -f  336  p. 

Riggan  (G. -G.).  The  song  of  the  vineyard  :  a  study  of  Isaiah's  book,  Boston, 
Badger,  1920  ;  in-8°  de  67  p. 

Rivli.n  (Eliézer).  Rabbi  Samuel  Abou-Hacira  (hébr.),  tirage  à  part  de 
Hatour,  Jérusalem,  I,  Heilprin,  1922  ;  in-16  de  20  p. 

Rosenthal  (L.).  Ueber  den  Zusammenhang,  die  Quellen  u.  die  Entstehung 
der  Mischna.  Berlin,  1918. 

Saadya.  dhs  mDTTû  mm™  rrn»  ïtw*  izjbta  «vro.  Traduction 
hébraïque  du  Commentaire  de  Saadya  sur  les  treize  règles  d'interpré- 


102  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

tation  par  Nahum  Ha-Katan,  édité  d'après   un   ms.  d'Oxford  par  H.-J. 
Ehrenreich,  Cluj-Klausenbùrg,  Kaufmann,  1922  ;  in-8°  de  24  p. 
Sabsovich  (Katharine).  Adventures  in  Idealism.  A  personal  record  of  the 
life  of  Professor  Sabsovich,  New-York,  privately printed,  1922;  in-8°  de 
vin  +  208  p.  (avec  illustrations). 

Biographie  du  fondateur  de  la  colonie  et  de  l'école  agricoles  de  Woodbine 
(New-Jersey)  (Baron  de  Hirsch-Fund). 

Sanders  (Frank-K.).  0.  T.  prophccy.  New-York,  Scribner,  1921  ;  in-16 
de  vin  +  102  p. 

Scheil  (V.).  Recueil  de  Lois  assyriennes.  Texte  assyrien  en  transcription 

avec  traduction  française  et  index,  Paris,  P.  Geuthner,  1921  ;  in-4°del25p. 

Premier  déchiffrement  d'un  texte  tiré  des  trois  tablettes  exhumées  dans  les 

fouilles   allemandes  de   Assur  (Qalat   Chergat)   et  éditées   en  fac-similé  par 

E.  Schroder   dans   les  Keilschrifl  texte    ans    Assur   verschiedenen  Inhalts 

(1920). 

«  On  peut  dire  sans  exagération,  écrit  le  savant  éditeur,  que  depuis  la 
trouvaille  du  Code  de  Hammurabi  publié  et  traduit  en  1902,  rien  de  compa- 
rable n'a  été  mis  au  jour  en  matière  de  législation  antique.  » 

Scheftelowitz  (I.).  Die  altpersische  Religion  u.  das  Judentum.  Unter- 
schiede,  Ubereinstimmungen  und  gegenseitige  Beeinflùssungen.Giessen, 
A.  ïôpelmann,  1920  ;  in-8°  de  vm  +  240  p. 

Scherira  Gaon.  fiatt  N"P"iiZ5  3"l  m^N  in  der  franzôsischen  und  spanischen 
Version  unter  Benùtzung  aller  Handschriften  mit  erklarenden  Noten, 
herausgegeben  von  Benjamin  Lewin.  Haifa  (Palastina),  Selbstverlag 
des  Verfassers,  1921  ;  in-8°  de  lxxii  -j-  136  +32  +  8  p. 

Edition  du  célèbre  document  qu'on  peut  qualifier  de  définitive. 

Sellin  (Ernst).  Das  Zwôlf  prophetenbuch  ùbers.  u.  erkl.  (Kommentar 
z.  A.  T.  12).  Leipzig,  Deichert  ;  in-8"  de  ix  +  568  p. 

Skinner  (J.).  The  book  of  the  Prophetlsaiah.  Cambridge,  University  Press, 
1915-1917  ;  2  vol.  in-16  de  lxxxv  +  314  et  lxxiv  +  289  p. 

Smith  (Sir  George  Adam).  The  book  of  Deuteronomy.  Cambridge,  University 
Press,  1918  ;  in-16  de  cxxn  +  396  p. 

Sola  (Juan-M.).  La  profecia  de  Daniel.  Lecciones  Sacras.  Barcelone,  Gili, 
1919  ;  in-4°  de  xxvm  +  722  p. 

Szeruda  (Johann).  Das  Wort  Jahwes,  Eine  Untersuchung  zur  israelitisch- 
jiidischen  Religionsgeschichte,  Lodz,  Manitius,  1921  ;  in-8°  devin  +  87  p. 

Schaeffer  (E.).  Drei  Hauptprobleme  in  der  Auseinandersetzung  zwischen 
Judentum  u.  Christentum.  Gutersloh,  Bertelsmann  ;  in-8°  de  68  p. 

Tobac  (Ed.).  Les  prophètes  d'Israël.  Etudes  historiques  et  religieuses. 
I,  Lierre,  1919;  in-8"  de  xvi  +  312  p.  ;  II— I II  :  Isaïe,  Jérémie,  Ezechiel, 
six  petits  Prophètes.  Malines,  Dessain,  1921  ;  in-8"  de  in  +  616  p. 

Torczyner  (H.).  Das  Buch  Hiob.  Eine  kritische  Analyse  des  ûberlieferten 
Hiobtextes.  Vienne,  Lôwit,  1920  ;  in-8°  de  îx  +  343  p. 


BIBLIOGRAPHIE  103 

Volz  (P.).  Dcr  Prophet  Jeremia  ùbcrs.  n.  crkl.  (Komm.  z.  A.  T.,  10). 
Leipzig,  Deichert,  l(.>-22;  in-8°  de  lui  -f-  445  p. 

Wachsikin  (Dr  Bernhard).  Zur  Bibliographie  der  Gedàchtnis-und  Trauer- 

vortraege  in  der  hebràischen  Literatur,  Vienne,  Selbstverlag  der  Bibl. 

dcr  Israël.  Kultusgemeinde,  1922  (avec  titre  hébraïque  D"HDonîi  nnstt); 

in-8°  de  xvi  -f-  72  p. 
Wood  (Percival).   Moses  the  founder  of  préventive   Medicine.  Londres, 

Soc.  f.  G.  K.,  1920  ;.in-8°  de  xi  +  116  p. 
Woskin-Nehartovi  (M).  Wl^b,  livre  de  lectures  hébraïques  avec  dessins 

par  R.  Cliamizer.  Leipzig,  W.  Kaufmann  ;  gr.  in-8°  de  107  p. 
Zeitlin  (Solomon).  ïhe  last  days  of  Jérusalem  (tir.  à  part  du  Jewish  Forum, 

avril  1918)  ;  in-8°  de  12  p. 
Zlocisti  (Theodor).    Moses  Hess.    Der  Vorkâmper  des   Sozialismus    und 
Zionismus.  Eine  Biographie,  2e  éd.,  Berlin,  Welt,  1921  ;  in-8°de  441  p. 

Zorn  (B-M.).  Die  Psalmen.  Zwickau,  Schriftenverein,  1921  ;  in-8<>  de 
xn  -f-  755  p. 

2.  Périodiques. 

The  American  Journal  of  Semitic  Languages  and  Literatures 

(Chicago,  trimestriel),  t.  XXXVII,  no  1,  janvier  1921.  =  =  Charles  C. 
Torrey  :  The  Chronicler's  History  of  the  Retnrn  under  Cyrus.  —  Th.  J. 
Meek  :  Some  religions  origins  of  the  Hebrews.  —  Critical  notes  : 
M.  Sprengling  :  Daniel,  in,  21-24.  —  J.  Bloch  :  The  printed  texts  of  the 
Peshitta  Old  Testament.  —  W.  F.  Albright  :  Ivory  and  apes  of  Ophir.  — 
H.  C.  Ackermann  :  The  principle  of  differentiation  between  «  The  Word 
of  the  Lord  »  and  «  the  Angel  of  the  Lord  ».  —  I.  W.  Slotki  :  a  Study 
of  ûsn.  =  =  N°  2,  avril  1921.  =  =  Critical  notes.  I.  M.  Powis  Smith  : 
Some  textual  suggestions  :  I.  Micha  n,  12;  II.  Hab.,  n,  17;  III.  Ezék., 
xx,  39.  —  D.  H.  Corley  :  Isidore  in  Iewry.  =  =  N°  3,  juillet  1921  ==  = 
J.  Morgenstern  :  The  Elohist  narrative  in  Exodus,  ni,  1-15.  —  E.  Day  : 
The  réminiscences  of  the  Psalter.  —  M.  Seidel  :  A  as  an  old  plural 
ending  of  the  hebrew  féminine  noun  [croit  trouver  dans  la  Bible  des 
vestiges  d'un  ancien  pluriel  des  noms  féminins  en  a,  p.  ex.  Ex.  i,  10  : 
rranb»  n:&npn  "O],  ==  T.  XXXVIII,  janvier  1922.  ==  Ioshua  Bloch  : 
A  critical  examination  of  the  text  of  the  Syriac  Version  of  the  Song  of 
Songs. 

Biblica  (Sous-titre  :  Commentarii  edili  a  Pontificio  Instituto  Biblico). 
Cette  nouvelle  revue,  consacrée  à  l'Ancien  et  au  Nouveau  Testament, 
paraît  depuis  le  15  janvier  1920,  à  Rome,  à  raison  de  quatre  fascicules 
par  an.  Elle  publie  des  articles  de  fond  (commentationes),  des  notes 
(animadversiones),  des  bibliographies  et  des  recensions.   Les  articles 


104  REVUE   DES   ETUDES  JUIVES 

sont  en  latin,  italien,  français,  anglais,  espagnol.  La  connaissance  des 
articles  de  fond  est  facilitée  par  un  sommaire  rédigé  en  latin  et  placé 
généralement  en  tête.  Les  listes  bibliographiques  sont  très  abondantes; 
les  périodiques  d'un  grand  nombre  de  pays  y  sont  dépouillés,  ce  qui 
rendra  grand  service  aux  chercheurs.  La  position  est,  bien  entendu, 
celle  de  l'orthodoxie  catholique.  Mais  les  rédacteurs  jouissent  d'une 
grande  liberté  dans  la  critique  textuelle.  Signalons  les  articles  sui- 
vants :  Vol.  I,  1920.  Fasc.  1  :  E.  Power  :  A  study  of  the  hebrew  expres- 
sion «  Wide  of  heart  »  sb  atn.  —  Fasc.  2  :  A.  Fernandez  :  La  Gritica 
récente  y  el  Pentateuco  [admet  l'utilisation  de  sources  par  Moïse  ou  ses 
secrétaires,  la  possibilité  d'insertions  légères  «  salva  substantialiter 
authentia  et  integritate  Pentateuchi  »].  F.  3  :  L.  Heidet  :  Voyage  de  Saùl 
à  la  recherche  des  ànesses  de  son  père,  1  Sam.,  ix,  1-10,  14,  (suite  au 
f.  4;  fin,  t.  II,  f.  3).  —  P.  Joïion  :  Notes  de  morphologie.  =  =  Vol.  II, 
1921.  Fasc.  1  :  A  Kleber  :  The  Chronology  of  3  and  4  Kings  and  2  Para-, 
lipomenon  (cum  tabula  chronologica)  [Nouvel  essai  d'harmonisation 
des  chronologies  bibliques  et  profanes  et  d'établissement  d'une  chrono- 
logie continue]  (suite  fasc.  2).  —  P.  Joùon  :  Sur  le  nom  de  «  Qoheleth  » 
[l'homme  de  l'assemblée  populaire].  —  A.  Fernandez  :  Jud.,  v,  12.  — 
A.  Deimel:  Sumer  =  n^DU:.  —  A.  Vaccari  :  Su  un  preteso  uso  délia 
particella  1.  —  F.  2  :  A.  Médebielle  :  Le  symbolisme  du  sacrifice  expia- 
toire en  Israël  (fin  au  f.  3).  —  A.  Fernandez  :  El  profeta  Ageo,  n,  15-18, 
y  la  fundacion  del  segundo  Templo.  —  F.  Zorell  :  Vaticinium  messia- 
num,  Is.,  ix,  1-6  hebr.  —  A.  Vaccari  :  Ez.,  vu,  23  [sur  le  sens  du  mot 
pinn].  —  P.  Jouon  :  Notes  de  syntaxe  hébraïque.  —  F.  3  :  L.  Murillo  :  El 
«  Israël  de  las  promesas  »  o  Judaismo  y  gentilismo  en  la  concepcion 
Paulina  del  Evangelio.  —  P.  Joùon:  Etudes  de  sémantique  hébraïque. 

—  G.  Lattey  :  A  note  on  the.Misna:  Passover,  7,  9s.  —A. Vaccari: 
ïlohç  aceoex,  Is.,  xix,  18.  —  F.  Zorell  :  Davidis  de  Saùl  et  Jonathan 
nenia.  —  F.  4  :  A.  Vaccari  :  Versioni  arabe  dei  profeti.  —  A.  Fernan- 
dez :  Epoca  de  la  actividad  de  Esdras.  =  =  Vol.  III,  1922.  F.  2  :  A. 
Fernandez  :  Aspetto  morale  de  la  conquista  de  Canaan.  —  H.  Hôpfl  : 
Das  Ghanukafest.  —  G.  Meyer  :  Zur  Entstehungsgeschichte  des  Bûches 
Judith.  —  P.  Joùon  :  Quelques  hébraïsmes  de  syntaxe  dans  le  premier 
livre  des  Macchabées.  —  Ex.  de  Vaiv  omis  dans  le  texte  Massorétique. 

—  F.  3  :  A.  Tricot  :  La  prise  d'Aï  (Jos.,  vu,  1-8,  29).  Notes  de  critique 
textuelle  et  d'histoire  biblique  [conclut  que  le  grec  de  ces  chapitres 
offre  un  meilleur  texte  que  l'hébreu].  —  E.  Power:  Sion  or  Si'on  in 
Psal.,  cxxxiii.  —  P.  Joùon.  Les  temps  dans  Prov.,  xxxi,  10-31  [doivent 
se  traduire  au  passé  ;  il  s'agirait  de  l'éloge  d'une  défunte]. 

The  Jewish  Quarterly  Review,  N.  S.,  t.  XI  (Philadelphie,  trimestriel), 
1920-1921.  No  1,  juillet  1920.  =  =  Gritical  notices  :  J.  Kohn  :  An  expia- 
nation  of  Abot,  vi,  3.  —  H.  Hirschfeld  :  The  author  of  the  Yigdal  hymn. 

—  M.   Hyamson   :   Husband's  «  Prosecution  of  Jésus  ».  —  A.  Marx  : 


BIBLIOGRAPHIE  105 

Hebrew  [ncunabula.  —  M  J.  Kohler  :  Wolfs  notes  on  the  «  Diplomatie 

history  of  the  jewisli  question  ».  =  =  Nn  2,  octobre  1920.  =  = 
I).  Sassoon  :  Inscriptions  in  the  Synagogue  in  Kai-Fung-Foo.  — 
K.  Kohler  :  The  Essenes  and  the  apocalyptic  Literature.  —  J.  Z.  Lauter- 
back  :  The  name  of  the  Mekilta.  —  S.  A  Hirsch  :  Isaiah  14,  12 
[~rro  p  b'mn  désignerait  le  soleil].  =  =  N°  3,  janvier  1921.  =  = 
J.  A.  Montgomery  :  The  religion  of  Flavius  Josephus.  —  Cri ti cal  notices  : 
L.  Finkelstein  :  Récent  hellenistic  Literature.  —  S.  N.  Greenstone  :  The 
Religion  of  Israël.  —  M.  J.  Kohler  :  Baron's  «  The  jewish  Question  at 
the  Congress  of  Vienna.  »  =  =  N°  4,  avril  1921.  =====  i.  Mann  :  I.  The 
last  Geonim  of  Sara.  II.  A  Fihrist  of  Sa  adya's  Works.  III.  Abraham  b. 
Nathan  (Abn  Ishâk  Ibrahim  b.  'Atta)  Nagid  of  Kairowân.  —  J.  Mann  : 
Addenda  to  «  the  Responsa  of  the  Babylonian  Geonim  [as  a  source  of 
Jewish  History  ».  —  Critical  Notices  :  J.  Hoschander  :  Biblical  Literature. 
—  S.  S.  Cohen  :  Jewish  Medicine.  —  I.  Davidson  :  Some  notes  to  Mahzor 
Yannaï.  =  =  T.  XII,  1921-1922,  n°  1,  juillet  1921.  =  =  M.  Vishnitzer. 
A  Jewish  Diarist  of  the  eighteenth  Century  [étude  sur  le  ms.  de  Ber 
Bolechower,  conservé  à  la  bibliothèque  du  Jew's  Collège,  et  publié 
parle  Dr  Brawer;'ce  ms.  renferme  des  renseignements  variés  sur  la 
condition  intellectuelle  et  sociale  des  Juifs  de  Pologne  au  xvme  s.].  — 
I.  Eitan  :  Light  on  the  history  of  the  hebrew  Verb.  —  S.  Daiches  : 
Exodus,  v,  4-5.  =  =  N°  2,  octobre  1921.  =  =  J.  Mann  :  A  polemical 
work  against  Karaite  and  other  Sectaries.  —  J.  Reider  :  Récent  biblical 
Literature.  —  J.  Kohn  :  A.  Kohut.  =  =  N°  3,  janvier  1922.  =  = 
J.  Mann  :  A  tract  by  an  early  Karaite  settler  in  Jérusalem  [Un  des  plus 
anciens  Caraïtes  établis  à  Jérusalem  invite  ses  coreligionnaires  à  l'y 
rejoindre  pour  fonder  une  communauté  et  joint  à  cet  appel  des  instruc- 
tions de  caractère  théologique  (fragment  Bodl.  2776 5)].  —  J.  N.  Epstein  : 
Notes  on  post-talmudic-aramaic  Lexicography.  —  I.  Davidson  :  A 
hitherto  unknown  term  in  mediaeval  Hebrew  Prosody  [le  mot  11735 
serait  non  un  nom  hébreu,  mais  un  dérivatif  de  l'arabe  djammara, 
réunir,  et  indiquerait  qu'une  rime  ou  un  couplet  rassemble  diverses 
stances  en  un  seul  poème].  —  J.  Kohn  :  Oesterley's  Sayings  of  the 
Jewish  Fathers.  =  =  N°  4,  avril  1922.  =  =  B.  Halper  :  Descriptive 
Catalogue  of  Genizah  Fragments  in  Philadelphia,  (suite,  i«  juillet  1922). 
J.  Mann  :  Early  Karaite  Bible  Commentaries.  —  Critical  Notice  : 
I.  M.  Cazanowicz  :  Récent  Works  on  the  history  of  Religions. 

The  Journal  of  Palestine  Oriental  Society  (Jérusalem,  trimestriel), 
T.  I,  N(,s  2-3  (1921).  ==  W.  F.  Albright  :  A  revision  of  Early  Hebrew 
Chronology.  —  A.  Z.Itlelson  :  Hebrew  Music  with  spécial  référence  to 
the  musical  intonations  in  the  Récital  of  Pentateuch.  —  E.  J.  H.  Mackay  : 
Observation  on  a  megalithic  Building  at  Bet  Sawir  (Palestine).  — 
E.  N.  Haddad  :  Blood  Revenge  among  the  Arabs.  —  E.  Ben  Yehudah  : 
The  Edomite  Language.  —  C.  C.  Me  Cown  :  Solomon  and  the  Shula- 


106  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

mite.  —  J.  P.  Petcrs  :  Notes  on  Locality  in  the  Psaltcr.  — D.  Yellin  : 
The  Use  on  Ellipsis  in  «  Second  Isaiah  »  —  F.  M.  Abel  :  La  Maison 
d'Abraham  à  Hébron.  —  S.  Raff'aeli  :  A  recently  discovered  Samaritan 
Charm.  =  =  T.  II,  N°  2  =  =  G.  Orfali  :  La  dernière  période  de  l'histoire 
de  Capharnaùm.  —  L.  Sukenik  :  The  ancient  City  of  Philoteria  [Beth 
Yerali).  —  VV.  F.  Albright  :  Palestine  in  the  earliest  historical  Period.— 
T.  Canaan  :  Byzantine  Caravan  Hontes  in  the  Negeb.  —  Tolkowsky  : 
Aphek.  A  study  in  Biblieal  Topography  [étude  snr  la  bataille  de  l'arche 
(I  Sain.,  iv,  1)  ;  celle  de  Gilboa  et  celle  entre  Achab  et  Ren-Hadad]. 

Monatsschrift  fur  Geschichte  und  Wissenschaft  des  Juden- 
tums  (Breslan,  trimestriel)  =  =  64e  année,  Nos  1-3,  janvier-mars  1920 

—  =  M.  Brann  :  Jacob  Gntlmann  [nécrologie  dn  président  delà  Gesell- 
schaft  znr  Forderung  der  Wissenschaft  des  Judentums.  Guttmann  laisse 
d'importantes  études  snr  l'histoire  de  la  théologie  juive  au  moyen  âge, 
snr  Abraham  ibnDaond,  Ibn  Gabirol,Maïmonide,etc.,et  snr  les  rapports 
delà  théologie  juive  avec  la  scolastiqne  an  xin9  siècle.  Quelques-unes 
de  ces  études,  Guillaume  d'Auvergne  et  la  littérature  juive,  Alexandre 
de  Haies  et  le  Judaïsme,  ont  paru  dans  notre  Revue.  Guttmann  colla- 
borait au  Corpus  tannaiticum  et  à  la  Germana  judaica].  —  I.  Heine- 
mann  :  Philonslehre  vom  heiligen  Geist  u.  der  intuitiven  Erkenntnis 
(fin,  nos  4-6).  —  A.  Sehwarz  :  Der  Segan.  —  J.  Cohn  :  Wesen  u.  Bedeu- 
tung  des  Dagesch,insbesondere  desDagesch  euphonicum  (suite, n°*  4-6). 

—  F,  Babinger  :  Die  hebraischen  Sprachproben  bei  Ritter  A.  von 
Harff.  =  =  Nos  4-6,  avril-juin  =  =  M.  Freudenthal  :  Die  beiden  Moses 
[le  Moïse  biblique  et  Maïmonide].  —  S.  Klein  :  Zur  Ortsnamenkunde 
Palastinas  {fin,  noï  7-9).  —  M.  Brann  :  Ans  H.  Graetzens  Lehr-u.  Wander- 
jahren.  IV.  =====  Ns  7-9,  juillet-septembre.  =  =  H.  Laible  :  Ethische 
Streiflichter  auf  Fr.  Delitzschs  «  Grosse  Tauschung  »  (fin,  nos  10-12).  — 
J.  Jacobson  :  Die  Stellung  der  Juden  in  den  1793  u.  1795  v.  Preussen 
erworbencn  polnischen  Provinzen  zur  Zeit  der  Besitznahme  (suite, 
nos  10-12,  1-3  (1921),  4-6;  fin,  n08  7-9).  —  V.  Aptowitzer  :  Anteilnahme 
der  physichen  Welt  an  den  Schiksalen  des  Menschen  (suite,  nos  10-12, 
1-3  (1921);  fin,  nos  4.0).  =  =  Nos  10-12,  octobre-décembre.  =  = 
I.  Elbogen  :  Marcus  Brann  [Nécrologie/Le  Dr  Brann,  historien  réputé, 
avait  ressuscité  la  Monatsschrift  de  concert  avec  Kaufmann  en  1893.] 
I.  Heinemann  :  Jacob  Guttmann.  ==  65e  année,  Nos  1-3,  janvier-mars 
1921.  =  =  A.  Lewkowitz  :  Hermann  Cohen  :  Die  Religion  der  Vernunft 
ans  den  Quellen  des  Judentums.  —  A.  Grotte  :  Die  Beudetung  der 
Galilaischen  Synagogen-Ausgrabungen  fur  die  Wissenschaft.  —  Josef 
Caro  :  Altenglische  poetische  Bearbeitungen  der  Bibel.  —  J.  N.  Epstein  : 
Randglossen  zu  dem  Aufsatze  von  Klein  «  Zur  Ortsnamenkunde  Palas- 
tinas. »  =2=  Nos  4-6,  avril-juin  :  N.  M.  Nathan  :  Das  Feldgebetbuch 
fur  die  judischen  Soldaten  u.  Matrosen  in  d.  englischen  Armée  u. 
Marine.—  I.  Scheftelowitz  :  Ein  Beitrag  zur  Méthode  der  vergleichenden 


BIBLIOGRAPHIE  '  107 

Religionsforschung.  —  S.  Poznan  ski  :  Der  Ramer  Al-Muallim  (oder  al- 
Melammed)  Fâdhil  u.  seine  Bearbeiter.  =  =  Nos  7-9,  juillet-septembre. 
=  =  S.  Levi  :  Das  franzosisehe  Feldgebetbuch.  —  Selma  Stern  :  S.  M. 
Dubnows  h  Neneste  Geschichte  des  judisehen  Volkes  ».  —  S.  Krauss  : 
Die  galilaischen  Synagogenruinen  u.  die  Halakha.  —  J.  Mieses  :  Zur 
hebraischen  Sprachforschung  [explication  de  Bâté  Hannéfesck,  Is.,  m, 
18-20  (sorte  d'amulettes),  Kîdor,  Job,  xv,  24  (destruction),  Hadourim, 
Is.,  \lv,  2,  Rosch  kéleb,  n  Sam.,  m,  8].  —  I.  Low  :  DerRuss.  —S.Klein  : 
'/ai  A.  Grottes  «  Synagogen-Ausgrabungen.  » 

Revue  biblique  internationale  (Paris,  trimestrielle),  30e  année.  ===== 
N°  3,  juillet  1921.  =  =  R.  P.  Dhorme.  L'emploi  métaphorique  des 
noms  des  parties  du  corps  en  hébreu  et  en  akkadien  {suite,  nos  des 
1er  oct.  1921  et  1er  avril  1922).  —  Mélanges  :  Dom.  D.  De  Bruyne  : 
Notes  de  philologie  biblique.  —  R.  P.  Vincent  :  La  Cité  de  David, 
d'après  les  fouilles  de  1913-1914  [analyse  et  critique  de  l'ouvrage  de 
notre  collaborateur  R.  Weill].  —  Chronique  :  R.  P.  Vincent  :  Vestiges 
d'une  synagogue  antique  à  Yafa  de  Galilée.  —  Les  fouilles  juives  d'El- 
Hammam,  à  Tibériade.  —  Le  Sanctuaire  Juif  d'Aïn-Douq.  =  =  N°  4, 
1er  oct.  1921 .  =====  II.  P.  Vincent  :  La  Cité  de  David  (fin).  —  De  Bruyne  : 
Notes  de  philologie  biblique.  —  R.  P.  Dhorme  :  La  langue  des  Hittites. 
—  L.  H.  Vincent  et  B.  Carrière  :  La  Synagogue  de  Noarah  ;  les  inscrip- 
tions. =  ==  31e  année.  N°  1,  janvier  1922.  =  =  E.  Podechard  :  Notes 
sur  les  Psaumes.  —  Psaume  xnx.  —  De  Bruyne  :  Le  texte  grec  des 
deux  premiers  livres  des  Macchabées.  —  Mélanges  :  R.  Savignac  :  La 
région  de  Ain  Qedis  [le  Cadès  biblique].  —  L.  H.  Vincent  :  L'année 
archéologique  1921  en  Palestine.  ==  N°  3,  juillet  1922.  ==  Mélanges  : 
R.  P.  Vincent  :  Néby  Sainouïl  [confirme  l'opinion  déjà  émise  en  1892 
par  le  P.  Lagrange  que  cette  montagne  portait  le  sanctuaire  de  Gabaon, 
étudie  les  textes  bibliques  qui  s'y  rapportent,  et  termine  par  la  déter- 
mination archéologique  des  ruines  et  l'évolution  historique  du  site].  — 
R.  P.  Dhorme  :  Le  Désert  de  la  Mer  (Isaïe,  xxi)  [est  le  «  Pays  de  la  Mer», 
la  Babylonie  du  Sud  ;  l'oracle  d'Isaïe  fait  allusion  à  la  campagne  de 
Sargon  (710-709)].  —  R.  P.  Abel  :  la  Géographie  Sacrée  chez  S.  Cyrille 
d'Alexandrie.  —  Chronique  :  J.  Creten  :  La  Pàque  des  Samaritains 
[description  du  repas  sacré  des  Samaritains,  dont  l'auteur  a  été  le 
témoin  oculaire  le  11  avril  1922]. 

Revue  de  l'histoire  des  Religions.  =====  T.  LXXIX,  1919,  nos  1-3. 
=  =  R.  Dussaud  :  Des  fouilles  à  entreprendre  sur  l'emplacement  du 
Temple  de  Jérusalem.  =  =  T.  LXXX,  nos  4-5.  =  =  P.  Humbert  :  Les 
métamorphoses  de  Samson  ou  l'empreinte  israélite  sur  la  légende  de 
Samson.  ==  T.  LXXXI,  1920,  n°  3.  =  =  A.  Causse  :  Les  Jardins 
d'Elohim  et  la  source  de  vie.  Essai  sur  l'évolution  du  Mythe  paradi- 
siaque dans  la  littérature  biblique. 


108  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

Hazofeh  (Revue  trimestrielle  en  hébreu,  dirigée  par  L.  Blau,  Budapest). 
[Nous  traduisons  ou  transcrivons  en  français  les  titres  d'articles].  =  = 
T.  V.,  1921,  fasc.  1  :  M.  Weiss  :  fragments  de  la  Gueniza  (suite,  fasc.  3). 
—  M.  Guttmann  :  Exégèse  et  midrasch  (suite,  fasc.  2).  —  S.  Hevesi  : 
Etude  sur  le  livre  de  Job  (suite,  fasc.  2,  3,  4).  —  I.  Duschinski  :  Biogra- 
phie de  D.  Oppenheimer  (suite,  fasc.  2,  3,  t.  VI,  1922,  fasc.  1,  2).  — 
L  Blau  :  Correspondance  entre  S.  Rosenthal  et  Eizik  Euchel.  —  J.  Patay  : 
Miginzè  Oxford  (vie  et  œuvres  du  poète  Meschoullan  Da  Piera  (xme  s.) 
(suite,  fasc.  2;  fin,  fasc.  3;.  —  I.  Goldberger  :  Notes  sur  VOçar  Israël 
[suite,  fasc.  2,  3,  4,  t.  VI,  1922,  fasc.  1,2).==  F.  2  :  M.  Klein  et  A. 
Mullner  :  Rabad  historien  (fin,  fasc.  3).  =  =  F.  3  :  J.  Szper  :  Contribution 
à  l'étude  de  l'histoire  des  Juifs  de  Pologne.  —  S.  Poznanski  :  mor- 
ceaux de  la  Meguillat  Setarim.  —  A.  Marx  :  Maamar  schenat  hagueoula 
[d'après  un  ms.  du  Séminaire  de  New-York].  —  S.  Krauss  :  Les  noms 
du  Messie  à  l'époque  des  Gueonim.  =  =  F.  4  :  A.  Marmorstein  : 
Kiddousch  Yerakim  de  R.  Pinhas  [curieux  texte  qui  révèle,  pour  la 
première  fois,  un  ouvrage  du  païtan  Pinhas,  peut-être  disciple  de  Kalir, 
dont  le  nom  seul  nous  était  connu  par  Saaclya;  intéressant  pour  l'étude 
des  usages  religieux  des  Juifs  de  Palestine  au  vuie  siècle]. —  J.  Mann  : 
Perek  reïot  Yehezkel.  —  I.  Grunwald  :  Contribution  à  l'étude  du  Hassi- 
disme  hongrois.  =  —  T.  VI,  fasc.  1  :  I.  Mann  :  Pioutim  de  la  prison 
[œuvre  de  Abraham-ha-Coheo,  palestinien  mis  en  prison  en  Egypte 
pour  dette  à  un  Caraïte,  en  1024,  et  non  de  Joseph  b.  Abraham  comme 
l'avait  cru  M.  Marmorstein],  —  J.  Szper  :  La  prononciation  du  Kameç 
chez  les  rabbins  du  Talmud;  les  Dorschè  Reschoumot  et  les  Dorschè 
hamourot.  —  A.  Freimann  :  Contribution  à  l'histoire  de  Schabbataï 
Cevi  et  de  la  Secte  des  Frankistes  à  Prague.  —  A.  Marmorstein  : 
Supplément  à  mon  article  le  Kiddousch  Yerahim  de  R.  Pinhas.  — 
I.  M.  Elbogen  :  Vestiges  de  rituels  de  l'Aboda  de  Kippour.  — 
M.  Grossberg  :  L'Exilarque  Isaac.  =  =  Fasc.  2.  :  I.  Davidson  : 
Piyoutim  anciens.  V.  [grand  fragment  d'un  poème  philosophique 
d'auteur  inconnu,  d'après  un  ms.  du  Brit.  Muséum.  Ce  poème,  dont 
quelques  expressions  rappellent  la  manière  de  Salomon  b.  Gabirol, 
est  remarquable  pour  les  idées  et  de  forme  curieuse.  Il  avait 
vingt-deux  «  portes  »  de  vingt  vers  chacune.  La  dernière  consonne  de 
ces  vingt  vers  est  toujours  la  même  en  suivant  l'ordre  alphabétique 
(alef  dans  la  première  porte,  bèt  dans  la  seconde,  etc.).  Il  reste  un  peu 
moins  de  la  moitié  de  cette  curieuse  composition  heureusement  mise 
au  jour].  —  J.  Mann  (en  mémoire  de  S.  Poznanski)  :  Un  Responsum  du 
Gaon  Samuel  ben  Eli  de  Bagdad  (xne  s.).  —  R.  B.  Lewin  :  Notes  sur  les 
Réponses  de  Saadya  à  Hiwi  al-Balkhi. 


BIBL10GKAPII1K  109 

3.  Notes  et  extraits. 

z  Dans  un  article  de  la  Revue  d'histoire  et  de  littérature  religieuse 
(t.  VII,  mars  1921),  M.  P.  Roussel  étudie  quelques  documents  nouveaux 
relatifs  au  culte  de  Sarapis.  Dans  ces  documents  provenant  de  papyrus 
récemment  publiés  et  qui  paraissent  dater  du  ue  siècle  apr.  J.-C.,  il  est 
question  des  miracles  produits  par  Sarapis  L'un  de  ces  miracles  a  lieu 
lors  d'un  débat  entre  Juifs  et  Alexandrins  devant  Trajan.  Voici,  d'après 
M.  R.,  le  contenu  de  ce  curieux  texte  (Papyr.  Oxyr.,  t.  X,  n°  1242), 
qui  s'apparente  à  la  catégorie  de  ces  procès  dont  les  papyrus  nous  ont 
conservé  le  récit,  plaides  devant  les  empereurs  Claude,  Hadrien, 
Commode,  où,  dans  deux  cas  au  moins,  la  cause  du  procès  consiste 
dans  u ne  ri vali té  entre  Juifs  et  Alexandrins  (cf.  Revue,  xxvn,  10;  xxxi,  162)  : 
«  Une  ambassade  juive  et  une  ambassade  alexandrine  se  présentent  à 
Rome  devant  l'empereur  :  les  uns  et  les  autres  ont  apporté  avec  eux 
leurs  dieux...  (sans  doute  s'agit-il  pour  les  Juifs,  ainsi  que  le  présume 
M  R.,  des  rouleaux  de  la  Loi).  L'empereur,  que  sa  femme  Plotina  a 
disposé  en  faveur  des  Juifs,  traite  durement  les  ambassadeurs  alexan- 
drins :  au  cours  de  la  deuxième  séance,  le  débat  s'envenime  entre 
Trajan  et  Hermaïskos  l'Alexandrin,  qui  lui  reproche  de  remplir  le  Sénat 
de  Juifs  et  d'être  l'avocat  de  ces  impies  (àvôaioi).  Alors  se  produit  le 
miracle  :  le  buste  de  Sarapis,  porté  par  les  ambassadeurs,  se  couvre 
de  sueur  ;  à  cette  vue,  l'empereur  est  frappé  d'étonnement  ;  peu  après 
il  y  a  dans  Rome  du  tumulte,  des  cris  et  tous  s'enfuient  sur  les 
collines...  »  La  suite  est  mutilée. 

=  Dans  le  n°  de  juillet-octobre  1921  de  la  Revue  archéologique,  M.  Ch. 
Bruston  étudie,  d'après  le  récent  ouvrage  de  R.  Eisler  [Die  Kenitischen 
Weihinschriften  der  Hyksoszeit,  Fribourg,  1919)  «  les  plus  vieilles 
inscriptions  chananéennes  ».  Les  photographies  données  par  Eisler, 
plus  nettes  que  celles  du  Journal  of  Egyptian  Archaeology  publiées 
en  1916  par  A.  H.  Gardiner,  permettent  une  meilleure  interprétation 
de  ces  documents.  L'écriture  de  ces  textes,  où  il  est  question  d'ex-votos 
à  Tunit,  à  Hathor,  au  Soleil,  à  Baalat,  a  révélé  un  alphabet  dont  les 
formes  archaïques  attestent  une  date  antérieure  aux  plus  anciennes 
inscriptions  phéniciennes,  hébraïques,  moabites  ou  araméennes.  Ces 
textes  remonteraient  à  1.500  environ  av.  J.-C.  Ce  ne  sont  donc  pas 
les  Phéniciens  qui  auraient  inventé  et  propagé  dans  le  bassin  méditer- 
ranéen l'alphabet  de  vingt-deux  lettres. 

:  Dans  le  n°  de  juillet  1922,  de  la  Revue  des  Sciences  philosophiques  et 
théologiques,  le  P.  A.  Lemonnyer,  dans  une  étude  sur  le  «  Messianisme 
des  Béatitudes»,  interprète  ce  texte  célèbre  comme  «  un  acte  essentiel- 


110  REVUE  DES   ETUDES  JUIVES 

lement  messianique  en  relation  étroite  avec  l'Ancien  Testament  ».  Les 
héros  des  Béatitudes  et  leurs  privilèges  religieux  viennent  en  droite 
ligne  «  de  ce  centre  vital  de  la  foi  israélite  que  sont  les  prophètes  et 
les  psalmistes  ».  L'auteur  de  l'article  appuie  sa  démonstration  de 
rapprochements  pour  chaque  phrase  des  Béatitudes  avec  des  textes 
correspondants  des  Psaumes,  d'Isaïe,  etc. 

=  Sous  le  titre  de  Ginzc  Kédem,  le  I)r  B.  Levin  vient  de  commencer  la 
publication  d'un  périodique  en  hébreu  consacré  à  la  période  des 
Gueonim.  Le  premier  fascicule  du  t.  1  (Haifa,  1922,  in-8°  de  vi-f-  HO  p.) 
contient  des  Teschoubot  ou  fragments  de  Teschoubot  inédites  ainsi  que 
des  commentaires  talmudiques  dus  à  Haï  Gaon,  Scherira,  Hananel.  La 
plupart  des  articles  sont  dus  au  savant  éditeur  de  Ylgéret  R.  Scherira. 
Nous  souhaitons  bon  succès  à  la  nouvelle  Revue. 

==  La  Société  «  Dwir  »,  à  Berlin,  annonce  la  prochaine  apparition  d'un 
périodique  trimestriel  en  hébreu  consacré  à  la  science  du  Judaïsme. 
Il  contiendra  des  articles  de  philologie  hébraïque  et  sémitique,  des 
études  sur  la  littérature  biblique,  talmudique  et  la  littérature  juive  en 
général,  sur  l'histoire  et  l'archéologie  palestinienne,  la  philosophie 
religieuse,  le  droit  juif,  des  bibliographies,  etc.  L'appel  à  la  collabora- 
tion des  savants  de  tous  pays  est  signé  S.  Elbogen,  J.  N.  Epstein  et 
H.  Torczyner. 

=  La  maison  d'édition  Rimon,  à  Berlin,  fera  paraître  sous  ce  nom  une 
revue  hébraïque  consacrée  à  la  littérature,  aux  arts  plastiques,  à  la 
musique  dans  le  passé  et  le  présent.  Une  place  particulière  y  sera 
réservée  à  l'art  juif.  Directeur  :  le  Dr  M.  Vichnitzer. 

=  Notre  excellent  collaborateur,  le  Dr  Jacob  Mann,  a  été  nommé  profes- 
seur d'histoire  et  de  littérature  juive  au  Hebrew  Union  Collège  de 
Cincinnati,  en  remplacement  du  regretté  Dr  Gothard  Deutsch. 

Julien  Weill. 


BIBLIOGRAPHIE  111 


Die  Palaestina-Literatur.  Fine  internationale  Bibliographie  in  systema- 
tisclier  Ordnung  mit  Auloren  and  Sachregister,  lierausgegeben  von  Peter 
Thomsen.  Tome  III.  Leipzig,  Hinrichs,  1916. 

Le  Dr  Peter  Thomsen,  infatigable  bibliographe  et  palestinologue,  nous 
donne  le  troisième  volume  de  sa  Bibliographie  internationale  de  tous  les 
travaux  parus  sur  la  Palestine  pendant  les  années  1910  à  1914. 

L'idée  d'une  bibliographie  internationale  de  la  littérature  sur  la  Pales- 
tine n'est  d'ailleurs  pas  nouvelle1.  Le  Dr  Thomsen  a  eu  comme  devan- 
ciers T.  Tobler,  R.  Roericht,  A.  Socin,  K.-G.  Jacob  et  J.  Benzinger.  Les 
essais  et  les  expériences  des  autres  lui  ont  permis  de  nous  donner  une 
œuvre  bibliographique  parfaite. 

Il  était  bien  souhaitable,  en  effet,  qu'on  partageât  le  travail  entre 
plusieurs  spécialistes.  C'est  ainsi  qu'en  ce  qui  concerne  la  littérature  de 
1910-1914,  rauteur  a  eu  la  collaboration,  pour  la  littérature  russe,  de 
H.  von  Griegen  ;  pour  la  littérature  hollandaise,  de  J.  de  Groot;  pour  la 
littérature  hébraïque  et  sioniste,  de  S.  Klein  et  W.  Zeitlin.  H.  Fischer  a 
été  chargé  de  la  littérature  proprement  géographique  et  de  la  car- 
tographie. 

Ce  volume,  qui  nous  permet  de  prendre  connaissance  de  4.200  travaux, 
de  valeur  inégale,  possède  encore  un  autre  mérite  :  il  a  paru  pendant  la 
guerre.  Avouons-le  :  c'était  faire  preuve  d'une  grande  puissance  d'abstrac- 
tion que  de  publier,  pendant  la  grande  tuerie,  une  bibliographie  interna- 
tionale, et  pour  ainsi  dire  complète,  de  la  littérature  concernant  la 
Palestine. 

D'autre  part,  nous  ne  pouvons  que  nous  féliciter  de  ce  que  la  Commis- 
sion sioniste  pour  l'exploration  de  la  Palestine  et  la  Société  pour  l'en- 
couragement de  la  science  du  judaïsme  aient  tenu  à  aider  à  la  publi- 
cation de  cet  ouvrage,  si  nécessaire  à  ceux  qui  s'occupent  d'études 
palestiniennes. 

L'ordre  des  matières  reste  le  même  que  celui  du  deuxième  volume. 
Une  seule  innovation  :  on  a  placé  la  géographie  historique  et  la  topo- 
graphie (IV)  entre  l'archéologie  (III)  et  la  géographie  (V).  Ainsi  est  réa- 
lisée, d'après  l'auteur,  la  liaison  nécessaire  entre  ces  deux  groupes. 

Dans  le  volume  que  nous  avons  sous  les  yeux,  on  n'a  pas  tenu 
compte  seulement  des  publications  qui  touchent  spécialement  à  la 
Palestine.  Les  frontières  de  la  bibliographie  palestinienne  ont  été  repor- 
tées très  loin.  Ainsi  la  littérature  sur  la  Syrie  est  très  soigneusement 
dépouillée.  La  littérature  hébraïque  est  assez  bien  passée  en  revue,  ainsi 
que  la  littérature  sioniste.  Nous  en  sommes  redevables  à  MM.  S.  Klein  et 
W.  Zeitlin. 

1.  Les  recueils  bibliographiques  de  M.  Thomsen  commencent  avec  l'année  189o. 


112  REVUE   DES  ÉTUDES  JUIVES 

L'auteur  tient  parfois  à  expliquer  un  titre  ou  à  nous  donner  de 
brèves  indications  sur  la  partie  du  livre  qui  nous  intéresse  spécialement. 
Nous  ne  demandons  pas  mieux,  et  Ton  eût  même  souhaité  que  la 
bibliographie  ne  fût  pas  simplement  une  liste  de  noms  d'auteurs  et  de 
titres  d'ouvrages.  Même  des  notes  critiques  sur  la  valeur  de  chaque 
numéro  seraient  tout  à  fait  les  bienvenues.  Nous  voulons  espérer  que  le 
I)1*  Thomscn  reconnaîtra  la  légitimité  de  ce  souhait.  A  la  fin  du  volume, 
on  nous  réserve  une  surprise  :  c'est  le  supplément,  qui  nous  donne  la 
liste  des  manuscrits  palestiniens  publiés. 

Nous  ne  pouvons  nous  retenir  d'admirer  le  travail  du  Dr  Thomsen 
et  de  son  épouse,  qui  nous  offrent,  à  la  fin  du  volume,  un  Index  minu- 
tieusement complet,  ne  comptant  pas  moins  de  5.700  mots. 

Il  nous  reste  à  souhaiter  que  le  Dr  Thomsen  veuille  bien  entreprendre 
une  Bibliographie  complète  de  la  littérature  palestinienne  d'avant  1895. 
Ses  devanciers,  avec  tous  les  «  Nachtrâge  »,  sont  restés  incomplets. 

A.-B.   Duff. 


Le  Gérant  :  Julien  Weill. 


VERSAILLES.  —  IMPRIMERIES  CERF,   59,   RUE   DU  MAREGHAL-FOCH 


LE 

BAVISSEMENT  DU  MESSIE-ENFANT 

DANS  LE  PUGIO  FIDEI1 


La  version  de  l'histoire  du  ravissement  du  Messie-enlant,  (elle 
qu'elle  se  lit  dans  le  Pugio  fidei  (p.  350) 2,  pose  un  problème 
d'histoire  littéraire  qui  mérite  d'être  repris. 

Voici  ce  texte,  dont  nous  n'avions  donné  qu'un  résumé  et  qui 
est  aussi  étrange  par  le  fond  que  par  la  forme  : 

-pi  a  *prrn  31U-  "1"!:dt  wba  ï"^  nr^  °^s  pna  nn  baïais  -T'a 
ma  mttito  npanx  "bip  nn  a>7atzn  WTpnrt  ma  annia  dth  imw 
n«  (ne)  a-pnnb  b"i  imba  ynwv  ï"pa  'nai  «amnb  Nia-Hp  Niznpw 
rfa'p'n  anb  ~)72K  paniTi  vumrnzj  on»  m  ni:wt  *pn  nbna»n  ba 
maiN  i^ab  i^:n  mbanbi  ima  pn  annnb  !w*,i  îwbia»  ba»  qisp 
naa  ûnb  rtsn  n-i^to  bip  na  nnr  na»is  ma  D^poia»  ûn&o  ûbna*n 
anb  maa  ib  h-iwn  Rin  p*wi  nb  -ton  amora  bswb  ûnb  ibis 
nsai  nn^n  nno  ba»  naïav1  nmrno  nnN  nia**  Nirrai  *|bn  ïrnn^ 
-ittN  in  ib  nn»N  mb"«  p  Tia  nb  -ien  maeb  bcaitti  DTn  ■jbab» 
D*v»a  naia  abrra  nan  ib  mwN  ma  bsnm  ^banb^^u:  ïa^ra  n?a  nb 
xnn  naa  -n  ip-nrm  -h?:?  ^na  nb  n»N  ©Tpttn  ma  a-ina  in  TbirjiD 
•JEn  ib  ^bm  nman  ia  np^mm  mny  m»  rp  ba»  nb*na  nantr  ûnb 
mTana  dn  banvp  b»  a»"rç»73  na-ian  *p«  -ïttN  o^ib  ;attn  nnxb  d^id 
rn»ia»  ncNn  K£?:n  ^bn  mien  ^awbtt  rnxna  in  bian»  «m  o^ab» 
Bib  *an  nb  ms«  na»::  im»  bffl  îa^ta  n?3  Tia  nb  -i»n  nma  fins  ba» 
«bi  o*ipsn  ma  a-in:  ia  nbiaia  ûTa  iau:  ibna  an©  Y5  vh^r 
d^:tr  nam  ir^T  ib  ur  o^an  ^bnn  i3"«ri  ib  ^  a^ba-i  ib^sR  na» 
ma»  pRa   ban»   «in  nm  nan?3  i:-«ri   ib  nr  ns  a»?aio  i:pri   nb   «51 

1.  Voir  fouue,  LXXIV,  p.  113. 

2.  Ibid.,\).  126. 

T.  LXXV,  n°  150.  8 


114  REVUE  DES   ÉTUDES  JUIVES 

bilan  D^b  lîwom  Dbi*n  m:e  *a-iKB  mi  rb*  nau»  -mra  aima 
nn  nnr  ban»1'  nanïp  ma»  "m  -ittin  p^si  Sri*»  tabm  ■nnaa  rnp 
mai  nra  mN73  yan»  «b«  -nao  nnN^a  «b  imbN  nb  mwai  bip 
nasî  d^toidi  n-np  ">3a  bsM  lia?  ïib*»a  nsœ  û*wai»i  bvwn  tra 
.yp  ny  i*  mbma  mm»  ba  b*  -pfn»  û^ian  nwoi  wi  b»  Nnnsn 

A  propos  des  mots  :  l'ouïes  les  fois  que  les  brebis  s'échauffaient 
(Gen.,  xxx,  41),  R.  Samuel,  fils  de  Nahman,  dit  :  Elie,  d'heureuse 
mémoire,  étant  en  route  le  jour  où  fut  détruit  le  Temple,  entendit  une 
voix  céleste  qui  criait  :  Le  temple  saint  est  condamné  à  la  destruc- 
tion, etc.  {sic).  A  ces  mots,  il  s'imagina  que  le  monde  entier  allait  dis- 
paraître1. Continuant  son  chemin,  il  rencontra  des  gens  occupés  à 
labourer  et  à  ensemencer.  Comment,  s'écria-t-il,  Dieu  s'est  irrité  contre 
son  Univers,  il  a  résolu  de  détruire  son  Temple  et  d'exiler  ses  enfants 
parmi  les  gentils,  et  vous  vous  adonnez  à  des  intérêts  passagers  !  La  voix 
céleste  se  fit  alors  entendre,  disant  :  Laisse-les,  un  sauveur  est  né  à 
Israël.  —  Où  est-il,  répliqua  Elie  ?  —  A  Bethléem  de  Juda.  —  Il  se  rendit 
dans  cette  ville  et  trouva  une  femme  se  tenant  à  la  porte  de  sa  maison, 
pendant  que  son  fils  était  étendu  devant  elle,  tout  souillé  de  sang. 
Ma  tille,  lui  dit-il,  est-ce  là  ton  fils?  —  Oui.  —  Et  pourquoi  gît-il  ainsi 
couvert  de  sang?  —  Quel  malheur  !  C'est  parce  que  le  jour  même  de  sa 
naissance  le  Temple  a  été  détruit.  —  Lève-toi  et  prends-le  :  par  lui  il  y 
aura  un  grand  salut  pour  eux  (Israël).  —  C'est  ce  qu'elle  fit,  et  là-dessus 
Elie  s'en  alla.  Cinq  ans  après,  il  se  dit  :  Je  vais  aller  voir  le  Sauveur 
d'Israël  et  me  rendre  compte  s'il  est  élevé  (ou  grandit)  comme  un  roi  ou 
sous  la  forme  des  anges.  —  Il  trouva  la  femme  à  la  porte  de  la  maison. 
—  Ma  fille,  lui  dit-il,  qu'est  devenu  l'enfant?  —  Maître,  ne  t'avais-je  pas 
dit  qu'il  était  venu  au  monde  sous  une  mauvaise  étoile*,  puisqu'il  était 
né  le  jour  même  de  la  destruction  du  Temple?  Ce  n'est  pas  tout  :  il  a 
des  jambes  et  ne  marche  pas,  des  yeux  et  ne  voit  pas,  des  oreilles  et 
n'entend  pas,  une  bouche  et  ne  parle  pas  ;  il  est  inerte  comme  une 
pierre.  Sur  ces  mots,  un  vent  souffla  des  quatre  coins  du  monde  et  le 
transporta  dans  la  Grande  Mer.  Alors  Elie  déchira  ses  vêtements,  s'ar- 
racha les  cheveux  et  dit  en  gémissant  :  Hélas  !  le  salut  d'Israël  a  péril 
Une  voix  céleste  sortit,  criant  :  Elie,  ce  n'est  pas  ce  que  tu  penses;  voici 
ce  qui  en  est  :  pendant  quatre  cents  ans  il  séjournera  dans  la  Grande 
Mer,  quatre-vingts  ans  dans  la  chambre  fumeuse  près  des  fils  de  Coré, 
quatre-vingts  ans  à  la  porte  de  Home  et  le  reste  des  années  (sic)  il  cir- 
culera dans  les  grandes  villes,  jusqu'au  temps  de  la  Fin. 

A  première  vue,  ce  texte  a  tous  les  caractères  d'une  adaptation 
mal  faite. 

1 .  Traduction  conjecturale,  le  texte  étant  corrompu. 

2.  Il  faut  lire  ibt»  3H- 


LE   RAVISSEMENT  DU   MESSIE-ENFANT  H  S 

Qu'il  ne  représente  pas  la  forme  originale,  c'est  ce  que  prouve 
déjà  la  langue  dans  laquelle  il  est  écrit,  à  savoir  l'hébreu,  alors 
que  la  version  du  Talmud  est  en  araméen  ;  or,  c'est  une  règle 
générale  que,  lorsque  deux  histoires  sont  contées  dans  l'un  et 
L'autre  dialectes,  c'est  l'hébreu  qui  est  secondaire. 

La  terminologie  messianique  de  ce  traducteur  est  plus  chré- 
tienne que  juive.  Il  appelle  le  Messie  barrer  bra  yrçn»  «  le  Sau- 
veur d'Israël  »,  et,  en  particulier,  dans  une  phrase  qui  est  la 
réplique  exacte  de  Luc,  n,  il  :  «  Un  Sauveur  nous  est  né  »,  alors 
que  les  rabbins  le  nomment  baru  «  Libérateur  ». 

Son  inexpérience  de  la  langue  va  de  pair  avec  celle  des  idées. 
D'après  lui,  Elie  demande  si  le  Messie  a  l'apparence  d'un  roi 
ou  d'un  ange.  Un  texte  midraschique  porte  bien  que  le  fils  de 
David  sera  plus  grand  que  les  anges  S  mais  jamais  les  rabbins 
ne  le  représentent  autrement  que  comme  un  homme,  même 
quand  ils  le  mettent  en  scène  au  ciel.  C'est  surtout  dans  le 
rôle  qu'il  attribue  au  prophète  qu'il  étale  son  érudition  trop 
courte.  Choqué  du  rôle  que  joue  l'Arabe  sorcier  dans  le  texte 
primitif,  il  lui  substitue  Elie,  qui  est  le  Deas  ex  machina  dans  les 
cas  difficiles  et  les  circonstances  tragiques.  Mais  il  ne  sait  pas 
qu'Elie  est  toujours  l'annonciateur  des  événements  à  venir;  en 
possession  d'une  science  souveraine,  il  n'a  jamais  besoin  d'inter- 
roger autrui.  Or,  ici,  il  a  sans  cesse  recours  à  la  voix  céleste  pour 
satisfaire  sa  curiosité,  à  moins  que  ce  ne  soit  à  un  humain  même, 
comme  la  mère  du  Messie.  Bien  plus,  dans  son  ignorance,  il  s'aban- 
donne au  désespoir,  déchire  ses  vêtements,  s'arrache  les  cheveux. 

Après  cela,  on  ne  s'étonnera  pas  des  autres  variantes  étranges 
qui  distinguent  cette  version  si  suspecte  à  tant  de  points  de  vue. 
Pour  justifier  l'amertume  de  la  mère  et  peut-être  sous  l'influence 
du  ch.  lui  d'Isaïe,  elle  fait  du  Messie-enfant  un  pauvre  être,  gisant 
comme  une  matière  inerte,  privé  de  ses  sens.  S'il  est  ravi  par  les 
vents,  c'est  pour  être  jeté  dans  la  mer,  détail  qui  n'a  son  paral- 
lèle dans  aucun  texte  juif  connu.  Là,  il  reste  quatre  cents  ans,  le 
traducteur  confondant  la  durée  de  son  règne,  d'après  tel  docteur 
ancien  et  le  IV0  Ezra2,  avec  celle  de  cette  aventure  maritime 
inédite.  Il  va  ensuite  dans  la  région  occupée  par  les  fils  de  Coré  et 
y  séjourne  quatre-vingts  ans.  Ici  notre  contrefacteur  ajoute  à 
l'insuffisance  de  sa  science  sa  méconnaissance  de  l'hébreu.   En 

1.  Tankouma,  Toldot,  14;  Buher,  I,  139;  Arjadcd  liereschit,  44. 

2.  Sanhédrin,  99  a;  IVe  Ezra,  vu,  28. 


116  REVUE  DES  ETUDES  JUIVES 

effet,  il  appelle  cette  région  i©y  rrb*7a,  qui,  dans  la  Mischna, 
signifie  «  herbe  produisant  de  la  fumée  ».  Il  a  voulu  dire,  sans 
doute,  Xètage  supérieur  rempli  de  fumée,  par  une  réminiscence 
de  deux  textes  qu'il  a  mélangés.  En  effet,  il  est  dit,  d'une  part, 
qu'un  Arabe  sorcier  montra  un  jour  le  lieu  de  l'engloutissement 
des  ûls  de  Goré,  d'où  sortait  de  la  fumée1,  d'autre  part,  que  la 
bande  de  Coré,  s'étant  repentie,  reçut  pour  habitation  dans  le 
Gehinom  un  endroit  élevé2.  Enfin,  si  ces  réprouvés  méritent  la 
société  de  l'enfant  Messie,  c'est  parce  que  l'Ecriture  dit  d'eux 
qu'ils  ne  sont  pas  morts3  et  que,  pour  cette  raison,  ils  jouissent 
d'un  sort  particulier  '« ,  spécialement,  ils  sont  de  la  seconde  classe 
d'hommes  qui  ressusciteront  à  l'arrivée  du  Messie h.  Enfin,  notre 
auteur  est  seul  à  transformer  le  Messie  en  un  autre  Elie  qui  cir- 
cule à  travers  Je  monde,  et  cette  nouveauté  est  due  sans  doute, 
non  seulement  à  la  confusion  du  Messie  avec  Elie,  mais  encore  au 
souvenir  des  récits  qui  mettent  ce  dernier  ou  tel  autre  révélateur 
de  la  Fin  en  présence  du  Messie  à  Rome6. 

1.  Sanhédrin,  110  a. 

2.  lbid.\  cf.  j.  Sanhédrin,  29  c;  Samuel  Rabba,  5. 

3.  Nombres,  xxvi,  10-11. 

4.  Mischna  Sanhédrin,  xi  ;  Sanhédrin,  110«;  Meguilla,  iia;  Tanh.,  Buber, 
IV,  93  ;  AboL  de  R.  Nathan,  36  :  Bemidbar  Rabba,  18. 

5.  Zorobabel  (voir  Revue,  LXVI11,  139;  ;  Pirké  Maschiah,  B.  H.,  III,  72  ;  Pirké 
R.  Yoschiahou,  ib.,  VI,  115. 

6.  Il  va  sans  dire  que  Samuel  b.  Nahman  ne  saurait  avoir  rapporté  cette  traduction 
malencontreuse  de  la  page  du  Talmud  de  Jérusalem,  malgré  l'affirmation  de  notre 
texte.  Voici,  sans  doute,  l'origine  de  cette  invention.  Un  peu  plus  haut  (p.  349), 
Raymond    Martini    cite  ce   passage   de  Bereschit   Rabba   prior   :   "J^IS::-;    Dm   533 

ia  mon  ibiWD  am  na  —îttiN  tins  i^a»  ITare  *na  Scott::  — ,"« 
Ssn  î^3">  t3Tj3  mb1  ^Tin  tariaa  'aia  Eî'ipTan  f-pa  ann  tzr: 
[anmo]  n^ura  rrbao  non  ^  s-intd  yw  V2  ^-dt  ï-Ttaibnm  : — tb 
rn^p^VD  n^i:  tiwjj   nbina  bip  -o    'ara   rnbva  ip^s  ©ipnn  ma. 

«  Sur  Gen..  xxx,  41,  Samuel  b.  Nahman  dit  :  D'où  sait-on  que  le  jour  de  la 
naissance  du  Messie  fut  celui  de  la  destruction  dn  Temple?  De  ce  verset  :  «  Avant 
d'être  en  travail,  elle  a  enfanté  ;  avant  d'avoir  éprouvé  les  douleurs,  elle  a  mis  au 
monde  un  mâle  »  (lsaïe,  lxvi,  7)...  »  Or,  ce  passage  est  la  transposition  de  ces 
paroles   authentiques  de  Samuel    b.    Nahman    (Bereschit  Rabba,  85)    :  bN173C    'H 

np"»b  pis?  mn  rmm  ...  maoroan  na  wn  ^sa»  ^  nns  "j^n:  na 
N^-rr  nara  irrh  rpussan  *p>a  bc  m»  Niiai  poiy  rm  n"apm  TOfc 
-rbna   iiTDMin   nayiD»   ibia   «bta  mip  m'm  b*»nn   anaa   nnrp  tvi 

"jnnNn  bNia.».  Juda  était  occupé  à  prendre  femme  (à  épouser  Tamar)  et  Dieu  à 
créer  la  lumière  du  roi  Messie  (c'est-à-dire  le  Messie,  qui  devait  descendre  de  Péreç, 
lils  de  Tamar  et  de  Juda).  C'est  ce  que  confirme  le  verset  d'Isaïe  :  «  Avant  d'être  en 
travail,  elle  a  enfanté...  »,  c'est-à-dire  :  «  avant  la  naissance  du  premier  oppresseur 
(Pharaon)  était  né  le  dernier  Libérateur.  »  On  voit  la  déformation.  Partant  de  là,  le 
même  auteur  fait  rapporter  par  Samuel  b.  Nahman  aussi  l'historiette  montrant  le 
Messie  venant  au  monde  en  même  temps  que  s'écroulait  le  Temple. 


LE   RAVISSEMENT   DU   MESSIE-ENFANT  Ml 

Devant  un  tel  ensemble  d'incongruités,  on  a  peine  à  croire  à 
l'œuvre  d'un  écrivain  juif.  Aussi  est-on  d'abord  disposé  à  imputer 
cette  page  à  la  fantaisie  de  Raymond  Martini  lui-même.  Mais  cette 
hypothèse  doit  être  écartée  par  la  simple  raison  que  cet  extrait  du 
prima  Bereschit  Babba  se  retrouve  exactement  dans  le  Bereschit 
Babbati  ms.  (p.  84),  qui  est  conservé  à  la  bibliothèque  de  la 
communauté  israélite  de  Prague.  D'après  le  regretté  Abraham 
Epstein,  qui  a  étudié  la  question  à  fond,  ce  Bereschit  Babbati  ne 
sciait  qu'un  abrégé  du  Midrasch  Babba  Babbati,  dont  il  reste  des 
fragments  et  qu'a  utilisé  Raymond  Martini,  en  l'attribuant,  à  tort, 
à  Moïse  Hadarschan,  de  Narbonne  *. 

Mais,  si  le  moine  espagnol  n'est  pour  rien  dans  la  rédaction  de 
notre  morceau,  c'est  donc  au  Midrasch  Babba  Babbati  ou  à  sa 
source  que  sont  dues  les  particularités  que  nous  avons  relevées. 

Est-il  vraisemblable  que  ce  Midrasch  aurait  accueilli  des  extraits 
d'un  ouvrage  hébreu  écrit  par  un  chrétien?  Ce  ne  pourrait  être 
vrai  que  d'un  chrétien  d'origine  juive.  Mais,  outre  que  cette  hypo- 
thèse serait  singulièrement  hardie,  elle  se  heurterait  au  fait  que 
ces'.extraits  ne  révèlent  pas  de  visées  polémiques  ou  apologétiques 
nettement  caractérisées.  Or,  tel  devrait  être  le  cas,  si  cet  ex-juif 
avait  conçu  le  dessein  d'utiliser  ses  lectures. 

On  en  est  donc  réduit  à  supposer  qu'à  une  certaine  époque, 
antérieure  vraisemblablement  au  xie  siècle,  et  dans  une  région  où 
le  christianisme  était  répandu,  il  y  avait  des  Juifs  connaissant, 
mais  insuffisamment,  la  littérature  talmudique  ou  midraschique,  et 
dont  le  vocabulaire  comme  les  conceptions  avaient  subi  l'influence 
du  milieu. 

Or,  c'est  à  une  conclusion  analogue  que  conduit  l'étude  de  cer- 
tains ouvrages  du  vme  et  du  ixe  siècles  comme  le  Pirké  B.  Eliézer 
et  la  Pesikta  Babbati,  avec  cette  réserve  que  les  auteurs  de  ces 
écrits,  tout  en  ayant  modifié  la  langue  hébraïque  employée  par 
leurs  contemporains,  étaient  restés  plus  fidèles  au  style  et  à  la 
théologie  de  leurs  prédécesseurs. 

Israël  Lévi. 

P.  S.  —  M.  A.  Kaminka  ayant  bien  voulu  copier  pour  moi  la  page  du 
ms.  du  Bereschit  Rabbati  dont  il  a  été  question  plus  haut,  je  puis  indi- 
quer les  quelques  variantes  qui  distinguent  ce  texte  de  celui  du  Pugio 
fidei. 

1.  Bereschit  Rabbati,  dessen  Verhàlniss  zu  Rabba  Rabbati  Moses  ha-Darschan 
zf.  Pugio  Fidei.  Cf.  Revue,  XVII,  p.  313. 


118  REVUE  DES   ÉTUDES  JUIVES 

Samuel  ben  Nahman  est  bien  nommé,  mais  non  en  tète  de  la  citation  ; 
l'histoire  est  ajoutée  à  son  dire. 

L.  2  de  l'hébreu.  La  phrase  araméenne  n'est  pas  écourtée  comme  dans 
Pugio  : 

•pam   ND353   ^aa   namnb   KtD'np   «anpTa    ma 

'aeo  snbTa-iN  -iraan   Kabîan  anna  maffia 

naïabaa  ïimn  nia  naffli    na-K 

«  Le  saint  Sanctuaire  périra,  les  fils  du  Roi  seront  livrés  à  la  captivité  et 
la  femme  du  Roi  restera  veuve,  comme  il  est  écrit  :  Hélas,  elle  se  tient 
solitaire,  elle  est  comme  une  veuve  (Lament.,  i,  1).  »  Ces  mots  ne  se 
lisent  ni  dans  le  Targoum  des  Lamentations,  ni  dans  Echa  Babbali. 
L'expression  le  saint  Sanctuaire  est  insolite. 

L.  3.  Au  lieu  de  a-pnïïb,  il  y  a  a^nnnb  inyï  ira,  façon  de  parler  qui 
n'est  pas  celle  des  anciens  textes. 

L.  l.  Le  ms.  a  en  plus:  soi  "icaiapb  'paTOsn  îïrabttb  D"Haa  nb  irai 
ûm7a*i  bap?:i  ns  ^:n  owbi  ^att»  ■«ba  nb  n»N  bapb  nnsn  «  Il  lui 
donna  des  vêtements  pour  l'habiller  et  des  ornements  pour  l'en  parer. 
Gomme  elle  les  refusait,  il  lui  dit  :  Prends-les,  quand  plus  tard  je  revien- 
drai, tu  me  les  paieras.  »  C'est  le  remaniement  du  texte  du  Talmud. 

L.  16.  Il  y  a  bien  ibna  an,  comme  je  le  conjecturais. 

L.  17.  Au  lieu  de  ib^N  ny  abi,  qui  est  incorrect,  il  y  a  simplement 

Jb.  na*j?a  aima  Ti*,  qui  est  également  inusité,  manque. 
L.  4.  de  la  page  suivante  :  V«Z3a>  itBJttaa  (!). 

L.  5.  yp  "pa  iy. 


HISTOIRE  DES  JUIFS   DE  CAROUGE 

JUIFS  DU  LÉMAN  ET  DE  GENÈVE' 

I.    —    PÉRIODE    SARDE    ET    RÉPUBLICAINE. 

La  coquette  petite  ville  de  Carouge,  située  sur  la  rive  gauche 
de  l'Arve,  rattachée  actuellement  à  la  république  et  canton  de 
Genève, bien  qu'elle  ait  existé  déjà  au  premier  siècle  de  notre  ère2, 
ne  paraît  pas  avoir  eu  de  Juiverie  avant  le  xvnr3  siècle.  Les  Juifs,  en 
effet,  durant  tout  le  Moyen  âge,  habitèrent  la  grande  ville  voisine, 
Genève3.  Leur  quartier  était  situé  dans  l'enceinte  burgonde  attri- 
buée àGondebaut,au  fond  de  la  rue  des  Granges  et  du  grand  Mézel, 
plathea  judaica,  cancellum  judœorum,  reserré  entre  les  bou- 
cheries, l'écorcherie  et  les  maisons  des  filles  de  joie.  Une  porte 
donnant  sur  le  grand  Mézel  en  commandait  l'entrée  :  elle  était 
fermée  la  nuit,  sitôt  le  retour  de  tous  les  Juifs.  Ils  étaient,  pendant 
le  jour,  les  protégés  des  évoques,  mais,  durant  la  nuit,  la  juridic- 
tion passait  aux  syndics  de  la  ville. 

Les  Juifs  de  Genève  possédaient  aussi  un  cimetière;  il  était  situé 
sur  le  chemin  de  Châtelaine,  au  Bouchet,  à  côté  d'une  pièce  de 
terre,  qui  avait  appartenu  à  la  confrérie  de  Saint-Crispin  ou  des 
Cordonniers  '•. 

Ils  furent  chassés  de  Genève,  le  28  décembre  1490.  Les  vicaires 

1.  J'exprime  ma  profonde  gratitude  à  MM.  les  archivistes  d'Etat  de  Genève,  P.-E. 
Martin  et  Ch.-A.  Roch,  dont  l'aide  bienveillante  a  facilité  mes  recherches  et  m'a  permis 
de  mener  à  bonne  fin  cette  étude. 

2.  Claudius  Fontaine-Borgel.  Lancy,  Recherches  historiques  sur  Carouge.  — 
E.-H.  Gaullieur,  Notice  sur  Vorigine  et  l'accroissement  de  la  ville  de  Carouge  et  ses 
rapports  avec  Genève,  t.  VI  du  Bulletin  de  l'Institut  national  genevois,  1857.  — 
J.-L.  Grillet,  Dictionnaire  historique,  littéraire  et  statistique  des  départements  du 
Mont-Blanc  et  Léman.  Chambéry,  1807. 

3.  J.-B.-G.  GallifFe,  Genève  historique  et  archéologique,  117,  164-165,  167. 

4.  Voir  Registre  du  Conseil;  J.-B.-G.  GallifTe,  Genève  historique,  p.  167. 


120  REVUE  DES   ÉTUDES  JUIVES 

épiscopaux  et  le  chapitre  de  Saint-Pierre  furent  requis  par  le 
Conseil  de  chasser  tous  les  Juifs  de  Genève  «  selon  la  doctrine  du 
prédicateur  moderne  (sans  doute  quelque  moine  prêcheur  et  itiné- 
rant'. Les  vicaires  firent  des  lettres  par  lesquelles  ils  ordonnaient 
aux  Juifs  de  se  retirer  de  la  ville  dans  le  temps  qu'il  leur  marque- 
rait. Mais  deux  Juifs  Meyrat  et  Aymon  se  présentèrent  au  Conseil 
demandant,  pour  eux  et  pour  les  autres,  terme  pour  se  retirer.  On 
leur  ordonna,  et  en  leur  personne  à  tous  les  autres  Juifs,  qu'ils 
aient  à  se  retirer  dans  dix  jours  avec  leurs  familles  pour  aller 
demeurer  ailleurs,  sous  peine  de  l'indignation  de  révoque  et  de  la 
confiscation  de  leurs  biens,  ce  qui  leur  fut  prononcé  en  Conseil 
par  le  procureur  épiscopal  Lévrier  {  ». 

Dès  le  xvie  siècle,  on  ne  trouve  plus  de  Juifs  —  même  de  passage 
—  à  Genève.  La  ville  pourtant  exerçait  sur  leurs  esprits  une  cer- 
taine fascination.  Placée  sur  les  grandes  routes  commerciales 
reliant  la  Suisse,  l'Italie  et  la  France,  elle  offrait  à  ses  habitants 
des  avantages  nombreux  pour  les  entreprises  commerciales  et  les 
Juifs  percevaient  quels  bénéfices  ils  pourraient  tirer  de  l'habitation 
à  Genève.  Aussi  est-ce  sans  surprise  qu'on  voit  une  colonie  juive 
d'Allemagne  demander,  en  1582,  le  droit  d'établissement  dans  la 
ville. 

Voici  le  récit  du  chroniqueur2  : 

Deux  ans  auparavant  (année  1582)  durant  la  guerre  ditte  de  Raconis, 
les  Juifs  estans  sur  le  point  d'estre  chassés  d'Allemagne,  par  l'organe  du 

1.  (Ed.-Emile  Rivoire),  Registres  du  Conseil;  G.  Galliffe,  op.  cit.,  ne  semble  pas 
avoir  connu  les  détails  de  l'expulsion,  dont  il  ne  rapporte  que  l'incident  du  pré- 
dicateur. 

2.  Nous  devons  copie  de  ce  récit  inédit  à  M.  l'archiviste  P.-E.  Martin.  Manuscrit  de 
la  Bibliothèque  publique  et  universitaire  de  Genève,  M.  h.  g.  141,  c.  folio  239-ve. 
Gautier,  Histoire  de  Genève,  t.  V,  page  307,  a  analysé  ce  document  :  il  l'emprunte  à 
Jacob  Spon,  Histoire  de  Genève,  édit.  de  1730,  t.  I,  p.  324,  dont  le  texte  est  de  David 
Piaget  (1582-1642),  suivant  P.-E.  Martin.  Mais,  sans  aucun  doute,  la  source  de  ce 
récit  est  l'œuvre  de  Simon  Goulart,  né  à  Senlis  en  1543,  converti  au  protestantisme  et 
devenu  pasteur.  V.  Simon  Goulart,  par  Léonard  Chaster-Jones,  Paris,  Champion, 
1917.  Ce  même  récit  se  trouve  dans  Histoire  de  Genève  depuis  sa  fondation  jusqu'à 
l'an  W27,  écrite  par  Pierre  Perrin,  Biblioth.  publ.  et  univ.  de  Genève,  Ms.  M.  h.  g. 
139,  IV,  f.  145.  Les  Registres  du  Conseil  de  l'époque  ne  contiennent  aucune  discussion 
concernant  l'admission  des  Juifs;  par  contre,  les  développements  sont  longs  et 
détaillés  sur  la  tentative  de  messire  Bernardin  de  Savoye,  sieur  de  Raconis,  qui 
dirigea,  au  mois  de  mars  1582,  une  attaque  contre  Genève.  L'Histoire  de  Genève  et 
des  pais  circonvoisins,  2e  vol.  de  la  Chronique  de  Savoie,  Biblioth.  publ.  et  univ.  de 
Genève,  Ms.  M.  h.  g.  139  a.  c.  f.  281,  est  également  complètement  muette  sur  la 
proposition  de  Candolle. 


HISTOIRE   DES  JUIFS   DE  CAROUGE  121 

sieur  de  Candolle  l  revenant  de  ces  quartiers  là,  par  une  requeste  qu'il 
apporta  à  Genève  au  conseil,  s'offroycnt  de  venir  à  (ienève,  au  nombre 
de  8  000,  d'autres  disent  beaucoup  d'advantage  et  de  bastir  leur  demeure 
à  leurs  despends,  vers  Saint-Victor  ou  Saint-Jehan,  d'enfermer  de 
murailles  tout  leur  circuit,  y  tenir  garnison  bourgeoise  contre  (?)  eux  à 
leurs  frais,  se  présentans  les  premiers  au  combat  quand  on  les  employe- 
roit,  de  fournir  annuellement  une  notable  somme  au  public  et  subir 
toutes  les  adrictions  qu'on  voudroit,  leur  suffisoit  d'avoir  la  rettraite 
du  lieu  propre  pour  leurs  négoces  à  cause  de  Sion  en  Valey,  de  ïhurin 
et  le  lac. 

Aucuns  trouvoyent  bonne  leur  venue  pour  ce  qu'ils  apporteroyent  de 
grands  moyens  au  public  et  qu'ils  bastiroyent  un  lieu  qui  rendroit  la  ville 
forte.  Ne  demendoyent  rien  sans  argent,  seroyent  autant  de  bons  soldats 
pour  le  besoingqui  ne  cousteroyent  rien.  Hendroient  la  ville  encore  plus 
marchande,  et  sur  tout  que  nul  ne  s'en  pouvôit  formaliser  veu  qu'il  n'y  a 
aucun  commandement  de  les  mettre  à  mort,  qu'on  les  supporte  bien  en 
Italie.  Les  contredisans  alléguoyent  que  les  Etats  réformés  le  trouveroyent 
mauvais,  qu'on  ne  pouvoit  pas  se  confier  d'eux  au  besoing,  qu'ils  cause- 
royent  une  grande  cherté  de  vivres,  qu'ils  escumeroient  par  leurs  usures 
tous  les  meilleurs  des  citoyens,  qu'on  les  avoitdesja  chassés  de  France  et 
à  présent  d'Allemagne.  Le  dernier  avis  prévalut  et  eux  pacifièrent  avec  les 
allemands  si  demeurèrent  en  le  lieu  comme  auparavant2. 

Sans  doute  est-ce  à  cet  attrait,  à  cette  espèce  de  fascination 
exercée  par  Genève,  centre  d'un  commerce  actif,  qu'est  dû  réta- 
blissement des  Juifs  à  Carouge.  Ne  pouvant,  malgré  des  tentatives 
réitérées,  entrer  dans  la  ville,  ils  seTixèrent  dans  son  voisinage  le 
plus  proche,  à  Carouge. 

Par  le  traité  du  3  juillet  1754  entre  la  république  et  canton  de 
Genève  et  le  roi  Charles  Emmanuel  III,  Carouge  était  devenue 
sarde.  C'était  une  modeste  bourgade  de  quelques  centaines  d'habi- 
tants, mais,  dès  1775,  le  commandant  militaire,  M.  de  Chatillon  et 

1.  Ce  Candolle  est  Bernardin  de  Candolle,  chanoine  à  Fortcalquier  ;  il  adopta  la 
Réforme,  fut  reçu  bourgeois  de  Genève  en  1555,  élu  en  1562  au  conseil  des  deux 
cents.  Il  mourut  en  1585.  V.  Eugène  et  Emile  Haag,  La  France  protestante ,  t.  III,  p.  691, 
qui  mentionnent  le  récit  ci-dessus;  cf.  J.-A.  GallifTe,  Notice,  t.  Il,  2*  édit.,  p.  587. 

2.  Nous  ne  savons  pas  de  quels  juifs  d'Allemagne  Me  de  Candolle  fut  le  mandataire, 
ni  à  quel  fait  de  lhistoire  juive  se  rapporte  le  récit  du  départ  projeté  et  de  la  récon- 
ciliation des  juifs  avec  les  Allemands.  J.-B.-G.  GallifTe,  mentionnant  après  Gautier 
l'événement,  v.  Genève  historique  et  archéologique,  a  cru  utile  d'ajouter,  p.  167  : 
«  Heureusement  qu'ils  purent  rester  où  ils  étaient  et  que  leur  proposition  n'eut  pas  de 
suite.  Il  ne  nous  aurait  manqué  alors  que  cette  nouvelle  complication.  »  Complication 
peut-être,  mais  combien  étaient  plus  clairvoyants  les  partisans  de  l'admission  en  1582 
et  quelle  importante  ville  marchande  serait  aujourd'hui  Genève  ! 


122  REVUE  DES  ETUDES  JUIVES 

le  premier  intendant  mage,  conseillés  par  Pierre-Claude  de  la 
Fléchière,  seigneur  de  Veyrier,  conçurent  le  projet  d'agrandir 
Carouge,  de  transformer  la  bourgade  en  ville  et  de  dresser  victo- 
rieuse, en  face  de  la  cité  protestante,  la  ville  catholique.  Victor- 
Amédée  III,  lors  de  sa  visite  en  Savoie,  reçut  les  plans  de  la  ville 
projetée  :  par  redit  du  2  mai  1780,  il  instituait  Carouge  en  bourg  et 
en  chef-lieu  de  canton,  où  depuis  1777  se  tenaient  un  marché 
hebdomadaire  et  deux  foires  annuelles,  et  il  érigeait  définitivement 
Carouge  en  ville  par  décret  du  31  janvier  1786.  Les  Juifs  n'avaient 
pas  attendu  cette  époque  pour  s'y  établir.  Blavignac  affirme  leur 
présence  dès  1780.  «  A  partir  de  1780  quelques  Juifs  et  plus  d'un 
protestant  abjurèrent  leurs  erreurs  sous  les  voûtes  de  la  parois- 
siale de  Carouge  '.  »  Nous  n'avons  pas  trouvé  d'apostat  juif  dans 
le  livre  de  paroisse,  mais  le  comte  Pierre-Claude  de  la  Fléchière, 
seigneur  de  Veyrier,  qui  s'intéressait  fort  à  la  prospérité  et  à 
l'agrandissement  de  Carouge,  ne  semble  pas  connaître  la  présence 
de  Juifs  en  1781.  Pourtant,  dans  son  petit  manoir,  blotti  au  pied  du 
Salève,  ce  gentilhomme  s'est  intéressé  aux  Juifs  ;  il  est  très  averti 
du  mouvement  en  leur  faveur  commencé  en  France  et  poursuivi 
en  Allemagne  parMendelssohn  etDohm  ;  il  sait  combien  serait  pré- 
cieux, pour  les  progrès  de  Carouge,  le  concours  des  Juifs.  Dans  sa 
correspondance  avec  M.  de  Chatillon,  seigneur  savoyard,  lieute- 
nant-colonel de  la  légion  de  campement  à  Carouge,  il  indique  son 
point  de  vue  en  s'informant  des  effets  de  l'émancipation  accordée 
par  Joseph  II  d'Autriche  à  ses  sujets  juifs  :  «  Quelle  sensation  fait 
à  Turin  cet  édit  de  l'empereur  Joseph  II,  annoncé  par  les  nouvelles 
publiques,  qui  tolère  toutes  les  religions  dans  ses  états,  les  admet 
aux  charges  et  en  permet  l'exercice?  C'est  un  moyen  de  peupler  et 
d'enrichir  son  empire2  »,  mais  il  ne  parle  pas  de  Juifs  établis  à 
Carouge. 

Dans  une  lettre  du  30  novembre  1781,  il  écrit  :  «  Il  court  ici  un 
bruit  que  les  Juifs  établis  à  Mahon3  ont  offert  au  roi  de  bâtir  une 
rue  à  Carouge,  si  on  voulait  les  y  souffrir.  Pourquoi  non?  On  les 
souffre  bien  à  Turin...  Ce  sont  des  hommes  créés  à  l'image  de 
Dieu,  dont  la  religion  doit  durer  jusqu'à  la  fin  des  siècles,  suivant 
l'Ecriture  sainte  4.  »  Il  n'y  a  donc  pas  d'autres  Juifs. 

1.  Biblioth.  publ.  et  univ.  de  Genève,  Blavignac,  Ms.  (non  coté),  chap.  Le  Roi,  p.  45. 

2.  Gaullieur,  Notice  sur  l'origine  et  l'accroissement  de  la  ville  de  Caroube,  p.  36. 

3.  V.  Jewish  Encyclopedia,  s.  v.  Après  la  prise  de  l'île  par  les  Anglais,  les  Juifs 
qui  l'ayaient  défendue  furent  déportés. 

4.  Gaullieur,  loc.  cit. 


HISTOIRE   DES  JUIFS   DE  CAROUGE  123 

Mais  le  recensement  de  la  population  de  Garouge  daté  de  1806 
indique  pourtant  la  présence  d'un  juif  à  Garouge  en  1780,  Paraphe 
Polacre,  de  Hartscheville  (Hartschviller?),  Alsace  '.  Le  recensement 
du  7  frimaire  1798  donne  les  noms  suivants  :  Treifoultz  Moyse, 
époque  de  l'entrée  dans  la  commune,  1782;  Treifoultz  Julie,  1782  ; 
Treifoultz  Hélican,  1782;  (le?)  gros  Jacob,  1783;  Ulmann  Moyse, 
1783  ;  Dugas  Julie,  1783 -. 

Le  recensement  de  1794  mentionne  Lévi  Samuel,  négociant, 
I7833. 

Le  4  juin  1783,  Jacques  Dreyfus  —  sans  doute  le  grand  Jacob 
cité  —  et  Moyse  Lévi  demandèrent  à  habiter  Garouge,  mais  l'auto- 
risation leur  fut  refusée  par  le  ministre,  malgré  la  proposition  de 
l'avocat  fiscal  de  Serraval  de  leur  accorder  un  permis  de  séjour 
provisoire  de  quatre  ou  de  six  mois4.  Cette  décision  pourtant  ne 
leur  fut  pas  appliquée  par  Foassa  Friot. 

Ainsi,  dès  1782,  il  y  a  un  embryon  de  communauté  juive  à 
Garouge.  En  1787,  ils  seront  déjà  une  trentaine,  avant  même  que 
soit  promulgué  l'édit  de  tolérance  provisoire  accordé  par  le  roi 
Victor-Amédée  III.  Ce  sont  :  Joseph  Abraham,  sujet  anglais,  fabri- 
cant de  cristaux  de  verres  anglais  ;  Salomon  Isaac,  de  Hambourg  ; 
Cerf,  Hongrois  ;  ses  deux  ouvriers  :  Moyse  Treyfus,  Moyse  Lévy, 
Gaspard  Treyfus,  Spier,  Oppenheim,  Joseph  Vigevano,  originaire 
de  Livourne,  marié  à  une  Parisienne,  Hélène  Cerf,  fabricant  de 
cire  ;  Leyn  Leeps,  Hollandais,  et  Jacob  Valhaï,  son  domestique  ; 
Leyn  (maison  de  M.  Funny),  le  vieil  Moyse  Ulmann,  Meyer  Jacob, 
Samuel  Lévy,  le  grand  Jacob,  Lyon  Meyer,  Isaac  Blum,  Benjamin 
Lucas  (pour  Ducas)  ;  Nathan  Ulmann,  fils  de  vieil  Moyse  ;  Jacob 
Valacli  le  cadet,  Jacob  Salomon,  les  frères  Schemolle,  Isaïe  Bloch 
et  son  frère,  Sussmann  Prage,  David  Lob,  Mosès  Ulmann  de 
Durmenach,  Isaïe  Ulmann,  Moyse  Ulmann  d'Ouffheim,  les  trois  de 
Hagendal,  Cerf  Moyes,  Salomon  et  Lob  de  Durmenach,  Plissier  5. 

Grâce  à  la  bienveillance  des  autorités,  les  Juifs  possèdent  une 
liberté  complète  et  jouissent  peut-être  d'une  situation  sans  ana- 
logue dans  toute  l'histoire  juive.  En  effet,  le  commandant  militaire 

1.  Arch.  de  Carouge,  396,  D.  4,  recensement  de  1806.  La  date  est  douteuse,  car  le 
recensement  de  1794  indique  1786. 

2.  Ibid.,  203,  D.  5,  recensement  du  7  frimaire  1789. 

3.  Ibid.,  161,  D.  o,  recensement,  section  de  l'Egalité,  commune  de  Carouge,  date 
douteuse. 

4.  Archives  de  Turin.  Cité  et  province  de  Carouge.  Paquet  4,  n°  6.  Pièces  justif.,  I. 
I).  Archives  du  département  de  la  Haute-Savoie,  C.  33,  pièce  124.  Les  noms  sont 

écrits  d'après  l'orthographe  de  chaque  pièce. 


124  REVUE  DES  ÉTUDES  JUIVES 

de  Garouge,  M.  de  Mesme  de  Loisinge  et  le  premier  intendant  et 
juge  mage,  Foassa  Friot  d'Asti,  partageaient  à  l'égard  des  Juifs  les 
idées  du  libéral  et  généreux  comte  de  Veyrier,  auquel,  d'ailleurs, 
de  Loisinge  était  apparenté  par  cousinage,  et  ils  nourrissaient  de 
communs  espoirs  sur  l'avenir  de  Garouge.  La  ville  nouvelle,  dans 
l'esprit  de  ses  partisans,  devait  être  une  concurrente  commerciale 
redoutable  pour  Genève,  mais  elle  ne  pouvait  prospérer,  suivant 
eux,  que  par  l'appui  et  le  concours  de  ceux  dont  l'habileté  et 
l'activité  avaient  fait  merveille  en  d'autres  pays.  Aussi  ouvrirent-ils 
la  ville  à  tout  juif  et  permirent-ils,  sous  contrôle,  leur  établisse- 
ment. La  population,  d'ailleurs,  était  fort  !  mêlée  :  elle  donnait 
quelques  inquiétudes  à  Genève,  qui  sortait  à  peine  —  mais  victo- 
rieuse —  de  la  lutte  entreprise  par  Voltaire  pour  ériger  Versoix 
en  ville  et  y  transporter  les  fabriques  d'horlogerie  genevoises. 
Des  Franches,  ministre  résidant  de  Genève  à  Paris,  exprimait  ces 
craintes  en  écrivant  au  gouvernement  de  Louis  XVI  le  3  avril 
1784  :  «  J'envisage  avec  peine  la  manière  dont  la  nouvelle  colonie 
est  et  sera  composée,  par  le  peu  de  soin  qu'on  se  donne  pour  y 
maintenir  le  bon  ordre  et  la  sûreté.  Avoir  à  ses  portes  un  repaire 
de  brigands  ou  de  gens  sans  aveu,  c'est  un  malheur  qui  peut 
entraîner  des  suites  fâcheuses.  Si  Garouge  devient  un  cloaque 
dont  les  malfaiteurs  et  une  vile  canaille  puissent  faire  leur  refuge, 
ils  porteront  le  trouble  dans  les  états  limitrophes  4.  » 

Sans  doute  le  ministre  des  Franches  comptait-il  les  Juifs  parmi 
les  malfaiteurs  et  la  vile  canaille  :  il  espérait  provoquer  une  pro- 
testation du  gouvernement  français.  Celui-ci  semble  avoir  dédai- 
gné l'invite  de  l'ambassadeur  genevois,  mais  la  cour  de  Turin 
s'émut  et  l'intendant  général  de  Savoie  demanda  les  raisons  de 
leur  indulgence  aux  magistrats,  civil  et  militaire,  de  Garouge. 
De  Mesme  de  Loisinge  et  le  premier  intendant  Foassa  Friot 
répondirent  que  les  motifs  pour  lesquels  ils  avaient  cru  devoir 
«  tolérer  dans  la  ville  un  petit  nombre  de  Juifs  »  est  que,  «  les 
seules  bases  sur  lesquelles  il  est  à  espérer  de  faire  prospérer  cette 
colonie  étant  l'industrie  et  le  commerce,  il  est  de  l'intérêt  du 
gouvernement  d'y  tolérer  les  individus  qui  s'y  présentent  avec  des 
talens  suffisans,  propres  pour  en  remplir  l'objet,  après  s'être 
assuré  de  leurs  qualités  personnelles  2  ». 

L'intendant  général  ne  s'opposa  pas  aux  desseins  de  ses  subor- 


1.  V.  Gaullieur,  op.  c,  p.  273. 

2.  Archives  du  département  de  la  Haute- Savoie,  C.  33,  pièce  123. 


HISTOIRE   DES  JUIFS   DE  CAROUGE  125 

donnés  ;  mais,  accordant  une  faveur  aux  Juifs,  il  en  voulut  faire 
bénéficier  les  seuls  Juifs  déclarés  et  reconnus  honnêtes.  Confor- 
mément aux  ordres  du  gouverneur,  les  magistrats  carougeois 
firent  donc  un  choix  parmi  eux  et,  le  19  juillet  1787,  envoyaient 
«  la  notte  des  Juifs  qui,  d'après  les  informations  les  plus  exactes 
prises  sur  leur  conduite,  nous  ont  paru  être  dans  le  cas  d'être 
tolérés  dans  cette  ville  et  dont  le  commerce  et  les  talens  peuvent 
être  utiles  à  l'état,  ainsi  que  la  notte  des  Juifs  qui  ont  été  (devaient 
être)  expulsés  tant  parce  que  leur  conduite  nous  a  paru  équi- 
voque, malgré  qu'ils  n'ayent  commis  aucune  fraude  connue,  que 
parce  que  nous  n'avons  pas  été  certiorés  de  leur  probité  par  des 
preuves  convaincantes  ^  ». 

L'arrêt  d'expulsion  atteignait  Samuel  Lévy,  le  grand  Jacob, 
Leyn  Meyer,  Isaac  Blum,  Benjamin  Ducas,  Nathan  Ulmann,  Jacob 
Valach,  les  frères  Schemolle,  Jacob  Salomon,  Isaï  Bloc  et  son 
frère,  Sussmann  Prage,  David  Lob,  Moyse  Ulmann,  Isaï  Ulmann, 
Moyse  Ulmann  d'Ulïheim,  les  trois  de  Hagenthal,  Cerf  Moïse, 
Salomon,  Lob,  Plissier2. 

Dans  une  lettre  au  gouverneur  de  la  province,  de  Mesme  de 
Loisinge  et  Foassa  Friot  motivaient  leur  choix  pour  les  Juifs 
tolérés.  Ils  exposaient  très  longuement  les  aventures  de  Joseph 
Abraham  (v.  au  chap.  Vie  économique),  dont  la  venue  à  Carouge 
leur  paraissait  devoir  apporter  de  grands  profits  au  commerce 
local  et  à  l'Etat.  Ils  demandaient  le  maintien  de  Moyse  ïreyfus, 
Gaspard  Treyfus,  Moyse  Lévy  et  Moyse  Ulmann  «  tous  négocians, 
non  seulement  ils  sont  munis  de  certificat  de  bonne  conduite 
qu'ils  ont  tenu  de  l'étranger,  mais  nous  sommes  certiorés  de  celle 
qu'ils  ont  tenue  ici  durant  un  séjour  de  plusieurs  années3  pen- 
dant lesquelles  ils  se  sont  fidellement  abstenus  non  seulement 
d'acheter  tout  effet  suspect,  mais  ils  ont  fait  plusieurs  fois  arrêter 
les  vendeurs  et  consigné,  sans  en  être  prévenus,  des  effets  qui 
ont  été  reconnus  avoir  été  volés  »  *. 

Ils  demandèrent  également  le  permis  de  séjour  pour  Joseph 
Vigevano,  Juif  italien,  fabricant  de  cire  d'Espagne,  «  n'ayant 
aucune  mauvaise  relation  sur  son  compte  »,  et  ils  intercédèrent 
pour  que  fût  rapporté  l'arrêté  d'expulsion  prononcé  contre  Jacob 

1.  Arch.  dép.  Haute-Savoie,  C.  33,  pièce  100. 

2.  Ibid.,  C.  33,  pièce  124. 

3.  Preuve  nouvelle  de  l'établissement  des  Juifs  à  Carouge  avant  redit  de  tolérance 
d'août  1781. 

4.  Arch.  dép.  Haute-Savoie,  C.  33, -pièce  101. 


126  REVUE    DES   ÉTUDES  JUIVES 

Meyer,  qui  avait  adressé  une  supplique  au  gouverneur  de  la 
province  et  qui  était  indigent. 

Le  gouverneur  semble  avoir  possédé  quelques  renseignements 
défavorables  sur  Vigevano  et  il  éleva  à  son  égard  quelques  objec- 
tions. De  Mesme  de  Loisinge  et  Foassa  Friot  s'excusent  alors  de 
leur  décision  :  «  Nous  prenons  la  liberté  de  lui  représenter  que 
Vigevano  ne  nous  est  absolument  connu  que  sous  ce  rapport 
(comme  fabricant  de  cire)  et  que  nous  n'avons  rien  appris  sur  son 
compte  qui  puisse  le  rendre  suspect1  »,  et  Vigevano  put  continuer 
à  habiter  Garouge. 

Dans  leur  lettre  du  30  juillet  au  gouverneur  de  la  Savoie, 
de  Mesme  de  Loisinge  et  Foassa  Friot  renouvelèrent  les  raisons 
qui  avaient  déterminé  leur  conduite  et  leur  choix  2  :  «  C'est  la 
connaissance  de  leur  conduite  qui  a  engagé  les  soussignés  à  les 
proposer  pour  être  tolérés  dans  cette  ville  où  ils  ne  laissent  pas 
d'être  utiles  pour  le  commerce  qu'ils  y  ont  introduit  et  qui  offre 
aux  habitans  la  plupart  dévoués  à  un  autre  genre  d'industrie,  la 
commodité  de  se  pourvoir  de  plusieurs  marchandises  dans  Carouge 
même,  sans  être  obligés  d'aller  à  Genève.  » 

Le  tri  étant  fait,  le  roi  fut  informé  et  daigna  alors,  en  août  1787, 
«  permettre  qu'on  tolère,  jusqu'à  nouvel  ordre  de  sa  part,  dans  la 
ville  de  Garouge,  tant  les  juifs  qui  y  sont  actuellement  que  ceux 
qui  voudraient  s'y  établir  dans  la  suite,  pourvu  que  ce  soit  des 
personnes  industrieuses,  qu'elles  fassent  conster  de  leurs  bonnes 
qualités  et  qu'on  veille  attentivement  sur  leur  conduite  3  ». 

L'arrêté  d'expulsion,  malgré  la  clause  précise  du  décret  royal, 
ne  fut  pas  immédiatement  exécuté.  Est-ce  par  réelle  bonté  envers 
les  Juifs,  ou  la  maladie  seulement  empêche-t-elle  de  Loisinge  de 
mettre  en  application  l'arrêt?  Mais,  en  décembre  1788,  le  gou- 
verneur de  la  Savoie  s'étonna  de  la  présence  de  ceux  qui  auraient 
dû,  et  depuis  plus  d'un  an  déjà,  avoir  quitté  Garouge,  et  tout 

\ .  Arch.  dép.  Haute-Savoie,  C.  33,  pièce  101. 

2.  Ibid.,  G.  33,  pièce  123. 

3.  Arch.  dép.  Haule-Savoie,  G.  33,  pièce  123.  Cette  lettre,  datée  du  15  août  1187, 
écrite  par  S.  E.  le  comte  Goste  à  S.  E.  le  gouverneur  général  de  Chambéry,  semble 
donc  indiquer  que  l'édit  de  tolérance  est  au  moins  de  cette  date  et  non  du  27  août, 
ainsi  que  l'affirme  Gaullieur,  op.  cit.,  sans  indication  de  source.  Le  document  (Arch. 
dép.  Haute-Savoie,  C.  18,  pièce  34)  indique  20  août  ;  mais  déjà,  en  avril  1791,  on  ne 
sait  plus  si  l'édit  est  d'août  ou  de  septembre  :  malgré  les  recherches  faites  dans  les 
bureaux,  on  ne  trouve  plus  trace  de  la  décision  royale  (v.  lettre  à  Tholozan,  secrétaire 
à  l'intendance  à  Chambéry,  Arch.  de  Carouge,  89,  D.  5).  Cet  édit  de  tolérance  était 
provisoire.  Gaullieur,  Blavignac,  Fontaine  (op.  c.)  paraissent  l'ignorer. 


HISTOIRE   DES  JUIFS   DE  CAROUGE  427 

particulièrement  du  séjour  du  hollandais  Lyon  Leeps.  De  Mesme 
de  Loisinge  et  Foassa  Friot  fournirent  des  explications  au  gou- 
verneur général  du  duché  et  lui  rendirent  compte  de  leur  nouvelle 
décision  •. 

Cette  lois,  l'expulsion  ordonnée  fut  exécutée.  Les  Juifs  toïérés 
—  provisoirement  —  à  Carouge  et  qui  composèrent  la  première 
communauté  furent  Joseph  Abraham,  natif  de  Londres,  fabricant 
de  verres  d'Angleterre  pour  montres;  Josepb  Vigevano,  natif  de 
Livourne  en  Toscane,  fabricant  de  cire  d'Espagne  et  commerçant 
en  mercerie;  Jacob  Ducas,  natif  d'Haastaadt  (Hattstadt),  en  Alsace, 
marchand  d'étoffes  en  soie,  laine  et  mousseline;  Moyse  Lévi,  natif 
de  Hegenheim,  en  Alsace,  marchand  de  chevaux  et  en  mercerie; 
Moyse  Treyfulz,  natif  de  Sirenz,  en  Alsace,  marchand  mercier; 
Paraph  Polac,  natif  de  Silesheim  (Zilisheim),  en  Alsace,  marchand 
mercier;  Benjamin  Ducas,  natif  de  Bedbourg,  près  de  Cologne; 
Jonas  Cucanheim,  natif  de  Hoarville  (Orvilleur?),  Alsace,  mar- 
chand drapier  ;  Samuel  Lévi,  né  à  Longeville  (?),  Alsace,  marchand 
mercier;  Jacques  Valich,  natif  de  Riczeim  (Rixheim),  Alsace,  mar- 
chand mercier;  Gaspard  Ploc  (Bloc),  natif  de  Heigheneim  (Hegen- 
heim), en  Alsace,  marchand  mercier;  Gaspard  Treyfulz,  natif  de 
Houff-heim  (Uffheim),  en  Alsace,  marchand  mercier;  Lyon  Isaac, 
natif  de  Dermenac  (Diirmenach),  en  Alsace,  marchand  mercier. 

Lors  de  leur  admission,  de  Mesme  de  Loisinge  et  Foassa  Friot 
leur  déclarèrent  qu'il  leur  était  permis  d'habiter  la  ville  «  à  condi- 
tion qu'ils  continuent  à  nous  donner  des  preuves  de  leur  bonne 
conduite  et  qu'ils  nous  informeront  avec  exactitude  de  la  bonne 
conduite  des  autres  juifs  qui  seront  reçus  dans  cette  ville  ou  qui 
viendront  y  habiter,  afin  qu'il  ne  s'introduise  parmi  eux  aucun 
mauvais  sujet  ou  dont  la  conduite  soit  suspecte  2  ». 

Pour  mieux  s'assurer  de  la  bonne  observance  de  leur  recom- 
mandation, les  magistrats  chargèrent  deux  Juifs  de  leur  rendre 
compte  de  tout  ce  qui  se  passerait  parmi  eux,  et  ces  surveillants 
furent  surnommés  syndics  par  leurs  coreligionnaires3. 

Mais  aucune  autre  mesure  spéciale  ne  fut  prise  contre  les  Juifs  : 
L'arrêté  royal  de  1770  relatif  aux  Juifs  du  royaume  de  Sardaigne 
paraît  avoir  été  ou  ignoré,  ou,  ce  qui  est  plus  vraisemblable, 
volontairement   inappliqué  par  les   magistrats  carougeois4.    Cet 

1.  Arch.  dé]).  Haute-Savoie,  C.  18,  pièce  34.  Ce  Leeps  ne  quitta  pas  Carouge. 

2.  Arch.  dép.   Haute-Savoie,  C.  18,  pièce  33. 

3.  Ibid.,  c.  18,  pièce  35.  V.  Pièces  justificatives,  II. 

4.  Ibicl.,  C.  33,  pièce  101. 


128  HUVUE   DES    ETUDES  JUIVES 

arrêté  prescrivait  le  maintien  d'une  séparation  entre  Juifs  et 
chrétiens  et  l'institution  d'un  ghetto,  interdisait  certaines  profes- 
sions et  contraignait  à  la  pratique  limitée  du  commerce  avec 
nécessité  de  tenue  de  registres  de  vente  et  d'achat.  Défense  était 
faite  d'acquérir  des  immeubles.  Toute  construction  de  nouvelles 
synagogues  était  sévèrement  condamnée,  et  dans  les  lieux  de 
prière,  ordre  était  donné  de  ne  pas  exercer  à  grand  bruit  les 
rites,  mais  de  chanter  d'un  ton  bas  et  modeste.  Les  Juifs  de 
Garouge  ne  connurent  pas  les  rigueurs  de  cette  législation  anti- 
juive.  Le  seul  droit  commun  —  fait  exceptionnel  — leur  fut  appliqué  : 
ils  usèrent  du  permis  d'habitation  à  leur  guise,  s'établirent  à  leur 
fantaisie  dans  les  divers  quartiers  de  la  ville;  ils  jouirent  d'une 
liberté  qu'avec  raison  Blavignac  qualifie  d'illimitée  et,  sans 
souffrir  la  moindre  restriction,  s'adonnèrent  au  commerce  des 
marchandises  les  plus  hétérogènes.  Ils  pratiquèrent  leur  culte 
au  vu  de  la  population  et  au  su  des  autorités.  Y  eut-il  réellement 
une  synagogue  avant  1789  ?  Blavignac  affirme  qu'elle  fut  ouverte 
en  1787,  conformément  aux  instructions  royales  du  27  août  de 
cette  année.  Nous  verrons  plus  tard  l'inconsistance  de  cette 
affirmation. 

Mais,  malgré  la  protection  des  autorités,  les  Juifs  furent  sans 
doute  dénoncés  au  gouverneur  général,  le  chevalier  de  Perron,  qui 
s'étonna  de  ces  grandes  libertés  et  de  la  violation  de  l'édit  royal. 
Il  en  écrivit  à  Goste,  ministre  à  la  Cour  de  Turin,  qui  répondit  que 
ces  privilèges  avaient  été  concédés  aux  Juifs  conformément  aux 
ordres  de  feu  le  chevalier  Tarin  Impérial  du  27  août  1787  et, 
en  exécution  des  ordres  du  roi,  parle  commandant  de  la  ville, 
qui  «  a  permis  aux  susdits  Juifs  provisionnellement  de  tenir  leur 
synagogue  privée  dans  la  maison  du  juif  Abraham,  d'élire  des 
syndics  ». 

Comme  les  Juifs  possédaient  également  un  cimetière,  il  ajoute  : 
«  C'est  le  conseil  de  Carouge  qui  a  indiqué  et  permis  au  même  juif 
Abraham  de  faire  enterrer  un  enfant  qui  lui  était  décédé  (l'enfant 
avait  été  atteint  de  petite  vérole)  sous  une  partie  d'un  vieux  chemin 
délaissé  assez  éloigné  de  la  ville1.  »  Coste  ajoute  :  tout  ce  qui  a  été 

1.  Blavignac,  ms.  cité,  commet  une  erreur  sur  l'origine  du  cimetière.  Il  écrit,  p.  16  : 
«  Le  roi  permit  aux  Israélites  d'avoir  un  cimetière  particulier.  Jusqu'à  nos  jours,  ce 
cimetière  a  servi  aux  juifs  des  cantons  de  Vaud  et  de  Neuchâtel,  car,  dans  ces 
contrées,  les  idées  progressives  du  roi  sarde  ont  eu  beaucoup  de  peine  à  trouver  de 
l'écho.  Il  est  bon  de  remarquer  que,  du  temps  des  évêques,  les  juifs,  nombreux  à 
Genève,  avaient  un  cimetière  à  Châtelaine  et  qu'en  1582,  sous  l'influence  huguenotte, 
l'état  genevois  refusa  d'autoriser  l'établissement  d'une  colonie  juive.  »  Chap.  juif,  p.  16. 


HISTOIRE  DES  JUIFS   DE  CAKOUGE  129 

ainsi  opéré,  riant  une  conséquence  de  la  tolérance  provisionnelle 
des  Juifs  à  Garouge  que  S.  M.  a  daigné  autoriser,  il  suffira  que  l'on 
se  borne  à  veiller  attentivement  sur  leur  conduite,  à  ce  que  Ton 
ne  forme  pas  leurs  assemblées  religieuses  en  aucune  chambre  ou 
salle  particulière,  et  que  tout  ce  qui  se  rapporte  à  leur  culte  se 
passe  sans  publicité  '. 

Ce  fut  la  seule  alerte  qui  mit  en  émoi  la  communauté  juive  de 
Garouge  dans  la  période  sarde.  Les  Juifs  jouirent  d'une  vie  pai- 
sible, troublée  seulement,  curieux  retour  des  choses,  par  les  dis- 
cussions et  les  disputes  intestines,  religieuses  et  commerciales 
dont  nous  donnerons  plus  loin  le  récit,  mais  qui  provoquèrent 
l'intervention  du  gouverneur  général  et  faillirent  causer  quelques 
expulsions.  Joseph  Vigevano  osa  porter  plainte  contre  quelques-uns 
de  ses  coreligionnaires  —  sans  doute  à  titre  de  syndic  —  et 
demanda  le  retrait  de  leur  droit  d'habitation.  De  Mesme  de 
Loisinge  et  Foassa  Friot,  très  équitablement,  déclarèrent  non 
fondées  les  plaintes  et  dénoncèrent  l'alliance  italo -anglaise 
contre  les  Allemands  provoquée  par  la  jalousie  commerciale. 
«  Elles  sont  l'effet  de  la  jalousie  de  quelques  particuliers  de  leur 
religion  et  particulièrement  du  juif  italien,  fabricant  de  cire 
d'Espagne,  qui  dans  plusieurs  circonstances,  a  manifesté  un  esprit 
de  jalousie  contre  les  Allemands  et  est  tout  particulièrement 
lié  avec  l'anglais  Abraham  le  seul  qu'il  exempte  de  ses  persé- 
cutions 2.  » 

Le  gouverneur,  ainsi  averti,  se  désintéressa  de  ces  Juifs  :  mais 
le  comte  de  Veyrier,  de  Mesme  de  Loisinge  et  Foassa  Friot  ne  leur 
ménagèrent  jamais  ni  bienveillance,  ni  protection.  L'attitude  de 
ces  petits  seigneurs  savoyards,  dans  les  manoirs  desquels  venaient 
retentir  en  échos  sympathiques  les  manifestations  et  les  mouve- 
ments judéophiles  du  xvme  siècle,  ne  saurait  être  assez  marquée  : 
ils  furent  parmi  les  premiers  défenseurs  des  Juifs  et  ce  nous  est  un 
devoir  de  rapporter  du  comte  de  Veyrier  ce  mot  qui  l'honore  :  «  Il 
les  faut  accueillir  ;  les  Juifs  sont  des  hommes  créés  à  l'image  de 
Dieu,  dont  la  religion  doit  durer  jusqu'à  la  fin  des  siècles,  suivant 
l'Ecriture  sainte  »  et  d'admirer  la  générosité,  L'humanité  de  Mesme 
de  Loisinge  et  de  Foassa  Friot  osant  écrire  que  l'abaissement  des 
Juifs  «  c'est  l'effet  de  leur  misère  et  de  l'abandon  général  dans 
lesquels  ils  sont  abbrutis  ». 

1.  Arch.  dép.  Haute-Savoie,  C.  18,  pièce  36.  Pièces  justificatives,  M. 

2.  Ibid..  C.  34. 

T.  LXXV,  n"  150.  9 


130  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

La  population  de  Carouge  semble  avoir  partagé  bien  vite  les  idées 
et  les  sentiments  de  ses  gouvernants.  Lors  d'une  dispute  entre 
Juifs  et  chrétiens,  justice  très  prompte  fut  rendue  aux  Juifs.  Le 
dimanche  S  mai  1789,  Joseph  Vigevano,  sa  femme  et  son  enfant,  se 
promenaient  en  compagnie  de  Jacob  Salomon.  Voulant  traverser 
la  rue  des  Prisons  où  jouait  aux  boules,  avec  ses  camarades,  le  fils 
du  charpentier  Louis  Vignolet,  les  Juifs  prièrent  les  joueurs  de 
suspendre  leur  jeu  et  des  les  laisser  passer.  Mais  Vignolet  répondit 
par  des  injures,  puis  par  des  coups.  La  venue  des  soldats  de 
justice,  Charles  Carreras  et  Joseph  Say,  loin  d'arrêter  la  querelle, 
l'envenima  :  les  soldats  ne  prirent  pas  seulement  la  défense  de 
Vignolet,  mais  s'armant  d'un  couteau,  Carreras  frappa  Jacob 
Salomon  à  la  tête,  puis  l'arrêta  et  l'amena  en  prison.  «  Cette  scène 
s'était  passée  publiquement,  ces  jours  de  fêle  pendant  que  beau- 
coup d'habitants  et  de  Genevois  se  promenaient  dans  cette  ville  et 
à  l'aspect  peut-être  de  500  personnes.  »  Informé  par  des  témoins, 
l'intendant  Foassa  Friot  se  transporta  immédiatement  aux  prisons 
et  fit  mander  Carreras  et  Say.  Mais  ceux-ci  s'étaient  enfuis  ainsi 
que  Vignolet  :  l'intendant  fit  mettre  en  liberté  immédiate  Salomon, 
Jacob  et  incarcéra  à  sa  place  le  fils  Carreras,  qui  avait  pris  égale- 
ment part  à  la  dispute  '. 

En  cette  ville  hospitalière,  les  Juifs  purent  donc  se  livrer  au 
commerce  en  toute  liberté  et  rendre  les  services  attendus  par  leur 
présence.  On  les  voit  vendre,  acheter,  passer  procuration,  acquérir 
des  immeubles,  entretenir  avec  les  pays  voisins  et  même  éloignés 
des  relations  commerciales  2.  Mais,  malgré  le  certificat  de  bonne 
conduite  accordé  par  le  conseil  de  Carouge  et  les  magistrats,  toutes 
leurs  transactions  furent-elles  honnêtes?  Quelques-uns  auront 
maille  à  partir  avec  la  justice.  Mais  sous  ce  régime  de  liberté 
absolue,  ils  passent  sans  grand  étonnement  au  rang  de  citoyens, 
quand  Carouge  en  1792  se  donne  à  la  France  et  instaure  le  gouver- 
nement républicain,  et,  sans  heurt,  ils  participent  à  la  vie  publique 
dont  les  pratiques  leur  étaient  déjà  familières,  grâce  à  leur  commu- 
nauté d'existence  antérieure  avec  leurs  concitoyens.  Par  contre, 
Genève,  elle,  continuait  à  appliquer  impitoyablement  ses  règle- 
ments aux  Juifs. 

Durant  le  xvme  siècle,  et  à  maintes  reprises,  ils  essayèrent  de 
rentrer  dans  la  ville,  mais  dans  sa  séance  du  °27  août  1783,  la  Noble 


1.  Arch.  dép.  Haute-Savoie,  C.  19,  pièce  5. 

2.  Voir  plus  bas,  chap.  Activité  commerciale. 


HISTOIRE   DES  JUIFS   DE  CAHOUGE  131 

Chambre,  ayant  appris  par  le  commissaire  de  Chapeaurouge  que 
M.  le  syndic  avait  accordé  des  permissions  de  séjour  à  des 
marchands  juifs,  pria  ce  dernier  de  ne  délivrer  aucune  autorisation 
«  aux  individus  de  cette  nation,  ou  pour  des  termes  très  courts  », 
parce  qu'il  fallait  empêcher  autant  que  possible  «  l'établissement 
de  cette  nation  redoutable  aux  commerçants  par  leur  offre  de 
marchandises  à  bon  marché,  concurrente  de  la  fabrique  établie 
en  ville  et  prêteurs  sur  gage  *  ». 

Les  nobles  seigneurs  de  Berne  intervinrent,  eux  aussi,  auprès  du 
conseil,  pour  qu'il  maintînt  dans  toute  sa  rigueur  l'arrêt  d'exclusion 
des  Juifs.  Le  samedi  1er  mars  1788,  noble  Rigaud,  seigneur  conseil- 
ler, donna  communication  d'une  ordonnance  du  petit  et  du  grand 
conseil  de  Berne  qui  défendait  aux  Juifs  tout  trafic  sur  les  terres 
de  LL.  EE.  Cette  mesure  générale  était  la  conséquence  d'une 
affaire  délicate  traitée  à  Berne  en  1787,  à  l'occasion  d'un  jugement 
rendu  contre  quelques  Juifs  d'Alsace,  par  l'un  des  tribunaux  de  la 
république.  L'ambassadeur  de  France  à  Soleure  était  intervenu  par 
voie  de  réclamation  en  faveur  desdits  Juifs,  comme  étant  sujets 
de  S.  M.  T.  C.  :  il  avait  demandé  une  communication  officielle  du 
procès  au  Sénat,  et  la  cour  de  Versailles  paraissait  vouloir  donner 
suite  à  l'affaire.  Berne  avait  donc,  en  représailles,  arrêté  ces 
mesures  de  défense  contre  les  Juifs.  La  noble  Chambre  de  Genève 
obéit  aux  injonctions  de  Berne  et  Genève  demeura  fermée  aux 
Juifs  2. 

Tout  contrevenant  était  incarcéré,  fustigé,  condamné  à  l'amende 
et  mis  hors  de  la  ville  par  les  chassegueux.  Jacob  Bass,  juif  de 
religion,  de  Metz,  ayant  transgressé  les  ordres  du  syndic  Rilliet,  fut 
condamné  «  à  être  amené  céans  —  devant  la  chambre  —  pour  être 
censuré  de  sa  désobéissance  dont  il  demandera  pardon  à  Dieu  et  à 
la  seigneurie,  aux  prisons  et  aux  dépens  »,  et  reçut  défense  de 
rentrer  dans  la  ville  et  les  terres,  dont  il  fut  mis  dehors  parles 
chassegueux,  sous  peine  de  châtiment  corporel  3. 

Même  peine  fut  infligée  à  Nathan  Ullmot  de  Cirens  «  prévenu  de 
faire  métier  d'acheter  et  vendre  dans  cette  ville  des  effets  suspects  » 
et  d'avoir  contrevenu  «  aux  règlements  qu'il  connaissait ;<  ». 

1.  Archives   de   Genève.    Registre  de   la  Noble  Chambre  des  domiciliés  établi  par 
Fédit  de  1782.  Al.  Le  livre  des  étrangers  ne  porte  pas  mention  de  juifs. 

2.  Archives  de  Genève.  Registre  du  Conseil  1788,  p.  148.  Nous  ne  possédons  pas 
encore  les  documents  relatifs  à  cette  affaire  de  Berne. 

3.  Arch.  de  Genève,  Registre  du  Conseil,  1788,  p.  205. 

4.  Ibid.,  R.  duC.,  1788,  p.  992. 


<32  REVUE  DES   ÉTUDES  JUIVES 

Gaspard  Bloc  de  Eigenheim  (Hegenheim),  prévenu  en  février  1788 
de  s'introduire  dans  les  maisons  particulières  pour  y  acheter  et 
vendre  des  effets  en  violation  des  défenses,  est  condamné  aux 
peines  précédemment  rapportées  '. 

Ce  Gaspard  Bloc  habitait  Garouge,  et  les  Juifs  de  ce  lieu  ne 
manquaient  point  de  transgresser  les  défenses  et  de  pénétrer  dans 
Genève.  Plusieurs  fois,  le  Conseil  se  plaignit  au  gouverneur  général 
de  Savoie  de  leur  présence  maudite.  Contraint  pourtant  par  les 
nécessités  commerciales  de  ne  pas  clore  hermétiquement  les  portes 
aux  Juifs  carougeois,  le  Conseil  avait  traité  avec  le  commandant 
militaire  de  Garouge  et  décidé  d'admettre,  durant  la  journée,  les 
Juifs  munis  d'un  billet  signé  du  commandant  et  de  l'intendant,  qui, 
d'ailleurs,  ne  remirent  pas  une  seule  de  ces  autorisations.  Mais  un 
juif  nommé  Léon  de  Carouge  —  est-ce  Leeps?  —  ayant  été  accusé 
d'avoir  recelé  quelques  effets  volés  à  Genève,  fut  arrêté  et  mis  dans 
les  prisons  de  la  ville.  Les  magistrats  genevois  usèrent  de  cette 
occasion  pour  interdir  avec  de  nouvelles  sévérités  l'entrée  de  la 
cité  2. 

Toutefois,  en  l'an  1792,  il  s'en  fallut  de  peu  que  Genève,  à  l'instar 
de  Carouge,  devînt  française  et  que  les  Juifs  y  obtinssent  tous  les 
droits  civils  et  politiques.  Mais  si  Genève  conservait  son  indépen- 
dance, la  Révolution  française  n'avait  pas  été  sans  avoir  de  réper- 
cussion dans  la  ville,  devenue,  durant  le  xviir3  siècle,  le  centre  où 
se  formaient  et  se  développaient  les  diverses  doctrines  philoso- 
phiques et  politiques.  Voltaire,  de  Ferney,  et  Rousseau,  par  son 
origine  genevoise,  exerçaient  une  influence  qu'essayait  en  vain 
de  combattre  le  gouvernement  aristocratique  de  la  république  : 
celui-ci  fut  entraîné  dans  la  tourmente  du  soulèvemeut  populaire 
du  °28  décembre  1792  et,  les  aristocrates  défaits,  le  pouvoir  passa 
au  souverain,  le  peuple.  Aussitôt,  à  l'imitation  des  partis  français, 
des  clubs  furent  créés  :  club  fraternel,  club  del'écu,  club  révolu- 
tionnaire de  la  Montagne 3,  etc.  On  y  discuta  avec  passion  le  projet 
de  constitution  élaboré  par  le  gouvernement  nouveau.  Un  des 
premiers  articles  contestés  fut  celui  qui  déterminait  les  conditions 
d'admissibilité  à  la  bourgeoisie  genevoise. 

Le  projet  provisoire  de  la  constitution  disail  en  son  article  1er  : 

1.  Ibiâ.,  R.  du  G.,  1788,  p.  94. 

2.  Archives  de  Garouge,  89,  D.  5. 

3.  Marc  Péter,    Genève  et  la   Révolution;  les   comités  provisoires,  Genève,    Kun- 

dig,  1921. 


HISTOIRE   DES  JUIFS   DE  CAROUGË  133 

il  û'y  a  dans  la  république  genevoise  que  des  citoyens  et  des 
étraugors;  art.  2:  sont  citoyens  de  la  république,  s'ils  sont  de  la 
religion  réformée  ou  protestante,  ceux,  etc.  Catholiques,  Juifs,  tous 
les  membres  d'une  confession  autre  que  la  réformée  ou  protestante, 
étaient  donc  exclus  des  avantages  de  la  nationalité  genevoise. 

Le  secrétaire  de  l'Assemblée  nationale,  Isaac  Salomon  Anspach, 
pasteur,  dans  un  discours  prononcé  à  l'assemblée,  le  19  sep- 
tembre 1793,  s'éleva  contre  cet  ostracisme.  Reprenant  la  thèse  des 
philosophes  du  xvme  siècle  et  pour  les  Juifs,  en  particulier, 
quelques  idées  exprimées  à  la  tribune  de  l'Assemblée  nationale  de 
France,  il  professe  qu'une  religion  déterminée  n'est  point  une 
condition  du  pacte  social.  «  Il  s'agit  de  savoir,  dit-il,  s'il  faut,  dans 
un  état,  établir  la  profession  d'une  religion  dominante  comme 
condition  de  l'exercice  des  droits  du  citoyen  ».  Or  il  est  pasteur  :  il 
veut  faire  triompher  la  (sa)  religion,  mais,  pour  la  décharge  de  sa 
conscience,  il  doit  adopter  cette  attitude  et  s'élever  contre  tout 
maintien  d'une  religion  d'état.  » 

Anspach,  après  avoir  signalé  les  effets  coutumiers  d'une  telle 
institution,  l'intolérance,  les  persécutions,  en  vient  aux  Juifs,  dont 
il  demande  l'admission  et,  reprenant  le  reproche  habituel  d'inso- 
ciabilité  et  d'incompatibilité  :  «  Plusieurs  de  ces  sectes,  dit-il, 
sont  inconciliables  avec  l'état  de  notre  société  »...,  «  l'une  ne 
remplit  pas  ses  devoirs  sociaux  »  ;  il  ajoute  que  «  tout  ce  qui 
contredit  le  pacte  social  doit  être  repoussé  ».Ce  pacte  exige  l'ordre 
public  et  l'uniformité  de  vie  sociale;  en  conséquence,  un  Juif  ne 
pourra  pas  fêter  publiquement  le  samedi  «  parce  que  la  loi.  qui 
règle  la  police  des  cultes,  établira  l'uniformité  pour  conserver 
Tordre  extérieur  ». 

Il  conclut  donc  à  la  radiation  des  mots  «  s'ils  professent  la 
religion  réformée  et  protestante  »,  et  il  ajoute  la  nécessité  de 
salarier,  indistinctement,  les  ministres  de  tous  les  cultes  4; 

Le  discours  et  l'attitude  du  pasteur  Isaac  Salomon  Anspach 
provoquèrent  émoi  et  scandale  dans  les  milieux  conservateurs, 
réformés  et  protestants  genevois,  qui  considéraient,  sans  doute, 
comme  un  crime  de  lèse-divinité  l'admission  des  catholiques  et 
des  Juifs  à  la  bourgeoisie  et  comme  une  impureté,  leur  entrée 
dans  la  ville,  si  jalousement  gardée  par  des  règlements  inflexibles. 

Mœurs,  caractères,  esprit,  traditions  sacrées  et  salutaires,  le 
bonheur,    la   prospérité    même    de   Genève   ne   seraient-ils  pas 

1.  Archives  de  Genève.  G.  189,  p.  25.  Bibl.  publ.  etuniv.,  B.  G.,Gf.  315,  V,  59,161. 


134  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

compromis  et  ne  courraient-ils  pas  le  risque  de  périr  par  la 
destruction  des  privilèges  séculaires  et  l'institution  d'une  politique 
libérale  qui,  faisant  fi  des  avantages  de  la  constitution  éprouvée 
des  pères,  ouvrait  la  cité  à  tout  venant  ? 

Ce  furent  ces  idées  que  le  jour  de  Noël,  dans  l'église  de  Saint- 
Germain,  un  des  orateurs  les  plus  réputés  de  la  compagnie  des 
pasteurs  fut  chargé  de  défendre.  Le  citoyen  Mouchon,  pasteur, 
prononça  un  long  discours  1  composé  d'un  discours  préliminaire 
et  du  discours  proprement  dit  sur  la  question  discutée  âprement 
par  tous  les  citoyens,  car  on  approchait  du  jour  de  la  consultation 
du  peuple.  Après  des  attaques  directes  contre  Anspach,  il  démontre 
qu'un  état  se  devait  soucier  seulement  du  bonheur  du  peuple  ; 
que  ce  bonheur  était  conditionné  par  la  morale,  dont  la  dépen- 
dance avec  la  religion  est  absolue.  Il  fallait  donc  chercher  la 
vraie  religion,  à  savoir  le  protestantisme,  qui  exclut  toute  autre 
confession  et  n'admet  pas  l'égalité  des  religions  ni  la  liberté 
des  cultes.  On  ne  saurait  donc  accepter  les  Juifs. 

Sur  ce  point,  Mouchon  relève  les  contradictions  d'Anspach  : 
«  car  enfin,  pourquoi,  malgré  la  liberté  des  cultes,  demande-t-il 
l'expulsion  des  Juifs  par  exemple  2?  Parce  que  les  Juifs  ne  pour- 
raient pas  fêter  publiquement  le  samedi.  Et  pourquoi  cette  prohi- 
bition ?  Parce  que  la  république  aura  consacré  le  dimanche.  » 
Celle-ci  intervient  donc  pour  permettre  ou  défendre,  ou  condi- 
tionner l'exercice  du  culte  ;  il  y  a  donc  contradiction  avec  la  liberté 
des  cultes,  surtout  si  les  ministres  sont  salariés  par  l'état  :  ils 
deviendront  fonctionnaires  et  soumis,  en  toute  dépendance,  au 
gouvernement. 

Mais,  en  note,  Mouchon  prouve  qu'il  est  moins  sensible  à  la 
logique  qu'à  des  mobiles  moins  avouables  :  «  il  est  une  autre  raison 
très  forte  d'écarter  les  Juifs,  c'est  le  coup  mortel  qu'ils  auraient  le 
talent  de  porter  à  notre  commerce  en  l'attirant  à  eux.  Dans  le 
siècle  dernier,  une  société  de  Juifs  fit  demander  au  gouvernement 
l'habitation  dans  Genève,  en  lui  offrant  de  fortifier  la  ville  à  leurs 
frais,  de  payer  la  garnison,  et  de  bâtir  un  quartier  qu'ils  habi- 
teraient 3.  » 

Dans  le  sermon  il  peint  à  larges  traits  l'action  de  la  réforme  à 

1.  Sermon  prononcé  le  jour  de  Noël,  dans  l'église  de  Saint-Germain,  sur  la 
nécessité  d'une  religion  nationale,  par  le  pasteur  Mouchon,  Genève,  1793.  Archives 
de  Genève,  G.  191.  Sermon  Mouchon  Pierre.  Bibl.  publ.  et  unir.  B.  G.,  Gf,  30,  723. 

2.  Auspach  n'a  pas  demandé  l'expulsion  (t.  sa  réponse). 

3.  V.  affaire  de  Candolle.  Mouchon  fait  erreur  sur  la  date  de  1582. 


HISTOIRE   DES  JUIFS   DE   CAROUGE  135 

Genève.  Elle  lui  a  donné  son  caractère,  elle  entre  dans  sa  consti- 
tution politique  et  morale  :  la  république  lui  doit  son  existence, 
sa  conservation,  sa  prospérité  :  il  établit  que  le  législateur  aie 
droit  de  conditionner  l'admission  dans  la  société  sans  qu'il  y  ait 
atteinte  à  la  liberté  de  pensée.  En  conséquence,  il  faut  se  sauver  de 
la  perdition  en  excluant  toute  religion  et  tout  étranger  dont 
l'admission  altérerait  le  caractère  national  et  les  mœurs. 

Au  discours  de  Pierre  Mouchon  Anspach  répondit  dans  le 
Journal  de  Genève*.  Après  les  compliments  de  rigueur,  il  se  plaint 
que  Mouchon,  par  mauvaise  foi  ou  ignorance,  le  cite  mal.  Il 
reprend  alors  sa  thèse  de  l'inutilité  et  des  dangers  d'une  religion 
dominante,  précise  que  les  concepts  de  nation  et  de  religion  sont 
indépendants,  et  se  défend  d'avoir  voulu  exclure  les  Juifs  :  «  j'ai 
dit  seulement  :  un  Juif  ne  pourra  pas  fêter  publiquement  le 
samedi,  parce  que  la  loi  qui  règle  la  police  du  culte  établira 
l'uniformité  pour  conserver  l'ordre  extérieur  »  (la  nuance  est 
subtile  :  en  fait  les  Juifs  seraient  reconnus  citoyens,  mais  l'exer- 
cice de  leur  culte  serait  interdit  le  samedi,  véritable  atteinte  à  la 
liberté,  Mouchon  a  raison  sur  ce  point).  Il  subventionnera  tous 
les  cultes,  mais  ce  traitement  égal,  loin  de  réduire  les  prêtres  au 
fonctionnarisme,  leur  assurera  une  indépendance  complète  dans 
l'exercice  de  leur  ministère  et  une  complète  égalité  aux  yeux  des 
citoyens  auxquels  on  n'a  pas  le  droit  d'imposer  une  religion, 
môme  bienfaisante  à  la  cité  :  qui  sait  si  des  sectes  nouvelles 
n'assureraient  pas  plus  le  bonheur  des  citoyens  ? 

Ce  combat  des  prédicateurs,  la  lutte  entre  la  chaire  et  la  tribune, 
avait  un  écho  retentissant  dans  les  clubs.  A  la  demande  du  club 
fraternel  au  temple  neuf,  lors  de  l'anniversaire  de  l'Escalade,  le 
12  décembre  1793,  le  pasteur  Pierre  Dejoux  prêcha  sur  les  vertus 
patriotiques  des  ancêtres  et  les  proposa  à  la  reconnaissance  et  à 
l'imitation  des  Genevois,  laissant  ainsi  entendre  les  dangers  de 
l'admission  des  étrangers  à  la  qualité  de  citoyens  2. 

Dans  la  déclaration  des  citoyens  antianarchistes  de  Genève,  du 
6  janvier  1794,  J.  A.  du  Roveray,  ancien  procureur  général,  qui 
avait  dû  fuir  de  Genève,  réclame  l'ordre  dans  la  cité,  et  il  assure 
le  gouvernement  de  son  dévouement  :  «  nous  l'invitons  à  compter 

1.  Numéro  du  16  janvier  1794.  «L'attitude  de  ce  journal  a  singulièrement  changé.  » 

2.  Archives  d'Etat  de  Genève,  G.  192,  n°  2.  Sermon  prononcé  à  l'anniversaire  de 
l'escalade  de  la  ville  de  Genève,  au  temple  neuf,  le  douze  décembre,  par  Pierre 
Dejoux,  pasteur,  imprimé  à  la  réquisition  du  club  fraternel,  dédié  à  la  patrie.  Prix  : 
huit  sous. 


136  UEVUE   DES   ETUDES  JUIVES 

sur  notre  dévouement  à  la  patrie,  à  sentir  ce  qu'il  doit  à  la  portion 
nombreuse  et  respectable  des  Genevois  dont  nous  exprimons  le 
vœu...,  mais  surtout  à  sentir  ce  qu'il  doit  à  la  république  entière 
dont  la  volonté  bien  connue  est  de  demeurer  chrétienne,  réformée, 
indépendante  et  neutre  4.  » 

Les  membres  du  cercle  de  l'Ecu  de  Genève  font  remettre  à 
l'assemblée  nationale,  le  8  janvier  1794,  un  cahier  d'observations 
rédigé  par  Béranger  :  «  Citoyens,  on  nous  assure  qu'il  est  question 
d'effacer  de  nos  lois  la  condition  d'être  protestant  pour  devenir 
citoyen  de  Genève.  Plus  nous  aimons  notre  patrie,  plus  nous 
désirons  son  bonheur,  et  moins  nous  pouvons  adopter  cette  propo- 
sition..., et  si  la  loi,  qui  éloignait  de  la  qualité  de  citoyen  tout 
homme  qui  n'était  pas  protestant,  n'a  eu  qu'une  influence  utile, 
si  elle  a  donné  une  paix  d'un  siècle  à  Genève,  si  elle  l'a  sauvée 
même  dans  ses  agitations,  pourquoi  l'abandonner  pour  les  idées 
spéculatives  qui  peuvent  être  trompeuses,  et  qui  probablement  le 
sont  ».  «  On  voudrait  aujourd'hui  que  tout  dissident  chrétien,  tout 
juif,  tout  musulman,  tout  sectateur  de  Foé  pût  devenir  citoyen  !  » 

Mais  ces  nouveaux  citoyens  juifs,  catholiques,  devraient-ils 
contribuer  à  l'entretien  du  culte  protestant?  «La  naissance  ou 
l'adoption  nous  donneront  des  citoyens  juifs  ou  catholiques 
romains  et  ceux-là  devront-ils  payer  notre  culte  ?  Non.  Avoir  un 
seul  culte  est  un  bonheur  :  pourquoi  donc  admettre  ces  religions 
étrangères,  dangereuses  et  menaçantes  pour  nos  mœurs  et 
notre  physionomie  nationale  d'autant  plus  qu'elles  sont  inso- 
ciables :  dans  leurs  principes  religieux  (elles)  se  feraient  un  scru- 
pule de  conscience  de  faire  partager  à  leurs  enfants  celle  d'édu- 
cation publique)  que  vous  donneriez  aux  vôtres.  »  La  population 
suffisante  de  la  ville  et  sa  situation  prospère  n'autorisent  pas 
l'octroi  des  droits  de  citoyen  aux  étrangers  2. 

Toutefois,  une  opinion  contraire  s'était  manifestée  dès  le  début 
de  la  discussion 3.  Julien  Dentand,  dans  le  Journal  de  Genève,  sub- 
stituait à  la  rédaction  du  projet  le  texte  suivant  :  «  On  reconnaîtra 
pour  citoyens  tous  ceux  qui,  ayant  légalement  joui  de  cette  qualité 
(c'est-à-dire  âgé  de  vingt  ans,  solvables  et  ayant  prêté  serment  de 
fidélité  à  l'assemblée),  n'en  seraient  déchus  par  aucun  acte  juridique, 
tous  leurs  descendants  légitimes,  et  les  étrangers  qui  ayant  obtenu 

1.  Archives  de  Genève,  G.  191. 

2.  Archives  de  Genève,  G.  191.  Bibliothèque  publ.  et  univers.,  B.  G.,  Gf,  315, 
t.  59,  p.  61-62  ;  t.  69,  p.  72.  Voir  Catalogue  Riyoire. 

3.  Journal  de  Genève,  S  août  1793. 


HISTOIRE   DES  JUIFS  DE  CAHOUGE  137 

la  permission  d'habiter  dans  la  ville  ou  sur  son  territoire,  auraient 
été  admis  pendant  dix  années  consécutives  à  faire  le  service 
militaire  et  à  paver  ses  impôts  comme  tons  les  Genevois.  » 

Mais  la  campagne  en  faveur  du  projet  fut  vigoureusement  menée 
et  quand  le  peuple  fut  appelé  à  se  prononcer,  le  mercredi 
29  janvier  1794,  sur  cette  question  «  le  souverain  approuve-t-il 
la  clause  de  l'art.  2  qui  impose  au  citoyen  la  condition  d'être 
de  la  religion  réformée  ou  protestante?  »,  il  y  eut  2.808  oui  et 
382  non  '. 

Sans  doute  on  pavoisa  à  Genève,  mais  dans  un  discours  prononcé 
à  Saint-Pierre  par  le  citoyen  J.  Dentand,  président  du  comité 
provisoire,  le  jour  où  le  projet  de  constitution  fut  porté  à  la 
sanction  de  l'assemblée,  après  un  éloge  de  la  constitution  nou- 
velle, il  ne  se  fit  pas  faute  d'ajouter  :  «  Cependant,  citoyens,  il  ne 
faut  pas  se  dissimuler  que  quel  qu'ait  été  le  zèle  patriotique, 
les  talents  et  les  lumières  des  membres  de  l'assemblée,  il  est 
possible,  vraisemblable  même,  que  cette  constitution  n'ait  point 
encore  le  degré  de  perfection  dont  elle  est  susceptible,  mais  les 
germes  de  la  perfectibilité.  » 

Ce  vote  provoqua  les  railleries  du  frère  Montagnard  au  fils 
Duchesne2. 

D'autres  citoyens  eurent  plus  de  courage  et  surtout  plus  de 
franchise  que  le  Bonhomme,  qui,  sous  son  libéralisme,  sait  à 
merveille  user  des  restrictions  mentales.  JohannoL,  genevois  3,  qui 
devint  président  de  l'administration  du  Haut-Rhin  et  fut  membre  de 
la  Convention  et  du  Conseil  des  Cinq  Cents,  écrivit  cette  lettre  au 
Club  fraternel  des  révolutionnaires  de  la  Montagne  de  Genève7'. 

Lettre  à  Anspach,  citoyen  de  Genève.  Paris,  le  1er  ventôse  an  II  de  la 
République  une  et  indivisible. 

Recevez,  mon  ami,  l'expression  de  mes  regrets  et  de  ma  douleur  sur 
l'article  de  la  constitution  genevoise  qui  prononce  aux  yeux  de  la  France 
libre  et  de  l'Europe  attentive  la  violation  des  premiers  principes  de  la 
morale  et  de  la  justice,  je  veux  dire  la  non  liberté  de  conscience  et  du 
culte. 

1.  Journal  de  Genève,  3  février  1794. 

2.  V.  Le  lionhomme,  n°  du  frère  montagnard  au  fils  Duchène.  Bibl.  publ.  et  univ. 
de  Genève.  B.  G.,  Gf.  315,  48  ;  v.  Catalogue  Kivoire. 

3.  Voir  E.  Ghapuisat,  De  la  terreur  à  l'annexion  ;  Genève  et  la  République 
française,  1793-1798. 

4.  Archives  de  Genève,  G.  191.  «  Le  club  fraternel  des  révolutionnaires  de  la 
Montagne  de  Genève  a  arrêté  l'impression  des  deux  lettres  ci-après  le  3  mai  1794, 
l'an  3"  de  l'égalité  genevoise.  » 


138  KEVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

Alexandre  Bousquet  ne  se  contenta  pas  de  désapprouver  le  vote, 
il  refusa  d'être  membre  du  comité  exécutif,  et  le  6  floréal  an  IIe 
de  l'ère  républicaine,  il  informait  de  sa  décision  le  président  du 
Club  fraternel. 

Mais  la  conséquence  du  vote  ne  se  fit  pas  attendre.  La  législation 
anté-révolutionnaire  fut  remise  en  vigueur  contre  les  étrangers 
et,  le  14  février,  on  décrétait  que  nul  étranger  ne  pouvait  séjourner 
plus  de  huit  jours  à  Genève  sans  déclaration  à  la  police  et  sans 
permis  de  séjour.  Si  les  Juifs  de  Garouge  avaient,  une  seule 
minute,  nourri  quelque  espoir  dans  l'obtention  de  la  bourgeoisie 
genevoise,  ils  eurent  donc  prompte  désillusion  ;  il  leur  fallut 
attendre  l'annexion  de  Genève  à  la  France  pour  avoir  tout  droit 
d'entrée  et  de  séjour  dans  la  ville  devenue  chef-lieu  du  département 
du  Léman. 

Pourtant  ils  dédaignèrent  ce  dernier  avantage,  si  convoité  dans 
le  passé.  Ils  continuèrent  à  demeurer  à  Garouge,  où,  devenus 
français  et  citoyens,  ils  avaient  goûté,  après  l'administration  sarde, 
le  bonheur  d'une  tranquillité  constante,  la  possession  du  droit 
commun. 

Leur  nombre  s'était  accru.  Demeurés  quinze,  après  la  procla- 
mation de  l'édit  de  tolérance  d'août  1787,  ils  étaient  déjà  trente- 
neuf  en  17941.  Nous  ne  retrouvons  plus  le  juif  anglais  Joseph 
Abraham,  fabricant  de  verres  de  montre,  ni  l'italien,  fabricant  de 
cire,  Joseph  Vigevano,  époux  de  la  parisienne  Hélène  Cerf  et  de  ses 
enfants,  Dorinne,  née  à  Modène,  Rose  et  Esther,  nées  à  Garouge  : 
ni  Saint-Michel  Mort  d'Amsterdam,  marchand  drapier;  ni  Maliard 
Lévy,  marchand  en  drap  et  soieries,  originaire  de  D'ambard 
(Dambach)  en  Alsace  ;  ni  Mayer  Goguenin,  aussi  marchand,  de 
Gharleville  2. 
En  1798,  ils  sont  soixante-quinze,  dont  les  plus  anciens  sont3  : 

Bloc  Gaspard,     entré  dans  la  commune  en  1788. 

Bloc  Lyon,  —  —  1788,   sa  femme    :   Fachelele 

Magdeleine;  ses  enfants  : 
Hélène,  Mathias,  Marx. 

Treifoultz  Moyse,  —  1782. 

Treifoultz  Julie,  —  —  1782. 

1.  Archives  de  Carouge.  Recensement  de  la  section  de  l'Egalité,  161,  D.  5.  Recen- 
sement de  la  section  de  la  Liberté,  161,  D.  5. 

2.  Arch.  de  Garouge,  48,  D.  5.  Registre  de  consignation  des  habitants  du  quartier 
confié  à  Me  Etienne  Burdallet,  maison  Lambusquin.  Recensement  des  habitants,  1789. 

3.  Archives  de  Carouge,  203,  D.  5.  Recensement  de  1798. 


HISTOIRE   DES  JUIFS   DE   CAROUGE 


139 


Treifoultz  Hélican, entré  dans  la  commune  en 

Dugaz  Rosette,            —  — 

Treifoultz  Théodore,   —  — 

Dugaz  Joseph,               —  — 

Treifoultz  Rosette,       —  — 

Meyer  Schoul,              —  — 

Lemm  Charlotte,         —  — 

Mayer  Isaac  et  Brunette,  — 

Mayer  Jeannette?         —  — 

Gros  Jacob  '?                  —  — 

Bloc  Gaton,                   —  — 

Paraphe  Polacre,          —  '     — 


Paraphe  Jeannette, 
Ulmann  Moyse, 
Weil  Mayer, 
Serf  Moyse, 

Abraham  Joseph, 

Lévi  Samuel. 


1782. 
1787. 
1787. 
1787. 
1787. 
1787. 
1787. 
1785. 
1778, 
1783, 
1788. 
1786, 

1786. 
1783. 

1788. 
1789, 

1786, 

1783, 


cabaretière. 
tailleur. 

sa  femme  Sarah  Mayer 
et  enfants. 


instituteur,  femme   et 

enfants, 
cardeuren  coton  (est-ce 

le  fabricant  de  verres?) 
sa  femme  Dugaz  Julie. 


Ils  seront,    d'après   le  recensement    de    1807,   treize   familles 
comptant   soixante-onze   membres1. 


(A  suivre.] 


E.    GlNSBURGER, 


1.  Archives  de  Carouge,  396,  D.  4.  V.  la  liste  ainsi  que  celle  du  recensement  de 
1810  aux  Pièces  justificatives,  IV.  Leur  nombre  ne  dépasse  pas  91.  V.  plus  loin  l'in- 
terpellation de  Gosse. 


CATALOGUE  D'ACTES 

POUR    SERVIR   A 

L'HISTOIRE  DES  JUIFS  DE  LA  COURONNE  D'ARAGON 

SOUS   LE   RÈGNE   DE   JAIME   II 

(1291-1327) 

(suite1) 


2447.  —  P.  de  Foresia  (ou  de  Faresia),  en  suite  de  l'information  qu'il 
a  instruite  contre  les  meurtriers  de  Salamon  Alaceff,  argentier,  tué  dans 
la  grange  (alcheria)  de  Farna,  reçoit  l'ordre  de  l'infant  de  saisir  les  biens 
des  inculpés  et  de  les  garder  en  sa  main  jusqu'à  nouvel  avis.  —  Valence, 
21  juin  1292. 

Archives  de  la  couronne  d'Aragon,  reg.  86,  f°  142. 

2448.  —  L'infant  aux  adénantades  de  l'aljama  des  Juifs  de  Valence. 
Juceph  Abinçunaria  se  trouvait  endetté  à  l'égard  de  son  beau-frère  Samuel 
Abenvives.  Le  créancier,  ayant  livré  son  titre  à  un  tiers,  G.  de  Bosc, 
citoyen  de  Valence,  avait  encouru  la  çuna  ou  tacane  de  la  communauté 
juive  de  la  ville.  Samuel  devra  donner  satisfaction  à  la  plainte  de  Juceph. 
—  Valence,  23  juin  1292. 

Reg.  86,  t'°  144. 

2449.  —  L'infant  mande  à  P.  de  Faresia  de  lui  envoyer  incontinent  le 
texte  de  son  enquête  sur  le  meurtre  de  l'argentier  Salamon  Aliselî,  si  cette 
procédure  est  terminée,  et  de  saisir  les  biens  des  Sarrasins  incarcérés  à 
ce  sujet,  afin  qu'il  puisse  en  finir  avec  cette  information  avant  son  départ 
de  Valence.  —  Valence,  27  juin  1292. 

Reg.  86,  f°  147. 

1.  Voir  Revue  des  Études  juives,  t.  LXX1II,  p.  193. 


ACTES  POUH  L'HISTOIRE  DES  JUIFS  DE  LA  COURONNE  D'ARAGON       14! 

2450.  —  Le  Juif  Abraham  Alayg,  sur  le   point  de  se  rendre  à  Eylx 

(Elche  .  s'était  obligé  à  R.  Eseorna,  baile  général  du  royaume  de  Valence, 
sous  peine  de  200  morabotins,  de  revenir  tel  jour  a  Valence.  L'infant 
mande  au  lieutenant  du  baile  de  Valence  de  contraindre  le  voyageur  et 
Pharou  Aben  vives,  son  répondant,  à  payer  l'amende  encourue.  —  Jâtiva, 
12  juillet  1292. 

Reg.  86,  P  157  v°. 

2451.  —  L'infant  a  B.  de  Cas  te  lie  t  et  P.  Marzen,  de  la  maison  royale. 
Il  avait  enjoint  à  Jona  Sibilli.  Samuel  Abincrespin  et  Samuel  Abinçaprut, 
ailénantades  de  l'aljama  juive  de  Valence,  de  choisir  quatre  secrétaires. 
Les  trois  notables  juifs  ne  s'étant  pas  accordés  sur  ce  choix,  Castellet  et 
Marzen,  par  ordre  de  l'infant,  avaient  nommé  Jahuda  Abenfacen,  Juceph 
Ablecrenay,  Naçan  Lobel  et  Jacob  Habu.  Cette  nomination  avait  déplu  aux 
adénantades  et  à  leur  communauté.  L'infant  mande  à  Castellet  et  Marzen 
de  contraindre  l'aljama  a  reconnaître  leur  choix  sous  peine  de  cent  mora- 
botins. —  Jâtiva.  12  juillet  1292. 

Reg.  86,  r«  151  v°-lo8. 

2452.  —  L'infant  a  appris  que  plusieurs  Juifs  de  Jâtiva,  se  trouvant 
sous  le  coup  de  contraintes,  pour  non  payement  d'impôts,  de  la  part  de 
leur  coreligionnaire  Jahuda  Habez,  s'étaient  éloignées  de  leur  résidence 
et  hésitaient  a  y  revenir  par  crainte  de  poursuites.  Jahuda  agissait  par 
représailles  de  l'alatma  que  sa  communauté  avait  lancée  contre  lui.  Or, 
les  fugitifs  demandaient  a  retourner  à  Jâtiva  et  l'aljama  s'engageait  a  les 
absoudre  de  leur  départ.  L'infant  mande  donc  à  Jahuda  Habez  de  renoncer 
a  son  instance,  puisqu'aussi  bien  l'aljama  doit  retirer  la  sienne  vis-a-vis 
de  ce  dernier;  de  cette  façon,  les  fugitifs  pourront  rentrer  dans  leurs 
maisons.  —  Jâtiva,  20  juillet  1292. 


2453.  —  L'infant  informe  son  cher  F.  Ballester  qu'il  lui  confie  la  mis- 
sion de  définir  l'enquête  ouverte  contre  les  meurtriers  de  Salamon  Alacef, 
argentier  juif  de  Valence.  —  Valence,  24  juillet  1292. 

Reg.  86,  f°  170  v°. 

2454.  —  L'infant  concède  à  Rabi  Jacob  et  à  sa  femme,  Juifs  de  Tara- 
zona,  qu'ils  puissent  parler  et  faire  la  paix  avec  Sol,  leur  fille,  et  Içmaei 
Levi  leur  gendre,  nonobstant  leur  serment  de  cesser  toutes  relations 
avec  le  jeune  ménage.  —  Tarazona,  11  août  1292. 

Reg. 

2455.  —  L'infant  mande  a  Juçeph  Alphanel  et  Salamon  Avenlaeemi, 
Juifs  de  Huesca,  de  surseoir  à  leurs  poursuites  dans  le  procès  pendant 


142  REVUE  DES   ÉTUDES  JUIVES 

devant  eux,  entre  l'aljama  juive  de  Barcelone  et  celle  de  Saragosse,  en 
raison  de  certaines  dépenses  qui  furent  supportées  par  les  communautés 
juives  de  la  couronne  à  la  suite  de  la  mort  de  David  Mascharan.  —  Sara- 
gosse, 30  août  1292. 

Reg.  86,  f°  187. 

2456.  —  L'infant  a  appris  par  Jahuda  Almeredi  que  son  frère  Alatzar 
Almeredi,  Juif  de  Saragosse,  avait  juré  de  ne  plus  entretenir  de  conver- 
sation ni  de  relations  avec  leur  oncle  Alatzar  Abubfach.  Il  mande  à  son 
fidèle  Alatzar  Almeredi  qu'il  le  délie  de  ce  serment.  —  Saragosse,  12  sep- 
tembre 1292. 

Reg.  86,  f°  194. 

2457.  —  L'infant  a  été  avisé  par  le  Juif  Ferrer  Bonafos  que  Mosse 
Biona,  locataire  de  plusieurs  maisons  à  Arbôs,  refusait  malicieusement 
de  répondre  devant  la  cour  de  Villafranca  à  la  plainte  que  Ferrer  y  avait 
introduite  au  sujet  d'une  somme  d'argent,  bien  que  Mosse  tînt  son  domi- 
cile principal,  avec  sa  femme  et  ses  enfants,  à  Villafranca  et  non  pas  au 
lieu  d'Arbôs.  Le  baile  d'Arbôs  reçoit  l'ordre  de  ne  pas  s'opposer  à  ce  que 
le  justiciable  récalcitrant  réponde  en  justice  devant  la  cour  de  Villafranca; 
bien  plus,  de  veiller  à  ce  que  l'affaire  soit  dévolue  à  ce  dernier  tribunal. 
—  Barcelone,  14  octobre  1292. 

Reg.  87,  f»  10. 

2458.  —  Le  procès  qui  s'était  élevé  entre  l'aljama  juive  de  Villafranca 
et  les  Juifs  de  Sabadell-Martorell  au  sujet  de  quêtes,  tailles  et  autres 
exactions  avait  été  confié  par  le  roi  à  P.  de  San  Clémente,  baile  général 
en  Catalogne,  et  à  B.  de  Palaciol,  jurispéritde  Barcelone.  L'infant  rappelle 
aux  adénantades  et  secrétaires  juifs  de  Villafranca  la  défense  royale  à  eux 
faite  de  ne  pas  exercer  de  contrainte  vis  à  vis  de  leurs  coreligionnaires 
de  Sabadell  et  Martorell  jusqu'au  règlement  du  conflit  ;  il  leur  mande,  en 
outre,  de  la  part  du  roi  et  de  la  sienne,  de  ne  pas  grever  de  ce  chef  les 
Juifs  d'Arbôs.  —  Barcelone,  23  octobre  1292. 

Reg.  87,  f°  12. 

2459.  —  L'infant  don  Pedro  concède  à  tous  les  Juifs  qui  sont  venus  ou 
viendront  peupler  son  lieu  d'Arbôs  les  mêmes  statuts  que  ceux  dont  jouis- 
sent leurs  coreligionnaires  de  Sabadell  touchant  le  paiement  du  tribut  et 
autres  contributions.  Il  mande  au  baile  et  à  tous  les  habitants  d'Arbôs 
de  se  conformer  à  la  présente  concession.  —  Barcelone,  23  octobre  1292. 

Reg.  87,  f°  12. 

2460.  —  L'infant  fait  connaître  à  l'alcaide,  au  justice  et  aux  jurés  d'El 
Frago  que,  dans  le  différend  survenu  entre  les  héritiers  de  feu  P.  Pardo, 


ACTES  POUR  L'HISTOIRE  DES  JUIFS  DE  LA  COUROiNNE  D'ARAGON       143 

seigneur  de  La  Costa,  sa  femme  et  ses  hommes,  d'une  part,  et  les  Juifs 
royaux  d'El  Frago,  leurs  créanciers,  d'autre  part,  il  a  fait  accepter  la 
transaction  suivante  :  remboursement  de  la  créance  à  raison  de  400  sols 
par  an  pendant  quatre  années  consécutives  et  de  300  sols  ensuite  jusqu'à 
complète  extinction  de  la  dette.  Don  Pedro  mande  à  ces  fonctionnaires 
de  ne  pas  user  de  contrainte  à  l'égard  des  débiteurs  ci-dessus;  il  veut, 
toutefois,  que  leurs  créanciers  reçoivent  en  paiement  les  gages  ou  la 
valeur  des  gages  déjà  saisis  sur  les  habitants  de  La  Costa.  —  Huesca, 
9  novembre  1292. 

Reg.  ST.  f*  16. 

2461.  —  Ordre  au  sobrejuntero  de  Huesca  de  procéder  en  justice 
contre  les  auteurs  de  l'agression  et  du  vol  perpétrés  au  préjudice  de 
Çulema  de  Bonavida  et  Rabi  Açar,  Juifs  de  Calatayud,  sur  le  chemin 
public,  près  du  lieu  de  Vialada.  —  Huesca,  10  novembre  1292. 

Reg.  87,  f<>  16. 

2462.  —  Mandement  à  l'alcaide  d'El  Frago  de  ne  pas  enlever  d'usten- 
siles à  des  Juifs  de  sa  localité,  contre  leur  volonté.  S'il  arrive  que  des 
Juifs  aient  été  appréhendés  pour  maléfices  ou  à  la  suite  d'une  plainte,  il 
ne  devra  pas  leur  réclamer  le  droit  de  carcelage,  mais  seulement  ce  qui 
est  exigé  des  autres  détenus.  —  El  Frago,  30  novembre  1292. 

Reg.  87,  i'°  19. 

2463.  —  L'infant  a  appris  par  Samuel  Abinaftia,  Samuel  Abenvives, 
Jahuda  Alazar  et  Vidal  Astruch  Desparus,  Juifs  de  Valence,  qu'ils  avaient 
reçu  procuration  de  leur  aljama  en  vue  d'obtenir  confirmation  des  privi- 
lèges royaux  et  que,  de  ce  fait,  ils  avaient  assumé  des  dépenses  person- 
nelles. 11  mande  au  baiie  général  du  royaume  de  Valence  de  les  leur 
faire  rembourser.  —  Huesca,  3  décembre  1292. 

Reg.  87,  f«  19  v. 

2464.  —  L'infant  a  été  avisé  qu'lzmael  Avencrespin,  adénantade,  et 
Juçeph  Ablaterren,  secrétaire  de  l'aljama  juive  de  Valence,  n'étaient  pas 
à  la  hauteur  de  leur  mission,  qu'ils  n'étaient  pas  peytiers  du  roi  pour 
leurs  biens,  à  cause  de  quoi  ils  ne  pouvaient  pas  pourvoir  commodément 
à  l'observance  des  droits  du  prince  ni  au  bon  fonctionnement  de  leur 
communauté.  Mandement  au  baile  général  de  Valence  de  rechercher  si 
les  deux  notables  incriminés  sont  insuffisants  et,  dans  l'affirmative,  de 
les  remplacer  par  de  plus  capables.  —  Huesca,  3  décembre  1292. 

Reg.  87,  f°  19  f. 

2465.  —  L'infant  don  Pedro  reconnaît  devoir  aux  secrétaires  de 
l'aljama  juive  de  Huesca  200  sous  de  Jaca  qu'ils  lui  ont  prêtés  pour  les 


144  KEVUE  DES  ÉTUDES    JUIVES 

dépenses  de  sa  maison  et  qu'ils  ont  versés  à  son  dépensier  P.  Esquerit. 
11  leur  en  donne  assignation  sur  le  produit  du  premier  tiers  de  mai  de  la 
boucherie  juive  de  Huesca.   Les  collecteurs  des  droits  sur  la  viande  sont 
avisés  de  cette  retenue.  —  Huesca,  28  décembre  1292. 
Reg.  87,  f°26. 

2466.  —  La  reine-mère  ayant  concédé  à  l'infant,  son  dis,  et  le  roi 
régnant  ayant  confirmé  à  son  frère  la  recette  de  tous  les  revenus  qu'elle 
percevait  dans  la  cité  de  Huesca,  don  Pedro  mande  aux  adénantades  et  à 
l'aljama  juive  de  cette  ville  de  ne  répondre,  pour  leur  tribut,  qu'à  lui  ou 
son  mandataire.  —  Huesca,  28  décembre  1292. 

Reg.  87,  f°26. 

2467.  —  L'infant  avait  mandé  à  B.  de  Gastellet,  jurispérit  de  Valence, 
et  à  P.  Martçen,  son  rcpositaire,  de  nommer  les  secrétaires  de  l'aljama 
juive  de  leur  cité,  puisque  les  adénantades  ne  parvenaient  pas  à  se 
mettre  d'accord  sur  le  choix  de  ces  fonctionnaires.  Furent  nommés  : 
Jahuda  Abenhaçen,  Juçeph  Ablerronay,  Naçan  Bobel  et  Jacob  Habu.  Les 
adénantades  s'étant  montrés  mécontents  de  ce  choix,  l'infant  leur  enjoi- 
gnit de  procéder  eux-mêmes,  pour  un  an,  à  la  nomination  de  leurs 
secrétaires.  Don  Pedro  mande  à  P.  de  Libian,  baile  général,  et  aux 
autres  offîciaux  du  royaume  de  Valence  de  faire  exécuter  les  ordres  ci- 
dessus,  mais  de  surseoir  à  l'instance  ouverte  contre  l'aljama  par  Samuel 
Abenaffia,  Samuel  Abenvives,  Vidal  Parus  et  Jahuda  Alaçar  jusqu'à  ce 
qu'ils  aient  entendu  les  comptes  des  secrétaires  et  adénantades  sur  le  fait 
des  tailles  perçues  et  des  dépenses  engagées.  —  Valence,  16  janvier  1292  3. 

Reg.  87,  f"  34. 

2468.  —  Le  roi  Jaime  II  a  écrit,  le  11  janvier,  à  l'infant  au  sujet  de 
feu  noble  Didaco  Lopez  de  Pharo,  qui  avait  engagé  au  Juif  de  Téruel 
Alatzar  de  Vidales,  avant  la  guerre  d'Aragon  et  de  Gastille,  l'aidée  d'Egea 
sise  dans  le  terroir  d'Albarracin.  L'engagiste  ayant  été  dépouillé  violem- 
ment de  son  gage,  le  roi  avait  mandé  à  son  frère  de  contraindre  les 
spoliateurs  à  restitution  de  l'aidée,  au  remboursement  de  la  créance  ou 
à  complément  de  justice.  En  notifiant  cette  lettre  à  Lope  de  Gorrea, 
alcaide  d'Albarracin,  don  Pedro  l'invite  à  faire  remettre  Alatzar  en 
possession  de  son  gage  ou  à  comparaître  par  devant  lui,  infant,  dans  le 
délai  de  quinze  jours.  —  Téruel,  26  janvier  1292/3. 

Reg.  87,  f°  40  v°. 

2469.  —  Les  portiers  et  autres  offîciaux  collecteurs  des  cènes  et 
autres  services  exigibles  des  Juifs  de  Téruel  reçoivent  l'ordre  de  ne  pas 
user  de  contrainte  à  l'égard  de  leurs  prestataires,  si  ce  n'est  comme  cela 
se  pratique  vis-à-vis  des  Juifs  de  Galatayud  et  de  Daroca,  c'est-à-dire  par 
sou  et  par  livre,  selon  leur  tribut.  —  Téruel,  26  janvier  1292/3. 

Reg.  87,  P  40  v°. 


ACTES  POUR  L'HISTOIRE  DES  JUIFS  DE  LA  COUROiNNE  D'ARAGON       145 

2470.  —  L'infant  a  appris  que,  malgré  Tordre  royal  de  faire  arrêter 
par  un  alguazil  P.  Navarro  et  le  Juif  Mossé  pour  vol  commis  au  préjudice 
de  Bellice,  Sarrasine  de  Ricla,  le  justice  de  ce  lieu,  après  avoir  reçu  en 
prison  les  deux  inculpés  des  mains  de  l'alguazil,  les  avait  remis  en  liberté 
illégalement.  Ordre  est  donné  au  justice  de  réincarcérer  les  deux  pré- 
venus et  de  procéder  contre  eux  juridiquement.  —  Saragosse, 4  mars  1292/3. 

Reg.  87,  f°  47. 

2471.  —  L'infant,  informé  que  des  Juifs  et  des  Juives  venus  des  par- 
ties de  France  avaient  été  arrêtés  à  Bielsa  avec  leur  argent  et  leurs 
bagages,  a  dépêché  trois  de  ses  fidèles  pour  faire  délivrer  les  captifs.  Il 
mande  au  justice,  aux  jurés  et  au  conseil  de  Bielsa  de  remettre  les  voya- 
geurs entre  les  mains  de  ses  représentants.  —  Huesca,  11  mars  1292/3. 

Reg.  87,  f°  50  v°. 

2472.  —  L'infant  mande  au  justice  et  aux  jurés  de  Bielsa  de  remettre  les 
Juifs  de  France  à  ses  alguazils  et  autres  délégués. —  Huesca,  16  mars  1292/3. 

Reg.  87,  f°  53  v°. 

2473.  —  L'infant  a  appris  que  les  secrétaires  de  l'aljama  juive  de 
Villafranca  poussaient  par  alatma  Mosse  Biona  et  Astrug  Garavida,  Juifs 
d'Arbôs,  à  déclarer  leurs  biens  après  leur  transfert  de  domicile  dans  cette 
localité  et  à  contribuer  avec  leur  nouvelle  communauté  pour  les  quêtes, 
services  et  autres  impositions.  Le  baile  d'Arbôs  devra  s'opposera  ce  qu'il 
soit  usé  de  contrainte  à  l'égard  des  nouveaux  venus.  —  Arbos,  24  mars 
1292/3. 

Reg.  87,  f°  57. 

2474.  —  L'infant  a  été  avisé  que,  le  vendredi  avant  la  Pàque  de 
Résurrection,  des  habitants  de  Girone,  après  avoir  dressé  des  ponts  et 
des  poutres  entre  des  maisons  chrétiennes  et  des  maisons  juives,  s'étaient 
précipités  sur  ces  dernières,  la.  torche  et  l'arbalète  à  la  main,  volant 
l'argent  et  les  chartes,  blessant  même  quelques  Juifs.  Don  Pedro  mande 
au  juge  ordinaire  et  au  baile  de  Girone  de  faire  arrêter  les  coupables  et 
indemniser  les  victimes.  —  Barcelone,  5  avril  1293. 

Reg.  87,  i'°  60  v°. 

2475.  —  L'intendant  mande  au  baile  de  Barcelone  d'infliger  une 
contrainte  judiciaire  aux  hommes  des  bailies  de  Galdas,  Tarrasa,  Garicich, 
Vilamajor  et  autres  bailies  foraines  qui  sont  obligés  au  principal, ou 
comme  caution  à  Gresches  Zarch,  Juif  de  Barcelone,  et  qui  ont  décliné 
le  for  desdites  bailies  pour  embrasser  celui  de  la  bailie  de  Barcelone.  Il 
n'entend  pas  par  le  présent  mandement  qu'il  soit  dérogé  à  l'avenir  à  la 
juridiction  barcelonaise.  —  Barcelone,  5  avril  1293. 

Reg.  87,  f»  61. 

T.  LXXV,  n°  150.  10 


146  REVUE  DES   ETUDES  JUIVES 

2476.  —  Malgré  leur  assurance  idoine  de  faire  au  pouvoir  de  l'infant 
complément  de  justice  à  leurs  plaignants,  Astruch  Caravida  et  Mosse 
Biona,  Juifs  d'Arbôs,  se  trouvent  inquiétés  dans  leur  personne  et  dans 
leurs  biens.  Don  Pedro  mande  à  la  cour  de  Villafranca  et  aux  autres 
officiaux  ou  sujets  du  roi  de  protéger  les  assurés,  leurs  familles  et  leurs 
biens.  —  Vallmoll,  13  avril  1293. 

Reg.  87,  f-  65. 

2477.  —  L'infant,  avisé  des  tracasseries  dont  les  Juifs  Astruch  Cara- 
vida et  Mosse  Biona  étaient  l'objet  de  la  part  de  Bartolomeo  de  Mans, 
lieutenant  de  la  cour  de  Villafranca,  interdit  à  ce  fonctionnaire  de 
molester  les  deux  justiciables  précités.  —  Vallmoll,  13  avril  1293. 

Reg:.  87,  f  65  v°. 

2478.  —  Le  jurispérit  G.  de  Socarrats  est  chargé  d'informer  sur  place 
au  sujet  de  l'attaque  dirigée  par  des  chrétiens  contre  la  juiverie  de 
Girone.  Les  agresseurs  poursuivirent  de  malheureux  juifs  jusqu'à  l'inté- 
rieur de  la  cathédrale,  qu'ils  violèrent.  Des  fraudeurs  profitèrent  même 
du  trouble  pour  emporter  de  la  ville  des  marchandises  prohibées  et  les 
expédier  aux  ennemis  du  roi.  L'infant  enjoint  à  l'enquêteur  de  lui  faire 
parvenir  sa  procédure  sous  son  sceau,  afin  qu'il  puisse  engager  des  pour- 
suites contre  les  émeutiers.  —  Prades,  15  avril  1293. 

Reg.  87,  f-  65  v-66. 

2479.  —  L'intendant  notifie  aux  adénantades  et  secrétaires  de  Faljama 
juive  de  la  cité  et  du  royaume  de  Valence  d'avoir  à  obéir  à  R.  d'Orchau, 
qu'il  vient  de  nommer  lieutenant  de  procureur  pour  le  royaume  de 
Valence.  —  Lérida,  18  avril  1293. 

Reg.  87,  f°  67. 

2480.  —  L'infant,  ayant  appris  par  Izmael  Avinbevet,  Juif  de  Sara- 
gosse,  que  le  justice,  les  jurés  et  le  conseil  d'Alcover  refusaient,  sous 
prétexte  de  moratoire  royal,  de  rembourser  leurs  dettes  audit  Juif, 
mande  aux  débiteurs  de  s'acquitter  incontinent  vis-à-vis  de  leur  créan- 
cier. —  Saragosse,  27  avril  1293. 

Reg.  87,  f°  70. 

2481.  —  Lettres  de  créance  délivrées  par  Jaime  II  à  son  familier  et 
fidèle  Bondavin  Alfaquim,  chargé  d'une  mission  secrète  auprès  d'Abu- 
çahir,  roi  de  Tlemcen  [Tirimçe).  —  Barcelone,  23  mai  1293. 

Reg.  252,  i°  53. 

2482.  —  Instructions  en  langue  catalane  remises  au  plénipotentiaire 
Bondavin.  Ce  dernier  devra  commencer  par  saluer  le  roi  de  Tlemcen  de 


ACTES  POUR  L'HISTOIRE  DES  JUIFS  DE  LÀ  COURONNE  D'ARAGON       147 

la  part  du  roi  d'Aragon  et  dire  de  lui  le  plus  de  bien  qu'il  pourra.  — 
Même  date. 

Reg.  232,  f°  53. 

2483.  —  Jaime  II  mande  à  tous  ses  officiaux  et  sujets  de  ne  pas 
entraver  le  voyage  de  Bondavin  et  de  sa  famille  vers  le  royaume  de 
Tlemccn.  —  Barcelone,  23  mai  1293. 

Reg.  252,  f»  53  v°. 

2484.  —  L'infant  confie  à  Sancho  Munyoz  aîné,  habitant  de  Daroca, 
l'examen  du  procès  qui  avait  été  entamé  par  Jaime  de  Costa  contre 
Juceff  Abulex,  Jahuda  Paçarel,  Juifs  de  Daroca,  et  plusieurs  autres  de 
ses  créanciers  au  sujet  du  reliquat  du  prix  de  vente  qu'il  lui  restait 
devoir  des  maisons  ayant  appartenu  à  feu  Jaime  de  Costa.  Cette  somme 
a  été  placée  au  pouvoir  de  Gilbert  Bruno  et,  par  sentence  du  juge  de 
Daroca,  il  a  été  décidé  que  remise  en  serait  faite  au  vendeur.  —  Daroca, 
25  mai  1293. 

Reg.  87,  f°  82. 

2485.  —  Il  a  été  écrit  à  P.  Sancho,  justice  de  Calatayud,  au  nom  de 
l'infant,  d'obtenir  par  sommation  ou  contrainte  que  Rodrigo  Gonçalbi, 
châtelain  de  Fariza,  restituât  au  Juif  de  Ségovie  Abraham  un  roucin,  un 
mulet,  des  draps  et  tout  l'argent  qu'il  lui  avait  extirpé.  Le  serviteur 
d'Abraham  qui  avait  subi  le  même  sort  que  le  convoi  devrait  également 
être  remis  en  liberté.  —  Huesca,  28  mai  1293. 

Reg.  87,  fo  83  v<\ 

2486.  —  Jaime  de  Oblicis,  sur  ordre  royal,  avait  placé  sous  sa  sauve- 
garde Me  Marcos,  Juif  des  parties  de  Navarre,  et  lui  avait  donné  asile 
dans  sa  maison  d'Urrea.  Or,  l'infant  a  appris  qne  Juan  Jimenez  d'Urrea, 
se  plaçant  à  la  tète  des  chevaliers  et  des  fantassins  de  son  entourage 
(familia),  s'était  porté  à  l'attaque  de  la  maison  hospitalière.  Le  Juif 
Navarrais  avait  été  arrêté,  ses  livres,  ses  vêtements  et  son  argent 
emportés.  Très  étonné  de  cette  agression,  don  Pedro  mande  à  noble 
Jimen  d'Urrea,  frère  de  l'assaillant,  de  faire  remettre  Marcos  en  liberté 
et  de  le  ramener  à  Urrea.  —  Huesca,  28  mai  1293. 

Reg.  87,  f°  84  v°. 

2487.  —  L'infant  a  été  informé  de  la  part  de  jVidal  Avintal,  Juif  de 
Lérida,  que  noble  Artaldo  de  Alagôn  lui  avait  fait  saisir,  près  de  Sari- 
nyena,  sept  voitures  d'agneaux,  sous  prétexte  qu'elles  n'étaient  pas  passées 
par  Pina.  Bien  plus,  les  domestiques  que  Vidal  avait  dépêchés  à  Pina  pour 
arranger  l'affaire  avaient  été  arrêtés.  Don  Pedro  requiert  noble  Artaldo 
de  restituer  tout  ce  qui  a  été  confisqué.  —  Saragosse,  23  septembre  1293. 

Reir.  87,  f°  113  v°. 


148  REVUE   DES   ETUDES  JUIVES 

2488.  —  Accablée  de  coups  et  de  blessures  par  son  mari  Juceph,  fils 
de  Mohal,  détestée  par  lui,  la  Juive  Ori  Abli,  pour  éviter  la  mort  ou 
la  mutilation,  a  quitté  le  domicile  conjugal.  Elle  entend  consommer 
cette  séparation  en  remettant,  selon  la  çuna,  les  arrhes  de  ses  fiançailles. 
L'infant,  qu'elle  a  saisi  de  sa  plainte,  mande  au  juge  de  l'aljama  juive  de 
Calatayud  de  ne  pas  contraindre  la  plaignante  à  retourner  avec  son  mari, 
si  la  çuna  ne  lui  en  fait  pas  obligation,  bien  plus,  de  révoquer  la  peine 
qu'il  lui  a  infligée.  —  Saragosse,  8  octobre  1293. 

Reg.  87,  f°  118  v°. 

2489.  —  L'infant,  ayant  appris  qu'à  l'unanimité,  les  jurés  et  le  conseil 
de  Daroca  avaient  décidé  de  poursuivre  les  meurtriers  des  époux  Salamon 
Dalbin,  récemment  tués  dans  la  juiverie  de  Daroca,  requiert  et  prie 
lesdits  conseillers  d'ouvrir  une  enquête.  —  Saragosse,  9  octobre  1293. 

Reg.  87,  f°  118  v°. 

2490.  —  L'infant  a  été  avisé  que  le  justice  de  Çuffar  avait  mis  Achac 
Aliahen,  fils  de  feu  Açach,  Juif  de  Saragosse,  en  possession  de  maisons  et 
vignes  ayant  appartenu  à  Miguel  de  Pradella,  habitant  de  Çuffar,  débiteur 
récalcitrant.  Don  Pedro  mande  au  justice,  aux  jurés  et  au  conseil  de 
Çuffar  de  maintenir  le  créancier  en  possession  des  fonds  saisis.  — 
Saragosse,  25  octobre  1293. 

Reg.  87,  f°  127. 

2491.  —  Il  a  été  écrit  à  Juân  Perez  de  Vera  de  relâcher  Achac  Açmel, 
Juif  de  Borja,  qu'il  avait  emprisonné.  —  Saragosse,  11  novembre  1293. 

Reg.  87,  F  133  v°. 

2492.  —  L'infant  notifie  au  justice,  aux  jurés  et  au  conseil  de  Tauste 
qu'il  a  condamné  à  4.000  sous  de  Jaca  Salamon  Davencoro,  Juif  de 
Tauste,  qui  s'était  rendu  coupable  de  plusieurs  crimes  et  excès.  Gil  Gharin, 
mérine  de  Saragosse,  a  reçu  l'ordre  de  vendre  incontinent  les  biens  du 
condamné  jusqu'à  concurrence  de  l'amende  infligée.  Don  Pedro  mande 
aux  conseillers  de  Tauste  de  faire  publier  que  tous  les  débiteurs  et  obligés 
de  Salamon  devront  s'acquitter  envers  le  mérine  et  que,  d'autre  part, 
les  créanciers  du  condamné  pourront  se  faire  rembourser  sur  la  masse 
disponible  par  le  même  fonctionnaire.  —  Saragosse,  13  novembre  1293. 

Reg.  88,  f°  139. 

2493.  —  L'infant  confie  à  Miguel  Perez  Romero,  jurispérit  de  Huesca, 
le  règlement  du  procès  pendant  entre  Ferrand  Bonanat,  habitant  de  cette 
ville,  et  Mosse  Avinçayt,  Juif  de  Huesca  également,  au  sujet  de  certaine 
diffamation  portée  par  le  second  contre  le  premier  devant  les  jurés  de 
Huesca.  —  Huesca,  19  décembre  1293. 

Reg.  88,  f°  119  v°. 


ACTES  POUR  L'HISTOIRE  DES  JUIFS  DE  LA  COURONNE  D'ARAGON       U9 

2494.  —  Malgré  l'ordre  royal,  noble  Artaldo  de  Alagôn  refusait  de 
restituer  les  sept  charretées  d'agneaux  et  le  roucin  que  son  alcade  de 
Pina  avait  saisis,  pour  non  payement  de  leude,  aux  frères  Vidal  et 
Jesues  Avincayn,  juifs  de  Lérida.  Or,  juifs  et  chrétiens  de  Lérida  se 
trouvent  affranchis  par  privilège  royal  de  tout  droit  de  leude.  Pour  la 
deuxième  fois,  l'infant  prie  Artaldo  de  restituer  son  larcin,  sans  quoi  il 
le  fera  poursuivre,  lui  et  ses  hommes.  —  Huesca,  19  décembre  1293. 

Reg.  88,  f  150. 

2495.  —  La  veuve  et  les  héritiers  d'Alfonso  de  Gastellnou  voulaient 
contraindre  les  Juifs  de  Barbastro  au  remboursement  d'une  créance  de 
300  sous  de  Jaca,  sans  tenir  compte  de  la  dette  de  1.000  sous  contractée 
par  le  défunt  à  l'égard  desdits  Juifs.  Saisi  de  la  plainte  de  ces  derniers, 
l'infant  mande  au  baile  et  au  justice  de  la  cité  de  Barbastro  de  ne  pas 
favoriser  cette  contrainte,  bien  plus,  d'obliger  les  héritiers  débiteurs  à 
verser  la  différence,  soit  700  sous.  —  Monzôn,  21  décembre  1293. 

Reg.  88,  f-  151  v». 

2496.  —  Don  Pedro  ordonne  aux  mêmes  d'inviter  Pedro  Castellôn, 
chevalier,  qui  avait  reçu  des  Juifs  de  Barbastro  une  coupe  en  gage  de 
200  sous  de  Jaca,  à  rendre  la  coupe  contre  remboursement  de  sa  créance. 
—  Même  date. 

Reg.  88,  f°  151  v°. 

2497.  —  L'infant  a  bien  reçu  les  lettres  par  lesquelles  le  baile  de 
Sabadell  l'informait  de  l'infanticide  commis  et  avoué  dans  cette  ville  par 
une  Juive  dénaturée.  Il  lui  mande  de  se  rendre  à  Barcelone,  d'y  prendre 
l'avis  des  jurispérits  et  prud'hommes,  puis  de  procéder  en  conséquence 
contre  l'inculpée.  —  Monzôn,  23  décembre  1293. 

Reg.  88,  f°  152  v°. 

2498.  —  Dans  le  procès  qu'Açach  Avinayn  et  Mosse  Avindurant,  Juifs 
de  Huesca,  avaient  intenté  à  leur  débitrice  Estebania  Godita  pour  non 
paiement  d'une  créance  de  200  sous  de  Jaca,  le  Justice  de  Barbastro,  qui 
a  été  chargé  de  départager  les  contestants,  devra  poursuivre  l'examen 
jusqu'à  la  sentence  définitive.  —  Monzôn,  23  décembre  1293. 

Reg.  88,  f-  153  v°. 

2499.  —  L'infant  a  été  informé  que  noble  Berengon  de  Entonça  avait 
fait  emprisonner  le  Juif  Azach  à  Borja  par  Gondsalve  Gili.  Au  témoignage 
de  Juceph  Abolbacha,  Juif  de  Huesca,  père  du  prisonnier,  et  de  l'avis  des 
jurés,  prud'hommes  de  cette  ville,  cette  arrestation  était  absolument 
arbitraire.  Don  Pedro  mande  au  justice,  aux  jurés  et  au  conseil  de  Borja 
d'enlever  Azach  aux  mains  de  Berengon  et  de  le  garder  en  leur  pouvoir 
jusqu'à  nouvel  ordre  du  roi.  —  Monzôn,  27  décembre  1293. 

Reg.  88,  f-  154. 


150  HEVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

2500.  —  Malgré  des  sommations  réitérées,  noble  Artâldo  de  Alagôn 
n'avait  pas  encore  restitué  les  sept  charretées  d'agneaux  et  le  roucin 
confisqués  sur  Jesuas  Abencayl,  Juif  de  Lérida.  L'infant  mande  au  çalmé- 
dine  de  la  cité  de  Huesca  de  saisir  les  biens  dudit  noble  à  Alcover  et 
autres  lieux  jusqu'à  concurrence  des  pertes  subies  par  Jesuas.  —  Monzôn, 
27  décembre  1293. 

Reg.  88,  f°  154. 

2501.  —  L'infant  reçoit  sous  la  sauvegarde  royale  et  la  sienne 
Salamon  Mailloart,  marchand  de  Saragosse,  sa  femme  et  ses  enfants, 
ainsi  que  leurs  marchandises  et  tous  leurs  autres  biens.  —  Monzôn, 
l»r  janvier  1293/4. 

Reg.  88,  f«  155  \°-156. 

2502.  —  Don  Pedro  mande  au  çalmédine  et  aux  jurés  de  la  cité  de 
Saragosse,  sous  peine  de  corps  et  de  biens,  de  protéger  le  marchand 
Salamon  Mailloart  et  sa  famille.  —  Même  date. 

Reg.  88,  f°  156. 

2503.  —  Le  justice,  les  jurés  et  le  conseil  de  Borja,  de  Magallon,  de 
Gastellar,  de  Çuffaria  et  d'Almudebar  sont  invités  à  conduire,  sous  bonne 
escorte,  le  prisonnier  juif  de  noble  Berengon  de  Entencia,  de  Borja  à 
Magallon  et,  de  là,  à  Gastellar,  Almudebar  et  Huesca,  où  il  sera  remis 
aux  mains  de  l'infant.  —  Même  date. 

Reg.  88,  f°  156  v>. 

2504.  —  Il  a  été  écrit  au  çalmédine  de  Saragosse  de  maintenir  en 
droit  les  trois  frères  juifs  de  cette  ville,  Açach,  Juceph  et  Jahuda  Abena- 
fora.  —  Monzôn,  3  janvier  1293/4. 

Reg.  88,  f°  157. 

2505.  —  Sauvegarde  royale  octroyée  par  l'infant  à  Salamon  Aben- 
remoch,  Juif  de  Monzôn,  à  sa  femme,  à  ses  enfants  et  à  leurs  biens,  ainsi 
qu'à  Astrugue,  fille  de  feu  Açach  Amnaxech.  —  Monzôn,  4  janvier  1293/4. 

Reg.  88,  P  158  v°. 

2506.  —  Don  Pedro  réitère  l'ordre  au  baile  de  Sabadell  de  tirer  un 
châtiment  corporel  de  la  Juive  infanticide  de  Sabadell,  après  consultation 
des  prud'hommes  de  la  ville.  —  Monzôn,  11  janvier  1293/4. 

Reg.  88,  P  153. 

2507.  —  L'infant  informe  Arbert  de  Mediona,  procureur  de  sa  terre 
en  Catalogne,  qu'à  son  avis,  la  Juive  infanticide  de  Sabadell  mérite  un 
châtiment  corporel  et   que  le  viguier  de  Barcelone  ni  tout  autre   ne 


ACTES  POUR  L'HISTOIRE  DES  JUIFS  DE  LA  COURONNE  D'ARAGON       154 

pourront  procéder  contre  le  baile  de  Sabadell,  qui  a  été  chargé  du  règle- 
ment de  l'affaire.  —  Monzôn,  13  janvier  1293/4. 
Reg.  88,  f°  153. 

2508.  —  Sauvegarde  de  l'infant  au  Juif  Abrahim  Abnaxach  et  notifi- 
cation de  cette  mesure  au  baile  des  Juifs  de  Monzôn.  —  Même  date. 

Reir.  88,  f°  158  v°. 

2509.  —  Il  a  été  écrit  à  lalcaide,  au  justice,  aux  jurés  et  prud'hommes 
de  Borja  de  remettre  le  prisonnier  juif  de  noble  Berengon  de  Entencia  à 
P.  Garces  de  Nuce  ou  à  son  procureur.  —  18  janvier  1293/4. 

Reg.  88,  fo  161  vn. 

2510.  —  Lettres  de  non  préjudice  accordées  par  l'infant  à  l'aljama 
juive  de  Monzôn  pour  le  don  gratuit  qu'elle  a  bien  voulu  lui  consentir 
en  vue  de  solder  les  dépenses  du  séjour  (hostagii)  qu'il  avait  été  obligé 
de  faire  pour  le  roi  à  Monzôn.  —  Monzôn,  23  janvier  1293/4. 

Reg.  88,  f°  114. 

2511.  —  Don  Pedro,  ayant  appris  que  les  hommes  de  Benabarre 
retenaient  en  prison  Açach,  Juif  de  Monzôn,  inculpé  de  vol  et  autres 
méfaits,  mande  au  viguier  de  Ribagorza  de  lui  remettre  le  prisonnier 
pour  qu'il  informe,  s'il  y  a  lieu,  contre  lui.  —  19  janvier  1293/4. 

Reg.  88,  f°  174  v°. 

2512.  —  David  Avinfamit,  Juif  de  Lérida,  s'est  plaint  à  l'infant  de  ce 
que  son  baile  G.  de  Redorta  lui  réclamait  une  amende  de  100  sous  pour 
un  acte  de  parjure,  tout  en  se  refusant  à  admettre  de  lui  des  répondants 
et  à  lui  assigner  un  juge  qui  pût  connaître  de  l'acte  incriminé. Don  Pedro 
mande  au  baile  de  Lérida  de  laisser  David  fournir  caution  et  de  lui 
donner  un  juge  idoine.  —  3  mars  1293/4. 

Reg.  88,  f°  181. 

2513.  —  Samuel  Alfaquim  est  chargé  de  mission  par  devers  le  roi  de 
Grenade.  —  Barcelone,  6  mars  1293/4. 

Reg.  252,  fOÏ  80  v°-81,  en  langue  catalane. 

2514.  —  L'infant  donne  quittance  à  Salamon  Avincoro,  Juif  de  Tauste, 
de  3.300  sous  à  valoir  sur  l'amende  de  4.000  sous  de  Jaca  à  laquelle  ledit 
Juif  avait  été  condamné  pour  crimes  et  maléfices.  Quant  au  solde  de 
700  sous,  il  devra  être  versé  au  mérine  de  Saragosse.  —  21  mars  1293/4. 

Reg.  88,  f  188  v°. 

2515.  —  Après  avoir  examiné  la  procédure  que  le  justice  de  Barbastro 
avait  dressé  touchant  le  procès  entre  les  Juifs  de  Huesca  Açhac  Avinayn, 


152  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

Mosse   Avindurant  et.  Estebania  Go  die  a,  dame  de  Barbastro,  pour  une 
somme  de  200  sous  de  Jaca,  l'infant,  que  retiennent  d'autres  affaires,  lui 
retourne  le  dossier  en  le  priant  de  prendre  le  conseil  d'experts  (sapien- 
cinm)  et  de  rendre  lui-même  la  sentence.  —  21  mars  1294. 
Reg.  88,  f°  193  v°. 

2516.  —  Comme  Juceffint  Çatich  Aveniafia,  Jahuda  Avenanfora, 
Azmel  Azdrelo,  Açach,  fils  de  Rabi  de  Tarazona,  et  Çulema  Avenpesat, 
Juifs  de  Saragosse,  qui  se  rendaient  avec  leurs  marchandises  vers  les 
parties  de  Gastille,  passaient  à  Daroca,  une  Sarrasine  qu'ils  emmenaient 
dans  leur  caravane  déclara  être  de  la  paix  du  roi.  Bien  qu'ils  eussent 
exhibé  l'acte  d'achat  de  cette  Sarrasine,  le  justice  de  Daroca  la  leur 
enleva  et  les  appréhenda  au  corps  avec  leur  chargement  et  tous  leurs 
biens.  L'infant  mande  au  justice  de  remettre  les  marchands  en  liberté  et 
de  leur  rendre  ballots  et  Sarrasine.  —  Huesca,  25  avril  1294. 

Reg.  88,  f°  206. 

2517.  —  Inculpé  d'adultère  avec  une  chrétienne,  Barzelay,  fils  de  feu 
Açach  de  Maheger,  avait  vu  tous  les  biens  de  ses  frères  et  de  sa  mère 
Oro  saisis  par  le  mérine  de  Jaca, qui  au  surplus  le  menaçait  d'arrestation. 
Mais  la  famille  du  délinquant  remontrait  à  l'autorité  qu'il  n'y  avait  eu 
en  l'occurrence  ni  plainte  ni  accusation  de  quiconque.  Aussi  l'infant 
enjoint-il  au  mérine  Jaime  de  Luch  de  recevoir  caution  suffisante  de  la 
famille  Maheger  et  de  lui  restituer  les  biens  saisis  ;  qu'il  ne  grève  pas 
injustement  Barzelay  et  lui  adresse  les  pièces  du  procès,  don  Pedro  se 
réservant  de  procéder  lui-même  en  cette  affaire.  —  Huesca,  25  avril  1294. 

Reg.  88,  f°  207. 

2518.  —  Jaime  II,  ayant  appris  que  des  Juifs  delà  cité  de  Majorque 
avaient  fabriqué  et  fait  usage  de  fausse  monnaie,  ordonne  à  son  fidèle 
P.  de  Focs,  dépensier  de  sa  maison  et  son  procureur  spécial,  de  ne  pas 
laisser  un  si  grand  crime  impuni  et  de  lancer  un  mandat  d'arrêt  contre 
les  faussaires.  —  Barcelone,  8  mai  1294. 

Reg.  252,  f°  193. 

2519.  —  Si  les  Juifs  faux-monnayeurs  veulent  composer,  Jaime  II 
donne  plein  pouvoir  à  P.  de  Focs  de  leur  fixer  un  chiffre.  —  Même  date. 

Reg.  252,  f°  193. 

2520.  —  Salamon  Abenzeyt,  qui  avait  révélé  les  actes  de  faux-mon- 
nayage commis  par  ses  coreligionnaires  majorquins,  courant  le  risque 
d'être  déclaré  «  malsim  »  par  l'aljama  juive  de  Majorque,  Jaime  II  lui 
donne  l'assurance  qu'aucune  poursuite  ne  pourra  être  engagée  de  ce 
chef  contre  lui  sous  peine  de  100  morabotins  d'or.  — Barcelone,  10  mai  1294. 

Reff.  252,  f»«  193  V-194. 


ACTES  POUR  L'HISTOIRE  DES  JUIFS  DE  La  153 

2521.  —  L'infant  avait  appris  qu'en  représailles  des  sommes 
des  habitants  de  Martorell  par  A.  de  Bastida,  citoyen  de  Barcelor, 
baile  de  Martorell  avait  confisqué  sur  Abraham  de  Navarra,  Juif  de 
Barcelone,  une  charretée  de  marchand.-  ftétfteni  a  déclaré 
qu'il  s'agissait  en  l'espèce  d'une  dette  royale  et  qu'à  ce  titre,  aucun 
Barcelonais  ne  pouvait  être  frappé  de  saisie.  L'infant  mande  donc  au 
baile  de  restituer  le  chargement.  —  Barcelone.  10  juin  1294. 

Reg.  88.  P221  v. 

2522.  —  L'infant  fait  appel  au  concours  financier  des  adénantades  et 
du  groupe  juif  d'Uncastillo.  —  Barcelone.  1er  juillet  1294. 

Reg.  88,  f°  225. 

2523.  —  Lettres  royales  de  sauvegarde  délivrées  par  don  Pedro  a 
Abraham,  Juif  du  village  de  Lexars  aux  confins  des  montagnes  de  Pr 

et  à  sa  sœur  Ester,  du  village  de  Prades.  —  Barcelone.  1er  juillet  1294. 
Reg.  88,  f»  240  f. 

2524.  —  Lettre  de  Jaime  II  au  roi  de  Maroc  Abenjacob.  Il  lui  accu  — 
réception  du  message  qu'il  lui  a  adressé  par  l'entremis  h  El 
Judio.  Il  croit  en  avoir  compris  tout  le  contenu,  mais,  pour  plus  de 
sûreté,  il  lui  en  envoie  la  traduction.  Considérant  qu'entre 
dynasties,  il  y  eut  toujours  concorde  et  amour,  le  roi  d'Aragon  charg 
fidèle  interprète  ^alfaquin  Samuel  de  déclarer  au  roi  de  Maroc  qu'il  lui 
plairait  beaucoup  qu'entre  ce  dernier  et  le  roi  de  Castille,  beau-père  de 
Jaime  II,  régnât  aussi  la  paix  et  la  concorde.  Il  l'en  remercie  vivement 
d'avance.  —  Barcelone,  8  juillet  1294. 

Reg.  252,  f  92.  en  langue  castillane. 

2525.  —  Lettres  de  créance  touchant  la  mission  de  l'interprète 
Samuel,  notifiées  par  Jaime  II  a  noble  Abdulhac,  algnazir  du  roi  Aven- 
jacob.  —  Même  date. 

-   .    P  92. 

2526.  —  Accusé  de  réception  au  roi  de  Grenade  de  la  lettre  transmise 
par  l'interprète  Samuel  et  prière  d'accorder  créance  à  la  nouvelle  mi  — 
[mandaderia)  de  ce  dernier.  —  Même  date. 

-    252.  P  92  v°. 

2527.  —  Jaime  II  fait  connaître  à  doua  joe  don 
Samuel  a  pour  mission  de  redresser  les  faits  du  roi  de  Cash/. 

njacob  et  du  roi  de  Grenade.  Il  veut  que  son  interprète  effectue  la 
traversée  sur  un  navire  bien  armé  et,  comme  il  n'a  pas  d'argent  en  ce 
moment  pour  se  le  procurer,  il  pria  dame  Maria  de  lui  en  faire  l'avance. 
—  Même  date. 

Reg.  252,  f  92  v°. 


154  REVUE  DES   ETUDES  JUIVES 

2528.  —  Açinel  Azdrell  s'étant  porté  garant  au  pouvoir  de  l'infant 
qu'il  tenait  à  son  service  l'esclave  sarrasine  (voir  n°  2516)  et  qu'il  ferait 
aux  plaignants  complément  de  justice,  don  Pedro  mande  au  justice  de 
Daroca  de  restituer  la  Sarrasine  à  son  maître.  —  Huesca,  19  juillet  1294. 

Reg.  88,  f°  206. 

2529.  —  L 'infant  donne  quittance  aux  adénantades  et  à  l'aljama  des 
Juifs  de  Huesca  de  1.000  sous  de  Jaca  en  suite  de  l'instance  qu'il  avait 
introduite  contre  eux  pour  n'avoir  pas  retenu  leur  coreligionnaire 
Abrahim  Abingavet,  inculpé  d'avoir  craché  à  la  face  de  Martin  Père, 
converti  de  la  loi  hébraïque  à  la  foi  catholique.  —  Huesca,  29  juillet  1294. 

Reg.  88,  f°252  v°. 

2530.  —  L'infant  a  appris  par  Astruch  Caravida,  Juif  d'Arbos,  que  les 
secrétaires  de  l'aljama  juive  de  Villafranca  lui  tenaient  rigueur,  le 
menaçant  même  de  prison  et  de  saisie,  de  ce  qu'il  n'avait  pas  contribué 
à  la  quête.  Or,  le  plaignant  a  fourni  caution  suffisante  à  l'infant  pour 
faire  droit.  Don  Pedro  mande  à  Bartolomeo  de  Mans,  régent  de  la  cour 
de  Villafranca,  de  ne  pas  permettre  qu'Astruch  soit  incarcéré  ni  saisi. 
—  Lérida,  9  août  1294. 

Reg.  88,  f°  259  v°. 

2531.  —  Astruch  Caravida  avait  transféré  son  domicile  à  Arbôs,  mais 
il  avait  laissé  sa  femme  Aster  à  Villafranca.  Cette  dernière  avait  demandé 
au  régent  de  Villafranca  de  contraindre  son  mari  à  lui  servir  une  pen- 
sion alimentaire,  à  quoi  Astruch  se  montrait  disposé,  pourvu  que  sa 
femme  consentît  à  le  rejoindre  dans  sa  nouvelle  résidence;  en  cas  de 
refus  de  l'intéressée,  c'est  au  baile  d'Arbés  qu'il  appartiendrait  de  régler 
le  différend.  Malgré  l'attitude  conciliatrice  du  mari,  le  juge  délégué  par 
le  régent  de  Villafranca  l'a  déclaré  contumace,  ce  qui  est  inadmissible, 
puisque  le  prévenu  fait  partie  dorénavant  de  la  juridiction  d'Arbôs. 
L'infant  mande  à  Bartolomeo  de  Mans,  régent  de  la  cour  de  Villafranca 
pour  Gaucerand  de  Canells,  de  ne  pas  forcer  Astruch  Caravida  à  nourrir 
sa  femme  tant  qu'elle  n'aura  pas  rejoint  le  domicile  conjugal.  —  Lérida, 
10  août  1294. 

Reg.  88,  f«  259. 

2532.  —  L'infant  reconnaît  devoir  à  Astruch  Caravida,  Juif  d'Arbôs 
700  sous  barcelonais  pour  un  palefroi,  par  ce  dernier  fourni,  trois  années 
auparavant,  à  dame  G.,  et  lui  en  donne  assignation  sur  les  revenus 
royaux  d'Arbos,  à  partir  du  1er  janvier  suivant.  —  Lérida,  11  août  1294. 

Reg.  88,  f°  259  v°. 

2533.  —  Attendu  que  Bonanat  Escapat,  Juif  de  Villafranca,  a  encouru 
une  amende  de  500  sous  barcelonais  pour  ne  pas    avoir  exécuté   les 


ACTES  POU»  L'HISTOIRE  DES  JUIFS  DE  LA  COURONNE  D'ARAGON       155 

clauses  du  contrat  touchant  la  dot  et  le  douaire  de  sa  sœur  Ester,  femme 
d'Astruch  Caravida,  Juif  d'Arbôs,  l'infant  mande  à  B.  Texidor,  baile  de 
ce  lieu,  de  prélever  les  500  sous  sur  les  biens  de  Bonanasch  à  Arbôs.  — 
Lérida,  11  août  1294. 

Reg.  88,  f  269  v°. 

2534.  —  Astruch  Caravida  avait  porté  plainte  devant  la  cour  de  Villa- 
franca  contre  P.  de  Pinu,  qui  s'était  porté  garant,  vis-à-vis  de  lui,  d'un 
sien  débiteur,  procureur  de  Doucette,  femme  de  Çullam  Adret,  Juif  de 
Barcelone,  lequel  se  trouvait  être  créancier  d'Astruch.  Le  régent  de  la 
cour  ayant  refusé  de  contraindre  P.  de  Pinu  et  condamné  Astruch  à 
rembourser  sa  dette  au  procureur  de  Doucette.  L'infant  mande  à  Barto- 
lomeo  de  Mans,  régent  de  Villafranca,  d'annuler  sa  sentence  et  d'obliger 
P.  de  Pinu  à  satisfaire  son  créancier.  Si  on  a  à  se  plaindre  d'Astruch, 
c'est  devant  son  juge  territorial,  le  baile  d'Arbôs,  qu'il  aura  à  en 
répondre.  —  Lérida,  12  août  1294. 

Reg.  88,  f°  260. 

2535.  —  G.  Alegre,  habitant  de  la  Febrer,  affirmait  que  ses  créanciers 
juifs  Abraham  Monçen  et  Abraham  de  Torre  lui  réclamaient  un  intérêt 
supérieur  à  4  deniers  pour  livre.  L'infant  mande  au  baile  des  montagnes 
de  Prades  de  contraindre  lesdits  Juifs  à  produire  leurs  comptes  et  à 
restituer,  le  cas  échéant,  les  intérêts  usuraires.  —  Prades,  17  août  1294. 

Reg.  .88,  f°  263  v°. 

2536.  —  L'intendant  donne  quittance  aux  secrétaires  et  à  l'aljama 
juive  de  Barcelone-Villafranca  de  266  sous,  8  deniers  barcelonais  (savoir 
Barcelone  200  sous  et  Villafranca  66)  pour  les  cènes  de  l'année  courante. 
Cette  somme  a  été  versée  à  Vidal  Caravida,  Juif  de  Villafranca,  pour  prix 
d'un  mulet  par  lui  fourni  au  roi.  —  Barcelone,  26  août  1294. 

Reg.  88,  f°  266. 

2537.  —  Don  Pedro  reconnaît  devoir  à  Vidal  Caravida,  Juif  de  Villa- 
franca, 233  sous,  4  deniers  barcelonais  pour  solde  d'une  mule  de  500 sous. 
Assignation  est  faite  de  ce  reliquat  sur  les  revenus  d'Arbôs.  — Même  date. 

Reg.  88,  f°  266. 

2538.  —  L'infant,  considérant  que  toutes  les  familles  juives  établies 
dans  la  cité  de  Vich  étaient  placées  avec  leurs  biens  sous  le  guidage 
spécial  de  ses  prédécesseurs,  seigneurs  de  Moncada,  reçoit  à  son  tour 
sous  son  guidage  tous  les  Juifs,  habitants  actuels  et  futurs  de  Vich,  à  la 
condition  qu'ils  lui  fourniront  à  lui  ou  à  son  baile,  chaque  année  à  la 
Toussaint,  la  maçmondine  mine  d'or  de  cens  qu'ils  avaient  coutume  de 
payer.  Don  Pedro  garantit  à  tous  les  coutumes,  grâces  et  privilèges  dont 


156  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

jouissaient  les  Juifs  de  Barcelone  et  de  Catalogne,  notamment  la  testï- 
monialité  par  juif  et  chrétien.  -  Vieil,  15  septembre  1294. 

Reg.  89,  f°  7. 

2539.  —  Il  a  été  mandé  au  viguier  d'Ausone  de  faire  exécuter  la 
sentence  pour  dettes  rendue  entre  Bonmancip,  Juif  de  Vich,  et  plusieurs 
habitants  du  territoire  du  château  de  Gurb,  entre  autres,  F.  de  Postayes. 
—  Vich,  17  septembre  1294. 

Reg.  89,  fo  9  v°. 

2540.  —  L'infant,  considérant  les  services  à  lui  rendus  par  Mosse 
Castellan,  Juif  de  Barcelone,  le  reçoit  dans  sa  maison.  Il  mande  au 
viguier,  au  baile,  aux  conseillers  et  prud'hommes  de  cette  cité  de  pro- 
téger ledit  Mosse  avec  sa  famille  et  tous  ses  biens,  et  de  ne  pas  permettre 
qu'il  subisse  d'injure  ni  de  dommage.  —  Barcelone,  2  octobre  1294. 

Reg.  89,  f°  16  v°. 

2541.  —  Il  a  été  écrit  au  baile  de  Gervera  de  faire  observer  l'obliga- 
tion souscrite  par  R.  A.  de  Gastellon  aux  Juifs  David  Portell  et  Vidal 
Cervera  sur  les  revenus  de  l'infant  à  Gervera.  —  Cervera,  5  octobre  1294. 

Reg.  89,  f°  19. 

2542.  —  L'infant  a  appris  par  Salamon  de  Bellforat  et  ses  cinq  frères 
Gualit,  Juçeph,  Salamon  jeune  et  Açach,  Juifs  de  Saragosse,que  le  mérine 
de  cette  ville  leur  réclamait  une  taxe  royale  qu'ils  avaient  déjà  payée, 
sous  le  règne  de  Pedro  III,  au  mérine  alors  en  fonction,  Galacian  de 
ïarba  (dont  quittance)  et  que,  pour  ce  motif,  il  les  avait  frappés  d'une 
saisie.  Don  Pedro  mande  à  Gil  Garini,  mérine  de  Sâragosse,  de  surseoir 
aux  poursuites  jusqu'à  son  arrivée,  sous  peu  de  jours,  dans  cette  ville. — 
Huesca,  13  octobre  1294. 

Reg.  89,  f°  21. 

2543.  —  Jaime  H  autorise  Jucef  Golfe,  fils  de  Salamon,  Juif  de  Majorque, 
à  construire  un  four  à  pain  dans  sa  boutique  du  call  judaïque  (quartier 
qu'on  est  en  train  de  réédifier)  de  la  cité  [de  Palma],  pourvu  que  cette 
création  ne  porte  pas  de  préjudice  à  autrui  et  que  le  nouveau  four  soit  le 
four  unique  du  call  juif.  Cette  concession  est  faite  à  charge  d'un  cens 
annuel  de  10  morabotins  d'or  fin,  droit  poids;  elle  comporte  le  droit  de 
vendre,  aliéner  le  domaine  utile,  sauf  à  chevaliers,  ecclésiastiques  et 
saints.  —  Tortose,  14  octobre  1294. 

Reg.  194,  f°  93  v°. 

2544.  —  Il  a  été  écrit  aux  habitants  d'El  Frago  et  à  l'aljama  juive  de 
ce  lieu  d'envoyer  cinquante  béliers  pour  la  cène.  —  Huesca,  15  octobre  1294. 

Reff.  89,  f°  23. 


ACTES  POUR  L'HISTOIRE  DES  JUIFS  DE  LA  COUUOiNNE  D'ARAGON        157 

2545.  —  Mandement  au  justice,  à  l'alcaide  et  à  Lope  de  Vall,  rnérine 
de  Çuffar,  d'instruire  avec  diligence  le  procès  pendant  entre  les  Juifs  de 
Saragosse  et  leurs  débiteurs  chrétiens.  —  Çuffar,  17  octobre  1294. 

Reg.  89,  f°  23  v°. 

2546.  —  Jaime  II  continue  les  privilèges  octroyés  par  ses  prédéces- 
seurs à  l'aljama  juive  de  Tortose.  —  Tortose,  17  octobre  1294. 

Reg.   194,  1'°  95. 

2547.  —  David  Alatzar,  Juif  de  Saragosse,  assigné  par  sa  communauté 
pour  non  paiement  de  sa  quote-part  des  peites,  hihets  et  autres  taxes 
royales,  avait  juré  que,  pendant  cinq  ans,  il  n'habiterait  pas  à  Saragosse. 
L'infant  décrète  que,  malgré  ce  serment,  il  n'aura  pas  à  sortir  de  cette 
ville  pour  habiter  ailleurs.  —  Saragosse,  19  octobre  1294. 

Reg.  89,  f°  24. 

2548.  —  L'infant  donne  quittance  à  Gil  Carini,  mérine  de  Saragosse, 
de  l'amende  de  4.000  sous  de  Jaca  à  laquelle  Salamon  Avincaro,  Juif  de 
Tauste,  avait  été  condamné  pour  crimes  et  maléfices.  —  Saragosse, 
20  octobre  1294. 

Reg.  89,  f°  24. 

2549.  —  Pendant  la  trêve  entre  les  royaumes  de  Navarre  et  d; Aragon, 
des  Navarrais  ont  enlevé  une  mule,  un  roucin,  du  cuir  et  d'autres  objets 
à  Juçeph,  fils  de  Bon,  et  Juçeph,  fils  de  Sulema,  Juifs  d'Uncastillo.  Saisi 
de  la  plainte  de  ces  derniers,  l'infant  mande  à  Rodrigo  de  Figeroles, 
sobrejuntero  de  Jaca,  de  représenter  au  gouverneur  de  la  Navarre  d'avoir 
à  restituer  la  prise  faite  par  ses  administrés  ;  en  cas  de  refus,  licence 
sera  donné  d'user  de  représailles  à  l'égard  de  tout  Navarrais.  — Saragosse, 
22  octobre  1294 

Reg.  89,  f°  26. 

2550.  —  L'infant  a  appris  qu'à  rencontre  du  sursis  royal,  Blas  Jimén 
de  Ayerbe  contraignait  l'aljama  juive  d'Egea  à  verser  de  l'argent  au  roi. 
Il  lui  mande  de  surseoir  à  toute  contrainte.  —  Saragosse,  27  octobre  1294. 

Reg.  89,  f°  29  v°. 

2551.  —  Lettre  de  Jaime  II  à  la  reine  de  Castille.  lia  reçu  sa  missive 
sur  le  cas  de  Salamon  Gonstanti.  Il  ne  serait  pas  bon  que  ce  Juif  conti- 
nuât à  exercer  les  fonctions  de  juge  ou  de  «  rap  »  de  tous  les  Juifs 
d'Aragon  comme  au  temps  des  rois  Pedro  III  et  Alfonso  III;  cette  pro- 
longation porterait  un  grave  préjudice  à  ses  coreligionnaires.  La  reine 
ne  doit  pas  vouloir  que,  pour  un  Juif,  Jaime  II  perde  tous  les  autres.  Il 
la  prie  donc  de  l'excuser.  —  Barcelone,  27  octobre  1294. 

Reg.  252,  f°  50,  en  langue  castillane. 


158  KEVUE   DES   ETUDES  JUIVES 

2552.  —  Jaime  II  prie  le  roi  Abenjacob,  seigneur  de  Maroc,  l'émir 
Amuinlemi,  fils  de  Abenjucef,  seigneur  de  Maroc  et  l'émir  Amuinlemi 
d'accorder  créance  à  Samuel  Alfaquim.  —  Barcelone,  13  novembre  1294. 

Reg.  252,  f°  110,  en  castillan.  —  Semblable  notification  est  faite  au  roi 
de  Grenade  et  à  Bomip,  seigueur  de  Geuta. 

2553.  —  Izmael  de  Portella,  au  temps  où  il  était  dépensier  de  l'infant, 
avait  ordonné  aux  faubouriens  {aldeanos)  de  Calatayud  de  s'obliger  à 
Abrahim  Pazagon  et  à  son  frère  Azmel,  Juifs  de  la  ville,  qui  devaient  en 
répondre  à  leur  tour  à  l'infant,  suivant  acte  dressé  par  leur  tabellion 
Rabi  Mayr.  Maintenant,  Izmael  réclame  la  somme  aux  frères  Pazagon. 
Don  Pedro  mande  à  P.  Sanche,  justice  de  Calatayud,  au  sobrejuntero  de 
Tarazona  et  aux  autres  officiaux  de  Calatayud  d'interrompre  la  contrainte 
jusqu'à  ce  qu'lzmael  vienne  lui  rendre  ses  comptes.  —  Daroca,  18  no- 
vembre 1294. 

Reg.  89,  f-  40. 

2554.  —  L'infant  avait  mandé  au  justice  de  Murviedro  de  lui  envoyer 
Juçeph  Bonet,  Juif  de  cette  ville,  qui  s'était  rendu  coupable  d'un  faux  au 
préjudice  de  son  prétendu  débiteur  Ogero  de  Cervet.  Revenant  sur  cet 
ordre,  il  lui  enjoint  de  procéder  lui-môme  directement  contre  le  faus- 
saire, selon  le  droit  et  for  de  Valence.  —  Valence,  11  décembre  1294. 

Reg.  89,  f°  47  v°. 

2555.  —  L'infant  don  Pedro  ordonne  aux  adénantades  des  Juifs  de 
Valence  de  rapporter  la  sentence  d'excommunication  qu'ils  ont  pro- 
noncée contre  leur  coreligionnaire  Ester,  fille  de  Nabeyla,  puisqu'aucune 
plainte  n'a  été  portée  contre  elle.  L'excommuniée  se  trouvait  exclue 
pour  dix  ans  de  la  juiverie  de  Valence  et  défense  lui  avait  été  faite 
d'entretenir  désormais  des  relations  avec  les  Juifs  de  sa  communauté. 
Don  Pedro  fait  remarquer  aux  adénantades  qu'ils  n'ont  pas  le  droit,  si 
aucune  plainte  ne  s'est  produite,  d'excommunier  personne  sans  le 
consentement  du  roi  ou  de  l'infant.  Il  se  réserve,  au  surplus,  de  corriger 
l'abus  de  pouvoir  par  eux  commis.  —  Valence,  13  décembre  1294. 

Reg.  89,  f°  49. 

2556.  —  Jaime  II,  considérant  que  Jahuda,  fils  d'Astrug  Bonsenior, 
Juif  de  Barcelone,  sait  établir  des  actes  de  prêt  en  langue  arabique  et  les 
faire  comprendre  aux  Sarrasins,  lui  accorde  licence  d'instrumenter  en 
arabe  dans  la  cité  et  territoire  de  Barcelone.  Pour  avoir  force  légale,  ces 
actes  devront  être  écrits  et  souscrits  de  la  main  de  Jahuda,  qui  aura 
aussi  le  monopole  des  actes  hébraïques  à  Barcelone.  —  Barcelone, 
13  décembre  1294. 

Reg.  194,  f°  108  v°. 


ACTES  POUR  L'HISTOIRE  DES  JUIFS  DE  LÀ  COURONNE  D'ARAGON       159 

2557.  —  Jaime  II,  ayant  égard  à  la  pauvreté  de  l'aljama  juive  d'Egea, 
lui  consent  une  remise  de  1.500  sous  de  Jaca  sur  le  tribut  de  l'année 
courante.  —  Barcelone,  20  décembre  1294. 

Reg.  194,  f°  109  v°. 

2558.  —  Feu  Salomon  Abençaprut  avait  tué  la  femme  et  la  sœur  de 
Salomon  Alfayat,  Juif  de  ïéruel,  épousé  son  autre  sœur  après  l'avoir 
ravie  dans  la  maison  de  sa  mère.  Alfayat,  ayant  dénoncé  ces  turpitudes, 
s'était  trouvé  exposé  aux  menaces  de  plusieurs  Juifs  de  Téruel  qui  lui 
avaient  rendu  le  séjour  de  cette  ville  intolérable.  Informé  par  Alfayat  de 
celte  situation,  l'infant  mande  au  justice  et  au  juge  de  Téruel  de  protéger 
le  plaignant,  pourvu  qu'il  se  déclare  prêt  à  faire  droit  devant  leur 
tribunal;  Alfayat  devra  pouvoir  rentrer  à  Téruel  et  y  séjourner  en  toute 
sécurité.  —  Valence,  31  décembre  1294. 

Reg.  89,  fo  48: 

2559.  —  Ordre  aux  adénantades  de  l'aljama  juive  de  Valence  de  laisser 
Ester,  fille  de  Na  Beyla,  aller  et  venir  librement  dans  leur  juiverie  et  se 
mêler  à  l'existence  des  autres  Juifs,  nonobstant  l'alatma  lancée  par  eux 
contre  elle.  —  3  janvier  1294/5. 

Reg.  89,  f»  55  v°. 

2560.  —  L'infant  reçoit  Mosse  Abenrodrich,  Juif  de  Murviedro,  sous 
la  sauvegarde  du  roi  et  sous  la  sienne.  —  Même  date. 

Reg.  89,  f°  55  v°. 

2561.  —  G.  de  Santa  Maria,  jurispérit  de  Murviedro,  est  chargé  de 
connaître  des  différends  entre  Jucef  Avinçaprut,  d'une  part,  Açach 
Passareyl  et  l'aljama  juive  de  cette  ville,  d'autre  part.  —  4  janvier  1294/5. 

Reg.  89,  f°  54. 

2562.  —  Le  lieutenant  du  procureur  du  royaume  de  Valence  a  pro- 
mulgué la  sentence  par  laquelle  l'infant  avait  confirmé  celles  rendues 
par  A.  Scribe,  alors  justice  de  Valence,  et  G.  de  Vernet,  assigné  juge  par 
ce  dernier,  contre  Jaime  de  Puig  Palamerio,  accusé  par  le  Juif  Juçeph 
Maxefon  d'avoir  tué  son  fils  Vidal  Maxefon.  Don  Pedro  mande  au  justice 
et  aux  jurés  de  Valence  de  faire  exécuter  la  sentence  promulguée.  — 
Valence,  13  janvier  1294/5. 

Reg.  89,  f°  56. 

2563.  —  Jaime  II  a  appris  que  le  baile  chargé  de  recueillir  les  cha- 
longes  des  Juifs  de  Téruel  pour  noble  B.  G.,  sans  attendre  la  décision  des 
officiers  royaux  touchant  la  taxation  de  ces  chalonges,  contraignait  de 
multiples  façons  lesdits  Juifs  à  lui  en  verser  le  montant.  Il  lui  mande  de 


160  REVUE   DES  ÉTUDES  JUIVES 

ne  rien  exiger  avant  le  prononcé  des  sentences.  —  Barcelone,  13  jan- 
vier 1294/5. 

Reg.  194,  t'o  113. 

2564.  —  Jaime  II,  voulant  travailler  au  développement  et  à  la  prospé- 
rité de  la  ville  de  Figueras,  décide,  par  grâce  spéciale,  que  les  Juifs  qui 
viendront  la  peupler  seront  affranchis,  pendant  les  dix  premières  années 
qui  suivront  leur  établissement,  de  toutes  quêtes  et  services,  pourvu 
qu'ils  ne  soient  pas  encore  inscrits  au  rôle  de  la  collecte  ou  du  tribut 
royal.  —  Même  date. 

Reg.  194,  f»  115. 

2565.  —  Ordre  aux  adénantades  de  l'aljamâ  juive  de  Valence  de 
procéder  contre  les  Juifs  de  cette  ville  inculpés  d'excès  par  le  Barcelonais 
Me  Haron,  Juif  de  la  maison  du  roi  et  de  l'infant.  —  Valence,  18  jan- 
vier 1294/5. 

Reg.  89,  f°  57  v°. 

2566.  —  Le  Juif  Juçeph  Avinçaprut  avait  reçu  de  feu  Jaime  Ier  une 
assignation  de  120  sous  par  an  sur  le  tribut  des  Juifs  de  Murviedro. 
Or,  profitant  d'un  acte  de  vente,  qu'il  savait  pourtant  fictif,  Açach 
Passareil  s'était  substitué  frauduleusement  à  l'assignation  et,  depuis 
huit  ans,  procédait  lui-même  au  prélèvement  de  l'assignataire.  L'infant 
mande  à  P.  Mir,  baile  de  Murviedro,  de  contraindre  l'usurpateur  à  res- 
tituer les  annuités  induement  perçues  par  lui,  puisqu'aussi  bien  Passareil 
a  confessé,  sous  la  prestation  du  serment,  que  la  vente  à  lui  consentie 
par  Avinçaprut  avait  un  caractère  fictif.  —  Valence,  18  janvier  1294/5. 

Reg.  89,  f°  57  v°. 

2567.  —  L'infant  informe  les  adénantades  et  le  groupe  juifs  de 
Majorque  que  l'aljamâ  juive  de  Barcelone  a  concédé  charte  testimo- 
niale à  Avigata,  veuve  d'Astruch,  Juif  Barcelonais,  pour  lui  permettre 
d'acquérir  un  immeuble  dans  leur  juiverie  et  l'aider  à  y  marier  sa  fille, 
qu'elle  ne  pouvait  marier  ailleurs.  Gomme  la  veuve  d'Astruch  se  pro- 
pose de  retourner  à  Majorque  pour  y  marier  sa  fille,  don  Pedro  mande  à 
la  communauté  juive  de  cette  ville  de  n'apporter  aucun  obstacle  à  la 
réalisation  de  ce  projet.  —  Valence,  26  janvier  1294/5. 

Reg.  89,  f°  60  v°. 

2568.  —  Il  a  été  écrit  à  P.  de  Libian,  grand  baile  du  roi  à  Valence,  de 
rechercher  s'il  était  vrai  que  Jacob  Abnuda  et  Jahuda  Abenvives  eussent 
prononcé  frauduleusement  sur  le  fait  des  400  morabotins  de  Castille  que 
réclamait  Abrahim  Abenmuyel  à  Samuel  Mohendin.  Dans  l'affirmative, 
cette  sentence  devrait  être  révoquée  et  Samuel  serait  tenu  de  remettre 


ACTES  POUR  LM11ST01BE  DES  JUIFS  DE  LA  COURONNE  D  ARAGON       461 

les  400  morabolins  à  Abrahim  selon  le  jugement  rendu,  l'année  précé- 
dente, par  les  adénantades  de  L'aljama  juive  de  Valence.  —  Valence, 
26  janvier  1294  5. 

aeg.  S!),  f»  (il)  \". 

2569.  —  Quittance  aux  secrétaires  et  à  l'aljama  des  Juifs  de  Tarra- 
gone  de  250  sous  barcelonais,  qu'ils  ont  versés  h  P.  Esqnerit  pour  la 
cène  de  l'année  courante.  —  Tarragone,  8  février  1294/5. 

Heu.  89,  t'°  63  v\ 

2570.  —  L'infant  prie  les  adénantades  et  l'aljama  juive  d'El  Frago  de 
lui  envoyer  300  sous  de  Jaca  pour  lui  permettre  de  célébrer,  avec 
quelques  «  ricos  hombres  »,  les  réjouissances  qui  seront  données  aux 
prochaines  fêtes  de  Pâques  à  Huesca.  —  Huesca,  30  mars  1295. 

Reg.  89,  f°  75. 

2571.  —  L'infant  mande  à  Enego  Lopez  de  Jassa,  baile  de  Huesca,  de 
donner  satisfaction  à  son  concitoyen  juif  Moçe,  fils  de  feu  Vidal  Abla- 
croner,  qui  affirmait  avoir  coutume  de  recevoir  chaque  année  un  salaire 
de  100  sous  de  Jaca  pour  la  perception  des  tributs  et  cens  de  Huesca.  — 
Huesca,  3  avril  1295.      t 

Reg.  89,  1°  76  v°. 

2572.  —  L'infant,  ayant  chargé  Muça  Ablacromer,  Juif  de  Huesca,  de 
faire  des  réparations  au  palais  royal  de  cette  ville,  mande  au  baile  Enego 
Lopez  de  Jassa  d'imputer  les  dépenses  qui  seront  engagées  de  ce  chef  sur 
le  budget  de  la  cité.  —  Huesca,  10  avril  1295. 

Reg.  89,  1°  79  v°. 

2573.  —  Quittance  de  l'infant  à  Açach  Fehuçal,  Juif  de  Huesca,  de 
153  sous  de  Jaca,  à  valoir  sur  les  460  qui  lui  incombent  pour  la  tein- 
turerie ou  étuve  (de  tintoraria  sive  calderia)  de  Huesca.  —  Même  date. 

Reg.  89,  f»  80. 

2574.  —  L'infant  transmet  à  Miguel  Pedro  Romer,  ju  ris  périt  de  Huesca, 
la  plainte  déposée  par  dame  Constance  de  Béarn  contre  des  Juifs  de  cette 
ville,  qu'elle  accusait  de  réclamer  à  ses  hommes,  de  Lienas  et  d'Apiés, 
des  créances  déjà  soldées  et  des  intérêts  usuraires.  —  Huesca,  12  avril  1295. 

Reg.  89,  f»  80. 

2575.  —  L'infant  ordonne  à  l'alcaide,  au  justice  et  aux  jurés  d'El  Frago, 
d'examiner  le  compte  des  sommes  dues  par  les  chétiens  aux  Juifs  de 
cette  localité  et  de  les  leur  faire  acquitter  en  trois  annuités.  Quant  aux 
intérêts,  don  Pedro  y  pourvoiera.  —  Penaflor,  18  avril  1295. 

Reg.  89,  f°  85. 

T.  LXXV,  n»  150.  11 


162  KEVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

2576.  —  Jaime  II  informe  les  secrétaires  de  l'aljama  juive  de  Barcelone 
qu'il  affranchit  les  époux  juifs  Jacob  de  Caldas  de  Montbuy  et  Vidale, 
leur  vie  durant,  avec  réversibilité  au  dernier  mourant,  de  toute  quête, 
peite  et  exaction  royales.  —  Barcelone,  18  avril  1295. 

Reg.  194,  f«  136  v°. 

2577.  —  Lettres  de  franchises  accordées  pendant  quatre  ans  par 
Jaime  II  à  l'aljama  juive  de  la  cité  de  Jaca  pour  peite,  quête,  subside, 
chevauchée,  à  l'exception  du  tribut  annuel  et  de  la  cène,  qui  s'élève  à 
200  sous  de  Jaca.  —  Barcelone,  30  avril  1295. 

Reg.  194,  f°  137  v°. 

2578.  —  L'infant  reçoit  sous  la  sauvegarde  du  roi  et  la  sienne  les 
familles  et  les  biens  d'Açaeh,  Juceph  et  Jahuda,  Juifs  de  Saragosse,  fils  de 
Vidal  Abenaçfora,  de  la  maison  royale.  —  Saragosse,  9  mai  1295. 

Reg.  89,  f°  96  v°. 

2579.  —  Ordre  à  l'alcaide  et  au  justice  de  Guffaria  de  contraindre  tous 
ceux  des  habitants  de  cette  ville  et  des  hameaux  (aidées)  environnants 
qui  se  trouvent  obligés  pour  dettes  aux  Juifs  de  Saragosse,  de  payer  leur 
quote-part  d'une  créance  de  560  sous  de  Jaca.  —  Saragosse,  10  mai  1295. 

Reg.  89,  f°  94  v°. 

2580.  —  L'infant  mande  a  Sancho  Gili,  mérine  d'Egea,  de  définir  les 
deux  procès  que  le  Juif  Juceph  Cesson  a  intenté,  le  premier,  à  Blas  Jimen 
de  Ayerbe  pour  non-paiement  du  prix  de  vente  d'une  vigne,  le  second,  à 
Ferrand  de  Oblitis  pour  une  dette  non  acquittée.  —  Saragosse,  13  mai  1295. 


2581.  —  L'infant,  compatissant  à  la  pauvreté  de  Mosse  Huellan,  fils 
de  feu  Abraffim  Huellan,  Juif  de  Saragosse,  ramène  à  700  sous  de  Jaca 
(dont  quittance)  l'amende  de  200  morabotins  d'or,  par  lui  encourue,  pour 
avoir  infligé  une  saisie  à  son  coreligionnaire  Salomon  Mené,  à  raison  de 
la  tacane  de  la  peyte  faite  par  l'aljama  juive  de  la  ville.  —  Saragosse, 
13  mai  1295. 

Reg.  89,  f°  97  v». 

2582.  -  L'infant,  ayant  appris  par  Juceph  Cesson  que  ce  Juif  avait  été 
frappé  de  saisie  par  son  aljama  d'Egea  pour  non -paiement  de  peyte, 
mande  aux  juges  de  l'aljama  juive  de  Saragosse  d'obliger  la  communauté 
d'Egea  à  compter  avec  Cesson  et  a  lui  rendre  ce  qui  lui  revient.  — 
Saragosse,  15  mai  1295. 

Reg.  89,  f°  98. 


ACTES  POUR  L'HISTOIRE  DES  JUIFS  DE  LA  COURONNE  D'ARAGON       163 

2583.  —  L'infant  a  appris  par  la  plainte  de  Bites,  fils  de  Juçeph 
del  Tarral,  que  ce  Juif  avait  été  dépouillé  par  la  justice  d'Egea  de 
certaines  voitures  [redas)  qu'il  détenait  en  gage,  ainsi  que  d'un  héritage 
provenant  de  feu  Rodrigo  Açner  et  de  sa  femme.  Don  Pedro  mande  aux 
jurés  et  au  conseil  d'Egea  de  faire  remettre  Bites  en  possession  des  biens 
saisis.  —  Saragosse,  18  mai  1295. 

Reg.  89,  f°  100  v°. 

2584.  —  L'infant  mande  aux  viguiers  et  juges  de  Besalu  et  Camprodôn 
de  recevoir  le  témoignage  des  chrétiens  et  Juifs,  que  certain  chevalier  et 
sa  femme  se  proposent  de  leur  faire  entendre  dans  le  procès  pour  dettes 
qu'ils  ont  intenté  à  [çach  Mayr,  Juif  de  Camprodôn.  —  Saragosse, 
23  juin  1295. 

Reg.  89,  f  110  v°. 

2585.  —  L'infant  confie  aux  juges  de  l'aljama  juive  de  Saragosse 
l'examen  des  procès  intentés,  pour  dettes  et  injures,  par  Salamon  Avin- 
toro,  Juif  de  Tauste,  à  Juçeph  et  Samuel  Darraveyl,  Juifs  de  Tauste,  ainsi 
qu'à  d'autres  de  leurs  coreligionnaires  de  Tauste  et  d'Egea.  —  Saragosse, 
3  juillet  1295. 

Reg.  89,  f»  116  v°. 

2586.  —  Jaime  II  concède  au  Juif  Samuel  Abenvives  que,  le  jour  où 
la  couronne  aura  recouvré  le  lieu  de  Vall  de  Alfandech  de  Maneryo, 
détenu  présentement  par  son  amie  l'impératrice  des  Grecs,  ledit  Samuel 
recevra  l'office  de  la  bailie  de  Vall,  en  percevra  les  revenus  et  en  rendra 
compte  au  baile  général  du  royaume  de  Valence  ;  il  lui  sera  alloué  le 
même  salaire  qu'à  ses  prédécesseurs.  —  Valence,  6  juillet  1295. 

Reg.  194,  f°  159. 

2587.  —  L'infant,  ayant  appris  que  le  statut  ou  règlement  établi  par 
les  adénantades  et  l'aljama  juive  de  Saragosse  relativement  au  choix  des 
juges  de  leur  communauté  avait  reçu  des  additions  frauduleuses,  mande 
à  Gil  Carini,  mérine  de  Saragosse,  de  procéder  contre  les  faussaires.  — 
Saragosse,  29  juillet  1295. 

Reg.  89,  f°  121  v°. 

2588.  —  Arnaldo  Almerigo,  alcayde  de  Saragosse,  ayant  arrêté  des 
Juifs  inculpes  de  relations  adultères  avec  des  chrétiennes,  le  çalmédine 
les  lui  avait  enlevés  par  la  violence,  alors  que  ces  prévenus  devaient 
bien  être  remis  au  pouvoir  de  l'alcayde.  Informé  de  ces  faits  par  ce  der- 
nier, don  Pedro  mande  au  çalmédine  de  restituer  les  prisonniers  juifs  à 
l'alcayde  compétent.  —  Huesca,  5  août  1295. 

Reg.  89,  f°  124  v". 


164  KEVUE    DES   ETUDES  JUIVES 

2589.  — Jueeph  Abenatia,  s'étant  plaint  à  l'infant  d'avoir  été  dépouillé 
indûment,  lui,  sa  femme  et  ses  enfants,  par  les  adénantades  et  laljama 
des  Juifs  de  Galatayud  de  plusieurs  maisons  sises  dansla  juiverie  de  cette 
ville,  l'infant  mande  aux  spoliateurs  de  remettre  le  plaignant  en  posses- 
sion de  ses  immeubles.  —  Huesca,  5  août  1295. 

Reg.  89,  f°  125. 

2590.  —  L'infant  informe  le  bai  le  de  Girone  qu'il  a  remis  aux  deux 
sœurs  juives  de  cette  ville,  Salèdina  et  Aster,  la  chalonge  on  peine  qui 
leur  était  réclamée  parle  baile  en  raison  de  la  récente  pendaison  de  leur 
frère  Bonjuha  (suspensus).  —  Girone,  30  septembre  1295. 

Reg.  89,  f°  135. 

2591 .  —  Noble  Lope  Ferrench  de  Luna  et  Içmaell  de  Porlella,  ayant  à 
se  plaindre  de  Durand  Astrug,  marchand  juif  de  Barcelone,  l'avaient 
arrêté  à  Daroca  et  refusaient  de  le  remettre  en  liberté  sous  caution,  ce 
dont  l'infant  s'étonne  beaucoup.  Puisque  Durand  se  déclare  prêt  à  faire 
justice  à  Lope  Ferrench  au  pouvoir  du  justice  d'Aragon  et  à  Içmaell  au 
pouvoir  des  juges  juifs  de  Saragosse,  don  Pedro  requiert  noble  de  Luna 
de  rendre  la  liberté  à  son  prisonnier.  —  San  Estebân  (?),  6  octobre  1295. 

Reg.  89,  f°  136  v°. 

2592.  —  Interdiction  aux  Juifs  de  Perpignan  de  jouer  aux  dés  pen- 
dant leurs  fêtes,  ni  les  jours  de  noces,  ni  en  aucune  autre  circonstance, 
sans  permission  spéciale  du  bailli  royal  qui  devait  se  la  faire  payer  ; 
dans  aucun  cas,  ils  ne  devaient  jouer  avec  des  chrétiens.  — 21  octobre  1295. 

Archives  de  Perpignan,  livre  l«r  des  «  Ordinacions  »  de  la  cour  du  bailli 
de  Perpignan,  f°  1  v°.  —  Iindiq.  :  P.  Vidal,  Les  Juifs  de  Roussillon 
et  de  Cerdagne,  Paris,  1888,  in-8°  (extrait  de  la  Revue  des  Études 
juives,  t.  XV  et  XVI),  p.  29. 

2593.  —  Ordonnance  d'En  Vidal  Griman,  baile  de  Perpignan,  enjoi- 
gnant aux  Juifs  de  ne  point  sortir  sans  cape.  —  21  octobre  1295. 

Archives  de  Perpignan,  livre  Ie'  des  «  Ordinacions  »,  f°  7  v°.  —  Indiq.  : 
P.  Vidal,  Juifs  de  Roussillon,  p.  30. 

2594.  —  L'infant  mande  à  Berenguer  de  Argentona,  baile  de  Castell- 
vell  de  Panades  et  d'Arbôs,  de  ne  pas  faire  de  paiements  sur  les  revenus 
de  sa  bailie,  mais  de  répondre  à  Escapat  Malet,  Juif  de  Barcelone,  et  à 
certains  autres  qui  ont  reçu  des  assignations  là-dessus.  —  Perelada, 
31  octobre  1295. 

Reg.  89,  f°  139. 

2595.  —  Bartholomeo  de  Mans  avait  confisqué  du  poivre  «  encame- 
ratum  »   à  Rossello   Vidal  et  Bonafeu  Ferrer,  Juifs  de   Barcelone.   Or, 


ACTES  POUR  L'HISTOIRE  DES  JUIFS  DE  LÀ  COURONNE  D'ARAGON       165 

Tintant  s'est  assuré  que  les  deux  Juifs  jouissaient  d'une  bonne  réputa- 
tion et  qu'ils  n'étaient  pas  présumés  coupables  iïencaramcnto.  D'ailleurs, 
Iîaimundo  de  Angolera  est  intervenu  en  leur  faveur  auprès  de  l'infant. 
Don  Pedro  mande  donc  à  Bartholomeo,  de  la  part  du  roi  et  de  la  sienne, 
de  restituer  le  poivre  aux  deux  Juifs,  bien  qu'une  sentence  ait  été  rendue 
à  ce  sujet.  —  Barcelone,  18  novembre  1295. 
Reg.  89.  f°  143. 

2596.  —  L'infant  reconnaît  aux  adénantades  et  à  l'aljama  des  Juifs  de 
Monzôn  qu'ils  n'ont  jamais  accoutumé  de  fournir  la  cène.  —  Barcelone, 
21  novembre  1295. 

Reg.  89,  f°  141  v°. 

2597.  —  L'infant  mande  à  ses  officiaux  et  sujets  de  seconder  Açach 
Avincema,  Juif  de  Monzôn,  qui  a  obtenu  licence  de  Pedro  A.  de  Cervera, 
viguier  de  Ribagorza  et  Pallars,  de  saisir  les  biens  des  hommes  de 
Castellroig  pour  non  paiement  de  dettes.  —  Barcelone,  21  novembre  1295. 

Reg.  89,  f»  141  v». 

2598.  —  Il  a  été  mandé  à  Berenguer  de  Argentona  de  payer  à  Mosse 
Caravida,  Juif  de  Villafranca,  233  sous  4  deniers  pour  solde  d'un  mulet 
de  500  sous,  que  ce  dernier  avait  fourni  contre  assignation  de  pareille 
somme  sur  les  revenus  d'Arbôs.  —  Arbôs,  29  novembre  1295. 

Reg.  89,  f°  144  v». 

2599.  —  Jacob  Çuri,  Juif  de  Lima,  s'est  plaint  à  l'infant  que  les  adé- 
nantades et  l'aljama  de  sa  juiverie  lui  avaient  infligé  une  saisie  pour 
fausse  déclaration  de  biens  à  raison  de  la  peyte,  bien  que  ce  contri- 
buable se  fût  offert  à  observer  son  serment  selon  la  çuna.  Don  Pedro 
mande  à  l'alcaide,  au  justice  et  aux  jurés  de  Luna  de  faire  restituer  à 
Jacob  les  biens  qui  lui  ont  été  saisis,  puisqu'il  se  déclare  prêt  à  faire 
droit  selon  la  législation  hébraïque.  —  Huesca,  27  décembre  1295. 

Reg.  89,  f»  148. 

2600.  —  Jaime  II  charge  de  la  garde  du  château  de  Montclus  son 
écuyer  Juân  de  San-Martin.  Outre  700  sous  de  gages  par  an,  le  roi  lui 
accorde  une  redevance  annuelle  de  133  sous  de  Jaca  à  prendre  sur  le 
tribut  des  Juifs  de  Montclus.  -  1295. 

Indiq.  :  J.  Miret  y  Sans,  Le  Massacre  des  Juifs  de  Montclus  en  1320. 
Episode  de  Ventrée  des  Pastoureaux  dans  V Aragon  ;  étude  parue 
dans  Revue  des  Études  juives,  LUI  (1907),  257. 

2601.  —  Mayr  Avensenyor  a  comparu  devant  l'infant,  le  mardi  après 
la  Circoncision,  pour   soutenir  sa  cause  contre  P.  Navascuas,  qui  lui 


166  BEVUE  DES   ÉTUDES  JUIVES 

contestait  la  possession  d'un  héritage;    il  a  attendu  son  adversaire  pen- 
dant trois  jours,  mais  sans  le  voir  venir.  De  ce  défaut  de  l'une  des  par- 
ties, il  doit  être  dressé  lettre  testimoniale.  —  Huesca,  5  janvier  1295/6. 
Reg.  89,  f°  151. 

2602.  —  Il  s'était  produit  rixes,  coups  et  blessures  entre  Açach  Bonet, 
Bonet,  son  fils,  Janton  Çapit,  Açach,  son  fils,  et  d'autres  Juifs  de  Sara- 
gosse,  leurs  parents,  notamment  Mosse  et  Menasse,  iils  de  Salomon 
Aheni.  Sons  prétexte  de  manquement  à  la  loi  jurée,  le  mérine  de  Sara- 
gosse  avait  engagé  des  poursuites  contre  les  Bonet  et  les  Çapit,  pères  et 
fils.  Saisi  de  la  plainte  de  ces  derniers,  l'infant  mande  au  mérine  de  ne 
pas  procéder  contre  les  quatre  plaignants,  puisqu'auenne  plainte  n'a  été 
déposée  contre  eux.  —  Saragosse,  13  janvier  1295/6. 

Reg.  89,  f°  154. 

2603.  —  Obligation  souscrite  par  l'infant  à  Açach  Arrêt,  Juif  deCala- 
tayud,  maintenant  fixé  à  Fariza,  de  la  somme  de  100  sous  que  le  second 
avait  prêtée  au  premier.  —  Fariza,  9  février  1295/6. 

Reg.  89,  f°  156. 

2604.  —  L'infant  mande  a  P.  Esquerit  de  payer  à  Jahuda  Almeredi, 
Juif  de  Saragosse,  200  sous  de  Jaca  pour  un  voyage  à  cheval  (equitatura) 
qu'il  lui  avait  fait  entreprendre.  —  Saragosse,  25  février  1295/6. 

Reg.  89,  f°  159. 

2605.  —  En  remboursement  de  la  créance  de  2.700  sous  de  Jaca 
souscrite  par  dame  Urracha  de  Pomar  aux  Juifs  d'El  Frago,  le  terroir  de 
Sinago  avait  été  engagé  aux  créanciers  et  donné  à  cultiver  à  des  labou- 
reurs jusqu'à  extinction  complète  de  la  dette,  tout  intérêt  cessant. 
L'infant  mande  à  Drogo  Jimén  de  los  Fayos,  alcaide  d'El  Frago,  de  faire 
restituer  les  saisies  qui  ont  pu  être  infligées  à  dame  Urracha  ou  à  ses 
hommes.  — -  Huesca,  9  mars  1295/6. 

p,eg.  89,  f"  h;:;. 

2606.  —  L'infant  a  appris  qu'à  l'instance  du  Juif  Jessuas,  le  sobrejun- 
tero  de  Huesca  avait  frappé  de  contrainte  des  Sarrasins  de  Blecua,  débi- 
teurs de  Jessuas,  bien  qu'ils  eussent  donné  leur  parole  d'ester  en  droit  à 
ce  sujet  au  pouvoir  du  çavalaquem  de  Huesca,  conformément  à  la  çuna 
de  la  législation  sarrasine.  Don  Pedro  mande  au  sobrejuntero  de  renoncer 
à  toute  contrainte  à  leur  égard.  -    Huesca,  12  mars  1295/6. 

Reg.  89,  (°  167. 

2607.  —  L'infant,  seigneur  de  Moncada  et  Gastellvell,  procureur  du  roi 
Jaime  II,  considérant  les  bons  services  que  le  Juif  de  Huesca  Samuel, 


ACTES  POUR  L  HISTOIRE  DES  JUIFS  DE  LA  COURONNE  D'ARAGON       167 

chirurgien  à  Egea,  lui  avait  rendus,  ainsi  qu'à  divers  membres  de  la 
famille  royale,  mande  à  fous  ses  officiaux  de  faire  observer  le  privilège 
par  lequel  l'eu  Aifonso  III  avait  exempté  la  maison  de  Samuel  du  loge- 
ment des  -eus  de  cour  et  de  la  réquisition  d'ustensiles  de  ménage.  — 
Huesca,  14  mars  1295  6. 
Reg.  89,  f°  169. 

2608.  —  A  la  supplication  d'Ismacl  de  Portella  et  d'Açach  de  Portella, 
ce  dernier  tils  de  feu  Mu  ça,  Jaime  II  leur  confirme  l'absolution  de  toute 
poursuite,  faite  ou  à  faire,  par  A.  de  Bastida,  maître  comptable  de  la  cour 
royale,  contre  Ismael,  Açach,  Aljofar,  femme  de  Muça,  Abrahim  et  Salo- 
mon,  fils  de  Muça,  Dolsa,  veuve  d'Abrahim  de  Portella,  Açach,  fils  de  ce 
dernier,  Oro,  veuve  de  Salomon  de  Portella,  Açach,  Açmael  et  Abrahim, 
iils  de  Salomon,  et  Jucef  de  Portella,  frère  de  Muça.  —  Daroca,  15  mars 
1295/6. 

Reg.  194,  f°  208. 

2609.  —  Lettres  de  guidage  délivrées  aux  fils  de  Jncef  de  Portella, 
à  Issach,  fils  de  Salomon,  médecin,  à  Açach,  fils  de  Perfayt,  gendre  de 
Muça  et  aux  autres  parents  de  ce  dernier,  qui  avaient  quitté  Tarazona  à 
la  suite  de  la  mort  de  Muça.  Ce  passeport  leur  est  accordé  pour  leur 
permettre  de  rentrer  dans  les  terres  royales.  —   Daroca,  15  mars  1295/6. 

Reg.  194,  t°»  208  v-209. 

2610.  —  Feu  Aifonso  III  avait  cédé  à  Antoine  de  Bastida  toute  l'action 
qu'il  aurait  pu  exercer  sur  les  biens  de  feu  Muça  de  Portella,  de  sa  femme 
et  de  toute  sa  parenté,  contre  la  promesse  de  partager  la  plus-value  de 
ces  biens,  s'ils  dépassaient  30.000  sous  de  Jaca.  Jaime  II,  considérant  que 
Bastida  a  transigé  avec  les  intéressés,  le  délie  de  toute  obligation  et 
piomesse.  —  Même  date. 

Reg.  194,  f  209. 

2611.  —  Jaime  II  mande  au  baile  général  du  royaume  d'Aragon  de 
mettre  Ismael  de  Portella,  Açach  de  Portella,  Aljofar,  veuve  de  Muça, 
ainsi  que  ses  enfants,  frères,  neveux  et  cousins,  en  possession  du  lieu  dit 
Albachar  (sis  dans  le  circuit  du  château  de  Borja),  qu'il  leur  a  donné  pour 
le  peupler,  l'habiter  et  se  le  partager  entre  eux,  après  avoir  pris  l'avis  du 
baile.  —  Même  date. 

Reg.  194,  P  209  v°. 

2612.  —  Ordre  à  l'alcaide  du  château  de  Borja  de  permettre  au  baile  la 
susdite  mise  en  possession.  —  Même  date. 

Reg.  194,  P  209  v°. 


168  REVUE   DES   ETUDES  JU1VKS 

2613.  —  L'infant,  ayant  appris  que  Muça  Ablacren,  Juif  de  Huesea, 
chargé  de  recueillir  les  tributs  et  cens  de  cette  cité,  se  comportait  moins 
bien  dans  l'exercice  de  ses  fonctions,  mande  h  P.  Esquerit  de  commettre 
à  sa  place  un  chrétien  digne  de  foi,  qui  recevra  pour  sa  peine  le  salaire 
accoutumé.  —  Huesea,  19  mars  1295/6. 

Reg.  89,  f°  170. 

2614.  —  L'infant  avait  ordonné  récemment  aux  Juifs  d'El  Frago  de  se 
préparer,  avec  des  armes  et  du  pain  pour  quatre  mois,  à  suivre  une 
expédition  en  Castille  ;  mais,  considérant  que  cela  leur  serait  pénible  et 
coûteux,  il  les  autorise  à  se  faire  remplacer  par  des  fantassins  et  à  se 
racheter  de  l'expédition  au  prix  de  800  sous.  —  Même  date. 

Reg.  89,  f»  170  v. 

2615.  —  L'infant  informe  Hamet  del  Carrai,  Abraffim  Démina,  Hamet 
de  Aara,  Mahomet  el  Serano  et  plusieurs  autres  Sarrasins  de  Villafeliche 
qu'à  sa  prière,  leur  créancier  Juçeph  Dabehalau,  Juif  de  Calatayud,  voulait 
bien  les  autoriser  à  se  libérer  de  leur  dette  de  1.500  sous  de  Jaca  en  trois 
annuités  de  500  sous,  exigibles,  chaque  année,  au  mois  d'avril.  —  Cala- 
tayud, 4  avril  1296. 

Reg.  89,  1°  176  v. 

2616.  —  Défense  à  tout  Juif  baptisé  de  conserver  aucune  relation  avec 
ses  anciens  coreligionnaires,  de  les  fréquenter  et  même  de  leur  parler. 
Défense  d'entrer  dans  le  call  des  Juifs  et  de  s'asseoir  à  leur  table  pour 
boire  et  manger.  Celui  qui  contreviendra  audit  mandement  sera  passible 
d'une  amende  de  20  sous  à  chaque  contravention  ;  s'il  est  insolvable,  il 
prendra  20  assois,  et  ses  complices  juifs  payeront  100  sous.  Le  dénon- 
ciateur recevra  le  tiers  de  l'amende.  Quelques  jours  après,  le  baile  de 
Perpignan,  En  Vidal  Grimau,  défend  à  tout  chrétien  d'aller  vendre  des 
comestibles  dans  la  juiverie.  —  Perpignan,  21  avril  1296. 

Jndiq.:  P.  Vidal,  Juifs  de  Rous&illon,  p.  31  et  52,  note. 

2617.  —  Donation  entre  vifs,  sous  réserve  d'usufruit,  consentie  par 
dame  Joyes  et  son  mari  Josué  llallevi,  fils  d'Isaac,  demeurant  àTarragone, 
à  leur  tils  Zerahya,  d'une  maison  a  Girone,  sise  au  «  Call  ample  »,  avec  le 
terrain  et  les  maisons  contigiïes,  ainsi  que  le  cens  de  ces  maisons,  plus 
de  la  moitié  d'une  vigne,  sise  a  Girone,  au  lieu  dit  Balnovas,  plus  de  cinq 
livres  de  Moïse,  premiers  et  seconds  Prophètes  et  Hagiographes,  valant 
500  sous  barcelonais.  Témoins  :  Samuel  tils  de  Hanninaï,  Heuben  fils  de 
Moïse.  —  1296,  3  juin  à  2  juillet  (en  tammuz  de  l'an  5056). 

Publ.  :   Is.  Loeb,   dans   Boletin   de    la    real   Acudemia  de  historia   de 

Madrid,  VI,  47-8  (traduction  française)  et  48-51  (texte  hébraïque). 


ACTES  POUR  L'HISTOIRE  DES  JUIFS  DE  LA  COURONNE  D'ARAGON       169 

2618.  —  En  récompense  de  services  rendus,  Jaime  II  affranchit  pen- 
dant cinq  ans,  Jueef  Chofe,  de  tous  services,  cènes,  subsides  et  autres 
redevances  royales,  à  l'exception  de  sa  quote-part  du  tribut  et  du  mon- 
nayage de  l'aljama  de  Tortose.  —  29  août  1296. 

Reg.  194,  f»  249. 

2619.  —  A  la  requête  de  Mosse  Aventure!,  Juif  de  Murcie,  qui  a  fait 
preuve  de  dévouement  dans  l'exercice  de  ses  fonctions,  Jaime  II  lui 
confirme  l'exemption  de  peyte,  portage,  dîme  (diegmo),  roulage  (rodua), 
que  lui  avait  déjà  accordée  feu  Alfonso,  roi  de  Gastille.  La  quote-part  de 
Mosse,  à  ces  impositions,  sera  inscrite  par  les  collecteurs  au  compte  du 
roi.  —  Valence,  4  septembre  1296. 

Reg.  194,  f°250  v°. 

2620.  —  Jaime  II,  accédant  à  l'humble  supplique  de  l'aljama  juive  de 
la  cité  de  Murcie,  l'autorise  à  appliquer  pendant  cinq  ans  l'ordonnance 
convenue  entre  le  conseil  de  cette  cité  et  les  Juifs  touchant  les  prêts  qui 
seront  consentis  par  ces  derniers  à  des  chrétiens.  —  Valence,  6  septembre 
1296. 

.  Reg.  194,  fo  251  v°. 

2621.  —  Jaime  II,  à  la  suite  de  Pedro  III  et  d'Alfonso  III,  confirme  à 
l'aljama  des  Juifs  de  Galatayud  le  privilège  que  leur  avait  concédé  feu 
Jaime  Ier  touchant  la  preuve  de  testimonialité  par  chrétien  et  juif.  — 
Valence,  18  septembre  1296. 

Reg.  194,  f°  272. 

2622.  —  A  l'instance  de  l'aljama  juive  de  Lérida,  Jaime  II  décrète  que 
tous  les  Juifs  des  lieux  rattachés  à  la  collecte  de  cette  aljania  bénéficie- 
ront des  privilèges  concédés  par  les  rois  d'Aragon  aux  Juifs  de  Lérida. 
Valence,  21  septembre  1296. 

Reg.  194,  f  258. 

2623.  —  Jaime  II  accorde  aux  Juifs  de  l'aljama  de  la  cité  de  Majorque 
les  franchises  suivantes  :  1°  la  communauté  fera  choix  chaque  année 
pour  adénantades  de  trois  prud'hommes  idoines  ;  2°  qu'entre  Juif  et  Juif 
le  jugement  soit  au  pouvoir  des  adénantades,  sans  que  les  parties  puissent 
être  frappées  de  chalonge  par  le  roi  ou  un  simple  particulier,  si  ce  n'est 
dans  le  cas  d'homicide,  ainsi  qu'il  a  été  concédé  à  l'aljama  juive  de  la  cité 
de  Valence  par  feu  Jaime  Ier  ;  3°  que  les  adénantades  puissent  expulser 
du  call  judaïque  et  même  de  l'île  les  Juifs  ou  Juives  de  mauvaise  vie, 
réputation  et  fréquentation  ;  4°  que,  si  un  Juif  tombe  d'un  mur  ou  dans 
un  puits,  ou  bien  reçoit  sur  son  corps  une  pierre  ou  une  poutre,  chute  ou 


1"0  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

coup  entraînant  la  mort,  l'aljama  ne  soit  pas  rendue  responsable  de  cet 
accident;  5°  qu'enfin  les  Juifs  majorquins  bénéficient  de  la  sauvegarde 
royale  et  du  guidage.  —  Valence,  1er  octobre  1296 

Reg.  194,  f  266. 

2624.  —  Les  Juifs  de  l'aljama  de  Majorque  se  sont  plaints  au  roi  de  ce 
que  les  religieux  chargés  de  leur  prêcher  la  foi  chrétienne  les  entraî- 
naient dans  les  églises  des  chrétiens  et  autres  lieux  de  réunion  périlleux 
pour  les  Juifs.  Par  suite  de  la  multitude  de  gens  assemblés,  un  grand 
scandale  pouvait  être  suscité  aux  auditeurs  juifs  et  un  péril  les  menacer. 
Jaime  II,  considérant  le  bien  fondé  de  cette  requête,  attendu  que,  sous 
l'action  des  prédicants,  les  esprits  pouvaient  facilement  entrer  en  ébulli- 
tion,  mande  au  procureur  du  royaume,  au  baile  et  au  viguier  de  la  cité 
de  Majorque  de  ne  pas  permettre  que  plus  de  dix  prud'hommes  chrétiens 
assistent  aux  prédications  qui  sont  faites  à  un  auditoire  juif.  Ces  réunions 
ne  pourront  avoir  lieu  que  dans  le  périmètre  du  call  judaïque.  —  Valence, 
3  octobre  1296. 

Reg.  194,  f°  267. 

2625.  —  Jaime  II  affranchit  Samuel  Abenvives,  sa  vie  durant,  du  ser- 
vice appelé  en  arabe  «almagram»,  que  ledit  Samuel  était  tenu  de  lui 
fournir  pour  une  demi-jovade  de  terre  de  Talchière  d'Igebalcobra,  dans 
le  val  d'Alfandec.  Feu  Pedro  III  avait  consenti  donation  de  ce  bien-fonds 
à  Samuel  sous  prestation  du  service  précité.  —  Valence,  7  octobre  1296. 

Reg.  194,  f»  271  v°. 

2626.  —  Confirmation  par  Jaime  II  de  la  cession  faite  par  feu  Pedro  III 
à  Samuel  Abenvives,  le  5  mai  1280.  —  Valence,  10  octobre  1296. 


2627.  —  Lettres  de  rémission  octroyées  par  Jaime  II  à  tous  les  Juifs 
de  l'aljama  et  collecte  de  Tortose,  pour  délit  d'usure,  moyennant  la 
composition  de  4.000  sous  barcelonais.  —  Barcelone,  5  novembre  1296. 

Reg.  194,  f05  300  v°-301. 

2628.  —  Jaime  II  nomme  Garcias  Martin  de  la  Figera  alcaide  des 
aljamas,  juive  et  sarrasine,  de  la  cité  de  Tarazona,  avec  pouvoir  de 
recouvrer  les  chalonges  et  autres  droits  ressortissant  à  l'office  d'alcaidie. 
Il  mande  aux  deux  communautés  d'obéir  au  nouveau  titulaire.—  Barcelone, 
10  novembre  1296. 

Reg,  194,  f°  301  v°. 

2629.  —  Feu  Pedro  III  avait  autorisé  les  aljamas  de  Catalogne  à  se 
constituer,  chaque  année,  deux  à  sept  prud'hommes,  chargés  de  connaître 
des  procès  entre  Juifs  et  Juifs,  pour  coups,  injures,  sottises,  maléfices, 


ACTES  POUR  L'HISTOIRE  DES  JUIFS  DE  LA  COURONNE  D'ARAGON       171 

Conformément  au  droit  hébraïque,  sous  La  réserve  de  dénoncer  les  peines 
aux  bailes  royaux.  Or,  Jaune  II  a  été  avise  par  les  adénantades  et  L'aljama 
des  Juifs  de  Lérida  qu'à  chaque  élection  des  deux  à  sept  prud'hommes, 
la  discorde  s'élevait  dans  leur  communauté.  Il  décrète  en  conséquence 
le  règlement  suivant  :  les  adénantades,  un  mois  après  leur  élection, 
s'adjoindront  trois  prud'hommes,  qui,  avec  eux,  devront  [choisir  les  deux 
à  sept  prud'hommes  annuels.  Les  adénantades  auront  la  faculté  de 
promulguer  des  tacanes,  constitutions,  établissements,  alatmes,  vêts  ou 
excommunications  pour  la  perception  des  quêtes,  tailles  et  tributs 
royaux,  ainsi  que  pour  la  levée  des  taxes  propres  à  leur  communauté. 
Ces  règlements  une  fois  établis,  les  adénantades  ne  pourront  les  abroger 
sans  le  consentement  du  baile  royal  de  Lérida.  Tous  les  Juifs  devront 
verser  la  quote-part  qui  leur  aura  été  fixée  par  les  adénantades.  Si 
quelque  contribuable  allègue  quelque  excuse  frivole  à  l'endroit  de  sa 
contribution,  il  ne  sera  pas  écouté.  Bien  plus,  il  sera  contraint  de 
l'acquitter  par  les  adénantades,  tout  appel  cessant.  En  outre,  les  deux  à 
sept  prud'hommes  seront  tenus  de  remettre  aux  bailes  les  Juifs  appré- 
hendés au  corps  et  les  bailes  exécuteront  les  sentences  des  prud'hommes. 
Ces  derniers  ne  pourront  adoucir  les  peines  encourues.  Du  reste,  les 
bailes  auront  le  droit  de  procéder  sans  intervention  des  prud'hommes 
contre  les  Juifs  récalcitrants.  —  Lérida,  5  juin  1297. 
Reg.  195,  f°  44. 

2630.  —  Jaime  II  ordonne  aux  leudaires  et  péagers  de  Mequinenza  de 
ne  pas  s'obstiner  à  exiger  de  leude  des  Juifs  de  Lérida,  quand  il  arrive  à 
ces  derniers  de  passer  par  Mequinenza  et  le  fleuve  d'Ebre,  puisque  leurs 
personnes,  leurs  biens  et  leurs  marchandises  se  trouvent  exemptés  de 
toute  leude,  péage,  portage,  usage,  pesage,  mesurage,  tolte,  dans  toute 
l'étendue  du  royaume.  —  Même  date. 

Reg.  195,  f°45. 

2631.  —  liemise  aux  Juifs  de  Barcelone  de  40.000  sous  barcelonais  sur 
les  100.000  de  leur  subside.  —  Camarasa,  6  juin  1297. 

Reg.  253,  f°  2. 

2632.  —  Remise  à  l'aljama  juive  de  Huesca  de  3.000  sous  sur  les  6.000 
qui  lui  ont  été  fixés  pour  sa  contribution  au  subside.  —  Même  date. 

Reg.  253,  f<>  2. 

2633.  —  Sur  le  rapport  de  son  fidèle  Azmael  de  la  Portella,  Juif  de 
Tarazona,  Jaime  II  a  appris  que  le  baile  d'Estella  molestait  le  gendre  du 
plaignant,  Mosse  Avensoher.  Le  roi  mande  à  Alfonso  de  Roboray,  gou- 
verneur de  Navarre,  de  ne  pas  permettre  ces  tracasseries.  —  Torms, 
6  juin  1297. 

Reir.  253,  f»  2  v°. 


172  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

2634.  —  Jaime  II  rappelle  à  ses  officiaux  et  aux  aljamas  juives  de 
Tarazona  et  Borja  qu'il  a  exempté  de  toute  peite  et  contribution  royale, 
pendant  cinq  ans,  Ismael  de  Portella  et  les  autres  membres  de  sa  famille, 
qui,  en  suite  de  la  mort  de  Muça  de  [Portella,  avaient  quitté  Tarazona 
pour  peupler  le  lieu  dit  Albatar,  dans  la  chàtellenie,  franche  et  libre,  de 
Borja.  Il  leur  mande  maintenant  de  considérer  comme  affranchis  de 
l'impôt  royal,  pendant  la  même  période,  les  Juifs  qui  cohabitent  ou 
cohabiteront  Tarazona  et  Borja.  —  Même  date. 

Reg.  253,  f  4. 

2635.  -Jaime  II  mande  au  baile  et  au  çalmedine  de  Huesca  de  ne  pas 
permettre  que  les  jurés  et  prud'hommes  de  cette  ville  puissent  contraindre 
les  Juifs  de  l'aljama  de  Huesca  à  contribuer  avec  eux  aux  taxes  muni- 
cipales. Notification  de  cet  ordre  est  faite  aux  jurés  et  prud'hommes.  — 
Camarasa,  6  juin  1297. 

Reg.  253,  f<"  41  et  41  v°. 

2636.  —  Remise  au  Juifs  Majorquins  de  20.000  sous  sur  les  50.000  de 
leur  tribut.  —  Vilanova  de  Meya,  7  juin  1297. 

Reg.  253,  P  2  v». 

2637.  —  Jaime  II  mande  au  viguier  et  au  baile  de  Villafranca  de 
contraindre  les  débiteurs  de  l'aljama  juive  de  cette  ville  à  payer  leurs 
dettes.  —  Sort,  10  juin  1297. 

Reg.  253,  P  3  v°. 

2638.  —  Ordre  aux  secrétaires  de  l'aljama  juive  de  Barcelone  de 
pousser  les  aljamas  de  Barcelone  et  de  Villafranca  à  rembourser  à  leurs 
délégués  les  dépenses  qu'ils  avaient  faites  pour  obtenir  du  roi  remise 
partielle  du  subside.  —  Même  date. 

Reg.  253,  P  3  v°, 

2639.  —  Ne  pas  permettre  que  les  Juifs  de  l'aljama  de  Barbastro 
soient  contraints  de  contribuer  avec  la  communauté  de  Barcelone  aux 
dépenses  communes.  —  Vall  d'Espot,  16  juin  1297. 

Reg.  253,  P  12. 

2640.  —  Les  bouchers  juifs  de  Barbastro  avaient  coutume  de  vendre 
de  la  viande  sur  leurs  étaux  à  tout  venant  ;  mais  les  jurés  de  la  ville 
avaient  fait  un  règlement  portant  interdiction  aux  chrétiens  d'acheter  de 
la  viande  aux  Juifs  sous  peine  d'amende.  Sur  la  plainte  de  l'aljama, 
Jaime  II  mande  aux  jurés  de  Barbastro  de  rapporter  leur  prohibition.  — 
Vall  d'Espot,  16  juin  1297. 

Reg.  253,  f»  12. 


ACTES  POUR  L'HISTOIRE  DES  JUIFS  DE  LÀ  COURONNE  d'àRAGON       173 

2641.  —  Jaime  II  fixe  à  200  sous  de  Jaca  la  somme  que  l'aljama  juive 
de  Barbastro  aura  à  verser  par  mois  pour  le  tribut.  —  Village  d'Estaix, 
18  juin  1297. 

Reg.  195,  f  29  v°. 

2642.  —  Remise  à  L'aljama  des  Juifs  de  Téruel  de  2.500  sous  de  Jaca 
sur  les  4.000  de  leur  subside.  —  Au  siège  de  Castell  de  l'Ort,  20  juin  1297. 

Reg.  253,  f°  20  v°. 

2643.  —  Quelques  jours  après  avoir  vendu  à  Abraffim  Toledano  en 
«  almoneda  »  publiquement  les  salines  d'Archos,  Pedrot  de  Mora  avait 
voulu  revenir  sur  les  conditions  du  contrat  et  exigé  un  prix  plus  élevé 
que  la  prestation  convenue  de  450  «  fanechas  »  de  sel.  Jaime  II  prie 
Pedrot  de  s'expliquer  la-dessus  et  de  lui  en  écrire  tonte  la  vérité.  — 
Au  siège  du  château  de  l'Ort,  22  juin  1297. 


2644.  —  Sous  le  règne  d'Alfouso  III,  un  arbitrage  avait  réduit  d'un 
tiers  la  somme  que  les  habitants  d'El  Castellar,  bénéficiaires  d'un  sursis 
royal,  devaient  à  Abrahim,  Salamon,  Issach,  Jucef  et  Jahuda  Golluf,  ainsi 
qu'à  Cecrin  Avembelit  et  à  d'autres  Juifs  de  Saragosse.  Les  deux  tiers  de 
la  créance  devaient  être  remboursés  en  deux  annuités,  sans  adjonction 
d'aucun  intérêt.  Jaime  II,  qui  ignorait  cette  sentence  arbitrale,  avant  que 
les  créanciers  vinssent  lui  apporter  leurs  doléances  sous  les  murs  de 
l'Ort,  mande  au  justice  d'Aragon  et  au  justice  de  Castellar  de  contraindre 
les  débiteurs  a  s'exécuter.  —  Même  date. 

Reg.  253,  f«  34. 

2645.  —  Jaime  II  informe  son  vice-chancelier  R.  de  Gabrero  qu'il 
vient  d'annuler  la  charte  de  sursis  concédée  précédemment  aux  habi- 
tants d'El  Castellar.  Il  serait  déraisonnable  qu'après  avoir  perdu  le  tiers 
de  leur  prêt,  les  Juifs  créanciers  supportassent  une  nouvelle  réduction 
par  le  fait  d'un  second  moratorium.  —  Au  siège  du  château  de  l'Ort, 
23  juin  1297. 

Reg.  253,  f»  21  v». 

2646.  —  Jaime  II  a  prescrit,  deux  fois  et  plus,  aux  jurés  des  aidées 
de  Calatayud  de  payer  leurs  dettes  aux  Juifs  de  cette  ville.  Il  mande  au 
procureur  d'Aragon  de  désigner  un  prud'homme,  digne  de  foi,  qui  sera 
chargé  de  faire  exécuter  par  la  contrainte  les  ordres  royaux.  —  Même  date. 

Reg.  253,  f°  34. 

2647.  —  Jaime  II  rappelle  au  viguier,  aux  bailes  et  autres  officiaux 
de  Girone  et  Besalû  qu'il  a  déjà  dispensé  les  Juifs  de  Girone  de  Pobliga- 


174  REVUE  DES   ÉTUDES  JUIVES 

tion  de  comparaître  pour  usure  devant  quelque  délégué  du  siège  aposto- 
lique. Il  entend  que  cette  dispense  s'applique  également  aux  Juifs  de 
Besalû  et  à  tous  ceux  de  la  collecte  de  Girone,  dont  mention  n'avait  pas 
été  faite  expressément  dans  la  première  grâce.  —  Même  date. 
Reg.  253,  f°  37. 

2648.  —  Ordre  au  baile  de  Majorque  d'autoriser  1'aljama  juive  de  cette 
ville  à  promulguer  des  ordonnances  ou  tacanes,  s'il  le  juge  profitable  à 
l'intérêt  de  la  communauté  israélite  et  du  pouvoir  royal.  —  Au  siège  du 
château  de  l'Oit,  27  juin  1297. 

Reg.  253,  f*  24. 

2649.  —  A  la  requête  de  l'aljama  juive  de  Saragosse,  Jaime  II  mande 
au  mérine  de  Saragosse  d'observer  le  for  et  les  privilèges  de  cette  com- 
munauté, toutes  les  fois  qu'il  lui  arrivera  de  procéder  contre  elle  ou  ses 
membres.  —  Même  date. 

Rep.  253,  f°  43. 

2650.  —  Les  Juifs  de  Saragosse  se  sont  plaints  au  roi  qu'à  leur  détri- 
ment et  pour  leur  honte,  des  baptisés  prêchaient  sur  les  places  en 
excitant  le  peuple  contre  les  Juifs,  qu'à  la  fin  il  pouvait  en  résulter  du 
scandale  et  même  des  dommages  au  préjudice  des  non  chrétiens.  Jaime  II 
mande  au  mérine  de  Saragosse  de  s'opposer  à  de  pareilles  prédications. 
Il  veut  cependant  que  les  baptisés  et  les  prêcheurs  puissent  disputer 
avec  les  Juifs  dans  leurs  synagogues  sur  la  foi  catholique.  —  Même  date. 

Reg.  253,  f°  43. 

2651 .  —  Octroi  d'un  sursis  d'un  an  à  l'aljama  juive  de  Saragosse  pour 
le  remboursement  de  ses  dettes.  —  Au  siège  du  château  de  l'Ort,  3  juil- 
let 1297. 

Reg.  253,  i°  43  v°. 

2652.  —  A  la  requête  de  l'aljama  juive  de  Saragosse,  Jaime  II  mande 
au  justice  et  aux  jurés  de  Çufaria  de  ne  pas  exiger  de  péage  des  Juifs  qui 
passent  sur  le  pont  de  cette  localité,  si  cette  redevance  ne  s'applique  pas 
indifféremment  aux  chrétiens  et  aux  juifs,  c'est-à-dire  à  tout  le  monde. 
—  Même  date. 

Reg,  253,  f°  44. 

2653.  —  Jaime  II  mande  au  mérine  de  Saragosse  de  ne  pas  permettre 
que  son  lieutenant  molesle  les  Juifs  Jucef  et  Habrahim  Handalo,  fils  de 
Salamon,  contre  leur  for  et  leur  çuna.  —  Au  siège  du  château  de  l'Ort, 
5  juillet  1297. 

Reg.  253,  f°  44. 


ACTES  POUR  L'HISTOIRE  DES  JUIFS  DE  LA  COURONNE  D'ARAGON       175 

2654.  —  Jaime  II  interdit  à  son  procureur  royal  d'Aragon  d'exiger  la 
cène,  à  raison  de  son  office,  des  Juifs  de  l'aljama  de  Daroca.  —  Même  date. 

Reg.  253,  f°  51. 

2655.  —  Remise  à  l'aljama  juive  de  Daroca  de  2.000  sous  de  Jaca  sur 
les  14.000  de  son  subside.  —  Au  siège  du  château  de  l'Ort,  6  juillet  1297. 

Reg.  253,  f  33. 

2656.  —  Jaime  II  mande  au  justice,  au  juge  et  aux  jurés  de  Daroca 
de  ne  pas  conduire  les  Juifs  dans  leur  prison,  mais  dans  celle  du  baile 
royal,  et  de  ne  pas  exiger  d'eux,  pour  le  carcelage,  davantage  que  des 
chrétiens.  —  Même  tfate. 

Reg.  253,  f°  33. 

2657.  —  Juceff  Handalo,  Juif  de  Daroca,  avait  remis  en  gage,  l'année 
précédente,  à  un  chrétien,  juge  de  cette  ville,  deux  clamides  pour  le 
carcelage  de  deux  Juifs  détenus  par  ce  dernier.  Bien  que  Juceff  eût 
acquitté  ensuite  le  droit  de  carcelage,  le  juge  lui  avait  encore  réclamé 
un  supplément  et  refusé  de  rendre  les  deux  clamides.  Informé  de  cette 
plainte,  Jaime  II  mande  au  justice  de  Daroca  de  contraindre  le  juge  à 
restituer  le  gage,  si  le  Juif  a  payé  le  carcelage  au  même  taux  que  les 
chrétiens.  —  Même  date. 

Reg.  253,  f°  51  v°. 

2658.  —  Remise  aux  Juifs  de  Montclus  de  1.000  sous  de  Jaca  sur  les 
1.500  sous  qui  leur  ont  été  fixés  pour  le  subside.  —  9  juillet  1297. 

Reg.  253,  f°  54  v°. 

2659.  —  Açach  de  Fierro,  Juceff  del  Rap,  Samuel,  son  fils,  et  d'autres 
Juifs  de  l'aljama  de  Montclus,  qui  s'étaient  établis  dans  la  juiverie  de 
Barbastro,  avaient  pris  l'engagement  par  acte  public  de  contribuer  pen- 
dant quatre  ans  avec  leur  nouvelle  communauté  aux  peytes,  quêtes  et 
autres  impositions.  A  l'expiration  de  ce  terme,  ils  étaient  retournés  à 
Montclus.  Malgré  cela,  les  collecteurs  voulaient  les  maintenir  aux  rôles 
de  Barbastro.  Informé  de  ce  fait  par  l'aljama  juive  de  Montclus,  Jaime  II 
mande  aux  collecteurs  des  tributs  et  autres  taxes  de  l'aljama  juive  de 
Barbastro  de  ne  plus  considérer  les  Juifs  partis  comme  leurs  contri- 
buables. —  Au  siège  du  château  de  l'Ort,  9  juillet  1297. 

Reg.  253,  f°  55  v°. 

2660.  —  Jahuda  Avenhalaut,  Juif  de  Calatayud,  ayant  eu  son  père 
Açach  mortellement  blessé  par  un  écuyer,  rendait  responsable  de  ce 
meurtre  Açach  del  Calvo,  Mosse,  Jucef  et  Jahuda,  ses  fils,  Jahuda,  fils  de 
Jucef  del  Calvo,  et  Mosse,   fils  de  Jahuda  del  Calvo.  Instruit  de  cette 


176  REVUE   DES  ÉTUDES  JUIVES 

plainte,  Jaime  II  mande  au  juge  de  la  cour  canoniale  de  Tarazona  d'exiger 
une  caution  des  personnes  incriminées  et  d'ouvrir  ensuite  contre  elles 
une  enquête  diligente.  —  Au  siège  du  château  de  l'Ort,  11  juillet  1297. 

Reg.  253,  f»  60. 

2661 .  —  A  la  requête  de  l'aljama  juive  de  la  cité  de  Valence,  Jaime  II 
édicté  qu'à  l'avenir  aucun  Juif  ne  pourra  être  nommé  secrétaire  ou  adé- 
nantade  de  cette  communauté,  s'il  n'en  est  pas  contribuable  pour  un 
capital  de  30  livres  réaux,  monnaie  de  Valence,  au  moins.  —  Lérida, 
29  juillet  1297. 

Reg.  495,  f°  46. 

2662.  —  Jaime  II  mande  au  baile  général  du  royaume  de  Valence 
d'accéder  à  la  requête  de  l'aljama  juive  de  la  capitale,  qui  suppliait  le  roi 
d'imposer  sur  elle  le  tribut  de  la  même  manière  que  les  autres  subsides. 
—  Même  date. 

Reg.  195,  f*  46. 

2663.  —  Jaime  II  décrète  que,  chaque  année,  après  l'élection  des 
nouveaux  adénantades,  les  adénantades  sortants  de  l'aljama  juive  de 
Lérida  devront  s'adjoindre  cinq  prud'hommes,  avec  le  concours  desquels 
ils  procéderont  au  choix  d'autres  adénantades.  Il  annule  toute  excom- 
munication lancée  par  l'aljama  à  ce  sujet.  —  Lérida,  6  août  1297. 

Reg.  195,  f°51  v». 

2664. — Jaime  II  renouvelle  la  décision  ci-dessus. —  Lérida,  13  août  1297. 
Reg.  195,  f°  55. 

2665.  —  Remise  aux  Juifs  de  Lima  de  800  sous  de  Jaca  sur  les  1.000 
de  leur  tribut.  —  Luna,  8  septembre  1297. 

Reg.  254,  f°  10. 

2666.  —  Jaime  II,  par  compassion  pour  la  pauvreté  de  l'aljama  juive 
d'Egea,  lui  consent  une  remise  de  1.500  sous  de  Jaca  sur  le  chiffre  de 
2  500  qui  lui  avait  été  fixé  pour  le  tribut  de  l'année  courante.  Il  mande 
donc  à  Blasco  Jimen  de  Ayerbe  de  n'en  exiger  que  1.000  sous.  —  Sara- 
gosse,  14  septembre  1297. 

Reg.  195,  f°  70  v°. 

2667.  —  A  la  requête  de  Jueefif  Handalo,  fils  d'Açacb,  et  de  ses  frères, 
Jaime  II  mande  au  justice  d'Aragon  de  faire  exécuter  la  sentence  arbi- 
trale condamnant  leurs  débiteurs  sarrasins  d'Almonacid  à  payer  leurs 
dettes  aux  termes  convenus.  —  Ferreruela,  19  octobre  1297. 

Reir.  254,  f°  76  v°. 


ACTES  POUR  L'HISTOIRE  DES  JUIFS  DE  LA  COURONNE  D'ARAGON       177 

2668.  —  Sursis  royal  d'un  an  à  un  habitant  de  la  ville  aragonaise  de 
Calatayud  pour  dettes  souscrites  à  Mosse  Madaya,  Jueef  Avenhalaut  et 
autres  Juifs  de  cette  ville.  —  Montblanch,  22  octobre  1297. 

Reg.  254,  f°  82. 

2669.  —  Sur  Les  prières  du  prieur  et  du  couvent  des  Frères  Prêcheurs 
de  Jâtiva,  Jaime  II  affranchit  Yom  Tob,  Juif  de  cette  ville,  ainsi  que  tous 
ses  biens  meubles  et  immeubles,  pendant  tout  le  temps  qu'il  exercera  la 
fonction  de  maître  en  hébreu  de  la  maison  des  Prêcheurs,  de  toute  peite, 
quête,  service,  subside,  ost  et  chevauchée,  et  autres  impositions  royales. 

—  Valence,  22  novembre  1297. 

Reg.  195,  f*  94. 

2670.  —  Hèglement  sur  les  nouveaux  convertis  :  1°  que  tout  Juif  ou 
Sarrasin  qui  veut  recevoir  le  baptême  puisse  le  faire  sans  empêchement, 
conserver  ses  biens  et  jouir  des  mêmes  privilèges  que  les  chrétiens; 
2°  que  personne  n'ose  traiter  le  nouveau  converti  de  renégat  ou  «  tor- 
nadre  »,  sous  peine  de  la  sanction  prévue  par  les  «  Usatges  »  de  Barce- 
lone ;  3°  que  les  infidèles  écoutent  sans  bruit  les  prédications  qui  leur 
sont  faites  par  les  Frères  Prêcheurs,  répondent  à  leurs  questions  et  déli- 
vrent copie  de  leurs  livres  ;  4°  que,  si  un  néophyte  néglige  d'observer  les 
avertissements  des  Prêcheurs,  il  puisse  y  être  contraint  par  les  bailes  et 
officiers  royaux,  nonobstant  le  privilège  de  Jaime  I0f  portant  interdiction 
de  pousser  les  Juifs  à  écouter  la  parole  de  Dieu.  —  Valence,  15  décembre 
1297. 

Reg.  195,  f°  108. 

2671.  —  A  la  suite  de  feu  Alfonso  III,  Jaime  II  confirme  le  privilège 
par  lequel  feu  Jaime  Ier  avait  accordé  à  l'aljama  juive  de  Tarazona  une 
remise  perpétuelle  de  100  sous  de  Jaca  sur  les  700  sous  de  tribut  impartis 
à  cette  communauté.  —  Château  de  Jérica,  16  décembre  1297. 

Reir.  195,  f°s  113  v°-U4. 

2672.  —  Jaime  II,  voulant  récompenser  Jimén  Sancho  de  Girerola  des 
services  qu'il  lui  a  rendus,  lui  concède  les  maisons  confisquées  sur  le 
rebelle  juif  Jucef  Abenamias  dans  la  cité  de  Murcie  et  la  paroisse  de  Saint- 
Laurent.  —  Valence,  27  décembre  1297. 

Re£.  195,  f<>  108  v\ 

2673.  —  Rémission  royale  a  Açach  Puch,  juif  de  Lérida,  qui  avait  tiré 
du  couteau  contre  son  coreligionnaire  et  concitoyen  Benvenist  Sanega. 

—  Valence,  30  décembre  1297. 

Reg.  195,  f°  111. 

T.  LXXV,  n°  150.  12 


178  UEVUE  DES   ÉTUDES  JUIVES 

2674.  —  A  la  prière  de  l'aljama  juive  d'Alacant,  Jaime  II  mande  à  tous 
ses  offieiaux  et  sujets  de  ne  pas  entraver  le  voyage  de  Nathan  El  Homan 
et  de  Mahir  El  Costal,  son  gendre,  qui  se  proposent  de  transférer  leur 
domicile  des  parties  de  Castille  au  lieu  d'Alacant.  —  Au  siège  du  château 
d'Alhama,  23  janvier  1297/8. 

Reg.  256,  f»  1  v°. 

2675.  —  Jaime  II  décide  que  les  Juifs  fixés  à  Alacant  et  tous  ceux  qui 
viendront  y  habiter  des  royaumes  étrangers  jouiront  des  mêmes  fran- 
chises que  les  indigènes.  —  Alacant,  28  janvier  1297/8. 

Reg.  195,  f°  120. 

2676.  —  Les  registres  financiers  ne  se  trouvant  pas  présentement  dans 
les  archives  de  la  chancellerie,  Jaime  II  ne  peut  contrôler  la  déclaration 
de  l'aljama  juive  de  Lérida,  qui  affirme  ne  pas  être  assujettie  à  la  cène. 
Il  mande  donc  à  son  fidèle  Domingo  de  Roda,  de  la  maison  royale,  de 
surseoir  à  la  perception  de  la  cène  jusqu'à  Pâques.  —  Au  siège  du  château 
d'Alhama,  29  janvier  1297/8. 

Reg.  256,  f°  23  v°. 

2677.  —  Sur  la  plainte  de  l'aljama  juive  de  Lérida,  Jaime  II  ordonne 
des  poursuites  contre  deux  habitants  de  cette  ville  qui  pratiquaient  l'usure 
à  l'égard  de  leurs  concitoyens  juifs.  —  Même  date. 

Reg.  256,  f°  23  v», 

2678.  —  Les  époux  Baffia  Migero  et  Craila,  Juifs  de  Lérida,  se  trou- 
vaient obligés,  à  l'égard  de  leur  coreligionnaire  Açach  Ataç  par  actes 
hébraïques,  à  la  suite  d'une  sentence  arbitrale  rendue  par  Jucef  Salomon. 
Un  conflit  s'étant  élevé  entre  eux  et  lui,  Açach  en  fit  part  au  roi.  Jaime  II 
mande  à  la  cour  de  Lérida  de  procéder  contre  les  débiteurs.  —  Même  date. 

Reg.  256,  f«  25. 

(A  suivre.) 

Jean  Régné. 


SUR 

LES  «  CHAPITRES  »  DE  BEN  BABOÏ 


La  très  importante  publication  des  Chapitres  de  Ben  Baboï, 
faite  par  M.  Jacob  Mann  dans  cette  Revue  \  appelle  quelques  com- 
pléments et  quelques  observations  de  détail. 

D'abord,  il  convient  de  rétablir  l'ordre  des  fragments  reconnus 
jusqu'à  présent.  Le  fragment  de  Petrograd,  Antonin  195,  trouvé 
par  Harkavy  (Haggoren,  IV,  71-74;  Mann,  p.  139-143)  et  qui  se 
compose  d'un  feuillet  double  à  l'intérieur  duquel  il  manque  plu- 
sieurs feuillets  —  au  moins  deux  2  —  ne  provient  pas  du  même 
exemplaire  que  les  fragments  T. -S.  8  F  2  et  Laon  97,  car  il  n'a  pas 
les  mêmes  dimensions  :  dans  les  fragments  de  la  collection  T. -S., 
le  nombre  des  lignes  varie  entre  27  et  29 3,  tandis  qu'il  est  de 
21  ou  22  dans  le  fragment  Antonin  4. 

Or,  le  morceau  T.-S.  8  F  2,  folio  oa-b  (Mann,  p.  143-146) 
se  place  entre  les  deux  feuillets  du  fragment  Antonin.  Donc, 
après  Antonin,  folio  2  (en  réalité  folio  1)  verso,  vient  le  texte 
Mann,  p.  141,  1.  20  et  suiv.  :  ï'Wtt  •pa  h^ym  ton^  Ssk 
♦5û[!-ïj  nain  ab  nwi  dis  bas  'i3i  rm  ûb-^a  Nba  ûin  b? 
n["0*ra]  aiz^b  -rcnb  an  ûao  .ri7n  dbi*a  aba  di«  b*  "p^tt  ■ps. 
Ici  se  plaçait  sans  doute  toute  la  citation  de  Sota,  21  a  sur  la 
«  protection  »  des  miçvot  jusqu'aux  mots  n"n  ï-jî  a*ion  an  n^N 
rirn»  û"m  que  notre  auteur  développe  et  explique  dans  le  morceau 
T.-S.  8  F  2,  fol.  5  recto  (Mann,  p.  143  en  bas)  :  mxy  na  [6 -idieid] 
'■on  n"n  rjT  -ie«  pn:r>  na  )Km  an  'Yn  nm»  iy  (sic)  î-mrnb. 
Le  résumé  du  morceau  Antonin,  folio  2  verso,  ne  vient  que  dans 


1.  T.  LXX  (1920),  p.  113  et  suiv. 

2.  Harkavy  dit  (p.  71)  :    tTDT   nr»    "H  G  m    !tb»ïl    Û^DIÎl   p31. 

3.  A  l'exception  du  folio  5  verso,  qui  a  26  lignes,  et  du  folio  6  recto,  qui  en  a  24. 

4.  Voir  Harkavy,  /.  c;  il  D'indiqué  pas  la  longueur  des  feuillets  de  son  manuscrit. 
C'est  ainsi  qu'il  faut  lire. 

6.  Je  restitue  ce   mot   d'après  p.   144,   I.    13.  —  Au  lieu  de  n^irV"!,   il  faut  lire 

rmmb. 


180  REVUE   DES    ETUDES  JUIVES 

T. -S.,  folio  5  verso,  1. 19  :  '-on  ïitïi  ûbi*a  mit»  "CM  T73b  s-rna  p-w 
(p.  145),  après  quoi  viennent  les  lignes  21  et  suiv.  (p.  145-146)  : 
'•Di  rirn  ûbi23  aba  rwn  -de  i^i  [rv^fyjn»  mitToa  bYW  *jb  i«i 
aba  d^^n  i^a  m»Tpi  maanp  ^-97373  mataa  bma  *|b  [/parc]  toi 
[Dbi3>]a.  Ici  il  devait  y  avoir  quelque  chose  comme  rmn  baa 
ann  nbum  nin  ûbva  wwa,  à  quoi  ferait  suite  Antonin,  folio  1 
(en  réalité  folio  2),  Mann,  p.  141-143  :  izîa[73  nbawaj  (la  Tora)  arm» 
['131  Mira]  bto.  Ensuite  seulement  suivrait  le  texte  T. -S.  folio  6, 
ce  qui  est  fort  possible,  bien  que  les  folios  5-6  forment  un  feuillet 
double,  puisque,  comme  nous  l'avons  dit,  ils  n'appartiennent  pas 
au  même  exemplaire. 

Peut-être  cette  lacune  pourra-t-elle  être  comblée  un  jour  par  la 
publication  du  fragment  Scliechter  [Festschrift  Hoffmann,  partie 
hébraïque,  p.  262).  M.  Mann  a  dû  se  contenter  de  reproduire  les 
premières  lignes  de  ce  fragment,  qui  comprendrait  tout  un  cahier 
(Scliechter  dit  o^aaip).  Où  se  trouve  actuellement  ce  fragment  si 
important?  On  se  demande  quels  droits  de  priorité  s'opposent  à  la 
publication  intégrale  des  «  Chapitres  ». 

En  attendant,  je  suis  en  mesure  de  faire  connaître  un  nouveau 
fragment  de  cet  ouvrage.  Le  Catalogue  des  manuscrits  hébreux 
de  la  Bodléienne  (II,  p.  81)  décrit  ainsi  le  n°  2680  (heb.  d.  34),  19, 
fol.  95  :  «  A  ritual  treatise;  the  following  passage  occurs  : 
tnp73n  i»  ab  ûm  msrb  "prmn  banur»  *pa  rmuînbu:  ow  rmaan 
nrabnn  173  abi  rT3^73n  173  abi,  Span.  (?)  Rabb.  char.;  8°  vellum.  » 
Grâce  à  cette  citation,  qui  se  retrouve  dans  le  fragment  Harkavy, 
p.  74  (Mann,  p.  140-1),  j'ai  reconnu  dans  ce  feuillet  un  morceau 
des  «  Chapitres  »  et,  grâce  à  l'aimable  entremise  de  la  rédac- 
tion de  cette  Revue,  que  je  tiens  à  remercier  ici,  j'ai  pu  en 
obtenir  une  reproduction  photographique.  / 

Le  feuillet  est  d'une  écriture  carrée  ancienne.  Le  recto  n'est 
écrit  qu'à  moitié,  jusqu'au  milieu  de  la  ligne  14.  La  fin  de  cette 
ligne  et  le  bas  de  la  page  (6  lignes  environ)  sont  remplis  par  un 
griffonnage  de  mots  hébreux.  Le  verso  est  complet  et  a  29  lignes, 
comme  le  fragment  T. -S.  Laon  97  (Mann,  131-136)  ;  il  appartient 
probablement  au  même  exemplaire.  Pour  cette  raison  et  aussi 
parce  qu'il  offre  un  texte  meilleur  et  plus  complet,  je  vais  le 
reproduire  en  entier.  Il  correspond  à  Harkavy,  p.  73,  1.  22 
('73Dn  -isima  Kiri  nn)  —  p.  74  /.  /'.,  et  à  Mann,  p.  140,  1.  1  (11)  — 
p.  141,  1.  15(24).  Comme  la  transition  continue  à  manquer  avec 
T. -S.  8,  F.  2  (Mann,  p.  143,  fol.  5),  il  semble  qu'un  feuillet  entier 
nous  fait  encore  défaut. 


SUR    LES   «  CHAPITRES  »    DE  BEN    BABOI  181 


BODL.,    HEB.    D.    34,    FOL     95. 

Recto 

'itb  ppan  bz  rrcmni  n^a  rrarnn  bon  utw  «in  rm 

œan  naiy  "[D  rrenj?  u»iw  »o  ^ai  n^an  m*6i  n^a 

nyt^a  nar  ^  pan  pm:o  piw  njao  aitra  nn«  niTay 

1  nni»  kto  nnai  ma  on  nraa  «in»  rroi  irm  p^iat^ 

^arotp    nnan    un*    pKOBoi   vhy   onaiy   D'^ntri    ^maa 

intp  /in*o  natra  b*b  »im  isy  ^r  on  ;,^b:ï  nat^a^ia  «in 

n^po  orrèy  pa»mr  ma*6a  maaa  jm  natra  ^maa  nmtû 

njtpn  tr*n  patr  riatrai  ai»  ora  pjynotf  ^aœai 

J  g         pa  p«tt>  w   aiia  dt  nn«i  p#tn  ara  dv  nn«  omean  dt^> 

g-  ^Ptt  ban  iat^  "pt?  na^a  naa  pomn^  *6>«  ptPK"£  w 

u  ai  .toi/ii  .m/iatp  nwn  *6  na  nnn  a™  nman  maa 

an  ow  ^oo  nann  p  mon  *6n  i*6  *una  ni  rrap  «aa 

4   ^^  3it3  nr  n«  nnn  kto  nnan  maa  ait^ai  im«  upm  ban  w 


u 


t 

'nain  ja  non  *6n  m6 


G 


10 


«^  p^n  1^  p«  Tîoa  ^nna  nm«  ntpm  nat^a  5jvjyna  attn»n  ^ai 

nav  ma  .T^na  ha  -pt^  «an  o^ny^  «h  nrn  ubwz 

iT^na    iai«   nxia   dki   «an   d^ij£   jwi   nrn   n^iya   na 

^a   piDo  iroaa  aina  nm  natra  naaca  n^iy  mto  >o 

>a  k^k  wa  .T^na  ^»a«  nmaai  70)nar  na^a(:)ia   ntwn      s 

1.  bmD3  nm'J ,  «  colle  ou  enduit  au  mur  »,  de  l'araméen  NTIlû  ,  en  syriaque 
et  dans  l'araméen  de  Babylone  (p.  ex.  Guittin,  69  6).  Mais,  en  hébreu,  on  emploie 
toujours,  avec  bn"D,  des  formes  de  ni £3,  comme  dans  Houllin,  109  6  :  bm^a  inêû  ; 
Yeb.,  54  a  :  bniDD  rrtonb  ;  Gen.  r.,  20  4  Theodor  :  brïD3  llDfin  mû»,  etc. 
Mais  si  Ben  Baboï  considère  (voir  ligne  7)  bniDD  nmtt  comme  un  rDfiÔfà  DN, 
il  pense  sans  doute  au  travail  de  3>3i2£,  Sabb.,  vu,  2,  et  confond  ïlHtO  avec  ma  1 
«  badigeonner  ».  Ou  bien  pense-t-il  au  m72?3  de  Saôô.,75  6? 

2.  Ou  bi»[5]t 

3.  Oubsi:? 

4.  Le  reste  de  la  ligne  est  écrit  de  la  même  plume  que  le  griffonnage  de  la  dernière 
ligne  de  la  page  et  rempli  de  répétitions  :  ...Tri  "J72  "non  tfbl  INb  131H  ";73. 
Je  ne  sais  s'il  manque  quelque  chose  pour  rattacher  ce  passage  au  verso. 

■  '<■  rPDSTQ  est  ajouté  au-dessus  de  rûttja. 

6.  fctb  est  ajouté  en  marge. 

7.  Les  mots  T3  et  ri73T  manquent  chez  Harkavy. 


10 


4  82  REVUE  DES  ÉTUDES  JUIVES 

bp  ivb  nnw  bm  nm«  niw  n:we  w«» 

owkti  o»o3m  dwm  ima  waptf  s«3  nwno  noim 

DVD    315;    TJ?    315?»    0»03t    Dfll    0^3    ^W    ^    1™    ^P1 

n3t£>3  3K3  ywn  piut^ai  rrwai  n^3«3  tidki  onioan 

p  13  pjwi  ib>3  in  ptaw  /i3#  lia  ^bo  ï3  'frm  on 

p  i6  ona  btiA  prn  W»  pt  mwnhw  uw  rvw 

porw  >o  *6*  ■n£«i  p  *6i  na»on  p  «^  «Ton 

mew   ^do  mm  min  rto  p»  'porr  w*w  nai  wno 

pbnt?  jwji  w  mw  pmpa  «^  prp*  nanwi  '0* 

nawn  ppao  *&•«  nswn  vbz  oia  qt«o  tfpso  p*     15 

CPTI    D3WÏO    ttltf    13W    A3   "pt?    0*310    OTW 

aay»rï    ba   û^an    -û\d 
ra«ïi  nN    wm  m  ha  ^a»  nawn  «b  loi^n  *6  on  îotwi  «^  ta 
bmai  «dit         n3tî>3  jihot  »te  o»pon  ^3  'ban  wi  'ai  "pnaam >%  ^ 
bbw  rurnsi  ji»i  ai  norfcooi  rwo  *3W  rvwio  pteo  fera 

obusn  hth        ^3«  dwi  na*  >a  dwi  vn^a»  wo  *io*n  ta  "p^  m.tA*     20 
ma-n  Nnn  m^  aw  ferui  wn  rinya  «^«  ma  ^  prao  p«  JW«  D1* 

rrnzj»n  mv  jiw  rwri  p^koi  jruanp  ^«  anpoo  w  *rn« 

-piû  a  an   nbnarbi 

*«ah  D*ïpV"~âW  ntn  û^jn  3«^k  on»  ^  po  nroxoi  nain 
oi«  ^>y  p'oo  p«i  naiis  «^  nain  *6  rwro  ow  ^a« 
h  b«  ri3tt>3  "iwid  aa^  ioA  on»  «3  ori  mn  otopa  ato    25 
ih  yv^p  r\ivi  jvwna  aœrn  ^3  mot  p  »or  i  oi^o  6pnr 
«n   irai 

n3^n  r\&  wby  p^no»  n»^n  «in  n?  *«  7b3n  i^n^B  ^m 

1  C'est  bien  ce  mot  qu'il  faut  et  non  •pawm,  comme  chez  Harkavy  ;  entendez  : 
comme  s'il  y  avait  imN  YTlVl,  «  on  ajourne  le  jeûne  ».  Même  argument  dans  Haï, 
Consultatioyis  Schaaré  Teschouba,  §  64,  et  dans  Ibn  Guiat,  I,  44.  Sur  cette  question, 
voir,  outre  les  textes  cités  par  M.  Mann,  p.  120  et  p.  141,  n.  7  :  Mordekhai,  Rosch- 
Haschana  I  §  708  (au  nom  de  R.  Nahschon)  ;  Schibbolé  ha-Léketh,  §  284,  d'après 
«  le  Commentaire  de  R.  Saadia  sur  Ezra  >»  (éd.  Mathews,  Oxford,  1882,  sur  Néh. 
vm,  10,  p.  28;  éd.  Berger,  p.  31-32)  et  Ginzberg,  Geonica,  II,  263. 

2.  Harkavy  a  yen. 

3.  Mot  effacé  par  le  copiste. 

4.  Même  observation. 

5.  Ici  s'arrête  le  fragment  Harkavy. 

6.  Berachot,  31  b.  Les  Halachot  Guedolot  ont  aussi  le  nom  de  Yohanan  (éd. 
Venise,  21  d  ;  éd.  Berlin,  120).  Cf.  Dikd.  Sof. 

7  R  Hananel,  cité  par  les  Tossafot,  ad  toc,  et  par  RABN,  §  179,  f  44  d,  dit  : 
tt-main  ï^p.  Alfasi,  Sabbat,  I,  §  283  (Roscb,  §  24),  a  :  -Jim  nb  ^©-|DM 
Ûlbn  mS*na.  De  même,  Salomon  b.  Adret  sur  Berachot,  au  nom  de  R.  Haï  Gaon 


SUR   LES    «  CHAPITRES  »    DE  BEN    BABOI  183 

nvb  Kvrroi   nvra  vby  xviw  oi^m  din  naît?  pas 
m^oj  pDD  bv  r\iw  'pWnov  mtr  v^j?  bf?n^  imo  mso 

Voici  maintenant  un  certain  nombre  de  remarques  de  détail  sur 
le  texte  édité  par  M.  Mann  : 

P.  129,  1.  5,  lire  :  bi3">tZ5  ■<»  fnnr  ■»■*»]. 

Ibid.,  1.  9-10  :  'i3i  w  Nb3  bbii  I73ia;i  bsi,  voir  Sa£6.;  118  6  : 
'131  m  *ti  dv  b3  3  bbn  tmpn. 

P.  130,  1.  1  et  suiv.  du  verso,  jusqu'à  p.  134,  1.  18.  Cette  consul- 
tation de  l'école  de  Yelioudaï  sur  la  défense  de  faire  des  interca- 
lations  dans  la  Amida  est  celle  à  laquelle  font  déjà  allusion  les 
Halachot  Guedolot,  éd.  Venise,  6  c  :  13  3*1  1^p3i25  ab  terrai 
ii3î  pis  b3i  p-nEN  Nb  p733  D^nb  i3-n3T  VrnsKi  '172(1)3?»  WHb 
D^i233  '3^-inN  û^n  1DD31  baa  '-nwN  «b  a-Hi733  ^023  «51331  ^nni 
i3i3nn  ^3  rrb  mm  mu52  rj3i73U)  inb  ip^boi  dibra.  Par  contre,  le 
passage  du  même  ouvrage  qui  se  lit  p.  2  g?  de  l'édition  de  Venise 
(p.  42  de  celle  de  Berlin)  se  rallie  à  l'opinion  de  Rabin  dans 
Berachot,  21  a,  en  permettant  d'écouter  en  silence  :  **y*n  ^m 
T-nrrn  '-«1738131  nsp  ri32  Nbi  273125  -173  n73ai  wnn3  -rçy  &*bi  p-mai 
■■32  «b  'hd2  n3i73U53  vp^o*  131  133*1  i^mna  pi  mmbxb  nn 
131  tzîiip,  ce  qui  est  contre  Ben  Baboï,  p.  130,  1.  8  et  suiv.  Il  est  à 
remarquer  pourtant  que  Raschi  cite  ce  dernier  passage  des  Hal. 
Gued.  au  nom  de  Rab  Yehoudaï  en  disant  (Soucca,  38  b)  : 
mbi-n   rvobrt  b23   iiau  ■wivn  31  io"1  131,   par  où  il   faut  sans 

[cf.  maintenant  le  fragment  du  Commentaire  de  R.  Haï  sur  Ber.,  ibid.,  éd.  Mann,  dans 
Hazofé',  VI,  p.  194].  L'explication  résulte  de  Sabb.,  lia  (Taan.,  12  6).  Les  Tossafot 
citent  le  Midrasch  Tehillim,  mais  le  passage  ne  se  trouve  pas  dans  nos  textes,  voir 
Buber,  Introduction,  p.  69. 

1.  Môme  motif  dans  Or  Zaroua,  II,  §  407,  p.  165  a. 

2.  Le  173773  —  c'est  ainsi  qu'il  faut  lire  (v.  Zunz,  Synag.  Poésie,  p.  78,  note  a,  et 
Rapoport,  Kérem  Hémed,  VI,  247)  —  est  un  piout  ou  une  série  de  pioutim  intercalés 
dans  les  trois  premières  bénédictions  de  la  Amida,  comme  dans  le  Séder  R.  Amram, 
éd.  Varsovie,  47  6  en  bas  (un  peu  plus  loin,  48  6,  on  a  l'équivalent  !1311p).  C'est 
aussi  ce  que  Ben  Baboï  entend  par  le  173273  et  les  111173273  par  quoi  les  Pales- 
tiniens remplaçaient  la  prière  du  matin  (p.  133,  1.  1  et  2  du  verso  ;  le  terme  a  été 
mal  compris  par  M.  Mann,  p.  123  et  note  3).  Ce  maamad  ne  se  disait  pas  seulement 
les  jours  de  jeûne  (v.  Elbogen,  Der  judische  Gottesdiensl,  226);  nous  trouvons  des 
maamadot  pour  certains  sabbats,  p.  ex.  Uro  2731Z5'11  173273,  "H31  n3tf5  173273, 
1J33©  173273  (ms.  BodL,  27106,  f,  h,  i  ;  cf.  2705i3,  2712i8  et  27149  ;  Cat.,  II,  p.  121), 
On3D  '11  inn  173273  (Bodl.,  2159;  v.  Marmorstein,  on3D  ^311  D^rTP  ffiYTp, 
Budapest,  1921,  p.  3,  n.  19  =  Hazofé,  V)  et  de  même  pour  des  fêtes,  p.  ex. 
ni213\25n    an  173273    (Bodl.,  2159). 


iU  REVUE  DES   ÉTUDES  JUIVES 

doute  entendre  —  quoique  certains  rabbins  français  attribuent 
nos  Hal.  Gned.  à  Yehoudaï  —  les  Ilalachot  Pesoukot  de  ce 
gaon  S  d'où  pourrait  provenir  ce  texte  des  H.  G. 

Au  sujet  du  Piout  dans  laTeflla,  notons  encore  que  R.  Natronaï, 
qui  l'autorisait  partiellement  (Hemda  Guenouza,  n°  50  ;  Schibbolé 
ha-Léket,  n°  28),  a  rencontré  beaucoup  d'adversaires  parmi  les 
gueonim  de  Soura,  comme  on  le  voit  par  cet  intéressant  passage 
d'un  commentaire  des  Scheèltol  parR.Yobanan  d'Ochrida  (Bulgarie) 
(Ms.  Berlin,  Or.  oct.  333,  f°124a)  :  anrrnttn  [ana]  1i»na  an  baa 
•p*n]  "pa-i  irpm  mb-w»  bba  îawn  ab  pan  nd-w  nna  baa[i] 
y-n^  -jîn  nasan  mab  (124  6)  ■po'srna  r^1  ava  N'-1  [•••  Nb  TWi» 
i-rttbn  d^nid  DES*  [by]  '*ivn  *jrs  a^iwa  noDarî  mai  by»b 
pa  nttbna  '^an  'end  n^w  û^ras   naa   ya  Qta"ay    2n   '73tn  ™5n 

■m   abn    ^73    »îîn   'wan   «nn«b    'pvbW    "W    [ ]    DT»a 

(1.  «aa-Onai  NSN-n  riras  am  n^b  pipboa  'man  ft]*aew  «onb 
ûinai  nanTûi  nbsna  '^an  lyaurc  yaia»  by  Epoin»  niai:  mbœ  '»« 
•nwab  ^yantti  ann  -nTa  na.  Ce  texte  provient  sans  doute  du 
Séfer  Haïttim,  section  (perdue)  de  Berachot,  auquel  l'auteur  se 
réfère  p.  252.  Mais  comme  ce  commentaire  a  utilisé  aussi  les 
Halachot  d'Ibn  Guiat  et  celles  de  Samuel  ibn  Nagdila  (101a), 
notre  passage  pourrait  aussi  avoir  été  pris  à  un  de  ces  ouvrages. 

P.  132,  1.  19-20,  lire  :  (ou  «npn)  ui-npn  njbran  -rcnb  ^a  nrabi  aa 
'nai  m  ipbna  'an  nraa,  c'est-à-dire  :  on  discutait  pour  savoir 
si  (*«a)  l'on  doit  dire  ©ïipn  n;btti-j.  Les  mots  Wi-\?n  n;btt  nraab 
sont  une  dittographie,  sans  que  l'on  puisse  dire  si  la  leçon  pri- 
mitive est  w-nprj  ou  EYipfi  (cette  dernière  est  tout  à  fait  inconnue 
par  ailleurs),  car  plus  loin,  p.  133,  Fauteur,  citant  les  opinions 
de  R.  Joseph  et  de  Raba,  lit  unpn  n;bra  et  «Tpn  *jVwi.  La  discussion 
porte  donc  sur  une  leçon  qui  correspond  à  celle  du  ms.  d'Oxford 
(Beth  Nathan)  :  il  s'agit  de  savoir  si  l'on  doit  lire  -jbta  ou  n;bran  ; 
en  tout  cas,  le  débat  ne  porte  pas, comme  le  croit  M.  Mann,  p.  132, 
n.  16,  et  p.  133,  notes  2  et  3,  sur  le  point  de  savoir  s'il  faut  lire 

iBYip  OU  iDYlp  • 

P.  133,  1.  27,  et  p.  145,  1.  21  :  ^b  \m\  de  même  p.  144,  1.  3  : 
mn«  twi,  et  1.  10  :  snv  13».  Il  ne  faut  pas  corriger  en  -ps  ou  W. 
L'orthographe  "jn  pour  fa  est  constante  dans  le  fragment  de  la 

1.  Voir  Jahrbuch  der  Jildisch-Literarischen  Gesellschaft,  XII,  97. 

2.  Le  texte  porte  'pwb  ec  à  la  marge  :  ywb- 

3.  Le  manuscrit  a  ITTI- 


SUK  LES  «  CHAPITRES  »  DE  BEN  BABOI  185 

Mischna  édité  par  Ginzberg,  Jerushalmi  Fragments,  p.  44-51,  de 
même  que  dans  d'autres  fragments  publiés  dans  cet  ouvrage  : 
p.  155,  I.  16;  p.  161,  1.24(10*0;  P-  164>  1-  21,  22,24;  p.  105,  1.4,9 
(-QK),  12,  14,  15;  p.  166,  1.  6;    p.  242,  1.  6,  15,  17;  p.  244,  1.  3,  30, 

31,  33,  etc.  C'est  aussi  l'orthographe  constante  du  palimpseste  de 
la  Mischna  Oxford  2663  (Anecdota  Oxoniensia,  Semitlc  Séries, 
vol.  I,  part,  v,  Oxford,  1893)  et  d'autres  textes. 

P.  135,  1.  18  :  }a  n'est  pas  non  plus  une  faute  pour  *pn;  c'est 
une  autre  orthographe  ;  elle  se  retrouve  dans  Ginzberg,  op.  cit., 
p.  95,  1.  6,  etc. 

P.  136,  l.  15  :  fan  abtt  n'est  pas  une  faute,  mais  équivaut  à  ab  "•». 

Ib id.,  1.  28  et  suiv.  :  t^nptt  "«bh  r-iabrr  EPTra  "pa  t^r^m 
'n  moro  sram  mz)*»b  'bn  ib  -itpid  n*  'nsi  ns»»  "«bïï  (rDbîi)abn. 
Le  ms.lt.  et  le  nwn  n">  ont  :  nrabn  "»Btt  abi  nsu:^  ^bïï  ab  nabn  p^nb  ^n. 
Nos  textes  du  Talmud  ont  ensuite  rwyab  ïiabrj  "ib  -in^^n  baia 
îjwn  *]b\  ce  qui  manque  chez  Ben  Baboï. 

P.  139,  II,  1.  1.  Le  début  naT»n  *np...  est  peut-être  le  reste 
d'une  derascha  sur  les  mots  du  Lévitique,  i,  15  :  b*  m  ïTOtti) 
(naTEïi  Tp,  qu'elle  comparait  au  sang  de  la  circoncision. 

Ibid.,  1.  8  et  suiv.  Sur  l'usage  babylonien  de  faire  la  circonci- 
sion au-dessus  d'un  bassin  rempli  d'eau,  tandis  que  les  Pales- 
tiniens la  faisaient  au-dessus  du  sol  ',  il  est  à  noter  que  cet  usage 
juif  est  déjà  mentionné  dans  le  Sidra  R.,  I,  224,  11  :  armm  won 
■p-iNa  l'PNBaNai  araoeo  «rai,  «  ils  prennent  le  sang  de  la  cir- 
concision et  Veau  et  versent  sur  leur  visage  »,  ce  qui  corres- 
pond tout  à  fait  au  témoignage  des  Hilloufin,  §  17  :  mt»  ■rçaaa 
ûmsB  b*  Fanw  ûroa  'pbm»  (Muller,  Ha-Schahar,  VII,  583  ;  cf. 
Consultations  des  Gueonim,  éd.  Harkavy,  395). 

P.    142,  1.    1-2  du  verso.    Si  M.  Mann  a  raison   de  restituer 

rnobna  n  naimaai  vapni  bina  ïrrro]  d'après  p.  135,  1.  27,  la  suite 
doit  être  complétée  de  même  :  abia  nan  "itriN  t-nn  abi]  'onnai 
rsuî72b  robn  ^a[»  (?)™*Eb  robjs-j  (ia-i)  *nvbv  [îan]  ■'Btt  2  y[?:u5 
'^31  m»*tt[y  robn  ib  rmin]  ^dïï;  voir  plus  haut,  sur  p.  136,  1.  28. 

1.  II.  Yehoudaï,  qui  le  permet  [Schaaré  Cédek,  22  b),  ne  peut  guère  être  un  autre 
que  le  maître  de  notre  auteur  :  la  formule  ^73T  "PB1B  pour  indiquer  la  décision  lui 
est  particulière  (Consultations,  éd.  Lyck,  45).  11  n'est  pas  nécessaire  que  Ben  Baboï 
soit  toujours  de  la  même  opinion  que  lui. 

2.  La  lettre  y,  que  Harkavy  complétait. par  y[lï5irP],  a  été  simplement  omise  par 
M.  Mann. 


186  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

P.  143,  1.  12  :  bl  tnabt»  nsi  û'na  ^wa  b^aum.  Les  Hilloufin, 
§  30  (Harkavy,  /.  c,  396),  qui  attribuent  aux  Babyloniens  une 
opinion  moins  rigoriste,  ne  doivent  probablement  pas  être  l'objet 
d'une  interversion  ou  d'une  autre  correction.  L'usage  qui  y  est 
relaté  comme  babylonien  concorde  avec  Ab.  Z.,  38 a;  Scheèltot, 
n°  141,  et  Hal.  Gued.,  éd.  Venise,  133  c/  (éd.  Berlin,  p.  557)  et, 
comme  elle  n'est  pas  à  sa  place  dans  Ab.  Z.,  cette  halacha  a 
probablement  été  empruntée  dans  les  Hal.  Gued.  aux  Hal.  Pes. 
de  Yehoudaï.  D'autres  Gueonim  se  sont  prononcés  dans  le  même 
sens  (Geonica,  p.  26  et  p.  224,  1.  15  et  suiv.). 

Pour  les  û'na  ^bnura,  les  Hilloufin  (apud  Harkavy,  395  en  bas) 
relatent  aussi  une  opinion  moins  rigoriste  des  Babyloniens  : 
•p-ioiN  bania^  yna  m  D^aan  "pi  ima  di-pria  d^ia  ipbtttt  bis  a"a 
riDl  ^noa  bia  "ppbiD  ppan?]^  dm  ima.  Les  Hal.  Gued.,  éd. 
Venise,  122  c  (éd.  Berlin,  p. 583),  décident  comme  les  Babyloniens  : 
nam  n®  viVo  "^*nm  ^pa  "pas  ap^uja  û"na  ^a?*n  nvbp  -«am 
'•Di  iaai,  fèves  et  pois  chiches,  ce  qui  équivaut  à  biD.  On  voit 
que  les  Palestiniens  étaient,  en  général,  plus  rigoristes  sur  ce 
point  que  les  Babyloniens,  il  est  donc  peu  probable  que  Ben  Baboï 
combatte  ici  les  Palestiniens.  —  Anan,  éd.  Harkavy,  3  (cf.  J.  Q.  R., 
1922,  p.  380,  Addenda,  11°),  défend  tout  ce  qui  a  été  préparé  par 
des  païens  et  ne  permet  que  l'eau  crue,  la  farine,  le  miel,  les 
plantes  (ûviï)  et  les  truffes  (srm?,  sic). 

Ibid.,  1.  18  :  msnab  n'est  pas  une  faute  de  copiste.  On  trouve  la 
même  ortbographe,  entre  autres  textes,  dans  Kélim,  v,  8,  éd. 
Lowe  ;  Tos.  Beça,  m,  20,  éd.  Zuckermandel;  Halachot  Keçoubot, 
dans  Toratan  schel  Rischonim,  I.  21  et  22;  Hal.  Gued.,  éd.  Berlin, 
p.  184  en  bas,  etc. 

P.  145.  1.  16,  lire  :  totb  terra  aina  ^pti),  et  non  tûrra[a]. 
Comparer  la  vieille  formule  "patû  frirai  ftz»*  tarra  dans  Hal. 
Gued.,  éd.  Berlin,  p.  9  en  baut  et  p.  15;  Tor.  schel  Risch.,  I,  44, 
et    la  pbrase  finale  des  différentes   azharot    (comp.    S.    Saclis, 

û^ira^p  û^naa   *v  ntD*ra,   p.  99). 

J.   N.  Epstetn. 


LE    COLLOQUE    DE    TORTOSE 

ET  DE  SAN   MATEO 

(7  FÉVRIER  1413  —  13  NOVEMBRE  1414) 

(suite  1) 


7.  —  Dans  la  septième  séance,  du  45  février  1413,  le  procès- 
verbal  décrit  un  grand  incident  soulevé  par  Bonastruc  Dezmaestre  : 

Comme  il  en  avait  déjà  l'habitude,  Santa-Fe  commença  par  citer  en 
témoignage  un  livre  que  l'on  n'avait  pas  sous  la  main,  et  les  juifs, 
n'ajoutant  pas  foi  aux  paroles  de  leur  adversaire,  demandèrent  que,  si 
l'on  devait  continuer,  on  cherchât  premièrement  le  livre  cité  pour  voir  si 
Santa-Fe  disait  la  vérité.  Notre  seigneur  le  Pape  donna  l'ordre  d'aller 
chercher  le  livre  en  question,  mais  de  continuer  à  discuter  en  attendant 
sur  certains  points  obscurs  des  jours  précédents.  A  ce  propos  Bonaslruch, 
juif  de  Gérone,  dit  que  si  le  témoignage  était  produit,  les  juifs  répon- 
draient, mais  qu'il  était  intimement  persuadé  qu'il  ne  le  serait  jamais, 
de  même  que  n'avaient  jamais  paru  d'autres  témoignages  allégués 
comme  authentiques  par  Jérôme  de  Santa-Fe.  Le  médecin  de  Benoît  XIII 
ne  put  contenir  sa  colère,  sauta  comme  un  lion  que  l'on  blesse  cruelle- 
ment et  dit  : 

«  Je  vous  fais  savoir  à  toi  et  à  tous  les  juifs  que  je  n'ai  jamais  cité  une 
autorité  qui  ne  puisse  être  prouvée  et  si  vous  n'avez  pas  trouvé  mes 
preuves,  ce  sera  pour  l'une  de  ces  deux  raisons,  ou  bien  par  votre 
paresse  et  votre  négligence  à  les  chercher  ou  parce  que  vous  ne  pos- 
sédez pas  les  livres  que  j'ai  cités  ;  apportez  les  livres  et  je  vous  ferai 
voir,  moi,  que  tout  ce  que  j'ai  cité,  tout  ce  que  je  cite  présentement  ou 
ce  que  j'aurai  à  citer  à  l'avenir  est  authentique,  et  je  m'engage  à  vous  le 
citer  textuellement,  si  c'est  nécessaire,  ici  en  présence  de  tous.  » 

1.  Voir  Revue  des  Etudes  juives,  t.  LXX1V,  p.  17  et  160,  et  t.  LXXV,  p.  74. 


188  HEVUK   DES   ÉTUDES  JUIVES 

Les  Juifs  commencèrent  à  dire  que  la  prophétie  de  Jacob  1  les  favori- 
sait davantage  que  les  chrétiens,  car  le  mot  iy  signifiait  «  éternel, 
toujours  »  et  par  conséquent  la  véritable  interprétation  doit  être  : 
«  Le  sceptre  ne  sera  pas  ôté  de  Juda,  jamais,  car  celui  qui  doit  être 
envoyé  viendra.  »  Santa-Fe  lui  répliqua  en  disant  que  l'on  doit  prendre 
le  mot  iy  dans  le  sens  que  lui-même  avait  proposé  :  premièrement,  à 
cause  de  sa  ponctuation  ;  secondement,  parce  que  c'est  en  ce  même  sens 
que  l'interprétaient  les  maîtres  dans  les  écoles  et  troisièmement,  parce 
qu'on  le  lisait  ainsi  dans  les  synagogues. 

En  outre,  il  ajouta  :  «  S'il  est  certain  que  le  sceptre  ne  doit  jamais 
disparaître  de  Juda,  d'après  ce  que  vous  dites,  comment  se  fait-il  que 
vous  constatiez  son  absence  au  milieu  de  vous?  »  A  cela  d'autres  Juifs 
répondirent  que  l'on  pouvait  fort  bien  aussi  interpréter  le  mot  *iy  dans 
le  sens  de  «  pour  toujours  »  et  alors  il  faudrait  traduire  ainsi  :  «  Le 
sceptre  ne  sera  pas  ôté  pour  toujours  de  Juda,  car  celui  qui  doit  venir 
viendra,  et  il  fera  en  sorte  que  le  sceptre  revienne  aux  mains  d'où  il  avait 
disparu.  » 

8.  —  Dans  la  huitième  séance,  du  16  février  1413,  Garcia  Alvarez 
de  Alarcon  se  présenta  et  fit  observer  à  propos  du  même  passage  : 

Quand  le  mot  iy  veut  dire  «  toujours  »,  il  porte  un  point-voyelle 
appelé  kamets,  accompagné  en  même  temps  de  quelque  préfixe,  comme 
lyb  «  perpétuellement  »  ;  mais  il  n'en  est  pas  ainsi  quand  il  se  trouve 
comme  dans  le  texte  ;  il  est  alors  écrit  avec  patah  iy  et,  lorsqu'il  porte 
cette  voyelle  en  même  temps  que  l'accent  yetib,  il  ne  signifie  jamais 
autre  chose  que  «  jusqu'à  ce  que  ». 

A  la  fin  de  cette  séance,  Sancbez  Porta  prit  part  à  la  discussion, 
et  confirma  tout  ce  qu'avait  dit  Alarcon  au  sujet  du  mot  ny2. 

9.  —  Dans  la  neuvième  séance,  du  17  février  1413,  le  pape  dési- 
gna, pour  le  cas  où  il  serait  empêché,  le  supérieur  général  des 
Frères  prêcheurs,  Juan  de  Podionucis,  pour  présider  les  séances 
et,  en  cas  d'absence  de  ce  dernier,  le  maître  du  sacré  palais  San- 
chez  Porta,  en  leur  enseignant  expressément  de  veiller  à  ce  que 
les  débats  se  poursuivent  sans  passion. 

i.  Il  s'agit  toujours  de  l'interprétation  du  verset  de  la  Genèse,  xlix,  10. 

2.  L'explication  du  mot  *73?  dans  le  sens  de  *jyb  «  perpétuellement,  car  Schilo 
viendra  »  est  due  à  Salomon  ibn  Adret,  qui  Ta  donnée  dans  la  lettre  par  lui  adressée 
à  Lérida  (Consultations,  éd.  Wilna,  1881,  IV,  n°  187)  :  «  Le  mot  iy  est  mis  en  cet 
endroit  pour  "j^b,  c'est-à-dire  :  Le  sceptre  ne  sera  pas  ôté  de  Juda  pour  toujours,  car 
Schilo  viendra.  Nous  trouvons,  en  effet,  iy  mis  pour  "jyb,  car  il  est  écrit  :  «  Il  dure 
éternellement  et  son  nom  est  saint  »,  "7 y  "p"1tt)  (Isaïe,  lvii,  15),  au  lieu  de  lyb  "pTŒ. 
Et  c'est  ainsi  qu'a  traduit  le  Targoum  (N7ûby  *iy).  »  Voir  mon  Schiloh,  p.  215. 


LE  COLLOQUE  DE  TORTOSE  ET  DE  SAN  MATEO         189 

Là-dessus  11.  Moïse  Abenhabec  sollicita  du  pape  Benoît  XIII, 
pour  lui  et  ses  compagnons,  une  audience  privée,  qui  lui  fut  gra- 
cieusement accordée. 

10-12.  —  Du  17  au  19  de  ce  même  mois  de  février  les  débals  se 
poursuivirent  au  sujet  de  la  prophétie  de  Jacob. 

Après  que  Jérôme  eut  de  nouveau  présenté  l'ensemble  de  ses 
arguments,  le  général  des  Dominicains  prit  sa  place  à  la  tribune 
et  adressa  aux  Juifs  présents  une  véhémente  allocution  par  laquelle 
il  les  mettait  en  demeure  de  se  soumettre  ou  de  répondre. 

R  Moïse  Abenhabec  l'interrompit  en  s'écriant  :  «  On  a  répondu 
suffisamment  aux  raisons  de  maître  Jérôme,  il  n'est  donc  pas 
nécessaire  de  répondre  davantage.  » 

A  cela  le  dominicain  répliqua  avec  violence  que  les  Juifs  soute- 
naient une  infinité  de  contradictions,  de  perfidies  manifestes  et 
d'opinions  erronées,  et  qu'après  avoir  accepté  les  arguments  de 
Jérôme  prouvant  que  le  Messie  était  déjà  venu,  ils  revenaient  sur 
leurs  aveux. 

Un  murmure,  d'abord  sourd,  mais  qui  alla  en  augmentant  de 
plus  en  plus,  s'éleva  alors  parmi  les  Juifs,  lesquels  contestaient 
qu'ils  eussent  jamais  accordé  que  le  Messie  fût  déjà  venu.  Ce  que 
voyant,  le  pape  ordonna  que  la  discussion  fût  recommencée  à 
nouveau,  avec  cette  différence  toutefois  que  les  deux  parties  ne 
pourraient  plus  comme  précédemment  la  diriger  à  leur  guise, 
mais  qu'elles  devraient  rédiger  par  écrit  leurs  explications  et  les 
remettre  au  notaire  pontifical  Nicolas  Camill,  qui  les  soumettrait, 
en  vue  de  la  réponse,  aux  participants  du  colloque,  cardinaux, 
prélats,  clercs  et  laïques,  ainsi  qu'à  tous  les  Juifs  présents.  Cette 
ordonnance  du  pape  en  date  du  19  février  1413  figure  dans  les 
actes. 

Ainsi  se  termina  cette  séance. 

13.  —  La  douzième  séance  n'eut  lieu  que  le  6  mars  1413.  Elle 
commença  par  la  lecture  du  document  rédigé  par  les  Juifs.  Jérôme 
insista  sur  la  preuve  tirée  par  lui  du  passage  du  Talmud  {Aboda 
Zara,  9  a)4  concernant  les  six  mille  ans  de  la  durée  du  monde, 
attendu  que  le  temps  prédit  par  Elie  pour  l'accomplissement  est 
déjà  passé.  Mais  les  Juifs  répondirent  qu'Elie  n'avait  rien  affirmé 
en  désignant  l'époque,  mais  qu'il  avait  seulement  fait  une  suppo- 

1.  Voir  plus  haut,  p.  83. 


190  REVUE  DES  ÉTUDES  JUIVES 

sition,  en  sorte  que  le  Messie  pouvait  être  attendu  au  commence- 
ment des  derniers  deux  mille  ans,  mais  que  cependant  sa  venue 
a  été  retardée  à  cause  des  nombreux  péchés  de  son  peuple.  On 
pourrait  dire  de  la  môme  manière  :  «  Notre  Seigneur  le  Roi 
devait  être  à  Tortose  au  milieu  de  février,  mais  il  a  retardé  son 
arrivée  en  raison  de  la  quantité  d'affaires  qu'il  a  entre  les  mains.  » 

Ils  expliquaient  ensuite  les  degrés  de  mérite  et  de  démérite  dans 
lesquels  se  trouvent  tous  les  hommes  ;  les  uns  ont  plus  de  mérites 
que  de  fautes,  ils  sont  au  premier  degré  ;  d'autres  ont  autant  de 
fautes  que  de  mérites,  ils  sont  au  second  degré;  d'autres,  enfin,  ont 
plus  de  fautes  que  de  mérites,  ils  sont  au  dernier  degré,  et  ce  fut 
celui  dans  lequel  se  trouvaient  les  Juifs  à  la  fin  des  quatre  mille  ans. 

Santa-Fe  leur  demandant  quels  péchés  avaient  commis  leurs 
ancêtres  pour  que  Dieu  les  châtiât  si  terriblement  par  la  captivité 
de  soixante-dix  années  et  quels  péchés  ils  avaient  commis  eux- 
mêmes  à  leur  tour  pour  s'attirer  la  nouvelle  captivité  qui  semble 
n'avoir  point  de  fin,  ils  répondirent  que  leurs  pères  avaient  sup- 
porté la  captivité  de  Babylone  à  cause  des  nombreux  et  exécrables 
crimes  qu'ils  avaient  commis  dans  le  premier  Temple  et  que  leur 
descendance  continuait  encore  à  les  expier. 

A  quoi  Santa-Fe  répliqua  : 

Il  est  certain  que  les  péchés  commis  par  vos  pères  dans  le  premier 
Temple  ont  été  nombreux  et  très  grands,  mais  ils  ont  satisfait  pour  ces 
péchés  à  la  divine  justice  par  la  captivité  de  Babylone,  qui  dura  soixante- 
dix  ans,  après  lesquels  ils  reçurent  l'autorisation  de  retourner  dans  leur 
patrie  pour  construire  le  second  Temple,  époque  durant  laquelle  il  y  eut 
un  très  grand  nombre  de  justes  en  Israël,  comme  les  dix  rabbins  dont  il 
est  dit  dans  le  Talmud  que,  pour  ne  pas  abandonner  un  iota  de  la  Loi, 
ils  furent  martyrisés  l.  A  cette  époque-là  vécut  aussi  cette  femme  forte 
appelée  Hanna  avec  ses  sept  fils,  qui,  se  refusant  à  adorer  les  faux  dieux, 
furent  mis  à  mort  par  Adrien  (!),  l'un  après  l'autre2.  S'il  suffisait  de  dix 
justes  pour  que  Sodome  ne  fût  point  détruite,  ainsi  que  Dieu  le  dit  à 
Abraham  (Gen.,  xvm,  32],  à  bien  plus  forte  raison  y  a-t-il  lieu  de  croire 
que,  pour  sauver  Israël  et  le  délivrer  du  cbàtiment  que  méritaient  ses 
anciens  péchés,  un  si  grand  nombre  de  justes  dut  suffire.  Il  est  indubi- 
table qu'au  moyen  de  la  captivité  de  soixante-dix  ans  la  colère  divine 
s'apaisa  et  que  le  peuple  élu  recommença  à  jouir  des  faveurs  du  Ciel.  Il 
s'ensuit  que  la  captivité  postérieure  ne  peut  pas  être  la  peine  des  péchés 
commis  sous  le  premier  Temple,  mais  de  quelque  autre  péché  beaucoup 

1.  Echa  r.,  n,  "2. 

2.  II  Macch.,  vu. 


LE  COLLOQUE   DE   TORTOSE   ET   DE  SAN    MATEO  191 

plus  grand  commis  à  l'époque  du  second.  Ceci  est  confirmé  davantage  si 
l'on  tient  compte  de  ce  que  disent  la  paraphrase  chaldaïque  et  le 
Talmud,  à  savoir  que  cette  captivité  ne  durerait  pas  plus  de  quatre 
générations  et  celle  que  vous  subissez  présentement  dure  depuis  plus 
de  quatorze  cents  ans;  par  conséquent  il  n'est  pas  douteux  que  vous 
subissez  la  captivité  présente  pour  n'avoir  pas  voulu  reconnaître  le  vrai 
Messie.  En  niant  cette  conclusion,  vous  devez  avouer  que  vos  péchés 
sont  beaucoup  plus  graves  que  ceux  que  commirent  vos  pères,  que  vous 
oftensez  Dieu  par  des  formes  d'idolâtrie,  des  homicides,  des  adultères 
beaucoup  plus  exécrables,  et,  s'il  en  est  ainsi,  la  terre  devrait  s'engloutir 
sous  vos  pieds  et  les  Chrétiens  ne  pourraient  point  vous  permettre 
d'habiter  parmi  eux.  Mais  non,  tout  autre  est  la  raison  pour  laquelle 
vous  souffrez.  Quelle  est-elle  donc?  Si,  pour  les  exécrables  péchés  que 
vos  pères  ont  commis  sous  le  premier  Temple,  ils  ont  été  châtiés  d'une 
captivité  de  soixante-dix  ans,  vous  autres  qui  êtes  déjà  depuis  plus  de 
quatorze  cents  ans  en  exil,  qu'avez-vous  fait?  Quel  péché  avez-vous 
commis  pour  que  vous  soyez  si  durement  châtiés?  Auriez-vous  l'audace 
de  vous  croire  innocents?  Ah!  non,  vous  ne  commettriez  pas  de  péché 
plus  grand  en  supposant  Dieu  injuste  ! 

Après  ce  discours,  le  procès-verbal  ajoute  eu  termes  tout  à  l'ait 
solennels  la  liste  de  dix  convertis  4. 

14.  —  A  la  fin  du  procès-verbal  de  la  quatorzième  séance  se 
trouve  une  autre  liste  relative  à  un  semblable  acte  de  baptême  : 

Le  même  jour  (15  mars  1413)  vinrent  de  Saragosse,  d'Eurolès  (?)  et 

1.  Ladite  diète  étant  achevée,  la  divine  grâce  qui  illumine  tout  homme  qui  vient 
en  ce  monde  se  manifesta  d'une  manière  magnifique  en  soufflant  miséricordieusement 
sur  dix  Juifs  notables,  à  savoir  cinq  de  la  aljama  de  la  ville  de  Monzon,  deux  de  la 
aljama  de  la  localité  de  Falset  (au  nord  de  Tortose),  un  de  la  aljama  de  Mora  (près  de 
Tortose),  et  un  distingué  étudiant  talmudiste  de  la  aljama  de  la  ville  d'Alcaniz  qui  ne 
s'était  jamais  écarté  des  leçons  du  Talmud  qu'il  entendait  continuellement  depuis  son 
enfance  dans  la  maison  paternelle  et  à  l'école,  et  aussi  un  certain  jeune  homme  de  la 
ville  de  Calatayud,  lesquels,  tous  les  dix  ensemble,  se  prosternèrent  avec  grande 
dévotion  et  humilité,  fléchissant  les  genoux  devant  le  marche-pied  de  notre  très  saint 
seigneur  le  pape  Benoît  XIII  en  faisant  unanimement  la  confession  suivante  :  «  En 
effet,  nous  voyons  et  nous  reconnaissons  clairement  que  les  raisons  de  Maître  Jérôme 
sont  vraies  et  que  les  réponses  des  Juifs  rabbins  n'ont  absolument  aucune  valeur. 
C'est  pourquoi,  béatissime  père  et  très  clément  Seigneur,  nous  supplions  Votre 
Sainteté  et  lui  demandons  avec  une  très  grande  dévotion  et  en  toute  humilité  qu'elle 
nous  fasse  miséricordieusement  baptiser,  afin  que  nous  puissions  acquérir  le  salut  de 
nos  âmes.  »  Considérant  cela  pieusement  et  diligemment  et  voyant  la  dévotion  très 
ardente  avec  laquelle  les  dix  Juifs  susdits  venaient  également  à  la  foi  orthodoxe, 
notre  très  clément  seigneur  le  Pape  les  fit  honorablement  et  solennellement  baptiser 
et,  grâce  aux  efforts  de  ces  convertis,  leurs  femmes  et  leurs  familles,  au  nombre  de 
trente  personnes  et  même  davantage,  furent  purifiées  de  la  lèpre  judaïque  sur  les 
fonts  du  baptême.  —  (En  latin  dans  le  procès-verbal,  28  v°.) 


192  REVUE   DES   ETUDES  JUIVES 

d'Alcaniz  quelques  Juifs,  en  disant  qu'ils  avaient  eu  connaissance  par  des 
relations  faites  dans  leurs  localités  des  réponses  très  faibles  que  don- 
naient leurs  rabbins  et  que,  pour  cette  raison,  ils  avaient  résolu  de  se 
convertir  à  la  foi  catholique.  Notre  seigneur  le  Pape  ordonna  de  leur 
donner  le  saint  baptême.  Et  ils  furent  au  nombre  de  treize,  tous  hommes 
notables.  Et  par  la  suite  tous  ceux  qui  avaient  été  ainsi  baptisés  étant 
de  retour  dans  leurs  demeures  firent  baptiser  leurs  femmes,  leurs 
enfants  et  toute  leur  famille. 

15.  —  Le  22  mars  dans  la  dix-septième  séance,  Jérôme  présenta 
le  compte  chronologique  :  «  Le  Messie  a  dû  venir  à  l'expiration  de 
quatre  mille  deux  cents  ans  de  la  création  du  monde  »  ;  ce  serait 
cinquante-cinq  ans  avant  1ère  chrétienne. 

Sur  quoi  on  demanda  aux  Juifs  s'ils  se  déclaraient  d'accord  avec 
la  thèse  soutenue  par  Jérôme,  question  à  laquelle  ils  firent  cette 
réponse  :  «  En  aucune  façon,  attendu  que  les  témoignages  cités  par 
maître  Jérôme  devaient  s'interpréter  non  pas  littéralement,  mais 

au  sens  figuré.  » 

Le  pape  alors  leur  demanda  de  dire  quelle  était  la  figure  à 
laquelle  se  rapportaient,  d'après  eux,  les  autorités  citées  et  quels 
docteurs  les  entendaient  en  ce  sens-là,  sans  les  obliger  toutefois  à 
répondre  au  même  instant,  mais  seulement  quand  ils  auraient  bien 
réfléchi  sur  la  matière. 

16.  -  Dans  la  dix-huitième  séance,  huit  jours  après,  un  rabbin 
répondit  à  ce  qui  précède  : 

«  D'après  lui  il  était  évident  que  le  Messie  n'était  pas  venu,  car  les 
conditions  assignées  par  les  prophètes  à  la  personne  du  Messie  et  à 
l'époque  où  devait  se  produire  sa  venue  n'étaient  pas  encore  remplies. 
En  outre,  les  autoriés  alléguées  par  maître  Jérôme  ne  concordaient  pas 
entre  elles  et  ne  devaient  pas  non  plus  s'interpréter  à  la  lettre.  On 
y  avait  aussi  recours  à  des  fables  d'une  nature  telle  qu'un  Juif  ne  se 
voyait  obligé  de  leur  accorder  aucune  espèce  de  créance  du  moment 
qu'elles  ne  se  trouvaient  point  en  conformité  avec  l'article  fondamental 
de  la  doctrine  juive.  Il  ajouta  que  son  intention  n'était  pas  d'être  le 
moins  du  monde  désagréable  à  maître  Jérôme,  mais  simplement  d'obéir 
aux  ordres  du  bienheureux  père  Benoît  XIII.  Et,  poursuivant  ses  expli- 
cations, il  exposa  dans  quel  sens  on  doit  prendre  les  autorités  talmu- 
diques  alléguées  par  Santa  Fe,  citant  à  l'appui  Maïmonide,  Kimhi  et 
divers  autres  talmudistes,  et  il  conclut  en  disant  :  Pour  toutes  ces 
raisons,  le  Juif  croit,  sans  qu'on  lui  puisse  objecter  son  ignorance  et  son 
insuffisance,  que  maître  Jérôme  n'a  point  démontré  sa  proposition,  a 
savoir  que  le  Messie  est  venu  au  monde.  » 


LK  COLLOQUE  DE  TORTOSE  ET  DE  SAN  MATEO  193 

17.  -  Trois  jours  après,  dans  la  dix-neuvième  séance,  Santa-Fe 
analysa  les  arguments  apportés  on  dernier  lien  contre  lui  et  qu'il 
réduisit  à  douze  points  particuliers,  en  sorte  que  le  contradicteur 
se  vit  obligé  de  reconnaître  qu'il  ne  pouvait;  plus  fournir  d'autre 
réponse  et  que,  pour  le  moment,  il  ne  trouvait  plus  rien  à  répondre 
«  à  cause  de  son  insuffisance,  de  la  faiblesse  de  son  intelligence  el 
de  son  ignorance  ». 

18.  —  Le  5  avril  1413,  dans  la  vingtième  séance,  Jérôme  cita  le 
passage  du  prophète  Tsaïe  (ix,  5)  :  «  Un  petit  enfant  nous  est  né, 
un  fils  nous  a  été  donné  et  son  empire  s'étendra.  » 

Il  exposa  ici  pour  sa  démonstration,  comme  dans  le  Sépher  ha 
Pikkourim,  ce  qui  suit  : 

Que  cette  prophétie  s'applique  au  Messie,  les  Juifs  no  peuvent  moins 
faire  que  de  l'admettre,  puisque  R.  José  le  Galiléen  l'affirme  clairement 
dans  le  préface  de  la  grande  Lamentation  *  ;  et  dans  le  Talmud  lui-même, 
traité  Sanhédrin,  dernier  chapitre2,  R.  Tanhoum  demande  :  «  Quelle  est 
la  raison  pour  laquelle  tous  les  mem  de  ce  texte  sont  ouverts,  tandis 
que  seul  celui  du  mot  lemarbé  (multiplicabitur)  est  fermé  tout  en  se 
trouvant  au  milieu  du  mot  ?  »  On  lui  répondit  :  «  C'est  que  Dieu  voulut 
taire  du  roi  Ezéchias  le  Messie  et  alors  se  présenta  à  lui  la  Justice  com- 
mutative,  qui  lui  dit  :  Maître  du  monde  !  à  David  qui  a  composé  tant  de 
cantiques  et  chanté  tant  de  louanges  en  ton  honneur,  tu  n'as  pas  accordé 
la  qualité  de  Messie  et  tu  ferais  une  grâce  si  extraordinaire  au  roi  Ezé- 
chias qui  n'a  rien  composé  de  tel,  en  dépit  des  nombreux  miracles  que 
tu  as  faits  pour  lui  ?  »  Alors  Dieu  ferma  cette  lettre  et  en  même  temps 
on  entendit  une  voix  du  ciel  qui  disait  :  Mon  secret  est  à  moi  !  Mon 
secret  est  à  moi  ! 

De  ce  commentaire  Santa-Fe  tire  trois  conclusions  :  1°  que  le  Messie 
est  Dieu  lui-même  ;  2°  que  le  Messie  devait  naître  de  la  Vierge  Marie  et 
c'est  pour  cela  que  fut  mise  la  lettre  mem  fermée  (û),  alors  qu'elle  eût 
dû  être  ouverte  (72)  d'après  les  règles  constantes  de  l'écriture  hébraïque; 
et  3°  que  la  lettre  mr.m  fermée  (o)  fait  connaître  de  façon  évidente 
l'époque  où  devait  venir  le  Messie,  car  cette  prophétie  fut  prononcée 
la  quatrième  année  du  règne  d'Achaz  et  depuis  lors  jusqu'à  la  destruc- 
tion du  Temple,  qui  eut  lieu  la  onzième  année  du  règne  de  Sédécias, 
cciit  cinquante  ans  se  sont  écoulés;  en  ajoutant  à  ce  nombre  les 
soixante-dix  années  que  dura  la  captivité  de  Babylone  et  les  quatre 
cent  vingt  de  l'époque  du  second  Temple,  on  arrive  au  total  de  six 
cent  quarante.  Si  de  ce  nombre  nous  retirons  quarante  ans,  ce  qui  est 

i     Pugio,  p.  529. 
1.    V"  94  a. 

T.  t.XXV.  V   150.  13 


194  REVUK   DES   ÉTUDES  JUIVES 

l'année  de  la  mort  du  Messie,  il  nous  en  reste  six  cents  ;  c'est  précisé- 
ment la  valeur  numérique  de  la  lettre  mem  fermée  (û)  et  c'est  le  nombre 
d'années  qui  s'écoulèrent  depuis  que  la  prophétie  fut  prononcée  jusqu'à 
la  mort  du  Christ,  et  c'était  là  le  secret  de  Dieu  que  le  prophète  ignorait. 

19.  —  Quelques  jours  s'écoulèrent  ensuite  sans  que  le  congrès 
se  réunît.  Ce  n'est  que  le  15  avril  4413  qu'eut  lieu  la  vingt-unième 
séance,  dans  laquelle  fut  discutée  la  question  relative  aux  soixante- 
dix  semaines  de  Daniel,  i.\,  24. 

20.  —  Dans  le  procès- verbal  de  la  vingt-deuxième  séance  se 
trouve  de  nouveau  la  relation  du  baptême  de  plus  de  deux  cent 
cinquante  Juifs  *. 

21 .  —  La  vingt-troisième  séance,  qui  n'eut  lieu  que  le  4  mai  1413, 
commença  par  un  long  discours  {arengà)  de  Jérôme,  pour  lequel  il 
prit  comme  texte  le  verset  de  Jérémie,  ni,  22  :  «  Convertissez-vous, 
enfants,  et  je  guérirai  vos  infidélités.  » 

Puis,  il  posa  aux  Juifs  douze  questions  tirées  du  domaine  de  la 
théologie  catholique  : 

1°  Existe-t-il  quelque  lieu  désigné  pour  la  naissance  du  Messie? 

2°  Sa  naissance  doit-elle  être  miraculeuse  ou  naturelle  comme  celle 
de  tous  les  autres  hommes? 

3°  Sera-t-il  homme  seulement  ou,  au  contraire,  sera-il  Dieu  et  homme 
tout  ensemble  ? 

4°  Sa  venue  aura-t-elle  lieu  uniquement  pour  donner  la  vie  spirituelle 
aux  âmes  ou  pour  que  les  corps  jouissent  de  biens  temporels? 

5°  Le  péché  d'Adam  a-t-il  été  pardonné  avant  la  venue  du  Messie,  oui 
ou  non  ? 

6°  Le  Messie  devait-il  souffrir  la  mort  pour  expier  ledit  péché? 

7°  En  supposant  qu'il  en  ait  été  ainsi,  les  peuples  et  races  qui  ont  une 

1.  Mais  durant  le  temps  susdit,  de  nombreux  Juifs  venant  chaque  semaine  et 
chaque  jour  à  la  connaissance  de  la  vérité  et  confessant  publiquement  la  foi  catholique, 
il  arriva  que  tantôt  trois,  tantôt  quatre,  tantôt  un  plus  grand  nombre  reçurent  le 
baptême  en  présence  de  toute  la  sainte  curie  de  notre  seigneur  le  Pape,  chaque 
semaine  de  la  présente  année,  sans  compter  les  autres  qui,  en  diverses  parties  du 
royaume,  étaient  convertis  à  la  foi,  comme  à  Saragosse,  à  Calatayud,  à  Alcaniz  et  dans 
les  autres  synagogues  du  royaume.  En  effet,  ceux  qui  étaient  présents  entendaient  et 
répétaient  aux  autres  les  preuves  si  fortes,  si  remarquables,  si  transcendantes  établies 
par  le  susdit  Jérôme  contre  les  Juifs  et  alléguées  scientifiquement,  ainsi  que  les 
réponses  si  faibles,  si  cauteleuses  que  faisaient  en  sophistiquant  les  rabbins  des  Juifs 
en  opposition  avec  la  vérité,  en  sorte  que,  cet  été-là,  plus  de  deux  cent  cinquante 
Juifs  furent  convertis. 


LE  COLLOQUE   DE   TOKTOSE   ET   DE  SAN    MATEO  49b 

•  autre  origine  qu'Israël  seraient-ils  appelés  à  jouir  du  bénéfice  de  cette 
mort  '.' 

8°  Le  Messie  devait-il  se  contenter  simplement  de  racheter  le  monde 
ou  devait-il,  en  outre,  établir  une  nouvelle  loi  fondée  sur  une  doctrine 
nouvelle  ? 

9°  Après  son  avènement  au  monde,  les  sacrifices  devaient-ils  conti- 
nuer aussi  nombreux  et  sous  la  même  forme,  tels  qu'ils  avaient  existé 
autrefois? 

10°  Les  antiques  cérémonies  devaient-elles,  oui  ou  non,  subsister? 

11°  Pour  quel  motif  subissez- vous  donc,  vous  autres  Juifs,  une  capti- 
vité si  prolongée? 

Enfin,  12J  quand  votre  Messie  viendra,  retournerez-vous  prendre  pos- 
session du  même  pays  que  vos  ancêtres  ont  habité  depuis  la  captivité 
d'Egypte  et  de  Babylone  ou  entrerez-vous  en  possession  d'un  autre  pays? 

22.  Sur  le  feuillet  185  v°  se  trouve  à  cette  place  une  note  du 
4  mai  1413,  dans  un  exposé  fait  par  Jérôme  de  baptêmes  célébrés  : 
«  En  ce  temps-là  donc  (4  mai  1413),  sous  l'inspiration  de  la  grâce 
divine,  certain  Juif  noble,  du  nom  de  Todros  Benveniste,  médecin, 
et  sept  autres  Juifs  avec  lui  présentèrent  une  requête  personnelle 
demandant  à  être  baptisés.  >; 

23.  —  Dans  la  vingt-quatrième  séance,  du  17  mai,  les  Juifs 
présentèrent  un  mémoire  qui  contenait  la  réponse  aux  douze 
questions  de  Jérôme  : 

«  1°  A  la  première  demande  ils  répondirent  qu'ils  ignoraient  complè- 
tement qu'aucun  lieu  ait  été  désigné  pour  la  naissance  du  Messie  ; 

2°  et  ils  firent  la  même  réponse  à  la  seconde  demande. 

3°  Ils  soutinrent  que  le  Messie  devait  être  seulement  un  homme  de 
bien  et  un  prophète,  mais  qu'il  ne  devait  rien  y  avoir  en  lui  de  divin. 

4°  A  la  quatrième  question  ils  dirent  :  Ce  sera  un  grand  personnage 
qui  délivrera  Israël  de  la  captivité  temporelle  et  il  s'ensuivra  que  le 
peuple  de  Dieu  pourra  observer  la  loi  de  Dieu  avec  une  plus  grande 
facilité  et  plus  de  perfection  et  parvenir  à  la  vie  éternelle. 

5°  Au  sujet  de  la  rémission  du  péché  d'Adam  avant  l'avènement  du 
Messie,  ils  disent  qu'il  n'était  pas  pardonné,  car,  dans  le  cas  contraire,  on 
ne  verrait  pas  tant  de  peines  et  tant  de  misères  parmi  les  descendants  du 
premier  homme. 

6°  Ils  nièrent  absolument  que  le  Messie  dût  mourir  pour  racheter 
ledit  péché. 

7°  Ils  répondirent  pareillement  a  la  septième  question  que  le  Messie 
délivrera  uniquement  le  peuple  d'Israël. 

8°  Ils  ajoutèrent  ensuite  qu'il  ne   devait  pas  établir  une  nouvelle  loi, 


196  REVUE  DES   ETUDES  JUIVES 

ni  enseigner  aucune  doctrine  nouvelle,  parce  que  celle  de  Moïse,  qui  est 
immuable,  perpétuelle,  suffit. 

9°  et  10°  Par  conséquent,  même  après  la  venue  du  Messie,  les  sacrifices 
et  cérémonies  continueraient  en  la  même  forme  qu'auparavant. 

11°  En  ce  qui  concerne  la  captivité  que  les  Juifs  subissent  présente- 
ment, ils  croient  qu'elle  est  due  aux  péchés  que  le  peuple  de  Dieu  a 
commis  autrefois  et  qu'il  continue  a  commettre. 

12°  Ils  assurent  qu'un  temps  viendra  où  ils  retourneront  prendre 
possession  du  même  pays  qu'ont  habité  leurs  ancêtres.  »  (F°  52-59  a.) 

24.  Jérôme  consacra  douze  jours  entiers,  du  27  mai  au  12  juin 
1413,  et  par  conséquent  un  nombre  égal  de  séances,  à  la  réfutation 
du  mémoire  présenté  par  les  Juifs  (f°  59-129). 

La  prophétie  d'Isaïe,  vu,  14,  formait  un  point  principal  :  «  Voici, 
la  vierge  concevra  et  enfantera  un  fils  et  il  sera  appelé  Emmanuel.» 

Les  Juifs  formulèrent  ici  trois  objections  : 

«  1°  qu'en  hébreu  le  mot  qui  signifie  «  vierge  »  est  le  mot  betoula 
(ftbira)  et  non  pas  aima  (nttb*)  comme  dans  Isaïe  ; 

2°  que  cela  ne  pouvait  constituer  un  signe  pour  le  roi  Achaz,  puisque 
l'événement  ne  devait  se  produire  que  plus  de  cinq  cents  ans  après  lui  ; 

et  3°  que  le  fils  de  Marie  ne  s'appelle  pas  Emmanuel,  mais  Jésus. 

Par  conséquent,  continuent  les  Juifs,  la  prophétie  vise  la  femme 
d'Achaz,  qui  donna  le  jour  à  Ezéchias,  avec  lequel  Dieu  fut,  selon  l'inter- 
prétation du  mot  Immanouel  (b&n3E3>),  «  Dieu  avec  nous  ». 

A  ces  trois  arguments  Jérôme  répondit  : 

1"  Vous  êtes  complètement  dans  l'erreur  quand  vous  affirmez  qu'il 
n'y  a  en  hébreu  que  le  mot  betoula  pour  signifier  «  vierge  »,  puisque  je 
puis  vous  en  citer  trois  qui  ont  le  même  sens,  quoiqu'avec  une  petite 
différence  :  nahara  (m3>3),  betoula  (nbina)  et  aima  (rmby).  On  nomme 
nahara  n'importe  quelle  jeune  fille,  sans  s'inquiéter  de  savoir  si  elle  est 
vierge  ou  non,  puisque  le  mot  dérive  de  la  racine  naharout  (rhl^S), 
qui  signifie  «jeunesse,  adolescence  ».  Betoula  se  dit  d'une  femme  vierge, 
qu'elle  soit  jeune  ou  vieille,  car  le  même  mot  peut  s'appliquer  à  une 
jeune  fille  de  seize  ans  ou  à  une  femme  de  quatre-vingts  ans. Du  moment 
qu'elle  est  vierge,  on  peut  l'appeler  et  de  fait  on  l'appelle  dans  la  sainte 
Ecriture  betoula.  Par  contre,  aima  signifie  bien  vierge,  mais  non  pas 
une  vierge  quelconque  ;  il  s'agit  d'une  vierge  en  état  de  contracter 
mariage  et  ces  deux  conditions  se  trouvèrent  merveilleusement  réunies 
au  pied  de  la  lettre  dans  la  très  sainte  Vierge  Marie.  Il  est  certain,  cepen- 
dant, que  les  écrivains  sacrés,  en  parlant  au  sens  figuré,  prennent  très 
souvent  un  mot  pour  un  autre.  Mais  le  prophète  Isaïe,  qui,  en  une  affaire 
de  si  grande  importance,  voulut  s'exprimer  très  exactement  et  en  même 


LE  COLLOQUE    DE   TORTOSE   ET   DE  SAN    MATEO  197 

temps  avec  un  certain  mystère,  employa  le  mot  aima  qui  était  le  plus 
convenable  pour  indiquer  ce  qu'il  voulait  dire. 

•2°  La  révélation  ne  fut  point  faite  à  Achaz,  mais  à  la  maison  ou  à  la 
descendance  de  David,  attendu  que  ce  roi,  quoique  invité  par  le  prophète 
a  demander  un  signe  plus  prodigieux  et  plus  admirable  que  les  profon- 
deurs de  la  mer,  l'immensité  et  la  hauteur  des  cieux,  ne  voulut  rien 
demander. 

3°  Il  ne  faut  pas  prendre  matériellement  le  nom  d'Emmanuel,  mais  au 
sens  spirituel,  comme  l'ont  entendu  les  prophètes. 

25.  —  Dans  la  trente-cinquième  séance,  du  12  juillet  1413, 
Jérôme  rechercha  quelle  pouvait  hien  être  la  cause  de  la  présente 
servitude  des  Juifs  et,  après  avoir  repoussé  les  autres  explications, 
il  en  vint  à  parler  de  Yodium  gratis,  odium  sine  causa  *,  à  propos 
de  quoi  il  fit  l'éloge  de  leur  conduite  les  uns  envers  les  autres. 

Mais  ils  déclarent  qu'il  en  est  autrement,  disant  que  cette  haine  gra- 
tuite {odium  gratis)  n'est  pas  autre  chose  que  la  malveillance  de  l'un 
contre  l'autre  et  réciproquement.  Voici  maintenant  comment  ils  sai- 
sissent la  vérité,  parlant  comme  des  aveugles  qui  palpent  une  chose  et 
ne  la  voient  pas  clairement,  car,  assurent-ils,  une  semblable  haine 
n'existe  pas  aujourd'hui  entre  eux  de  l'un  à  l'autre.  C'est  plutôt  le 
contraire  et  il  n'y  a  pas  une  nation  dans  le  monde  qui  fasse  preuve  de 
plus  de  piété,  de  charité  mutuelle  que  les  Juifs  n'en  montrent  entre  eux, 
soit  en  se  visitant  dans  leurs  maladies,  soit  en  se  secourant  mutuelle- 
ment dans  leur  détresse,  en  évitant  de  révéler  les  secrets  de  l'un  à 
l'autre,  en  s'arrachant  l'un  l'autre  au  péril,  à  tel  point  que  si  un  Juif  se 
trouve  poursuivi  comme  criminel  par  les  chrétiens,  tous  les  membres  de 
la  communauté  (aljama)  le  délivreront  et  le  rétabliront  en  plus  haute 
considération  et  en  possession  de  biens  plus  grands  que  le  coupable  lui- 
même  ne  serait  en  état  de  l'apprécier  pécuniairement.  Donc  les  hommes 
qui  entretiennent  entre  eux  une  telle  communion  ne  sauraient  être 
accusés  de  malveillance  ou  de  haine  et  ne  doivent  pas  pour  cela  être 
punis  si  cruellement  et  d'une  manière  si  prolongée,  comme  c'est  le  cas 
dans  cette  captivité. 

26.  —  La  quarante-cinquième  séance,  du  30  août  1413,  termina 
la  première  série  des  conférences.  Les  rabbins  ne  se  séparèrent 
pas  sans  déclarer  qu'ils  ne  se  tenaient  point  pour  convaincus  par 
la  réfutation  de  Jérôme.  Le  principal  travail  fut  ainsi  terminé  dans 
les  sept  premiers  mois,  du  7  février  à  la  fin  d'août  1413,  ce  qui 
demanda  quarante-cinq  séances.  Là-dessus,  la  chaleur  du  climat 
d'Espagne  en  été  nécessita  un  repos  de  quelques  mois. 

1.   D3n  n«3?3  [Y orna.  9  6). 


198  REVUE   DES   ETUDES  JUIVES 

Depuis  le  27  février,  date  à  laquelle  on  introduisit  la  procédure 
par  écrit,  jusqu'au  30  août,  on  trouve  dans  les  procès-verbaux,  de 
la  dixième  à  la  quarante-cinquième  séance,  vingt-quatre  cédules 
ou  réponses  enregistrées  du  côté  des  Juifs.  Tous  ces  procès- 
verbaux  de  la  fin  de  février  à  la  fin  d'août  1413  furent  vérifiés  et 
authentifiés  durant  la  période  de  repos  par  trois  notaires,  en 
présence  de  Sanchez  Porta,  maître  du  Sacré-Palais,  et  par  huit 
Juifs  choisis  à  cet  effet. 

27.  —  A  la  reprise  des  conférences,  dans  la  quarante-sixième 
séance,  le  30  novembre  1413,  Jérôme  répéta,  sur  l'ordre  du  pape 
Benoît,  d'une  manière  abrégée,  quelques-unes  de  ses  preuves 
principales,  attendu  que  les  rabbins,  trois  mois  auparavant,  le 
30  août,  ne  s'étaient  pas  avoués  vaincus. 

Avec  cet  exposé  de  Jérôme,  qui  occupa  la  quarante-sixième  et  la 
quarante-septième  séances,  le  30  novembre  et  le  22  décembre  1413, 
la  première  période  du  colloque  prit  fin. 


VI.  —  Les  séances  du  colloque  a  Tortose  {Deuxième  période). 

1.  —  Le  pape  Benoît  ouvrit  la  seconde  période  dans  la  qua- 
rante-huitième séance,  le  8  janvier  1414,  par  une  allocution  dans 
laquelle  il  s'expliqua  sur  ses  intentions  et  sur  la  suite  qu'il  enten- 
dait donner  au  colloque. 

Dans  la  dernière  séance  il  avait  entendu  rapporter  par  maître  Jérôme 
comment,  en  l'absence  de  Sa  Sainteté,  il  avait  été  procédé  dans  cette 
même  information  et, attendu  que  quelques-uns  des  Juifs  avaient  dit  que, 
daus  une  telle  cause,  il  devait  être  un  juge  suspect,  il  déclara  qu'il  donne- 
rait un  ordre  de  telle  nature  et  si  bref  pour  cette  affaire  que  toute  per- 
sonne, fidèle  ou  infidèle,  sans  altérer  la  vérité,  en  se  servant  de  sa  seule 
raison,  pourrait  connaître  par  elle-même  quelle  conclusion  peut  et  doit 
être  tirée  des  susdits  débats. 

Car,  bien  que  son  intention  ait  été  dès  le  commencement  et  fût  encore 
d'abréger  la  dite  affaire,  cependant  cela  ne  se  put  faire,  les  Juifs  eux- 
mêmes  y  mettant  obstacle;  répétant  à  ce  propos  comment,  dès  le  com- 
mencement, la  discussion  avait  été  tout  d'abord  menée  seulement  avec 
ceux  de  la  résidence  d'Alcaniz,  ensuite,  à  leur  demande,  avec  les  autres 
Juifs  du  susdit  royaume  d'Aragon.  En  premier  lieu,  en  effet,  cela  avait  été 
sous  forme  de  discussion  verbale;  ensuite  ce  fut  par  écrit,  en  raison  des 
variations  des  susdits  Juifs  et  finalement  il  fallut  insister  sur  celte  affaire 


LE  COLLOQUE   DE   TORTOSE   ET   DE  SAN   MATEO  199 

et  s'occuper  d'examiner  les  écrits  qui  avaient  été  présentes  des  deux  côtés, 
atin  qu'ils  pussent  être  certifiés  par  la  signature  officielle  des  notaires  et 
tabellions.  Toutes  ces  choses  avaient  été  cause  (Tune  prolongation  justi- 
fiée, si  toutefois  il  y  avait  lieu  de  le  dire,  dans  l'affaire  dont  il  s'agissait. 
Car  il  ne  fallait  pas  laisser  dire,  comme  de  fait  disaient  quelques-uns, 
que  Notre  Soigneur  lui-même,  par  l'intervention  des  Romains,  étant  pré- 
venu par  la  mort,  ne  pouvait  pas  amener  son  désir  à  la  réalisation,  ainsi 
que  quelques-uns  entendaient  la  chose  et  que  d'autres  opinaient  à  le 
croire.  De  même  aussi  en  Espagne,  surtout  au  temps  des  Goths,  beaucoup 
de  notables  prélats  avaient  tenu  avec  les  Juifs  des  conférences  ou  discus- 
sions en  les  convainquant  et  avaient  converti  à  la  foi  du  Christ  de  très 
nombreux  Juifs,  lettrés  et  autres. 

Pour  le  moment, lui-même  avait  en  vue  principalement  les  trois  choses 
suivantes  : 

Premièrement,  son  intention  était  de  chercher  le  salut  des  âmes; 
secondement,  d'abréger;  troisièmement,  de  faire  en  sorte  que  les 
conclusions  tirées  de  cette  discussion  fussent  amenées  a  exécution  et 
devinssent  des  ordres,  et  quatrièmement,  il  avait  l'intention  de  faire  cer- 
taines choses,  qu'il  se  réservait  de  faire  connaître  à  la  fin  des  discussions. 

Et  parce  que  quelques-uns  des  Juifs  voulaient  une  copie  des  dernières 
paroles  prononcées  par  maître  Jérôme  et  lui  répondre,  tandis  que  d'autres 
ne  demandaient  pas  de  copie,  mais  désiraient  seulement  être  renseignés; 
attendu  aussi  que  quelques-uns  des  dits  Juifs  prétendaient  avoir  des  rai- 
sons sérieuses  qu'ils  avaient  omis  de  présenter,  par  suite  de  leurs  subter- 
fuges habituels,  d'après  ce  qu'ils  affirmaient  du  moins,  notre  dit  Seigneur 
voulant  principalement  que  tous  et  chacun  fussent  entendus  jusqu'au 
bout,  ordonna  en  conséquence  que  copie  leur  fût  donnée  de  tout  ce  qui 
avait  été  fait  et  qu'ils  eussent  à  dire  ce  qu'ils  avaient  à  dire  sur  ces  choses 
et  tout  ce  qui  se  rapporte  à  la  susdite  discussion  et  qu'ils  fissent  connaître 
leurs  doutes,  s'ils  en  avaient,  dans  les  controverses  précédentes,  de 
manière  à  recevoir  là-dessus  des  explications  suffisantes. 

Alors  Rabbi  Joseph  Albo,de  Daroça,dit  que  tous  ne  devaient  pas 
être  retenus  à  cause  du  petit  nombre  de  ceux  qui  voulaient  dis- 
cuter encore. 

Sur  quoi,  le  pape,  afin  de  mettre  un  meilleur  ordre  dans  les 
débats  et  de  les  abréger,  députa  les  révérends  pères  et  seigneurs 
en  Christ  Dom  Jean  (Flandrinij,  par  la  grâce  divine  évêque  de 
Sainte  Sabine,  cardinal,  et  Dom  Didace,  évêque  de  Plaisance, 
Maître  André  Bertrand,  grand  aumônier  de  notre  seigneur  le  pape 
lui-même,  et  Gondisalve  Garcias,  son  chapelain  et  auditeur  des 
causes  du  Palais  apostolique,  qui  s'appliqueraient  à  établir  l'ordre, 
les  moyens  et  la  marche  efficace  de  la  discussion.  Mais  pour  ce  qui 
concernait  l'intervention  dans  les  débats,  il  nomma  les  révérends 


200  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

pères  en  Christ  Demi  Pierre  (Fonseca),  cardinal  diacre  de  Saint- 
Ange,  et  l'évèque  d'Avignon  Lenez,  et  le  frère  Sancho  Porta', 
maître  des  écoles  de  théologie  sacrée  dans  le  susdit  palais,  et  Loup 
de  Galdeo,  pénitencier  de  notre  seigneur  le  pape,  de  l'Ordre  des 
Frères  Prêcheurs,  professeurs  maîtres  en  théologie,  et  le  susdit 
maître  Jérôme. 

Ensuite  le  pape  ordonna  aux  Juifs  qui  voudraient  seulement 
discuter  de  le  déclarer  à  haute  voix  en  donnant  leurs  noms.  Mais 
pour  cela  il  n'y  eut  plus  que  le  rabbin  Ferrer,  le  rabbin  Metatia  et 
le  rabbin  Astruc2  qui  se  déclarèrent  disposés  à  discuter  encore; 
les  autres  au  contraire  demandaient  à  être  éclairés.  Le  pape  les 
interrogea  en  commun,  leur  demandant  si  quelques-uns  voulaient 
discuter  encore,  mais  ils  répondirent  unanimement  en  s'écriant  : 
Non. 

Reprenant  la  parole,  le  pape  exposa  les  cinq  points  qu'il  avait 
en  vue. 

Premièrement  et  principalement,  au  sujet  du  livre  communément 
appelé  Talmut,  à  cause  des  faussetés,  des  hérésies,  et  des  abominations 
y  contenus. 

Deuxièmement  au  sujet  d'un  crime  d'usure  qu'ils  pratiquaient  d'une 
manière  exécrable. 

Troisièmement,  au  sujet  de  leurs  synagogues,  surtout  de  celles  qu'ils 
avaient  établies  récemment  sans  l'autorisation  du  Siège  Apostolique  ou 
qu'ils  avaient  agrandies,  embellies  ou  enrichies. 

Quatrièmement,  au  sujet  de  leurs  relations  avec  les  catholiques. 

Cinquièmement,  au  sujet  des  services  publics  qui  ne  doivent  pas  être 
exercés  par  les  Juifs  parmi  les  chrétiens. 

Et  sur  les  choses  qu'avec  la  grâce  de  Dieu  il  avait  l'intention  de  faire 
et  tels  règlements  qu'il  établirait  encore  concernant  la  louange,  la  gloire 
et  l'honneur  de  Dieu  et  l'honneur  de  toute  la  foi  chrétienne. 

Il  ordonna  enfin  à  tous  les  Juifs  de  se  réunir  pour  s'entendre  au 
sujet  du  lieu  où  ceux  qui  désiraient  être  renseignés  entendraient 
les  mêmes  explications,  soit  dans  la  citadelle  de  la  ville  de  Tortose, 
soit  dans  la  maison  des  Frères  mineurs  ou  des  Frères  prêcheurs  de 
Tortose,  afin  que  la  discussion  et  l'information  fussent  disjointes  et 
faites  séparément,  de  façon  que  tout  trouble  et  toute  variation 
fussent  complètement  évités. 

2.  —  Dans  la  quarante-neuvième  séance,  du  26  janvier  1414,  on 

1.  Confesseur  du  pape  Benoit  depuis  1403. 

2.  R.  Astruc  ha-Lévi  d'Alcaniz. 


LE  COLLOQUE  DE  TORTOSE  ET  DE  SAN  MATEO         201 

constata  que  R.  Aslruc,  après  avoir  remis  son  mémoire  par  écrit, 
s'était  éloigné  de  Tortose.  Le  pape  donna  des  instructions  pour 
qu'on  le  ramenât.  Il  fit  l'envoyer  la  discussion  de  son  mémoire 
jusqu'à  son  retour  et,  en  attendant,  voulut  que  les  écrits  de  Ferrer 
et  de  Malatia  lussent  lus  et  discutés. 

Alors  \{.  Ferrer  lut  du  haut  de  la  tribune,  en  son  nom  et  au  nom 
de  son  collègue,  un  mémoire  dont  le  contenu  tendait  à  justifier  son 
attachement  persistant  à  la  doctrine  du  judaïsme  et  à  refuser  le 
caractère  de  Messie  à  Jésus  de  Nazareth. 

3.  —  Jérôme  employa  trois  jours  complets,  de  la  quarante-neu- 
vième séance  (26  janvier)  à  la  cinquante-deuxième  (lel février)  pour 
réfuter  les  arguments  de  R.  Ferrer  et  de  R.  Matatia.  Il  les  accusa 
de  manquer  de  logique  en  cherchant  à  démonter  la  conclusion 
avant  les  prémisses.  «La  prémisse  est, dans  le  cas  qui  nous  occupe, 
de  savoir  si,  oui  ou  non,  le  Messie  est  venu  et  la  conséquence, 
quel  est  le  vrai  Messie,  et  vous  vous  attachez  au  second  point  en 
omettant  l'examen  du  premier.  » 

4.  —  Le  2  février  1414  eut  lieu  de  nouveau  une  cérémonie  de 
baptême  de  17  Juifs,  au  nombre  duquel  il  y  en  avait  de  la  famille 
de  la  Gavalleria,  de  Saragosse 1. 

0.  -  Dans  la  cinquante-troisième  séance,  du  15  févier  1414, 
comparut  R.  Astruc  ha-Lévi,  d'Alcaniz,  et  il  fournit  les  raisons 
suivantes  pour  sa  justification  : 

...La  première  est  que  nous  sommes  et  avons  été  hors  de  nos  demeures 
depuis  dix  mois;  2°  nos  ressources  sont  diminuées  et  presque  totalement 
épuisées;  3°  notre  absence  cause  un  grand  préjudice  à  nos  aljamas  ou 
communautés  et  il  en  résulte  pour  elles  des  pertes  considérables; 
4°  nous  avons  perdu  nos  femmes  et  nos  fils  à  cause  de  cette  discussion; 
5°  pour  beaucoup  d'entre  nous  on  a  mal  pourvu  à  notre  nécessaire  tant 
en  argent  qu'en  provisions,  tant  pour  nous  ici  que  pour  ceux  de  nos 
foyers,  au  point,  hélas!  qu'ils  manquent  de  nourriture;  6°  nous  faisons  ici 
des  dépenses  extraordinaires.  Donc  des  hommes  qui  supportent  de  tels 

1.  Alors,  sous  l'inspiration  de  la  grâce  divine,  les  Juifs  les  plus  nobles  existant  dans 
toute  la  communauté,  tant  parla  science  que  par  la  naissance,  savoir  ceux  qui  étaient 
de  race  militaire,  c'est-à-dire  de  la  Gavalleria,  de  la  cité  de  Saragosse,  comme  on  les 
nomme  communément,  au  nombre  de  dix-sept  personnes,  sans  compter  leurs  femmes 
«:t  leurs  domestiques  qui  furent  nombreux,  reçurent  le  saint  baptême  dans  ladite  ville  de 
Tortose,  le  second  jour  de  février  1414. 


202  HEVUE  DES   ÉTUDES  JUIVES 

fardeaux,  est-il  raisonnable  de  les  juger  en  tirant  à  bon  droit  des  conclu- 
sions contre  eux  à  cause  de  leur  ignorance,  alors  qu'ils  discutent  avec 
ledit  maître  Jérôme  et  ses  semblables,  qui  bien  au  contraire  jouissent 
tous  d'une  immense  prospérité  et  de  grandes  douceurs  ? 

Gomment  donc  pourrait-on  parler  ici  logiquement  d'une  victoire?  «  Si 
un  chrétien  prisonnier  au  pays  des  Maures  n'avait  rien  a  répondre  aux 
raisons  que  ceux-ci  invoquent  en  faveur  de  la  loi  de  Mahomet,  dirions- 
nous  qu'il  se  trouve  pour  cela  convaincu  de  la  fausseté  de  la  religion 
catholique  ?  En  aucune  façon  ;  tout  ce  qu'on  pourrait  dire  de  lui,  c'est  que 
c'était  un  ignorant.  Donc  nous  nous  trouvons  nous-mêmes  dans  le  même 
cas.  Si  nous  ne  savons  pas  répondre  à  vos  arguments,  traitez-nous,  si  vous 
le  voulez,  d'ignorants;  dites-nous  que  nous  ne  savons  rien  de  la  matière 
que  l'on  discute.  Mais  vous  n'aurez  jamais  le  droit  de  dire  que  nous 
sommes  convaincus.  Cela  est  expressément  défendu  dans  la  Sainte-Ecri- 
ture à  propos  des  articles  de  la  religion,  dans  les  paroles  du  prophète 
David,  au  psaume  xxxvn  [xxxvi],  30,  31  :  «  La  bouche  du  juste  annonce 
la  sagesse  et  sa  langue  proclame  la  justice;  la  loi  de  Dieu  est  dans  son 
cœur,  ses  pas  ne  chancellent  point.  » 

6.  _  Jérôme  consacra  les  séances  suivantes,  de  la  cinquante- 
troisième  (15  février)  à  la  cinquante-huitième  (2  mars),  à  la 
réfutation  de  R.  Astruc.  Il  déclara  que  les  raisons  alléguées  par 
celui-ci  pour  excuser  l'ignorance  des  juifs  ne  méritaient  pas  d'at- 
tention, puisque  «  pour  la  plus  grande  partie,  c'était  une  question 
d'estomac  ». 

Vous  ne  vouliez  plus  parler  afin  qu'il  fut  donné  à  entendre  que  vous 
aviez  suffisamment  répondu,  et,  comm.e  vous  dites,  que  votre  ventre  est 
plein  de  nouvelles  réponses.  Et  vous,  Rabbi  Astruc,  puisque  vous  vous 
donnez  pour  un  maître,  vous  devriez  être  pour  les  autres  un  exemple  de 
courage  et  vous  ne  devez  pas  vous  laisser  ébranler  par  votre  femme  ni 
par  aucune  autre  tribulation  et,  en  supposant  que  quelque  changement 
se  soit  produit  en  vous  pour  un  peu  de  temps  à  cause  de  la  sensualité, 
il  n'eût  pas  dû  persister,  puisque  la  sensualité  doit  être  vaincue  par  la 
raison. 

C'est  ainsi  que  se  termina  la  conférence  le  15  février  1414. 

7.  —  Deux  jours  plus  tard  fut  tenue  la  cinquante-quatrième 
séance,  le  17  février  1414.  On  y  traita  de  nouveau  la  question  de 
savoir  si  les  passages  du  Talmud  cités  par  Jérôme  devraient  être 
pris  au  sens  propre  ou  au  sens  métaphorique.  Les  Juifs  refusaient 
toute  créance  à  ces  preuves,  en  sorte  qu'elles  ne  pouvaient  pas 
être  apportées  à  l'appui  de  la  question  agitée. 


LE  COLLOQUE  DE  TORTOSE  ET  DE  SAN  MATEO         203 

Contre  cette  allégation,  Jérôme  lit  une  exposition  de  la  dialectique 
du  Talniud  telle  qu'il  la  comprenait,  pour  en  tirer  la  preuve  que  les 
Juifs  étaient  tenus  d'admettre  comme  véridiqnes  les  paroles  du 
Talmud  tout  comme  celles  des  Prophètes. 

Les  Juifs  ont  l'obligation  de  croire  aux  témoignages  déjàcités  avecautant 
ou  plus  de  foi  qu'aux  paroles  des  prophètes  et,  pour  que  tous  comprennent 
ce  que  je  vais  exposer  à  ce  sujet,  il  convient  que  vous  sachiez  de  quelle 
façon  s'est  formé  le  corps  de  doctrine  appelé  par  les  Juifs  Talmud,  au 
temps  des  Pharisiens,  lesquels,  pour  leur  malheur  ou,  pour  mieux  dire,  à 
cause  de  leur  entêtement,  n'eurent  pas  connaissance  du  vrai  Messie, dont 
l'avènement  eut  lieu  alors  ;  tout  au  contraire,  ils  manifestèrent  à  son 
égard  une  très  profonde  et  injuste  haine,  nonobstant  les  grands  miracles 
qui  s'accomplissaient  journellement  en  son  nom  et  qu'ils  voyaient  eux- 
mêmes.  Lesdits  rabbins,  quand  ils  virent  que  le  Messie  avait  été  crucifié  et 
était   mort,  firent  en  sorte  qu'il  ne  fût  fait  acucune  mention  de  lui  ni  de 
sa  doctrine.  Mais  voyant  ensuite  que  celle-ci  se  répandait  dans  le  monde 
entier  à  cause  de  la  prédiction  des  apôtres  et  disciples  du  crucifié  et  de 
quelle  manière  ils  exposaient  la  loi  mosaïque  et  la  faisaient  observer 
comme  le  fait  présentement  l'Eglise  et  que  les  cérémonies  qu'ils  tenaient 
en  si   haute  estime  demeuraient   abrogées,  ils  résolurent  de  mettre  en 
ordre    toutes  ces  cérémonies    et  de  les   consigner  par  écrit.  Tout  cela 
forma  luMisna, qui  équivaut  à  une  seconde  loi, et  ils  dirent  que  tout  cela 
fut  dit  oralement  par  Dieu   à  Moïse.  Voyant  en  outre  que  la  foi  catho- 
lique allait  croissant  de  jour  en  jour  de  telle  manière  qu'une  grande 
partie  des  Juifs  répandus  à   travers  le  monde  s'étaient  convertis,   que 
presque   tout  l'empire  romain  et,  ce  qui  est  plus  admirable,  qu'Hélène, 
mère  de  lEmpereur,  en  avait  fait  autant,  les  chrétiens  remplissant  déjà 
une  grande  partie  de  l'univers;  voyant  que,  peu  auparavant,  saint  Jérôme, 
avec  grande  diligence  et  aidé  du   secours   divin,  avait  réuni  des  divers 
coins  du  monde  différents  exemplaires  de  l'Ecriture  sacrée  et  les  avait 
traduits  du  chaldéen  et  de  l'hébreu  en  latin,  voyant  toutes  ces  choses, 
dis-je,  lesdits  rabbins   commencèrent  à  les  considérer  attentivement  et 
se  virent  perdus,  et,  craignant  que  la  doctrine  qu'ils  professaient  fût 
perdue  aussi,  ils  crurent  que  celle  qu'ils  avaient  jusqu'alors  conservée 
par  tradition  ne  suffisait  pas  et  ils  la  mirent  en  ordre  à  leur  manière  et 
l'ajoutèrent  comme  il  leur  plut  de  le  faire.   De  tout  cela  il  résulta  ce 
que   les  Juifs  appellent  Talmud,  dans  lequel  ils  écrivirent  toutes   les 
cérémonies  jusqu'aux   plus   minutieuses  et  la  manière  de  les  observer 
et  ils  déclarèrent  que  les  anciens  les  avaient  reçues  par  révélation.  Ils 
y  mirent  en  outre  un  grand  nombre  de   choses  laides  et  malsaines  et 
d'autres  iniques  et  horriblement  coupables  contre  la  sainte  foi  catholique 
et  contre    notre   Sauveur   Jésus-Christ,  de    blasphèmes    et  d'insanités, 
d'obscénités  et  d'impiétés  contre  la  loi  mosaïque  et  môme  contre  la  loi 
naturelle,   toutes  choses  que  je    ne  veux  pas  citer  parce  qu'indubita- 


204  KEVUE  DES   ÉTUDES  JUIVES 

blement  elles  seraient  a  nos  oreilles  une  cause  d'horreur  et  d'abomination. 
Ils  firent  tout  cela  parce  qu'ils  voyaient  que  la  doctrine  évangélique 
prospérait  et  s'entendait  de  toutes  parts. 

Et  pour  que  ledit  livre  eût  toute  l'autorité  possible,  ils  dirent  que 
Dieu  donna  à  Moïse  non  seulement  la  loi  consignée  dans  les  cinq  livres, 
mais  encore  une  seconde  loi,  celle-ci  verbalement,  et  que  cette  seconde 
loi  était  celle  qu'ils  avaient  mise  par  écrit  dans  le  Talmud.  En  nous  en 
tenant  par  conséquent  à  ce  qu'ils  disent,  à  savoir  que  cette  seconde  loi 
sortit  de  la  bouche  même  de  Dieu,  il  résulte  qu'ils  doivent  lui  accorder 
plus  de  foi  qu'à  la  Sainte-Ecriture  elle-même.  Car  si  le  Pape  notre 
seigneur  m'ordonnait  par  écrit  de  faire  une  chose  et  m'en  commandait 
une  antre  de  vive  voix,  il  n'y  a  pas  de  doute  que  je  dois  faire  les  deux, 
mais  que  l'ordre  donné  verbalement  a  beaucoup  plus  de  force  que  celui 
qui  est  donné  par  écrit. 

Il  serait  digne  et  juste,  ajouta  Jérôme,  que  notre  très  saint  seigneur  le 
Pape,  que  cela  regarde,  fît  examiner  chacun  sur  sa  secte  et  sa  croyance 
et  condamnât  sévèrement  comme  très  gravement  coupables,  assujétissant 
à  de  lourdes  peines,  sans  miséricorde,  lesdits  rabbins  comme  hérétiques, 
comme  agissant  contre  leur  propre  secte  et  croyance  et  comme  des  gens 
qui  ont  enseigné  et  enseignent  une  fausse  doctrine. 

8.  —  En  faveur  de  la  foi  juive  R.  As  truc  avait  allégué  les 
nombreux  martyrs  que  le  judaïsme  peut  produire  comme  ayant 
souffert  pour  la  fidélité  à  ses  croyances.  A  ces  martyrs,  Jérôme, 
dans  la  cinquante-cinquième  séance,  du  19  février  1414,  appliqua 
les  paroles  du  psalmiste  (xxxiv  [xxxiii]  22j:  «  Très  mauvaise  la  mort 
du  méchant  et  les  ennemis  du  juste  sont  châtiés. 

Ce  témoignage  s'applique  aux  Juifs  morts  en  haine  de  Jésus-Christ,  le 
juste  par  excellence  dont  parle  David  :  en  outre,  il  ne  faut  pas  oublier 
qu'aucun  Juif  n'est  mort  en  défendant  publiquement  sa  religion,  mais 
tous  en  cachette,  en  fuyant  ceux  qui  les  poursuivaient,  chose  qui  ne  s'est 
pas  produite  avec  les  chrétiens,  qui,  eux,  sont  morts  par  milliers  de  tous 
âges,  sexes  et  conditions,  la  plupart  en  présence  des  multitudes  en 
proclamant  tous  d'une  seule  voix  que  Jésus-Christ  est  le  vrai  Messie.  C'est 
pour  cette  raison  que  le  même  David  dit  d'eux  au  psaume  (cxvi  [cxv]  d5): 
<(  La  mort  de  ses  saints  est  précieuse  aux  yeux  du  Seigneur.  »  On  n'a  pas 
non  plus  entendu  dire  que  personne  se  soit  converti  au  judaïsme  en 
voyant  seulement  le  martyre  des  rabbins;  par  contre,  il  y  a  eu  des  multi- 
tudes de  conversions  à  la  religion  catholique,  opérées  uniquement  par 
la  vue  de  la  patience  et  de  la  joie  que  témoignaient  les  chrétiens  au  milieu 
des  tourments  les  plus  cruels. 

(A  suivre.)  Ad.  Posnanski. 


NOTES   ET   MÉLANGES 


«  NK    FATS   PAS    DE   MKN   Al     MÉCHANT  » 

OU   LE   LION  INGRAT 

Rien  de  plus  banal  dans  la  littérature  midraschique  que 
l'adage  :  «  Ne  fais  pas  de  bien  au  méchant,  et  le  mal  ne  t'atteindra 
pas1.  »  A  en  croire  certains  savants,  il  aurait  pour  auteur  Jésus 
ben  Sira2,  mais  cette  attribution  est  loin  d'être  fondée.  Qu'on  en 
juge  par  le  texte  original  de  Y  Ecclésiastique,  vu,  1,  auquel  on  se 
réfère  :  sn  *pw*  bai  an  (■jb)  ujjn  ba  «  Ne  fais  pas  de  mal  et  il  ne 
t'arrivera  pas  de  mal.  »  Le  renvoi  à  xii,  3,  se  comprend  mieux  : 
*Tin  mrab  ttara  "p»  «  point  de  bien  pour  qui  fait  plaisir  au 
méchant  ».  Mais  ce  n'est  pas  de  ces  mots  que  dérive  le  proverbe 
araméen  en  question  :  -jb  ■>ato  ab  ^m  *pa*n  ab  izrab  aa,  toute 
ressemblance  verbale  manquant.  Même  observation  pour  le 
verset  5  :  rba  ywi  snanca  S^n  ^pnx  t-i*a  JPtzjn  an  tarais  ^b 
«  Tu  obtiendras  double  mal  au  temps  de  l'indigence,  pour  tout  le 
bien  que  tu  lui  auras  procuré.  »  La  pensée  de  Ben  Sira  est,  d'ail- 
leurs, elle  aussi,  très  banale,  témoin  Théognis,  955-956  :  «  Du 
bien  qu'on  fait  au  méchant  résulte  un  double  mal  :  on  le  retranche 
à  soi-même  et  l'on  n'obtient  pas  de  reconnaissance.  »  Si  l'on  a 
attribué  à  notre  auteur  la  paternité  de  la  maxime,  c'est  sur  la  foi 
du  Midrasch  Tanhouma  et  de  X Alfabèta  de  Ben  Sira.  Or,  pour 
ce  qui  concerne  le  Midrasch  Tanhouma,  seule  l'édition  ordinaire 

1 .  Bereschit  Babba,  22  ;  Vayikra  Rabba,  22,  et  Kohélet  Rabba,  S  ;  Tanhouma, 
Iloukkat,  1  ;  Tanhouma,  éd.  Buber,  IV,  p.  ;»0  ;  Alfabéta  de  Ben  Sira. 

2.  Schechter,  Jew.  Quart.  Revievj,  111,  p.  694,  n°  17  ;  Neubauer,  The  original 
hebrew  of  a  portion  of  Ecclesiasticus,  p.  xx,  n°  x. 


206  REVUE   DES   ETUDES  JUIVES 

contient  ces  mots  ;  dans  les  manuscrits  (utilisés  par  Buber)  il  y  a  : 
^itttt  abntt  «  le  proverbe  dit  ».  C'est,  d'ailleurs,  avec  cette  intro- 
duction que  ce  proverbe  est  cité  dans  les  textes  que  nous  avons 
énumérés  plus  haut.  Quant  à  sa  présence  dans  l'Alfabéta  de  Ben 
Sira,  elle  s'explique  sans  peine,  sans  rien  prouver  relativement  à 
son  origine  :  l'auteur  de  cet  opuscule,  ayant  voulu  composer  un 
recueil  de  vingt-deux  proverbes  rangés  par  ordre  alphabétique,  a 
butiné  au  hasard  dans  la  littérature  juive  sans  se  préoccuper  des 
droits  du  Siracide  à  la  propriété  de  sa  cueillette. 

Personne  ne  s'avisera  de  voir  dans  notre  proverbe  l'expression 
de  la  sagesse  juive.  Ce  serait  attester  son  ignorance  du  caractère 
de  ces  aphorismes  populaires,  qui  n'ont  pas  de  patrie,  ou  qui,  s'ils 
en  ont  eu  une,  l'ont  perdue  en  se  répandant  à  travers  le  monde. 
Ils  voyagent  en  se  naturalisant  partout,  grâce  à  la  part  de  vérité 
qu'ils  renferment. 

S'il  en  fallait  la  preuve,  il  suffirait  de  considérer  le  conte  dont 
notre  proverbe  constitue  la  moralité.  C'est  celui  qu'en  France 
La  Fontaine  a  vulgarisé  et  qu'il  a  intitulé  :  Le  Villageois  et  le 
Serpent  (livre  VI,  fable  xm).  Lui-même  le  qualifie  de  fable  éso- 
pique.  On  sait  que,  dans  Phèdre,  il  a  pour  titre  :  Ne  guis  discat 
prodesse  improôis,  termes  qui  répondent  assez  bien  à  ceux  du 
proverbe  judéo-araméen.  Pour  s'assurer  de  la  vogue  de  ce  conte, 
on  n'aura  qu'à  consulter  les  notes  d'Henri  Bégnier,  éditeur  des 
Fables  de  La  Fontaine  dans  Les  Grands  Ecrivains  de  la  France. 
On  lira  aussi  avec  profit  l'étude  que  lui  a  consacrée  Emmanuel 
Cosquin,  le  savant  folkloriste  décédé  récemment  \  étude  qui  tend 
à  démontrer  qu'il  a  pour  berceau  l'Inde,  comme  le  plus  grand 
nombre  des  contes. 

Dans  la  littérature  juive,  voici  sous  quelle  forme  il  apparaît  : 

Un  homme  qui  montait  de  Babylonie  [pour  aller  en  Palestine],  s'étant 
arrêté  en  route,  aperçut  deux  oiseaux  qui  se  querellaient.  L'un  des 
combattants  étant  mort,  l'autre  alla  chercher  une  herbe  et,  l'ayant 
déposée  sur  le  cadavre,  le  ressuscita.  L'homme  se  dit  :  Il  est  bon  que  je 
prenne  de  cette  herbe  pour  en  ressusciter  les  morts  d'Israël.  Continuant 
sa  route,  il  vit  un  renard  inanimé  gisant  sur  le  sol.  Essayons,  dit-il, 
l'effet  de  l'herbe  sur  cet  animal,  et  il  le  fit  revivre.  Il  arriva  ensuite  à 
l'échelle  de  Tyr  ;  là  il  vit  un  lion  mort  couché  sur  la  route.  Essayons, 
dit- il  encore,  la  vertu  de  l'herbe  sur  ce  lion.  L'animal,  ayant  repris  vie, 
se  jeta  sur  l'homme  et  le  dévora.   C'est  ce  que  disent  les  gens  :  «  As- tu 

1.  Un  épisode  d'un  Evangile  syriaque  et  les  contes  de  l'Inde,  publié  dans  la  Revue 
biblique,  janvier-avril  1919,  et  réimprimé  dans  Etudes  folkloriques,  1922,  p.  613. 


NOTES   ET   MÉLANGES  207 

fail  du  bieb  au  méchant,  tu  as  mal  agi  :  ne  fais  pas  de  bien  au  méchant, 
et  il  D€  l'a r rivera  pas  de  mal  *.  » 

Ici  le  serpent  est  remplacé  par  un  lion,  mais  cette  variante  se 
retrouve  dans  certains  contes  indiens. 

A  côté  du  thème  du  serpent  ingrat,  il  y  a  celui  du  serpent 
reconnaissant.  Cette  variété  se  rencontre  dans  un  texte  juif,  mais 
combinée  avec  la  première.  Ce  morceau,  que  j'avais  signalé  à 
M.  Gosquin,  se  trouve,  à  ma  connaissance,  dans  un  seul  manus- 
crit, celui  du  Midrasch  Tanhouma  (ms.  de  Rossi,  261)  que  Buber 
a  reproduit  dans  son  édition  de  cet  ouvrage,  p.  157  de  l'introduc- 
tion. Il  fait  partie  d'un  commentaire  de  la  Genèse  emprunté  à 
un  recueil  tardif,  que  Buber  suppose  être  de  Moïse  Hadarschan 
(xi°  siècle). 

Celle-ci  [la  postérité  de  la  femme]  te  visera  à  la  tête,  et  toi  [serpent], 
tu  l'attaqueras  au  talon  (Genèse,  m,  15].  Histoire  :  Un  homme,  portant 
un  pot  de  lait,  se  promenait  dans  la  campagne.  Il  rencontra  un  serpent 
qui  criait,  tant  il  était  altéré.  -  Pourquoi  gémis-tu?  —  Parce  que  j'ai 
soif.  Qu'as-tu  donc  dans  la  main?  —  Du  lait.  —  Donne-m'en  et  je  te 
montrerai  un  trésor  qui  pourra  t'enrichir.  —  L'homme  lui  en  donna  et 
lui  dit  :  Montre-moi  le  trésor  que  tu  m'as  promis.  —  Suis-moi.  —  Ils 
arrivèrent  à  une  grande  pierre,  et  le  serpent  dit  :  C'est  sous  cette  pierre 
que  se  trouve  l'argent.  —  L'homme  souleva  la  pierre,  creusa  dessous  et 
découvrit  le  trésor.  Il  le  prit  et  l'emporta  chez  lui.  Que  fit  le  serpent?  Il 
se  jeta  sur  l'homme  et  s'enroula  autour  de  son  cou.  —  Pourquoi  fais-tu 
cela,  dit  l'homme?  —  Je  veux  te  faire  mourir,  parce  que  tu  t'es  emparé 
de  toute  ma  fortune.  —  L'homme  répondit  :  Viens  avec  moi  au  tribunal 
devant  Salomon.  —  Ils  s'y  rendirent,  le  serpent  restant  enroulé  autour 
de  l'homme,  et  celui-ci  poussant  des  cris.  —  Que  demandes-tu,  dit 
Salomon  au  serpent?  —  Je  veux  le  tuer,  car  il  est  écrit  :  Tu  le  viseras 
au  talo)i.  —  Descends  de  son  cou,  car  tu  n'as  pas  plus  de  droits  sur  lui 
que  moi,  puisque  vous  êtes  tous  les  deux  devant  le  tribunal.  —  La  chose 
faite,  Salomon  l'interrogea  à  nouveau,  et  le  serpent  invoqua  la  parole  de 
Dieu  :  Tu  le  viseras  au  talon.  Le  roi  dit  alors  à  l'homme  :  «  A  toi  Dieu  a 
ordonné  de  le  viser  à  la  tête.  »  Aussitôt  l'homme  se  jeta  sur  le  serpent 
et  lui  fracassa  le  crâne.  Voilà  pourquoi  nos  Sages  ont  dit  :  Le  meilleur 
des  serpents,  il  faut  lui  fracasser  le  crâne. 

Il  n'est,  pour  ainsi  dire,  pas  un  trait  de  cette  fable  composite  qui 
soit  imaginé  par  le  conteur  juif.  Le  serpent  enlaçant  son  sauveur 

1 .  Vayi/cra  Rabba.  22  ;  repris  dans  Kohélet  Rabba,  5,  sous  sa  forme  araméenne 
puis  traduit  dans  Tanhouma  (voir  plus  haut)  avec  quelques  variantes  (la  première 
expérience,  qui  parait  inutile,  a  été  écartée). 


208  REVUE  DES   ÉTUDES  JUIVES 

appartient  à  la  plupart  des  récits  analogues1;  il  en  faut  dire 
autant  du  procès  qui  se  plaide  devant  un  juge  et  du  bon  tour  que 
joue  celui-ci  au  serpent  pour  le  punir  de  son  ingratitude;  seule 
diffère  la  malice  dont  fait  preuve  ici  Salomon,  malice  d'un  lecteur 
malin  de  la  Bible.  Bien  mieux,  Salomon  lui-même  n'est  pas  un 
personnage  appartenant  en  propre  à  la  forme  juive  du  conte.  On  le 
retrouve  dans  un  conte  roumain  2  et  dans  le  Maasé  Biich* '.  Le  rôle 
du  fils  de  David  en  la  circonstance  pourrait  être  l'indice  de  l'ori- 
gine de  cette  variété  du  conte,  car  il  révèle  généralement  la  main 
d'un  musulman.  Mais  comme  la  préférence  accordée  à  Salomon 
pour  trancher  les  cas  litigieux  ne  heurtait  en  rien  l'orthodoxie 
juive,  il  est  tout  naturel  que,  sous  ce  rapport  aussi,  les  conteurs 
hébreux  aient  imité  leurs  rivaux  arabes. 

C'est  un  nouvel  exemple  du  cosmopolitisme  de  ces  fictions  et  du 
pouvoir  d'assimilation  de  l'imagination  populaire,  juive  comme 
non  juive. 

Israël  Lévi. 


1.  La  résurrection  du  lion  a  pour  pendant,  dans  un  conte  du  Laos,  celle  du  tigre 
par  un  ermite.  —  L'herbe  qui,  par  son  contact,  réveille  les  morts  joue  son  rôle  aussi 
dans  le  roman  hébreu  d'Alexandre  que  j'ai  publié  [Festschrift  zum  achtzigsten 
Geburtstage  Moritz  Steinschneider's,  p.  146  de  la  partie  hébraïque).  —  Pline, 
Hist.  Nat.,  xxv,  14,  et  Nonnus,  Dionys.,  xxv,  451-551,  racontent  une  légende  ana- 
logue :  Tylon  ou  Tylus,  iils  de  la  Terre,  se  promenant  sur  les  bords  de  l'Hermus,  est 
mordu  par  un  serpent  et  eu  meurt.  Sa  sœur,  Moire,  a  recours  à  un  géant,  qui  tue 
le  reptile.  Alors  la  femelle  du  serpent  va  cueillir  une  herbe,  «  la  fleur  de  Zeus  », 
et  la  pose  dans  la  gueule  du  reptile,  qui  se  ranime  aussitôt.  Moire,  suivant  l'exemple 
de  la  bête,  va  cueillir  la  même  plante  et  la  pose  sur  les  lèvres  de  son  frère,  qui 
revient  aussitôt  à  la  vie  (cité  par  Frazer,  Adonis,  p.  142,  qui  renvoie,  pour  des 
guérisons  analogues,  à  divers  contes  populaires  ;  voir  ses  notes  sur  Pausanias,  II,  10, 
t.  111,  p.  65,  de  son  édition,  et  l'appendice  de  son  édition  d'Apollodore,  Bibliotkeca, 
II,  p.  363), 

2.  Gaster,  Rumanian  Bird  and  Beast  Stories,  n°  cxn. 

3.  Voir  M.  Grùnbaum,  Jûdischdeutsche  Chrestomathie,  p.  411.  Ce  conte  repré- 
sente une  autre  branche  que  celle  du  Tanhouma. 


NOTES   ET   MELANGES  209 


NOTES   GRAMMATICALES   ET  EXÉGÉTIQUES 

1 .  Le  pluriel  en  *n\m. 

Le  suffixe  de  la  première  personne  pluriel  ay  ne  se  comprend 
pas  dans  les  mots  ^nlna  (II  Sam.,  xxn,  34  =  Ps.,  xvm,  34; 
Hab.,  m,  19)  et  "•nia^a  (Is.,  xxxvm,  20;  Hab.,  m,  19).  On  doit  donc 
y  prendre  ay  comme  un  renforcement  de  la  transmission  du 
féminin  pluriel  ôt,  ainsi  que  cela  a  lieu  constamment  devant  les 
suffixes  personnels  (ïpni-,  yti1-,  etc.),  et  Ton  traduira  «  les  hau- 
teurs, la  musique  ».  Pour  vnTaa,  le  fait  est,  pour  ainsi  dire,  évi- 
dent, puisque  l'état  construit  est  *nwa  (Deut.,  xxxn,  13,  etc.). 

2.  Juges,  iv,  20. 

Ehrlich,  Miqra  kifschoato,  ad  /.,  s'étonne  avec  raison  que  le 
texte  porte  «a*»  ura  un  au  lieu  de  ura  nt1  aa  et  il  supprime  utn. 
Il  est  plus  naturel  de  croire  que  hpn  était  dans  le  texte  primitif 
après  aa-»,  qu'un  copiste,  l'ayant  laissé  tomber  entre  Sai  et  ^bKïâi, 
l'a  noté  en  marge  et  qu'un  autre  a  remis  le  mot  dans  le  texte, 
mais  à  une  mauvaise  place. 

3.  Jérémie,  xnx,  3. 

On  est  surpris  que  Hesbon,  ville  moabitique  (Is.,  xv,  4,  etc.; 
Jér.,  xlviii,  2,  etc.)  doive  gémir,  d'après  ce  verset,  sur  la  ruine 
des  Ammonites,  et  Gornill  corrige  liaian  en  \mop  [il  faudrait  ib-^rr 
11733»  ^a  !].  On  peut  donner  de  l'invocation  à  Hesbon  une  explica- 
tion plus  simple  et  qui  ne  nécessite  aucune  correction  :  la  ville  de 
Hesbon  est  située  au  nord-est  de  Moab,  donc  à  la  frontière  des 
Bené-Ammon  ;  et  l'on  peut  supposer  que  la  ville  appartenait 
tantôt  à  l'un  des  peuples,  tantôt  à  l'autre.  C'est  ainsi  que  Béthel 
est  tantôt  attribuée  à  Benjamin,  tantôt  à  Ephraïm  et  que  Jérusalem 
appartient  tantôt  à  Benjamin,  tantôt  à  Juda.  Ce  qui  confirme  l'idée 
que  la  possession  de  Hesbon  a  dû  être  disputée  par  les  deux  pays 
voisins,  c'est  qu'on  considère  dans  Josué  cette  ville  comme  faisant 
partie  tantôt  de  Ruben  (xm,  17),  tantôt  de  Gad  (xm,  26;  xxi,  37). 
Or,  l'attribution  du  territoire  à  Ruben  pour  les  temps  anciens 
correspond  à  la  domination  moabitique  dans  une  période  plus 
moderne,  et  l'attribution  à  Gad  correspond  à  la  domination  des 
Ammonites,  comme  le  verset  xm,  25  l'indique  explicitement. 

T.  LXXV,  n°  150.  14 


210  REVUE   DES    ÉTUDES  JUIVES 


4.  Osée,  vm,  1. 

Les  mots  ncra  *pn  ba  sont  assez  difficiles  à  comprendre,  car 
le  cor  ne  se  met  pas  au  palais.  Gomme  l'idée  de  ce  passage  est  la 
même  que  celle  du  verset  Isaïe,  lviii,  1,  à  savoir  l'exhortation  au 
repentir,  il  semble  bien  que  les  mots  ncua  *pn  ba  sont  une 
abréviation  ou  une  altération  de  idiidd  *7[t»]n[n]  bs  et  que  le  texte 
devait  signifier,  comme  dans  Isaïe  :  «  (crie)  sans  ménagement, 
comme  le  cor  (élève  la  voix)  ». 

o.  Miclia,  iv,  6. 

La  fin  de  ce  verset  "w^n  nio&n  «  et  celle  que  j'ai  maltraitée  (?)  » 
cadre  mal  avec  ce  qui  précède  :  »  et  je  veux  recueillir  la  (brebis) 
boiteuse  et  réunir  celle  qui  est  égarée  ».  Peut-être  le  texte  primitif 
portait-il  :  )riy'i  nmâan  «  et  je  ramènerai  leur  pasteur  »  ou  quelque 
chose  d'analogue. 

6.  Habaqouq,  i,  M. 

On  explique  généralement  nrrbab  iro  it  û»&o  *n:n  rm  C|brt  t«, 
ainsi  :  «  Alors  passe  (comme)  le  vent,  traverse  et  se  rend  coupable 
celui  dont  la  force  est  son  dieu  ».  Mais  comme  le  verset  précédent 
parle  de  celui  qui  assiège  et  prend  des  forteresses,  il  ne  s'agit  pas 
d'un  ennemi  qui  passe  comme  la  tempête,  et  la  préposition 
«  comme  »  ne  peut  guère  être  sous-entendue.  Nous  laissons  de 
côté  d'autres  explications  non  moins  forcées.  Il  nous  paraît  plus 
simple  de  voir  dans  rm  un  souffle  divin  qui  passe  (cf.  Job,  iv,  15) 
et  détruit  celui  pour  qui  la  force  est  le  droit.  Nous  traduisons 
donc  :  «  Alors  un  souffle  passe  et  traverse,  et  celui  qui  fait  de  sa 
force  son  dieu  est  ruiné.  »  Dm  a  le  même  sens  que  dans  Is., 
xxiv,  6;  Ez.,  vi,  6,  etc.  Peut-être  devrait-on  lire  dm*n  «  et 
détruit  »  au  M  fil  comme  dn^sn  (Ps.,  v,  11). 

Mayer  Lambert. 


NOTES   ET    MELANGES  21  I 


LES  ÉLÉMENTS  GRECS  DANS  LE  JUDÉO-ESPAGNOL 

On  considère,  avec  raison,  l'arrivée  en  Orient  des  Juifs  expulsés 
de  la  péninsule  ibérique  en  1492  comme  un  tournant  dans  l'his- 
toire du  judaïsme  ottoman. 

Dans  la  patrie  adoptive,  où  ils  cherchèrent  un  refuge  et  l'oubli 
de  leurs  misères  antérieures,  les  nouveaux  venus  trouvèrent,  en 
effet,  un  petit  nombre  de  coreligionnaires,  appelés  Romaniotes  (ou 
Romanioles),  organisés  en  communautés  qu'ils  s'assimilèrent  avec 
le  temps  en  les  absorbant,  étant  la  majorité. 

Depuis  plus  d'un  tiers  de  siècle,  notre  revue  Yosef-Da'at  ou 
El  Progreso  (1888),  Y  Essai  sur  l'histoire  des  Israélites  de  V  empire 
ottoman  de  M.  Franco  (1897)  et  Y  Histoire  judéo-ottomane  (en 
hébreu)  de  M.  S.-I.  Rosanès  (t.  I)  ont  successivement  tenté  de 
retrouver  les  vestiges  du  judaïsme  byzantin  que  le  flot  hispano- 
portugais  avait  fini  par  submerger. 

Plus  tard,  dans  notre  article  sur  les  Juifs  de  Salonique  au 
xvie  siècle  [Revue,  t.  XL,  p.  206  et  suiv.),  il  a  été  question  des  us 
et  coutumes  des  Romaniotes  au  point  de  vue  rituel  et  liturgique. 

M. S.Krauss,sans  citeraucune  de  ces  tentatives  de  reconstitution 
historique,  a  traité  cette  question,  d'abord  dans  la  Jewish  Ency- 
clopedia  (s.  v.  byzantine  Empire),  puis,  avec  plus  de  développe- 
ments, dans  ses  Studien  zur  Byzantinisch-jùdischen  Geschichte 
(annexe  au  XXI  Jahresbericht  der  israelitisch-theologischen 
Lehranstalt  in  Wien,  1913-1914). 

La  présente  esquisse  se  propose  d'apporter  à  cette  vaste  enquête 
une  modeste  contribution  linguistique  dont  nous  avons  incidem- 
ment parlé  dans  notre  communication  sur  la  littérature  gréco- 
caraïte,  faite  au  XVIe  Congrès  des  Orientalistes  d'Athènes  (avril 
1912)  et  résumée  dans  cette  Revue,  t.  LXIV. 

Il  s'agit  de  réunir  ici,  dans  un  aperçu  synthétique,  les  traces  du 
néo-grec  dans  le  judéo-espagnol.  Dans  ce  glossaire  figure  un  petit 
nombre  — on  pourrait  facilement  l'accroître  — de  vocables  douteux 
que  l'on  peut  dériver  également  de  l'espagnol  ou  du  turc  et  qui 
sont  accompagnés  d'un  astérisque. 

La  partie  la  plus  authentique  de  ce  dépôt  lexicologique  se  trouve, 
il  va  sans  dire,  dans  l'onomastique  séphardite.  Aux  noms  et 
prénoms  déjà  indiqués  par  Franco  [op.  cit.,  p.  23-24)  on  peut 
ajouter  ceux  de  :  Kala-ora,  Kario,  (P)salti,  (P)salto,  Roditi. 


212  REVUE   DES   ÉTUDES  JU1V1ÎS 

A  côté  de  ces  débris  byzantino-juifs,  il  nous  reste  des  en-tête 
de  chants  disparus,  et  dont  les  poètes  hébraïques,  en  Turquie, 
avaient  fait  des  imitations  littérales  ou  mélodiques.  Après  avoir 
rappelé  ailleurs  les  curieux  hémistiches  perdus  espagnols  (Recueil 
des  romances  judéo-espagnoles  chantées  en  Turquie,  édit.  A.  Dur- 
lacher,  Paris,  1897)  et  turcs  (Essai  sur  les  vocables  turcs  dans  le 
judéo-espagnol.  V.  Keleti-Szemle,  Budapest,  1904),  notons  ici  les 
commencements  de  poèmes  grecs  qui  ont  servi  de  titres,  non 
seulement  aux  odes  d'Israël  Nadjara  (Revue,  n°  116,  octobre  1909, 
p.  241  et  suiv.),  mais  aussi  aux  hymnes  du  môme  genre  contenues 
dans  les  Joncs,  que  j'ai  autrefois  fait  connaître  (Recueil  des 
romances,  etc.  Préface)  et  dont  voici  quelques  spécimens,  avec 
indication  des  pages  de  mon  manuscrit  (écrit  fin  xvie  siècle)  et 
accompagnés  de  leurs  décalques  hébraïques  : 

P.   18  6    :    ""VlllÛÊnD    lETUiîTPS     (Trépane     cppaYyouXta).    H.    WUr» 
P.  48  6  :   iriD  1Û    ^yw   "13NDK    (à7r'àva>    ax-^VY)    xou    7rovou).    H.    Û*P 

■wp   wm  ûv. 

P.   87  b    :    1U3    "«b^ÉttS     153    "TO^tWa     (SJuvejjis    tou    (J.ocv8tiXi    aou). 

H.    b?  bN   i-ttia  ba  ^ba». 
P.  95  6  :  ibnèilSÉna  (xpiavTacpuXXuà).  H.  "D">D*n  bab  >b  an  inn. 

Ces  épaves  échappées  au  naufrage  du  judéo-byzantin,  sous 
forme  de  noms  propres  et  de  restes  de  chants  grecs,  sont  moins 
nombreuses  que  les  mots  du  même  dialecte  qui  émaillent,  à  l'état 
sporadique,  le  parler  espagnol  en  Turquie. 

En  voici  un  répertoire  succinct,  où  je  place,  à  côté  de  chaque 
vocable,  son  correspondant  grec  avec  traduction  et,  parfois, 
quelques  remarques  : 


Abramila  (àêpâpjXov)  :  prunelle  (fruit). 
Acrana  (ôocpàvt)  :  cornouille. 
*  Agrà  (àyoupiSa,  ou  l'esp.  agraz)  :  verjus. 
Amarat  (àu.àpav6o;  =  incorruptible)  :  agile,  diligent,  habile. 
Anakatoména  (àvaxaxwjxsva)  :  pèle-mèle. 
Anginara  (àvxivocpa  =  xîvapa)  :  artichaut. 
Argat  (âpyotTY);)  :  ouvrier  (eu  turc  :  argad  ou  argat). 
Arme  (àppj  =  salure)  :  pot  pourri  (surtout  aux  oignons). 
Aterina  (àOepîvYj)  :  athérine  (poisson). 


NOTES    ET   MÉLANGES  2l3 


Bina  (7r0p  =  feu)  :  colère,  emportement. 

Birroto  (7a»ptoTÔç  =  ardent,  enflammé)  :  emporté. 

Bizélia  (TtiÇeXi)  :  petits  pois. 

Bogo  (7rouYYi  =  bourse)  :  paquet,  balle. 

Botcha  (êouxcri  =  êoùnç)  :  tonneau. 

Boukino  (êouxtvo  l)  :  pipe. 


*  Carpoùz  (xapiroùÇi,  r.  xapTrô;  =  t.  karpouz)  :  pastèque,  melon  d'eau. 
Carvountchiri  (xapa6oxup7]ç  =  capitaine  de  vaisseau)  :  mauvais  mari    (sens 

péjoratif). 
Chalângo  (cràXtayxaç)  :  limaçon,  escarbot. 
Colios  (xoXta;)  :  sorte  de  maquereau  (poisson). 
Coucouvâïa  (xouxovêdiïa)  :  chouette,  chat-huant  (par  extension  :  écervelè). 

*  Coumecb  ou  coumach  (xoijjwkji  =  t.  koumès)  :  poulailler,  basse-cour. 

D 

Dragani  (xpayavî  =  xo^Spoç)  :  gros,  volumineux. 


*  Escàra  ou  escâla  (ècrxàpa  =  t.  esqâra)  :  gril. 

*  Escombri  (crxou7ipi  =  t.  esqumroù)  :  maquereau  (v.  Colios). 
Escoularitcha  (axouXapixi)  :  boucle  d'oreille. 

Escoulatcha  (ffxwXrjxàxia)  :  vermicelle,  pâte  alimentaire  en  iilaments. 
Espoesser(r.  7i6a,  Tzôt\  =  herbe,  gazon)  :  croître,  pousser,  se  développer 
Estrondjoûla  (cf.  <jtpoyyu>oç)  •  bonite  (espèce  de  menu  fretin  ?). 


Fakiola  («paxtoXi2)  :  résille. 

Fassoûlia  (çacroOXt)  :  faséole,  haricot  vert,  dolic. 

Folâr  (r.  çœXeà  =  nid)  :  gâteau  contenant  un  œuf  que  l'on  offrait  aux  enfants 

le  samedi  précédant  la  fête  de  Pourim. 
Foûchka  (<pou<rxa  =  <pu<rxr])  :  ampoule,  boule:  boubou. 
Frâgula  (çpàyYouXa  ?)  :  fraise. 

1.  Dans   le  Meïrat   tEnaïm    (M.    dans  les  notes  suivantes),    E.  Aféda-Béghi    (voir 
./.  Asiatique,  1914)  en  fait  la  traduction  de  l'hébreu  :  ")D"IU3- 
■2.  Dans  M.,  il  traduit  :  Ep£,  nD3iS73  et  ÎTTDit. 


214  REVUE  DES   ÉTUDES  JUIVES 


*  Galâna  (yaX^vyi,  ya^vô;  =  serein  ;  ou  :  xaXàva). 
Galètcha  (yaXÉvxÇa)  :  sandale  de  bois  pour  les  bains  et  les  cours  des  maisons. 
Giombo  (xo^êo  =  nœud)  :  ruse. 

Gomàto  (cf.  yejxàxov)  :  morceau  de  poisson  (rarement  :  trancbe  de  viande). 
Giiarésma  (xwpiqxo;  =  séparation)  :  quarautaine,  diète. 

H 

Hâho  (/aya;  =  yàaxa;)  :  badaud,  gobe-mouches. 

I 

Ilâria  :  poisson  d'eau  douce. 

lstif  (<m6oc  =  t.  istif)  :  entassement,  pile. 

K 

Kotch  (xôtÇO  :  astragale  du  talon1. 

L 

Lapa  (Xarcôc;)  :  bouillie. 

Lâpata  (/.àiraOov,  XaTiaOa  2)  :  patience,  oseille. 

Liparida  (r.  Xiitapô;)  :  petit  poisson  (fam.  scomberoïdes). 

*  Loufer  (Xovçàpi  =  t.  loufer)  :  thonite  (poisson). 

M 

Makâre  (u-axàpi)  :  plût  au  ciel,  Dieu  veuille,  puisse. 

Manà  (pava  ou  u-àvva)   :  maman. 

Màtatrès   (méchilikéro),  jeu   de  mots  sur  Maxaxoupiç3  qu'il   analyse  pour  y 

trouver  l'idée  de  la  locutiou  rwmbn  NaiZ^b  *. 
Mélôpita  ((uXoTtixa)  :  gâteau  de  miel. 

*  Meldar  (r.  peXexw?)  :  lire.  On  pourrait,  par  métathèse,  le  dériver  de  *ttjb. 

N 

Nécotcherà  (v')oïxoxupà)  :  bonne  ménagère. 
Niéfissa(vu[p]<ptT*a  =  t.  guélindjik  =  petite  épouse]  :  belette. 

1.  Dans  M.   -  bail?- 

2.  Dans  M.  =  milN- 

3.  Dans  M.  =  yW. 

4.  La  médisance  qui  tue  trois  personnes   (=   Mâta-très).    Vayikra-Rabba  (section 

Emor,  init.,  ch.  xxvi). 


NOTES   ET  MÉLANGES  215 

O 

Olà  (ouïà  =  lisière)  :  ruban  fleuri,  liseré  de  résille  orientale. 


Palamida  (7raXotfxioa)  :  sorte  d'alose  (poisson  de  mer). 

Pâli  (7tàXyj)  :  encore. 

Patim  (iràxoç  =  sol)  :  seuil. 

Patiino  (7rànr][JLa  =  pas)  :  démarche. 

à  Peringù  (de  Tispi-àywy^  =  tour,  circonvolution?)  :  à  pied. 

Pilikouria  (7ctSixo0pi  *)  un  tantinet,  chose  insignifiante. 

Pilù  (ïtr]).ô;)  :  argile  (employé  surtout  dans  les  bains). 

Pisma  (Tzeïa\ia)  :  opiniâtreté. 

Pita  (îr^xa)  :  tourte. 

Pitâgra  =  Pita  (voir  le  précédent)  âgra  :  pâte  de  fruits  secs  (prunes,  abri- 
cots, etc.). 

Pitérina  (Trtxeptoa)  :  pellicules,  crasse  farineuse  de  la  tête. 

en  Podô,  en  Podô  (de  :  ttoôi  =  pied?  ou  :  TroSrjfxa  =  botte  ?)  :  en  se  dandinant. 

Prassa  (7rpàdov)  :  poireau. 

l'rassinâgùa  (repaaivàSa  =  verdure)  :  herbes  fraîches. 

Prehitô  (Trpe-xvxo  ?  :  libation,  offrande)  :  sorte  de  blanc- manger  ;  gelée  de 
farine  de  riz  saupoudrée  de  poudre  de  cannelle  (on  en  mange  à  la 
Pentecôte). 


Saudàq  (oôvtexvo;,  d'après  S.  Krauss,  op.  cit.,  p.  125,  ce  qui  n'est  plausible 
que  dans  le  cas  où  ce  mot  se  serait  introduit  dans  le  bas-latin.  Autre- 
ment, on  ne  s'explique  pas  comment  il  a  pris  droit  de  cité  dans  la  termi- 
nologie liturgique  du  judaïsme  universel). 

Sarvidia  :  petit  poisson. 


Tâtara(-niéto)  :  arrière-neveu  (de  Texpa  :  quatre). 
Ta(ta)ra(-papoû)  :  père  de  l'aïeul  (Tsxpa,  avec  élimination  d'un  x). 
Tavarella  :  déséquilibré,  remuant,  agité. 
Tchamoûka  (t.  Tchamouqa)  :  variété  de  Atérina  (v.  s.  v.). 
Tchikrik  (TÇi'xpixi  =  r.  Kpixoç)  :  rouet  (à  filer  la  laine). 
Tchinacop  :  espèce  de  bonite  (poisson). 
Tchingar  (xÇiyxpa,  xcrYiyap  ')  :  dispute,  querelle,  noise. 
*  Tchiro  (xÇipo;  =  t.  Tchiros)  :  maquereau  séché. 
Tifla  (xv?).x  =    cécité,    aveuglément)  :   belle    (sens   péjoratif  pour  éviter    le 
mauvais  œil). 

1.  Dans  M.  =  D^aan. 

2.  Dans  M.  =   bap,    miB,   TN,    "lin^b. 


216  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

*  Thïâki  (Ônpiaxr)  =  t.  Tiriaki)  :  grincheux,  hargneux,  maussade. 
Tombanicas  (xu^uavov  *)  :  tambour,  timbale. 
Torobolôs  (xavpoëoXoç)  =  Tavarella  (voir  ci- haut). 
Trandâfila  (TpiavxacpvXKià)  :  rose. 
Trahané   (TPaXavàç >)   :   semoule,    pâte  de  la    plus   pure    farine    réduite    en 

petits  grains. 
Tripitô  (xpu7CY)T6v)  :  passoire. 

V 

Voûlo  (6ou>.Xa)  :  sceau,  cachet,  estampille. 

Z 

Zimarida  :  espèce  de  petit  poisson. 

Abraham  Danon. 


1.  Dans  M.  =  gpn. 

2.  Dans  M.  =  tona. 


BIBLIOGRAPHIE 


Festschrift  zum    50  jâhrigen    Bestehen    der  Hochschule  fur  die 
Wissenschaft    des    Judentums    in    Berlin,    mit    Beitràgen,    von 

Léo  Baeck,  Eduard  Baneth,  Ismar  Elbooen,  Julius  Guttmann,  Harry  Torczyner. 
Berlin,  Philo  Verlag,  1922,  gr.  in-8°  de  297  p. 

La  «  Hochschule  fur  die  Wissenschaft  des  Judentums  »  de  Berlin  a 
fêté,  il  y  a  quelques  mois,  le  cinquantenaire,  sinon  de  sa  création  qui 
date  de  1869,  du  moins  de  son  ouverture,  laquelle  eut  lieu  le  6  mai  1872. 
A  cette  occasion,  elle  a  publié  un  recueil  remarquable,  fort  digne  d'une 
institution  fondée  pour  promouvoir  la  science  du  judaïsme  dans  l'esprit 
de  Zunz  et  faire  revivre  l'ancienne  Yeschiba  en  l'adaptant  aux  exigences 
de  la  recherche  scientifique  moderne.  Le  présent  ouvrage  se  compose  de 
cinq  amples  dissertations  de  théologie,  d'histoire  religieuse,  de  science 
talmudique  et  d'exégèse  dues  à  la  plume  autorisée  de  rabbins  et  de 
savants  de  haute  culture  tels  que  L.  Baeck,  E.  Baneth,  I.  Elbogen, 
J.  Guttmann  et  H.  Torczyner. 

M.  Léo  Baeck,  l'auteur  apprécié  d'un  excellent  ouvrage  sur  1' «  Essence 
du  Judaïsme  »  (Bas  Wesen  des  Judentums,  Berlin,  1905)  dont  une 
deuxième  édition  a  récemment  paru,  donne, sous  le  titre  de  Romantiscke 
Religion  (p.  1-48),  la  première  partie  du  livre  qu'il  prépare  sur  la  reli- 
gion classique  et  romantique.  C'est  une  étude  très  pénétrante  des 
caractères  qui  différencient  du  judaïsme,  qualifié  de  religion  «  clas- 
sique »,  le  christianisme  surtout  paulinien,  lequel,  par  la  substitution 
d'une  foi  mystique  au  légalisme  éthique  de  la  Tora,  a  instauré  le 
«  romantisme  »  dans  la  religion.  Déjà,  dans  son  «  Essence  du  Judaïsme  », 
M.  Baeck,  mettant  en  lumière  le  caractère  éthique  des  croyances  du 
judaïsme,  son  peu  de  goût  puur  l'ésotérisme  et  le  mystère,  l'impor- 
tance qu'il  donne  à  la  conduite,  à  la  discipline  religieuse  et  morale, 
avait  suggéré  cette  antithèse,  an  moins  ingénieuse,  entre  le  «  classi- 
cisme »  de  la  religion  d'Israël  et  le  «  romantisme  »  des  doctrines  nées 
d'elle,  mais  qui,  secouant  le  joug  de  la  Loi,  ont  accordé  la  prépondérance 


218  KEVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

an  sentiment  et  à  l'imagination.  M.  Baeck  développe  ici  tout  au  long 
cette  conception.  Son  étude  est  le  fruit  de  lectures  étendues  et  de  la 
plus  sérieuse  méditation  des  problèmes  d'histoire  et  de  psychologie 
religieuse  qu'il  aborde.  Il  le  fait,  autant  que  nous  en  pouvons  juger,  de 
façon  très  brillante.  Les  formules  frappantes  abondent  sous  sa  plume. 
Le  développement  toutefois  est  prolixe  et  gagnerait  à  être  condensé. 

L'argumentation  de  M.  Baeck  peut  se  résumer  comme  il  suit.  Le 
romantisme,  selon  une  définition  de  Schleiermacher,  est  du  sentimental 
habillé  de  fantastique.  Est  donc  romantique  toute  religion  qui  exalte  le 
sentiment  et  fait  intervenir  les  données  mythiques  ou  mystiques  de 
l'imagination.  Elle  sera  amenée  à  se  mouvoir  dans  l'étrange  et  à  dédai- 
gner la  règle.  L'âme  romantique  manque  de  la  ferme  volonté  morale  de 
maîtriser  et  d'ordonner  la  vie.  Elle  répugne  à  l'impératif  catégorique. 
Rien  de  plus  opposé  à  la  personnalité  au  sens  kantien  que  l'individualisme 
romantique.  Au  sens  kantien  et  au  sens  judaïque,  car,  pour  M.  Baeck,  le 
judaïsme  étant  essentiellement  le  «  monothéisme  éthique  »,  création  des 
prophètes  d'Israël,  il  y  a  une  similitude  frappante  de  tendance  et  d'idéal 
entre  le  kantisme  et  le  judaïsme  ainsi  conçu.  Or,  qu'est-ce  que  le 
christianisme,  là  où  il  diffère  du  judaïsme  dont  il  est  issu,  notamment 
chez  Paul,  le  fondateur  de  la  dogmatique  chrétienne?  C'est  l'adaptation 
au  messianisme  prophétique  de  vieilles  conceptions  romantiques  em- 
pruntées au  paganisme  gréco-oriental  des  environs  de  l'ère  chrétienne. 
Celui-ci  enseignait  déjà  la  croyance  à  un  être  céleste  prenant  forme 
humaine,  mourant  et  ressuscitant,  à  la  vie  divine  duquel  on  pouvait 
participer  moyennant  des  rites  mystérieux,  et  aussi  la  croyance  à  une 
grâce  d'en  haut  pénétrant  l'homme  pour  le  délivrer  du  péché  et  de  la 
mort  et  le  conduire  aux  félicités  éternelles.  Le  cosmopolitisme  romain  a 
favorisé  la  diffusion  de  ces  idées.  L'œuvre  de  Paul,  c'est  d'avoir  imposé 
Jésus  à  la  place  de  Mithra,  Adonis,  Attis,  etc.,  sous  l'influence  de  l'idéal 
messianique  juif  et  de  la  pensée,  répandue  dans  la  diaspora,  qu'un  terrain 
d'entente  existait  entre  paganisme  et  judaïsme.  L'état  des  esprits  dans  un 
monde  en  état  de  langueur,  assoiffé  de  sentiment,  explique  cette  poussée 
victorieuse  d'un  véritable  romantisme  religieux.  Tout  ce  qui  caractérise 
le  romantisme  se  retrouve  dans  le  paulinisme,  et  plus  tard  dans  le 
luthérianisme,  qui  n'est  qu'un  développement  logique  du  paulinisme. 
La  foi  devient  l'élément  non  seulement  prépondérant,  mais  exclusif.  Le 
judaïsme,  lui,  recherche  Dieu,  la  conviction  s'y  conquiert  et  résulte  de 
la  réalisation  zélée  de  la  volonté  divine  enseignée  par  la  loi.  Dans  le 
romantisme  paulinien,  le  salut  n'est  pas  acquis,  ni  ne  peut  s'acquérir,  il 
est  donné.  Le  paulinisme  aboutit  au  quiétisme.  Le  sens  de  la  réalité  et 
de  ses  devoirs  positifs  s'oblitère.  La  conception  de  la  vie  présente  ne 
peut  être  que  pessimiste  :  le  travail  humain  perd  de  sa  saveur,  et  la 
moralité  humaine  de  son  prix.  La  religion  est  même,  en  toute  rigueur, 
à  l'opposé  de  la  moralité.  L'homme  n'est  qu'un  mode  du  péché  ou  de  la 
grâce.  Comme  il  ne  peut  par  lui-même  mériter,  la  liberté  morale  s'éva- 


BIBLIOGRAPHIE  219 

non it-  La  lettre  de  Barnabas  l'a  dit,  «  les  tables  de  Moïse  sont  brisées  ». 
M.  Baeck  n'élude  pas  l'objection  tirée  de  tant  de  textes  de  Paul,  où  les 
exigences  morales  sont  an  premier  plan.  Mais  c'est  une  heureuse  incon- 
séquence. Paul  reste  ici,  quoi  qu'il  en  ait,  sur  le  terrain  du  judaïsme. 
Il  n'a  pu  dépouiller  tout  le  vieil  homme,  mais  ce  haut  moralisme  jure 
avec  le  romantisme  qu'il  inaugure.  De  même  plus  tard,  le  protestan- 
tisme passe  pour  avoir  été  le  point  de  départ  d'une  rénovation  morale 
et  sociale  de  la  chrétienté.  Mais,  si  l'on  y  regarde  de  près,  ce  n'est  pas 
à  proprement  parler  la  Héforme,  mais  la  renaissance,  la  culture  nou- 
velle qui  a  été  le  ferment  du  progrès.  Luther  appartient  encore  au 
moyen  âge. 

M.  Baeck  montre  encore  comment,  par  la  logique  interne  de  son 
romantisme,  le  paulinisme  qui  a  repoussé  la  Loi  est  forcé  d'avoir  recours 
au  mystère,  au  sacrement,  comment  il  se  confessionalise,  aboutit, 
malgré  le  libre  examen,  à  des  formules  de  foi,  à  des  credos,  source 
d'intolérance,  et,  forcé  de  donner  satisfaction  à  la  conscience  qui 
réclame  une  éthique,  n'a  de  choix  finalement  qu'entre  l'exaltation 
sentimentale  et  la  casuistique.  —  Ce  résumé  ne  peut  donner  qu'une 
idée  insuffisante  d'un  travail  vraiment  riche  d'idées  et  d'aperçus  pro- 
fonds ou  ingénieux.  Il  a  les  défauts  de  toute  construction  systématique 
qui  fait  entrer  dans  son  économie,  bon  gré  mal  gré,  des  faits  qui  la 
contredisent  parfois.  Que  le  judaïsme  soit  un  classicisme  par  rapport 
au  romantisme  chrétien,  c'est  une  thèse  séduisante  et  vraie  sous  cer- 
taines réserves.  Il  faudrait  s'entendre  sur  le  sens  encore  bien  con- 
troversé des  mots  de  romantisme  et  de  classicisme.  Le  romantisme 
n'est-il  pas  souvent  défini  par  une  exaltation  des  puissances  du  moi, 
plutôt  que  comme  un  abandon  passif  à  la  fantaisie  déréglée.  On  peut, 
il  est  vrai,  résoudre  cette  contradiction  en  distinguant  entre  individualité 
et  personnalité,  et  en  refusant  le  titre  d'agent  volontaire  à  qui  n'est  que 
le  jouet  de  ses  tendances  aveugles  et  de  ses  passions  déchaînées.  Autre 
objection.  Le  judaïsme  est,  si  l'on  veut,  le  type  de  la  religion  «  clas- 
sique »,  à  condition  de  ne  considérer  que  l'aspect  réputé  classique  du 
judaïsme  et  de  le  définir.  Mais  on  sait  que  l'histoire  du  judaïsme  compte 
aussi  des  chapitres  «  romantiques  ».  Et  peut-être  est-on  fondé  à  trouver 
du  romantisme  déjà  même  dans  la  religion  des  prophètes.  Ici  encore  il 
eût  fallu  commencer  par  définir.  C'est  peut-être  ce  que  fera  l'auteur  dans 
l'ouvrage  dont  nous  n'avons  que  le  début.  Il  est  probable,  d'autre  part, 
que  les  théologiens  chrétiens  n'accepteront  pas  que  l'éthique  ne  soit 
qu'un  élément  secondaire  ou  un  heureux  illogisme  dans  le  paulinisme  et 
feront  des  réserves  sur  le  romantisme  d'essence  passive  et  amorale  qui 
lui  serait  propre.  La  thèse  de  M.  Baeck  se  ressent  visiblement  des 
polémiques  qu'il  a  soutenues  contre  les  conceptions  tendancieuses  des 
théologiens  chrétiens.  Mais  nous  n'avons  voulu  donner  ici  qu'un  aperçu 
d'une  étude  des  plus  suggestives  et  où  il  y  a  beaucoup  à  retenir,  si  même 
on  n'est  pas  toujours  persuadé  par  l'argumentation  de  l'auteur.  Et  il  faut 


220  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

assurément,  pour   asseoir   un   jugement   définitif,  qu'il  ait   livré,  dans 
l'ouvrage  promis,  sa  pensée  tout  entière. 

M.  E.  Baneth  (p.  49-100)  étudie  les  préoccupations  sociales  dans  le 
droit  rabbinique,  la  manière  dont,  en  des  questions  d'intérêt,  les  doc- 
teurs se  sont  ingéniés  à  faire  fléchir  parfois  la  rigueur  du  droit  par  souci 
d'humanité,  dans  un  but  de  conciliation.  Pour  illustrer  ce  point,  il  se 
livre  à  un  examen  des  plus  approfondis  d'un  des  passages  les  plus  diffi- 
ciles de  la  Mischna,  à  savoir  Ketoubot,  X,  iv,  qui  traite  de  la  répartition 
des  biens  à  faire,  après  décès  du  mari,  à  ses  trois  épouses  en  possession 
de  douaires  de  valeur  inégale.  M.  Baneth  analyse  successivement  les 
différents  essais  d'interprétation  de  ce  texte  obscur  qu'offrent  la  Guemara 
palestinienne  et  babylonienne,  Saadya,  Haï,  Hananel,  Alfasi,  Abraham  ben 
David  et  les  décisionnaires  ultérieurs,  et  conclut  que  c'est  Saadya  qui 
fournit  la  solution  la  plus  satisfaisante,  la  plus  rationnelle.  Nous  ne 
pouvons  entrer  dans  le  détail  de  cette  étude  où  se  déploie  la  science  non 
seulement  talmudique,  mais  arithmétique  de  M.  B.  Selon  lui,  les  dispo- 
sitions de  la  Mischna  révèlent  une  véritable  sollicitude  pour  les  faibles 

et,  dans  l'espèce,  la  tendance  à  faciliter  le  remariage  de  la  veuve. 

j 

M.  Ismar  Elbogen  (101-144)  retrace  avec  une  sûre  érudition  la  naissance 
et  le  développement  de  la  «  Science  du  Judaïsme  »,  depuis  Zunz,  son 
fondateur,  jusqu'à  nos  jours.  Il  caractérise  l'effort  de  ce  pionnier  et  de 
ses  continuateurs,  les  Krochmal,  Bapoport,  Luzzatto,  Munk,  Geiger,  etc., 
énumère  les  institutions  qui  se  fondèrent  successivement  au  siècle  der- 
nier, dans  chaque  pays  où  1a  culture  juive  fut  en  honneur,  les  sémi- 
naires et  facultés  de  théologie  juive  de  Breslau,  Londres,  Budapest, 
Vienne,  Paris,  New-York,  pour  en  venir  à  la  «  Hochschule  fur  die 
Wissenschaft  des  Judentums  »,  en  l'honneur  de  laquelle  est  écrite 
cette  notice.  Non  destinée  à  former  des  théologiens,  la  Hochschule  a 
répondu  plus  exactement  à  l'idéal  scientifique  de  Zunz,  sans  toutefois  le 
réaliser  pleinement.  C'est  pour  M.  Elbogen  l'occasion  de  se  demander 
dans  quelles  limites  doit  se  renfermer  la  «  Science  du  Judaïsme  ».  Peut- 
être  devrait-on  partager  ici  l'avis  de  Geiger  qui  ne  croyait  pas  nécessaire 
de  définir  ce  qui,  comme  le  Judaïsme  même,  échappe  à  toute  définition 
trop  précise.  M.  E.  aboutit,  lui,  à  cette  formule  (p.  141)  un  peu  grandi- 
loquente :  «  La  science  du  Judaïsme,  c'est  la  connaissance  du  Judaïsme 
vivant  et  se  dressant,  dans  le  flot  de  l'évolution,  comme  une  unité  socio- 
logique et  historique.  »  Il  recommande  toutefois,  avec  bon  sens  que  cette 
science  ne  s'éparpille  pas  à  l'excès.  Ce  n'est  pas  parce  que  le  Judaïsme  a 
été  mêlé  à  la  civilisation  universelle  que  la  science  du  Judaïsme  doit 
aborder,  par  exemple,  tous  les  problèmes  de  l'anthropologie  et  de  la 
sociologie.  M.  E.  espère  que  l'Université  juive  projetée  à  Jérusalem 
apportera  de  nouvelles  lumières  sur  la  question  des  directions  et  des 
buts  à  proposer  à  la  science  du  Judaïsme.  Signalons,  à  ce  propos,  la  fon- 
dation prochaine  d'une  École  des  Hautes  Études  juives  à  Jérusalem. 


B1BL10GBA1M11E  221 

Julius  Guttmann,  L'historien  regretté  de  La  philosophie  juive  médiévale, 
consacre  une  longue  étude  (p.  145-216)  au  problème  des  rapports  de  la 
religion  et  de  la  science  dans  la  pensée  du  moyen  âge  et  dans  la  philo- 
sophie moderne.  Selon  lui,  la  philosophie  religieuse  est  une  invention 
du  moyen  âge.  Sans  doute,  l'antiquité  grecque,  de  Platon  au  néo- 
platonisme, s'occupe  de  religion,  en  est  même  imprégnée  et  étudie 
L'origine  des  dieux,  mais  elle  fait  ainsi  de  la  psychologie  ou  de  la  spécu- 
lation historique  et  ne  se  pose  pas  le  problème  central  de  la  vérité  reli- 
gieuse. M.  G.  s'en  tient  au  moyen  âge,  sans  remonter  à  Philon  et  aux 
pères  de  l'Église.  C'est,  d'ailleurs,  le  domaine  qu'il  possède  particulière- 
ment. Il  étudie  donc  la  conception  de  la  religion  chez  les  philosophes 
arabes  et  juifs,  la  notion  de  la  révélation  universelle  dans  la  philosophie 
arabe  ;  il  compare  la  scolastique  chrétienne  avec  la  scolastique  islamo- 
juive  et  traite  entin  de  la  notion  de  révélation  et  de  religion  rationnelle 
chez  les  penseurs  modernes,  en  particulier  chez  Kant  et  Schleiermacher. 
Il  conclut  en  montrant  que  le  vieux  problème  des  rapports  entre  la 
religion  et  la  connaissance  n'a  pas  perdu  de  son  importance,  mais  a 
revêtu  une  forme  nouvelle,  en  raison,  d'une  part,  des  points  de  vue 
nouveaux  sous  lesquels  on  aborde  les  phénomènes  religieux  et  du  fait, 
d'autre  part,  que  la  philosophie  contemporaine  a  délaissé  la  métaphy- 
sique pour  la  théorie  de  la  connaissance. 

Julien  Weill. 

M.  H.  Torczyner  (Die  Bundeslade  und  die  Anfànge  der  Religion  Israels, 
p.  217-297)  examine  le  rôle  de  l'arche  sainte  et  montre  qu'il  faut  dis- 
tinguer entre  l'arche  sainte  proprement  dite  et  le  couvercle  surmonté 
des  chérubins.  Tandis  que  l'arche  sert  à  conserver  des  documents,  le 
kapporèt  avec  les  chérubins  représente  le  char  céleste  sur  lequel  siège 
la  divinité  dérobée  à  la  vue  par  les  chérubins.  Les  documents  conte- 
nus dans  l'arche  sont  placés  ainsi  sous  la  garantie  de  la  divinité.  Tout 
pacte  était,  en  effet,  rédigé  en  deux  exemplaires,  dont  l'un  était  scellé 
et  enfermé,  l'autre  était  découvert.  Le  char  divin,  lui,  tire  son  origine 
de  l'orage  et  du  volcan.  C'est  la  colonne  volcanique  qui  nous  explique 
le  récit  de  la  colonne  de  nuée  en  marche,  devenant  une  colonne  de 
feu  la  nuit.  La  nuée  où  la  divinité  s'abrite  est  imitée  par  la  Soukka, 
qui  est  construite  à  l'époque  où  l'on  demande  à  Dieu  la  pluie.  Les 
fêtes  des  Snukkot  et  des  Maçot  étaient,  à  l'origine,  des  fêtes  équi- 
noxiales  et  non  des  fêtes  agricoles,  et  pouvaient  être  antérieures  à  l'éta- 
blissement des  Hébreux  en  Palestine.  Ces  thèses  sont,  en  majeure  partie, 
très  séduisantes  et,  surtout  dans  le  problème  de  l'arche,  M.  Torczyner 
paraît  avoir  trouvé  une  solution  plus  satisfaisante  que  celles  qu'avaient 
données  ses  prédécesseurs.  Les  détails  de  son  exégèse  des  textes  bibliques 
sont  plus  sujets  à  caution,  quoique  certaines  des  interprétations  et  cor- 
rections qu'il  propose  soient  ingénieuses.  L'explication  de  'Hîab,  Is.,  vin, 
16,  par  «  bandes,  liens  »  est  assez  plausible.  Nous  approuvons  d'autant 


222  KEVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 

plus  la  correction  de  biattb,  Ps.,  xxix,  10.  en  *pbwb  que  nous  l'avons  déjà 
indiquée  dans  la  Revue,  1907,  t.  LIV,  p.  268.  Très  justement,  M.Torczyner 
rapproche  le  verset  Ps.,  lxviii,  18,  de  Nombres,  x,  36  ;  mais  il  est  difficile 
d'admettre  la  traduction  de  ce  dernier  verset  par  :  «  Assieds-toi,  Y.  des 
armées,  des  milliers  d'Israël.  »  A  la  fin  de  son  travail,  M.  Torczyner 
explique  mfctaat  ^  par  le  Y.  des  armées  en  donnant  comme  origine  à  Y. 
l'onomatopée  ivahivah,  qui  exprimerait  le  bruit  du  tonnerre,  pris  pour 
le  tumulte  des  armées  célestes.  Est-il  vraisemblable  que  le  chef  des 
armées  ait  tiré  son  nom  du  bruit  que  font  ses  troupes?  L'idée  que  El 
Chadday  serait  le  dieu  des  Amoréens  et  que  le  tétragramme  désignerait 
celui  de  l'arche  aurait  besoin  d'être  étayée  sur  des  arguments  solides. 
Mais  ces  critiques  ne  doivent  pas  empêcher  de  reconnaître  dans  le 
travail  de  M.  Torczyner  des  thèses  intéressantes,  suggestives  et  sérieuses. 

Mayer  Lambert. 


Le  Gérant  :  Julien  Weill. 


TABLE   DES    MATIÈRES 


ARTICLES  DE  FOND 

Aptowitzer  (V.).  —  La  création  de  l'homme  d'après  les  anciens 

interprètes 1 

Bernheimer  (Carlo).  —  Deux  fragments  d'un  glossaire  hébreu-fran- 
çais du  xme  siècle 23 

Epstein  (J.  N.).  —  Sur  les  «  chapitres  »  de  Ben  Baboï 179 

Ginsburger  (E.).  —  Histoire  des  Juifs  de  Carouge,  Juifs  du  Léman  et 

de  Genève 119 

Ginsburger  (M.).  —  Arrêtés  du  Directoire  du  département  du  Haut- 
Rhin  relatifs  aux  Juifs  (1er  septembre  1790-19  brumaire  an  III).. .       44 

Lévi  (Israël).  —  Le  ravissement  du  Messie-enfant  dans  le  Pugio  fideA.     113 

Posnansri    (Ad.).    —    Le   colloque   de    Tortose   et   de    San   Mateo 

(7  février  1413-13  novembre  1414  {suite) 74  et  187 

Régné  (Jean).  —  Catalogue  d'actes  'pour  servir  à  l'histoire  des  Juifs 
de  la  couronne  d'Aragon  sous  le  règne  de  Jaime  II  (1291-1327) 
[suite] 1 40 

Sidersky  (D.).  —  Le  trois  centième  cvcle  de  l'ère  du  monde  ....       16 


NOTES  ET  MELANGES 

Danon  (Abraham).  —  I.  Un  hymne  hébréo-grec 89 

IL  Les  éléments  grecs  dans  le  judéo-espagnol 211 

Lambert  (Mayer).  —  Notes  grammaticales  et  exégétiques 209 

Lkvi  (Israël).  —  «  Ne  fais  pas  de  bien  au  méchant  »  ou  Je  lion  ingrat.  205 

Marx  (Alexander).  —  Place  de  Daniel  dans  le  Canon,  d'après  les 

rabbins 93 


224  REVUE   DES   ÉTUDES  JUIVES 


BIBLIOGRAPHIE 

Duff  (A.-B.).  —  Die  Palaestina-Literatur.  Eine  internationale  Biblio- 
graphie in  systematischer  Ordnung  mit  Autoren  und  Sachregis- 

ter,  herausgegeben  von  Peter  Thomsen 1U 

Weill  (Julien).  -  Revue  bibliographique  (années  1920-1922) 95 

Weill  (Julien)  et  Lambert  (Mayer).  -  Festschrift  zum  50  jàhrigen 
Bestehen  der  Hochschule  fur  die  Wissenschaft  des  Judentums 
in  Berlin,  mit  Beitrâgen,  von  Léo  Baeck,  Eduard  Baneth,  Ismar 

ELBOGEN,  JulillS  GlJTTMANN,    HaiTy  TORGZYNER 2*7 

223 
Table  des  matières 


VERSAILLES.    —   IMPRIMERIES    CERF,    59,    RUE    DU    MARÉCHAL-FOCH . 


Il 

fi 

1 

DS 

101 

U5 

mm 

t. 74-75 

Revue  des  études  juives; 
historia  judaica 


s  i 


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